Identifiée au XIIIe siècle, la parcelle dite du Zahnacker (jardin de Zahn, en alsacien comme en allemand) appartenait à un moine de Ribeauvillé, Martin Zahn, qui l’exploitait pour le compte de l’abbaye d’Étival, dans les Vosges. La cave de Ribeauvillé, première structure coopérative en France fondée en 1895, devint propriétaire de ses 124 ares entre 1935 et 1965. Situé au sein de l’Osterberg, qui désigne en allemand un relief orienté vers le levant, le clos, aisément repérable depuis le bas du coteau, est encadré d’imposantes sculptures en bois de Christian Lapie. Les terres, très caillouteuses, de ce sol marno-calcaire sont plantées de riesling (40 %), de pinot gris (30 %) et de gewurztraminer (30 %) et divisées en trois parcelles confiées à trois coopérateurs distincts. Du muscat planté autrefois, rien ne subsiste depuis l’arrachage des années 1960. Les différents cépages sont assemblés en cave, dans des proportions variées qui reflètent chaque année les rendements du millésime. Cette pratique d’assemblage n’étant pas reconnue dans le décret du grand cru Osterberg, le vin issu du clos du Zahnacker ne peut revendiquer que l’appellation alsace. Du moins pour le moment, les dirigeants de la cave œuvrant à ce que cette reconnaissance soit étendue. Si, jusqu’en 2007, toutes les vignes du clos étaient vendangées en même temps, chaque cépage est cueilli à son optimum de maturité depuis 2008. Le raisin est alors pressé, débourbé puis gardé au froid, l’assemblage des trois cépages étant réalisé en jus pour garantir l’harmonie. La cuvée est levurée au moment de l’apport du dernier jus. L’œnologue Évelyne Bléger-Cognacq précise : « Cette cuvée n’est jamais chaptalisée et pourtant elle est étonnante de régularité. Elle atteint toujours entre 13,6 et 14,3 degrés potentiels à l’assemblage ». Les vinifications se déroulent ensuite en cuves inox thermorégulées, sans malolactique pour garder la fraîcheur du vin. L’élevage se fait sur lies totales, avec soutirage dès les premières notes de réduction, toujours en cuves inox. Quant à la mise en bouteille, elle s’effectue entre mai et septembre suivant les vendanges. La production moyenne de cette cuvée se situe entre quatre et cinq mille bouteilles, assorties parfois de quelques magnums. Si le premier millésime vinifié à la cave date de 1936, le président Yves Baltenweck évoque 1955 comme « une année extraordinaire ». À ce jour, le plus vieux millésime conservé en cave est le 1971. Lorsqu’une année n’est pas à la hauteur, le vin n’est pas commercialisé. Ce fut le cas pour le millésime 2006 (champignonné) et plus récemment 2021 (oïdium). Au fil des décennies, la cuvée Clos du Zahnacker a affirmé son identité, évoluant vers plus de pureté et des vins plus secs. On retrouve la trame d’un vin de sol calcaire, avec cette acidité fine qui structure la bouche, et souvent des amers capables d’estomper le résiduel après une dizaine d’années de garde. Le cépage dominant du millésime se laisse généralement sentir dans l’assemblage, mais comme le reconnaît Évelyne Bléger-Cognacq : « Les grandes années de riesling sont souvent les meilleures ».
Clos du Zahnacker 2019
Une plénitude fabuleuse. On aime la puissance des parfums de fruits mûrs. Parmi les agrumes dominent le pamplemousse et la mandarine. En bouche, la matière sphérique traduit le caractère solaire du millésime, le léger résiduel (10 grammes par litre) commence à devenir matière. Encore une grande bouteille en préparation, qui vieillira très longtemps et sera sublime d’ici vingt ans.
95/100
Clos du Zahnacker 2017
Acidité salivante, une belle tension citronnée qui étire en longueur et permet de savourer le jus de citron pur et frais, avec de très plaisants amers. Beaucoup de précision. L’acidité est posée. Il promet de rejoindre dans la légende le 1989 et de tenir aussi longtemps.
