La maison Jean Loron incarne fortement l’axe Beaujolais-Mâconnais, deux régions viticoles très entremêlées.
Quand on est dans le village de Fuissé et que l’on gravit la colline pour basculer vers Leynes, on entre dans le Beaujolais presque sans s’en apercevoir. Le village a ainsi la possibilité de produire à la fois du beaujolais-villages et du saint-véran. Le Beaujolais et le Mâconnais, c’est un puzzle, deux pièces que l’on assemble, qui ont chacune leur histoire et des terroirs différents. La grande force de Jean Loron, qui existe depuis 1711, est de comprendre parfaitement cette région, et de mettre en valeur ses différents terroirs.
Vous proposez des vins issus de ces deux territoires. Comment s’effectue la ligne de partage ?
Le domaine Auvigue et celui de Chassipol, qui lui est rattaché, produisent des vins du Mâconnais. Ceux du Beaujolais sont issus du domaine de la Rochelle pour les moulin-à-vent, les saint-amour et les chénas, du château Bellevue pour les morgons, les fleuries et les beaujolais blancs, du domaine de la Vieille Église pour les juliénas, du château de la Terrière pour les brouillys, les régniés et nos beaujolais-villages, et enfin de La Croix Blanche pour les beaujolais-lantignié. Toutes ces propriétés représentent le vignoble maison, couvrant environ 200 hectares, soit un potentiel de 800 000 bouteilles. Nous sommes présents dans huit des dix crus du Beaujolais et disposons également de deux sites de vinification destinés aux moûts et raisins que nous achetons à nos partenaires, dotés d’un potentiel de 15 000 hectolitres chacun. Le maître mot reste la maîtrise de nos matières premières pour que le savoir-faire de nos équipes puisse pleinement s’exprimer.
Après plus d’un an à la tête de la maison, quels sont les atouts du Beaujolais que vous avez identifiés ?
Il ne faut pas oublier d’où l’on vient. Il y a vingt-cinq ans, le Beaujolais s’étendait sur 21 000 hectares. Aujourd’hui, il n’en reste plus que 10 à 12 000, dont 2 000 consacrés aux crémants. Alors que d’autres régions viticoles traversent des crises importantes, j’ose espérer que nous avons fini de manger notre pain noir. Nous sommes dans une région extraordinaire, même l’Unesco l’a reconnu avec la création en 2018 du géoparc du Beaujolais, le seul géoparc viticole au monde. Nous avons des sous-sols fantastiques, d’une richesse et d’une diversité incroyables, avec des argilo-calcaires, du granit, des roches volcaniques, du grès, du schiste, des marnes, etc.
Et cette diversité de terroirs s’exprime pleinement dans les crus ?
Nous allons plus loin encore en mettant en avant nos parcellaires, une douzaine en tout. Je peux citer par exemple, le moulin-à-vent Champ de Cour, le morgon Le Clos ou encore le juliénas Clos des Poulettes. Ces vins très qualitatifs ne sont produits que lorsque le millésime le permet. Ce travail n’est qu’une étape vers la reconnaissance des premiers crus, un dossier dans lequel la maison Jean Loron est pleinement engagée. Les avancées sont inégales. Les appellations fleurie et morgon sont bien positionnées, moulin-à-vent un peu moins. Je pense que cela devrait se faire d’ici cinq à dix ans. Le jour où le Beaujolais aura ses premiers crus, on sera enfin entrés dans une nouvelle ère et tout le monde comprendra que nous sommes capables de produire de grands vins. Regardons pouilly-fuissé : l’obtention des premiers crus, sur le millésime 2020, a dopé l’intérêt des amateurs pour cette appellation. Mais n’oublions pas que le beaujolais-villages reste un très bon ambassadeur de la région. Jean Loron en est d’ailleurs le plus important producteur et c’est également une de nos priorités.
C’est dans ce cadre que s’inscrit votre projet au château de Néty ?
