Bond, Harlan Estate, Promontory, Meadowood. Quatre monuments de la Napa Valley, tous créés et développés par le même homme, Bill Harlan. Quatre projets très différents, mais qui se complètent et cultivent une homogénéité de ton et d’allure impressionnantes. Meadowood, repris en 1979 et transformé immédiatement en resort de grand luxe, avec ses chalets de bois disséminés dans une forêt profonde (hélas martyrisée par les dramatiques incendies de septembre 2020), est un havre de paix et de sérénité pour happy few. Bond Wines, historiquement la première de ses aventures dans l’univers du vin, se constitue d’une sélection de cinq crus qui portent déjà la marque fondamentale de Bill Harlan, à savoir exprimer le génie du cabernet-sauvignon sur des terroirs de collines. Ces terroirs, très différents de ceux de la plupart des wineries fameuses de la Napa, qui se sont pour la plupart installées sur le large fond de vallée au sol de sédiments et de terres volcaniques, ont été choisis par Bill Harlan après un long processus pour y installer Harlan Estate dans les années 1980, puis Promontory au cours des années 2000. L’un comme l’autre de ces deux vignobles se trouve loin du circuit touristique de la Napa (et d’ailleurs accessibles uniquement sur rendez-vous), cachés qu’ils sont dans les coteaux sauvages qui surplombent le village d’Oakville. Dans le long et passionnant entretien qu’il nous a accordé, le patriarche de 85 ans revient sur une vie d’homme d’affaires, de passionné, mais aussi de créateur visionnaire. À travers son expérience unique en Napa Valley, il rejoint un autre grand pionnier et entrepreneur, Robert Mondavi, dans l’histoire de la viticulture californienne, mais aussi dans la définition même d’une entreprise viticole contemporaine, de ses enjeux conceptuels, économiques et éthiques. Même s’il a aujourd’hui passé la main à son fils Will, tout en restant très attentif à chaque détail de la vie du groupe, Bill Harlan incarne l’archétype du rêve américain. Une première étape, forcément réussie, dans la promotion immobilière, un succès viticole construit essentiellement aux États-Unis avec des vins iconiques et très chers et un message et une vision qui parlent à tout le monde, à tous les vignerons et à tous les œnophiles.
Comment avez-vous commencé à développer votre projet, à découvrir la région ?
J’avais fait un documentaire sur la Napa Valley en 1959 quand j’étais étudiant à l’université. Je me suis dit qu’un jour, si j’en avais les moyens, j’aimerais y acheter un petit lopin de terre pour y planter un vignoble, y fonder une famille, faire du vin. Ce n’était qu’une idée. J’en avais aussi beaucoup d’autres et je voulais voir le monde. La seule chose qui me manquait à l’époque, c’était l’argent. Je n’avais aucune connaissance dans ce domaine, mais j’étais curieux.
Pourquoi cette idée ? Le vin n’était pas si à la mode à cette époque.
L’endroit où j’allais à l’université était tout près. J’ai entendu dire que l’on pouvait déguster du vin dans un endroit appelé la Napa Valley, où ils ne vérifiaient pas votre carte d’identité. Dans ce pays, il faut avoir 21 ans pour pouvoir boire de l’alcool, j’en avais 18 et la dégustation était gratuite. J’entrais dans ces caves et tout sentait différemment des autres endroits. C’était frais, humide, magique. Et les vignobles étaient magnifiques. En 1966, l’inauguration de la Robert Mondavi Winery a eu lieu. Je n’ai pas pu assister à la soirée, mais j’y suis allé le week-end suivant. À cette époque, c’était la première nouvelle cave et les wineries historiques se comptaient sur les doigts d’une main. La Napa Valley était encore un endroit très calme. Il n’y avait que des pruniers, des noyers, du bétail et un peu de vignes. J’ai découvert un établissement flambant neuf et passionnant, situé sur la route principale, là où se trouvaient les autres. Cela m’a beaucoup intéressé à une époque où j’essayais de déterminer ce que je voudrais faire plus tard.
Vous avez commencé par vendre des biens immobiliers.
