Depuis 2023, Trimbach, la grande maison de Ribeauvillé est en pleine mutation avec une nouvelle génération à l’œuvre. Anne et Frédérique, les enfants de Pierre Trimbach, travaillent aux côtés de Pauline et Julien, les enfants de Jean Trimbach. Chacun a une mission précise, entre la vinification, le marketing, le commercial et la communication. Les vins sont désormais certifiés bio, aussi bien ceux produits à partir des 70 hectares en exploitation que ceux issus des achats de raisins. Des changements qui n’empêchent pas le domaine d’être fidèle à ses traditions, toujours respectées, tout comme la hiérarchie de la gamme au sommet de laquelle le mythique vin du clos Sainte-Hune règne en majesté depuis plus d’un siècle. À l’occasion de la sortie du millésime 2019, qui lui aussi fera date, la maison fêtait ainsi récemment les cent ans du millésime 1919 de sa cuvée de légende, le premier étiqueté sous ce nom du vin issu de ce clos cultivé depuis toujours ou presque, au moins depuis que les Romains ont introduit la vigne en Alsace. D’une surface modeste (1,67 hectares en coteau, sur une légère pente au sud-est, au cœur des 26,18 hectares du grand cru Rosacker), le clos Sainte-Hune surplombe le village d’Hunawihr et sa célèbre église mixte du XVe siècle. Ses vieilles vignes de riesling sont plantées sur un sol de Muschelkalk (« calcaire coquiller » en allemand) calci-magnésique qui leur assure de bonnes réserves hydriques, ce qui explique la grande régularité des vins issus du lieu. « Le Sainte-Hune n’est pas forcément le plus grand vin d’Alsace tous les ans, mais sa régularité est la marque d’un grand vin », précise Julien Trimbach. Avec une roche-mère affleurante dans le haut du clos, la minéralité est le marqueur présent à chaque millésime. Cette sensation qui ne fait que se renforcer avec le temps a longtemps permis d’équilibrer les sucres parfois résiduels que l’on retrouvait dans les vins des millésimes du XXe siècle, tout en allongeant les fins de bouche. Le domaine divise le clos en quatre ou cinq parcelles, vendangées à la main. Les vignes les plus jeunes ont aujourd’hui une quarantaine d’années et les plus anciennes ont été plantées avant les années 1950. Rares dans l’histoire de la cuvée, les millésimes 1989 et 1983 sont à l’origine d’une production de vendanges tardives. Pierre Trimbach se souvient : « En 1983, c’était voulu, mais pas en 1989. Je m’en souviens car j’étais dans les vignes et le clos n’a produit exclusivement que des vins en vendange tardive cette année-là. Certains secteurs avaient même le potentiel pour faire des sélections de grains nobles, que nous avons étiquetée sous le nom “VT hors choix” ». Tous les vieux millésimes de ce vin alsacien mythique sont rebouchés quand la maison le juge nécessaire.
La dégustation
Clos Sainte-Hune 2019
Robe pâle. Un départ terpénique (terpènes nobles) avec une puissance minérale
qui s’installe déjà dans le verre. L’aération révèle de savoureux parfums de citron confit
et frais, avec une pointe de fruits de la passion et quelques touches florales (iris) et épicées (poivre blanc). Tout en finesse et en subtilité, c’est un monument de verticalité et de tension qui affiche la chair propre à un millésime de haute maturité, avec de la rondeur, même si c’est un vin sec. Finale de grande persistance, avec une acidité fondue qui apporte un supplément de longueur sans mordant. Il sera à la hauteur de ce vin de légende et atteindra sans aucun doute la perfection une fois à son apogée.
99/100
Clos Sainte-Hune 2009
Robe or blanc. Le nez très solaire et puissant, sur les notes de fruits confits, est toujours
dans le registre aromatique des agrumes avec aussi quelques touches de fruits blancs (poire passe-crassane) et exotiques (banane). La maturité du raisin se ressent dans
la bouche onctueuse, riche et sphérique, plus monolithique que celle du millésime 2019.
97/100
Clos Sainte-Hune 1979
Robe ambrée bien prononcée. Il est dans l’âge de la maturité, avec une acidité fondue
et intégrée qui participe à sa finesse et à sa longueur en bouche. Quelques notes de champignons nobles et de sous-bois, avec des touches végétales (feuilles séchées) lui donnent de la complexité et de la délicatesse. C’est désormais à table, aux côtés de mets nobles et délicats comme un turbot crémé, qu’il révélera tout son génie.
95/100
Clos Sainte-Hune 1976
Robe ambrée foncée, avec des reflets bruns clairs. Le nez fastueux est immédiatement dominé par une pointe mentholée très noble avec des notes de citron et de citron vert à l’aération. Un peu de botrytis à la vendange a donné un gras et un moelleux de texture qui, avec le temps, procure un étonnant confort de bouche. Ce vin appelle des sauces riches, avec du foie gras ou des champignons. Réussite magistrale à la finale très persistante et salivante où l’acidité revient, ce qui trahit l’insolente jeunesse de ce vin sur qui les années n’ont pas prise.
100/100
Clos Sainte-Hune 1971
Robe plus pâle que celle du millésime précédent, due aux raisins parfaitement sains de l’année 1971. Moins multidimensionnel et moins opulent, il a d’autres atouts, comme de remarquables nuances racinaires au nez comme en bouche (céleri, truffe blanche). Fin et raffiné, c’est dans les accords gastronomiques qu’il fera la différence.. Superbe élan tonique et salivant en finale, où l’acidité est présente avec élégance.
99/100
Clos Sainte-Hune 1967
Servi au dîner de gala à l’Auberge de l’Ill (deux étoiles Michelin), avec la cuisine de l’exigeant Marc Haeberlin, ce vin exceptionnel a accompagné merveilleusement le tournedos de pigeon au chou, foie gras et truffes. Grand moment de dégustation : le sucre résiduel de la jeunesse s’est fait texture pour donner aujourd’hui un vin moelleux, mais sec dans sa saveur, entre puissance et persistance. Sa minéralité supportait aussi bien le jus corsé que la chair du pigeon.
100/100
Clos Sainte-Hune 1966
Profil aromatique atypique dans la série avec un fruité qui a laissé la place aux notes d’épices (poivre), de feuilles séchées, de bois sec. La bouche est verticale, encore serrée, avec une tension marquée et une acidité salivante. Un saint-hune en longueur et d’une grande fraîcheur. Quelle jeunesse !
98/100
