À l’ombre dorée de château d’Yquem, la viticulture s’est offert un bain de jouvence. « Terroir d’idées », premier hackathon viticole porté par le lycée de La Tour Blanche et l’association franco-québécoise Fusion Jeunesse, a réuni une centaine de lycéens et d’apprentis en février dernier. Trente projets ont été pitchés, pour parler autrement de vigne, de vin et de raisin à leur génération.
La filière traverse une crise d’image ; les jeunes, eux, cherchent du sens et des perspectives. À l’approche du Salon de l’agriculture, le pari est clair : redonner de l’attractivité en confiant la réflexion à ceux qui ne viennent plus spontanément au vignoble. Depuis avril 2025, à Bommes, les élèves, de la 3e au BTS, enchaînent idéathons et ateliers. Ils se glissent dans la peau d’entrepreneurs ou de responsables de domaine pour conjuguer transition climatique, viabilité économique et sens au travail. Adossé à Château La Tour Blanche, premier grand cru classé, avec le soutien d’Yquem et du Campus régional de la vigne et du vin (dynamique NAVI), le lycée s’affirme comme un laboratoire d’idées pour le futur vitivinicole.
Grand oral de la vigne nouvelle génération
Le 5 février, à Yquem, place au grand oral. Face à un jury réunissant notamment Miguel Aguirre (La Tour Blanche), Thomas Robert et Lorenzo Pasquini (Yquem), Emmanuel Danielou (Campus) et Fusion Jeunesse, les pitchs s’enchaînent. Premier défi : dépasser la bouteille. Six fresques redessinent l’imaginaire du raisin. Le prix « Création » (parrainé par le Campus) distingue les lycéens Nolan Bourrieau et Margot Zambelli pour leur fresque sur les nouveaux usages du raisin. Un Prix Coup de cœur revient au triptyque De l’or dans les mains, de Louanne Clipet, Diane Danonville, Justine Dufort et Lisa Chaumont (BTS 2), réalisé à partir de lies de vin : une œuvre qui relie biodiversité, métiers, alimentation, cosmétique et spiritueux, et célèbre le potentiel infini du raisin.
Deuxième défi : imaginer une boisson pour la Génération Z sans trahir l’excellence de La Tour Blanche (premier grand cru classé en 1855). Les BTS 1 Kylian Alonso, Grégoire Lacroix, Thomas Vignes et Gabin Pinto remportent le Prix Produit avec un Kombucha de La Tour Blanche aux raisins de Sauternes, en canette. « Fini les sodas sans âme. Dans les années à venir, on sert du kombucha », lancent-ils. Miguel Aguirre reconnaît avoir été interpellé : « Il faut écouter cette parole-là et la traduire d’une certaine façon. Ce qui m’a plu […] c’est qu’il y a quand même une notion de fermentation et de travail. » Une expérimentation n’est pas exclue sur les parcelles pédagogiques.
Troisième défi : réinventer une maison bourgeoise de 1 000 m² attenante à Quem. Les BTS 2 Louis Bluck, Nello Bourige, Lilian Franquet et Lukas Menkarska remportent le prix « Projet » avec Sau’Thermes, un spa quatre saisons situé sur la source originelle du château, avec une fontaine centrale comme point d’entrée et un parcours épousant le cycle de la vigne. Immersion, pédagogie, œnotourisme sensible. Coup de cœur aussi, sur le même thème, pour le « dôme de verre pour rêver et se délier » que Timéo Bert (1re Viticole) verrait bien s’élever devant la bâtisse. Lorenzo Pasquini s’est montré « sensible à cette capacité à réfléchir un peu en dehors des codes. C’est toujours source d’inspiration. » De son côté, Jean-Louis Nembrini, vice-président de la Région Nouvelle-Aquitaine, a salué cette tribune offerte aux élèves, évoquant la nécessité d’un « désordre créatif ».
Les projets lauréats bénéficieront, selon les défis, de parrainages, d’accompagnements, de mobilités et, pour certains, de possibilités de concrétisation réelle avec les partenaires.