C’est ce qui m’a permis de me faire une idée de la valeur des choses. J’ai compris à quel point il est difficile d’obtenir des autorisations, de construire en fonction du zonage, des agences gouvernementales, de la politique, etc. À l’époque, les habitants de ce comté avaient renoncé à leur droit de subdiviser leurs terres en parcelles plus petites, afin de garantir que le secteur reste une communauté agricole plutôt qu’une banlieue-dortoir où l’on ne construit que des logements. Dans les années 1950, la Silicon Valley ressemblait à la Napa Valley. C’était très agricole. Maintenant, tout y est détruit au nom de la croissance. J’ai tout de suite pensé que le vignoble de la Napa pouvait avoir une grande valeur, mais je ne faisais pas vraiment la différence entre les bons terroirs viticoles et les moins bons. Toutes les terres viticoles coûtaient environ vingt-cinq mille dollars l’acre (0,4 hectare, ndlr) et le prix était le même partout, aussi bien dans les collines que dans la vallée. Tout le monde payait le même prix parce que personne ne connaissait la différence de qualité entre les parcelles.
C’est pourtant à partir des années 1970 que la Napa Valley a commencé à faire parler d’elle.
Elle s’est fait connaître après la dégustation de Paris (aussi connue sous le nom de Jugement de Paris, cette dégustation à l’aveugle s’est tenue en 1976 et rassemblait des vins français et californiens, ndlr). Ce fut une sorte de tempête dans un verre d’eau parce que personne ne croyait vraiment en cette région. J’ai enfin pu acheter un petit terrain en 1979, là où se trouve aujourd’hui Meadowood (cet établissement hôtelier de prestige est situé sur les hauteurs de St Helena, au nord de la Napa Valley, au cœur d’une luxuriante colline boisée partiellement touchée par le grand incendie de 2020, ndlr). J’ai reçu alors un appel de Robert Mondavi qui m’a invité à déjeuner. C’était le vigneron le plus célèbre d’Amérique à l’époque ! Il m’a demandé pourquoi j’avais acheté cette propriété. Je lui ai parlé de cette idée romantique et de mon rêve. Il m’a dit qu’il y avait beaucoup de potentiel ici et que la Napa Valley pouvait produire des vins aussi bons que ceux du vieux continent. Je me souviens de ce qu’il m’a dit : « Je vais vous envoyer faire un voyage de deux semaines à Bordeaux, puis en Bourgogne. Cela vous donnera une idée du potentiel de cette vallée ». C’était au mois de novembre 1980. J’ai découvert Bordeaux avec ses magnifiques châteaux, j’y ai rencontré ses familles et découvert le monde du vin. Je ne savais pratiquement rien de tout ça. Et puis la Bourgogne. C’était comme un monde magique qui dépassait de loin ce que je pouvais imaginer. Il m’a vraiment fait un cadeau formidable. En rentrant, j’ai élaboré un plan sur deux cents ans en m’appuyant sur ce qui s’était passé ici, mais aussi en essayant de comprendre, à partir de l’aperçu que j’en avais désormais, ce qu’était l’ancien monde et ce que pouvait donner le potentiel de la Napa. En m’inspirant de ce que j’avais observé en Bourgogne, j’avais compris que les meilleures terres se trouvaient en hauteur et non dans le fond de la vallée. Pas nécessairement au pied de la colline ou à son sommet, mais plutôt en milieu de coteau. Je voulais avoir ce type de terrain parce que j’avais envie de créer quelque chose qui durerait au moins deux siècles. En pensant aux générations futures, je savais que devais commencer avec les meilleures terres.
Mais en Napa, les vignobles les plus célèbres sont installés dans la vallée. Cette idée d’utiliser la pente était très innovante.
Les vignobles dans la vallée ont une production plus élevée. Cela coûte aussi moins cher à planter et à entretenir. Le coût de production est beaucoup plus élevé lorsque vous vous installez dans les collines. Cela n’avait pas beaucoup de sens d’un point de vue économique et, à l’époque, les gens n’investissaient pas beaucoup dans le vin. Je pensais que si nous pouvions nous structurer sur le long terme, la Napa Valley finirait par atteindre tôt ou tard son potentiel et que les gens comprendraient les différences de valeur entre ses terroirs. Au cours des cinq années qui ont suivi, je me suis efforcé de les comprendre, ces terroirs. À l’époque, le vignoble le plus connu pour sa qualité était Martha’s Vineyard, situé à Oakville, au centre de la vallée. Il appartenait à un riche héritier de la côte Est qui vendait ses raisins à Joe Heitz (l’un des winemakers les plus fameux de la Napa, ndlr). Lui produisait plusieurs gammes différentes et le vin de Martha’s Vineyard était le plus cher et le meilleur.