En effet, nous avons racheté ce château situé à Saint-Étienne-des-Ouillères et nous sommes en train de restructurer son vignoble de 50 hectares d’un seul tenant et de replanter après arrachage. C’est un laboratoire grandeur nature sur lequel on travaille beaucoup, en prenant notre temps, pour mener une véritable démarche agronomique. Cela nécessite un investissement important, mais nous nous devons de ne pas abandonner les plus belles terres que l’on peut trouver en beaujolais-villages, à Lantignié, à Quincié, au Perréon. C’est aussi une manière de nous assurer des approvisionnements de grande qualité.
Vous êtes aussi très impliqué dans le développement et la promotion du beaujolais blanc.
Les terroirs argilo-calcaires du sud du Beaujolais se prêtent à merveille au chardonnay. La maison y déploie tout son savoir-faire en matière de vinification des blancs. Nous croyons beaucoup à cette appellation qui offre des vins gourmands et qui incarnent ce que j’aime appeler la « beaujonomie ». Sur les cinq cents hectares plantés, nous en cultivons cinq et souhaitons passer rapidement à dix. Je siège désormais dans la commission beaujolais blanc de notre interprofession.
Côté Mâconnais, vous vous consacrez beaucoup à votre pépite encore confidentielle, Auvigue.
Si Jean Loron est un acteur discret, mais reconnu, ce domaine demeure injustement méconnu. Pourtant, il dispose d’un site incroyable en plein centre du village de Fuissé, aménagé dans une église remarquablement restaurée, et s’appuie sur des terroirs exceptionnels : mâcon-villages, saint-véran ou pouilly-fuissé, village et premiers crus. Sans oublier les 22 hectares de vignes du village de Chardonnay. Quant à l’équipe, elle est ultra compétente tant à la vigne qu’en cave. Nos vins commencent à rencontrer un vrai succès. La SAQ, l’importateur québécois, vient de référencer notre pouilly-fuissé tandis que la Norvège s’est entichée de notre « chardonnay de Chardonnay ». Il est important de remettre Auvigue au centre des attentions, surtout dans un contexte où les vins du Mâconnais connaissent un regain d’intérêt. L’enchérissement des vins de Côte-d’Or a créé un appel d’air pour la région, dans lequel il faut impérativement s’engouffrer. Les projecteurs sont désormais braqués sur nous avec la montée en premier crus de nombreux parcellaires de pouilly-fuissé, profitons-en.
Beaujolais et Mâconnais sont donc deux terroirs d’avenir pour les amateurs de vins exigeants ?
Nos régions ont souffert, certains vignerons ont dû abandonner leurs vignes. Mais je pense, sans être déraisonnablement optimiste, que l’avenir se montrera plus radieux. Nous avons un potentiel incroyable, des vins de qualité, des premiers crus dans le Mâconnais et, je l’espère, bientôt dans le Beaujolais. La maison Jean Loron aura son rôle à jouer. Nous sommes prêts pour ces nouveaux défis. Nos vignobles ont été restructurés : la taille gobelet a été remplacée par le cordon pour permettre de mécaniser le travail, nous avons investi dans des tracteurs et des enjambeurs électriques, protégé notre vignoble du Beaujolais avec des filets anti-grêle. Nous avons renforcé nos standards de qualité et de sécurité pour mieux contrôler les risques liés à notre chaîne d’approvisionnements et aux matières premières et intégré une démarche RSE. Une cinquantaine d’hectares sont déjà cultivés en bio et tous nos domaines sont certifiés Haute valeur environnementale. Nos rouges sont vinifiés sans SO2, le gamay étant particulièrement sensible au soufre, et nous disposons d’un laboratoire d’analyse intégré. Enfin, notre équipe apporte à la mise en bouteille le plus grand soin et tous nos vins sont bouchés avec des Diam’s, ce qui élimine tout risque de goût de bouchon. Ces choix structurants nous donnent aujourd’hui les moyens de répondre aux enjeux viticoles de demain.