94/100
Clos du Zahnacker 2016
Déjà plus minéral au nez, le fruité revient en bouche. L’équilibre se met progressivement en place, mais il affiche encore un léger résiduel avant les amers de fin de bouche.
92/100
Clos du Zahnacker 2015
Un fort résiduel, un peu trop prononcé pour ce vin qui aura du mal à goûter sec un jour. Mais c’est précisément le profil du millésime, notamment en riesling !
91/100
Clos du Zahnacker 2014
Une année sans gewurztraminer ou presque dans l’assemblage, le cépage ayant souffert de la drosophile. En revanche, la splendeur des rieslings se révèle pleinement. Il goûte quasi sec, avec des arômes d’agrumes fins (citron), et une finale persistante et salivante. Coup de cœur pour ce millésime très atypique.
94/100
Clos du Zahnacker 2013
Le nez s’ouvre sur des agrumes confits. En bouche, le vin a déjà consommé ses sucres, laissant ressortir des amers tranchants en finale. Un vin de gastronomie, parfait pour des poissons en sauce à la crème.
93/100
Clos du Zahnacker 2012
Un peu plus de résiduel que dans les 2013 et 2014, du moins dans le ressenti. En bouche, ce millésime trahit des rendements un peu trop élevés : il finit un peu court et sans la verticalité tranchante des belles réussites.
88/100
Clos du Zahnacker 2010
Dans ce millésime composé de très peu de gewurztraminer (moins de 5 %), les pinots gris très mûrs confèrent au nez des notes de champignons et de sous-bois, de châtaignes. Le riesling est moins perceptible que dans d’autres millésimes, mais les amers et l’acidité de l’Osterberg sont au rendez-vous. Joli, mais atypique pour la cuvée.
93/100
Clos du Zahnacker 2001
Une superbe fraîcheur mentholée dans les parfums. Élancé, savoureux, une belle pureté et un toucher tout en finesse pour ce vin qui entre dans sa phase de maturité. Pas flamboyant, mais précis. Une dimension lumineuse qui plaît beaucoup et s’achève par une finale saline.
91/100
Clos du Zahnacker 1996
Un léger départ sur la truffe blanche, typique des alsaces 1996. Le fruité se fait confit. En bouche, le moelleux encore bien présent, associé aux parfums de truffe, en fait un formidable vin de gastronomie : foie gras, truffe, volailles. Il aurait gagné en précision avec un peu moins de sucre, car son acidité est belle.
93/100
Clos du Zahnacker 1993
Cuvée du centenaire de la cave, mise sur le marché en 1995. Un nez très exotique, avec une présence marquée du gewurztraminer, peut-être un peu excessive. À l’époque, la vinification n’atteignait pas le même degré de précision, l’ensemble des cépages étaient vendangés et fermentés ensemble. Les amers gagnent en noblesse au fil de la dégustation. Sans doute mérite-t-il un passage en carafe, car il s’améliore avec l’aération.
92/100
Clos du Zahnacker 1992
Au nez, les arômes mentholés du gewurztraminer dominent : c’était l’année du cépage. Néanmoins, les amers un peu durs en bouche et les parfums végétaux montrent que les maturités phénoliques n’étaient pas aussi abouties qu’aujourd’hui. On a depuis gagné en précision, en viticulture comme en vinification. Une année de très gros rendements.
88/100
Clos du Zahnacker 1989
Aujourd’hui à point, porté par des amers nobles et beaucoup de finesse dans les arômes, des senteurs de girolles et de fruits secs en bouche, de belles épices (poivre blanc) et un toucher caressant de grande élégance Un grand vin pour un grand millésime.
94/100
Clos du Zahnacker 1983
Un joli nez, arrivé à pleine maturité : champignons, fruits secs, sous-bois. En bouche, on comprend qu’à l’époque les rendements étaient généreux, mais ce vin reste fin et élégant. Le riesling domine dans l’expression, c’est le grand cépage en 1983 ! Il ne faut pas trop tarder à le boire.
89/100