Vous avez cherché et trouvé une propriété dans les collines, qui est devenue Harlan Estate.
L’endroit était entièrement boisé et éloigné de toutes routes. J’y ai acquis 16 hectares avec l’intention d’acheter d’autres terres autour. Il a fallu que je retrouve le propriétaire, qui vivait au Canada, pour le convaincre de me vendre des terrains. Au cours des années suivantes, j’ai progressivement réussi à rassembler 97 hectares. Ces terres dans les collines étaient sauvages, avec une partie très escarpée où l’on ne pouvait rien planter. L’autre partie, idéale pour mon projet, était située à une altitude comprise entre 45 et 380 mètres. Les meilleurs parcelles se situaient en milieu de colline, là où les pentes ne sont pas trop raides, à l’image de ce que j’avais vu en Bourgogne. Elles étaient toutes orientées vers l’est, bénéficiant ainsi du soleil dès le matin. Nous avons commencé à défricher cette partie dans la deuxième moitié de l’année 1984, avant de planter au cours des trois années suivantes. Je craignais les phénomènes d’érosion et que les sols soient emportés par les eaux lors des tempêtes alors j’ai visité des plantations de thé et de riz pour en savoir plus sur l’agriculture dans les collines. C’est à ce moment-là que j’ai décidé que je voulais construire des terrasses.
En parallèle, votre activité immobilière se portait bien ?
Heureusement, parce que ce n’est pas donné de réaliser ce genre de projet. J’avais besoin de mon emploi principal à San Francisco. Je vivais à Sausalito, de l’autre côté du pont du Golden Gate, et je venais dans le vignoble le week-end. J’ai rapidement commencé par acheter des raisins à différents producteurs pour comprendre les terroirs et m’assurer que mon idée n’était pas folle. Je crois que nous avons acheté des raisins issus de près de cent vignobles afin d’en apprendre davantage sur la Napa Valley et sur la vinification. C’est ce qui nous a permis d’acquérir une certaine expérience avant de nous lancer sérieusement. Acheter des raisins et faire du vin a été un apprentissage fait d’essais et d’erreurs. Sur ces cent parcelles, nous en avons sélectionné cinq que nous avons assemblées pour créer les vins de Bond Wines (issus de parcelles de 3 à 4,5 hectares chacune, situées en coteaux et appartenant à des propriétaires spécifiques, vinifiés et élevés par la famille Harlan, les vins de Bond constituent depuis plus de vingt-cinq ans une interprétation originale de la notion de grand cru, adaptée à la Napa Valley et au cabernet-sauvignon, ndlr). Nous avons beaucoup appris au cours de cette période, aussi bien sur les terroirs de la Napa que sur la commercialisation. C’est aussi à ce moment-là que nous avons créé un club d’achat qui constitue aujourd’hui le socle de notre clientèle américaine.

Harlan Estate naît au début des années 1990. Vu de France, où la réputation d’un cru se construit en plusieurs décennies, voire plusieurs siècles, son succès paraît fulgurant.
À ce moment-là, Opus One est rapidement devenu le vin le plus cher d’Amérique. Le vin était issu pour partie des vignobles autour d’Oakville, situés dans la vallée, là où est installée la winery, et pour partie d’un vignoble de colline voisin du nôtre. Je ne pouvais pas vendre le vin d’Harlan Estate plus cher car cela aurait été présomptueux, mais je voulais m’assurer qu’il ne serait pas vendu moins cher. J’étais assez inquiet à l’époque. J’essayais d’anticiper notre situation cinq ans plus tard. L’année où nous avons commercialisé notre premier millésime d’Harlan Estate, nous en produisions déjà depuis treize ans et nous avions constitué des stocks pour être sûrs de pouvoir proposer une grande variété de vins de qualité. Le millésime 1987 a été le premier. Nous ne l’avons jamais commercialisé, tout comme les deux suivants. Nous les avons toujours. Nous avons également produit les millésimes 1990, 1991, 1992, 1993, 1994 et 1995 avant de montrer le moindre vin aux critiques.
Ce premier millésime, vous souvenez-vous de ce que vous en avez pensé ? En étiez-vous fier ?
Je n’étais pas sûr de moi. Je me rappelle avoir écrit à Michel Rolland, que j’avais rencontré en 1987 ou 1988. J’hésitais à demander le point de vue de quelqu’un en dehors des États-Unis. Tous les vignerons ici étaient allés à Davis (l’université d’œnologie de Californie, ndlr), où ils avaient tous appris les mêmes méthodes. Je souhaitais quelqu’un qui m’expose un point de vue différent. Michel Rolland était un expert. Je lui ai expliqué ce que je voulais faire et j’ai tenté de le convaincre de travailler en exclusivité avec nous, ce qu’il ne souhaitait pas. Quoi qu’il en soit, il a commencé à collaborer avec nous et cela dure toujours.
Qu’est-ce que Michel Rolland a apporté à votre réflexion sur les vins ?
Beaucoup de choses par rapport à ce que faisaient les autres. Les trois ou quatre premières années de notre collaboration ont surtout consisté à comprendre le terroir et à apprendre une viticulture et une vinification différentes de ce qui se faisait aux États-Unis. Nous constations, lorsque nous vendangions plus tard, que le fruit était vraiment parfait. Bob Levy était alors notre winemaker. Cory Empting, qui a aujourd’hui la charge de la vinification, nous a rejoints à ce moment-là. Comme Michel Rolland ne passait que deux ou trois jours par an en Californie, notre équipe travaillait toute l’année en autonomie et lui présentait nos assemblages quand il était là. Le retour de Michel était précieux. À partir du XXIe siècle, je pense que nous avons commencé à faire des vins différents. Les vignes vieillissaient. Nous sommes passés d’un travail sur la qualité à un travail pour exprimer avec le plus de pureté possible le caractère des terroirs. Treize ans d’apprentissage auront été nécessaires.
Avec le recul, comment expliquez-vous le succès de Harlan Estate ?
Le plus important pour moi était de construire pour les générations futures. Je ne dis pas que nous avons tout compris dès le début, mais nous avons persisté à travailler très dur et la génération suivante s’est concentrée sur la manière d’aller au-delà de ce que nous avions fait. Les vingt dernières années de notre histoire sont très différentes des vingt premières. Je pense que nous avons fait de grands progrès. Mon travail consistait à trouver les bons terroirs, constituer une équipe et créer une culture forte à transmettre, avec une vision claire et des objectifs. Nous avons suivi trois méthodes différentes. La première, grâce à une réflexion rationnelle, consiste à élaborer un plan d’exécution. La deuxième est l’apprentissage empirique, qui s’apparente davantage à une méthode scientifique. Et la troisième est l’intuition, qui vient avec les expériences et permet de commencer à voir des schémas se dessiner. Je pense que la continuité est un élément central de notre culture, qui repose sur l’apprentissage continu et l’ouverture d’esprit, jamais sur la révolution.
Vous vous êtes ensuite engagé dans l’aventure Promontory, peut-être encore plus ambitieuse. Pourquoi et comment ?
Promontory était une opportunité incroyablement intéressante. Pouvoir la saisir après toutes ces années, c’était comme attraper la foudre dans une bouteille ! Nous avons acheté le vignoble puis le site de la cave en 2008. Presque tout le terrain avait été laissé à l’abandon au cours du XXe siècle. J’avais l’habitude d’aller dans ces collines le week-end, seul, faire de la randonnée avec une boussole et une machette. J’essayais de déterminer à travers les broussailles ce que nous pourrions planter sur ces terres, quels arbres protéger, quelles routes construire, etc. Je m’arrêtais toujours à l’endroit où se trouve aujourd’hui la cave de Promontory. Je me disais qu’un jour j’achèterais ce terrain si j’en avais la possibilité et s’il était disponible. Quand cela a pu se faire, je me suis efforcé de concrétiser mes idées. Depuis, je crois que nous avons été au-delà de ce que nous avions imaginé.
Le succès de Promontory a été presque immédiat. Comment l’expliquez-vous ?
C’est en partie une question de chance, parce que le timing était très bon. Robert Parker nous a donné beaucoup de crédibilité à l’époque. Il avait beaucoup de pouvoir et j’ai eu de la chance qu’il soit là. La Napa Valley a évolué en dix ans. Il faut se souvenir aussi que cela aurait pris sans doute cinquante ou soixante ans de plus sans le phylloxéra qui a détruit le vignoble historique, qui n’était pas adapté. Donc, pour moi, tout est une question de chance ou de destin, combiné à une vision et à la constitution d’une bonne équipe. Je me sens aujourd’hui très chanceux de pouvoir travailler avec notre winemaker Cory Empting et que mes enfants, Will et sa sœur Amanda, s’intéressent de près à ce projet.
D’après votre expérience, quelles sont les clés pour réussir dans le vin ?
Pour qu’une entreprise dure longtemps, je crois que trois éléments sont vraiment importants. Être implanté sur un vrai terroir, être une entreprise familiale et ne pas avoir de dettes. Dans le domaine agricole en particulier, on est à la merci de la nature et donc vulnérable en période difficile. Au début, je n’avais pas l’argent nécessaire pour ces projets et j’ai donc emprunté. L’idée est aussi de créer une culture forte. Pour cela, le plan sur deux cents ans m’a beaucoup aidé. Vous n’avez pas besoin de gagner beaucoup d’argent dès le début, mais il faut avoir la patience de commencer lentement et de construire pas à pas afin de ne pas être à la merci des prêteurs ou du monde des affaires. L’évolution est vraiment itérative. À chaque étape, il faut prendre du recul et questionner ce que l’on a appris, s’adapter à ses chances de réussite et s’assurer de pouvoir durer longtemps. Et surtout, aimer ce que l’on fait.
Qu’est-ce que vous voulez dire par là ?
Ce que je veux dire, c’est que je vis dans un laboratoire d’essais permanents. Je défriche des terres, je les découvre et je les plante. C’est comme un terrain de jeu. Ensuite, il faut essayer de trouver comment élaborer un produit excellent tout en apprenant à susciter l’intérêt, la demande et le désir des gens. Quand j’étais plus jeune, juste après la guerre, j’étais jardinier. Pendant la guerre, tout le monde avait des « jardins de la Victoire » car on ne pouvait pas acheter de fruits ou de légumes frais. Tout était rationné. J’ai commencé à travailler la terre dès l’âge de six ou sept ans. Puis, quand j’ai été assez grand pour pousser une tondeuse à gazon, je me suis occupé de la pelouse, puis des fleurs, etc. J’aime l’odeur de la terre travaillée et la sensation, lorsque j’arrive dans nos vignobles, de savoir qu’il y a tous ces animaux dehors. Des cerfs, des lynx roux, des pumas, des dindes sauvages, des renards, il y a de tout.
La demande et le désir sont donc la clé de votre succès.
Nous ne nous considérons pas comme une entreprise commerciale vendant du vin. Notre activité consiste à établir des relations. D’abord, il y a les consommateurs, nos clients. Et il y a les distributeurs, les importateurs, les négociants. C’est important de s’assurer que le produit se trouve aux bons endroits1. Pour cela, il faut établir des relations, créer un désir et une confiance avec les professionnels du secteur avec qui l’on doit pouvoir partager ce succès. Ils doivent réaliser des bénéfices tout au long du processus. Il faut que ce soit gagnant-gagnant si l’on veut durer. Nous avons également décidé de nous concentrer vraiment sur le cabernet-sauvignon si nous voulions être parmi les meilleurs au monde. Nous pensons que notre objectif sous-jacent est d’élever l’esprit des gens, les aider à se sentir eux-mêmes à travers le plaisir du vin. Notre public est à la fois curieux, intéressé et averti. Notre rôle est de l’accompagner dans sa découverte du vin, en répondant à sa curiosité tout en lui donnant un certain niveau de connaissance. Cela fait partie de notre responsabilité.

En visitant Harlan Estate et Promontory, et en dégustant les vins, on ressent immédiatement la singularité de votre travail et celui de votre équipe. On sent qu’il y a une culture d’entreprise. Comment la définiriez-vous ?
Nous ne devons pas oublier la raison principale pour laquelle nous sommes dans ce secteur. Notre équipe est uniquement constituée de personnes qui considèrent leur travail comme une vocation. Quels que soient le poste, le domaine d’expertise, les compétences ou les talents, notre métier implique de travailler ensemble et de pouvoir ainsi créer plus qu’on ne le ferait individuellement. Les piliers de notre culture, c’est d’aider les gens à devenir ce qu’ils sont. Qu’ils réussissent au travail et dans leur vie, qu’ils ressentent un sentiment d’épanouissement et qu’ils puissent donner le meilleur d’eux-mêmes. L’idée est de trouver un sens plus grand dans lequel nous croyons tous, une vision et des valeurs communes. C’est l’une des choses que nous considérons comme les plus importantes.
1. Harlan Estate est importé en France par Vins du Monde (vinsdumonde.fr) et Promontory est distribué en France et dans le monde par l’intermédiaire de certains négociants de la place de Bordeaux.
