Portrait : Clémence de Pourtalès, dix vendanges au château Doyac

En 2016, Clémence de Pourtalès rejoignait ses parents au château Doyac, propriété familiale du Haut-Médoc. Dix millésimes plus tard, elle y a imprimé sa marque, de nouveaux cépages à la biodynamie, et prépare désormais la reprise du domaine

En 1998, Max et Astrid de Pourtalès achètent Château Doyac, un domaine d’une vingtaine d’hectares à Saint-Seurin-de-Cadourne, dans le Haut-Médoc. Lui, ancien financier, avait découvert la viticulture quelques années plus tôt au château de Malleret, propriété de son beau-père Bertrand du Vivier ; elle venait de la scène théâtrale new-yorkaise.

Leur fille Clémence se forme avant de prendre pleinement sa part : Lynch-Bages, Villa Maria en Nouvelle-Zélande, un diplôme d’œnologue puis une première vinification à Phélan-Ségur en septembre. À Doyac qu’elle rejoint pour les vendanges 2016, il lui reste encore à apprendre le quotidien d’un domaine : conduire un tracteur, travailler dans les vignes, tandis que la famille engage la conversion du vignoble à l’agriculture biologique.

Dès 2017, Clémence plante une parcelle de sauvignon blanc, un choix peu attendu dans le Haut-Médoc, dont elle produira la cuvée Le Pélican. Chardonnay, pinot noir et cabernet franc ont ensuite complété ce terrain d’expérimentation, aux côtés de la gamme historique qui reste le cœur des ventes. « J’ai eu mes idées, que j’ai pu mettre en place », résume-t-elle simplement. Certifié bio en 2018, le domaine (aujourd’hui 34 hectares, dont 24 de vignes) passe également à la biodynamie en 2019, sous certification Demeter. Quatre cochons kunekune, adoptés chez un maraîcher du Périgord, désherbent entre les rangs, où picorent aussi des poules, non loin des chevaux, retraités du polo, qui entretiennent les prairies. « Je cherche à avoir un sol vivant », dit-elle.

En 2026, sous l’impulsion de Clémence, Château Doyac rejoint Vignerons AVenir, un dispositif de mécénat de compétences lancé en 2024 par Cheval Blanc, Lafite Rothschild, Petrus et Yquem pour accompagner des propriétés bordelaises dans leurs projets de développement ou de reprise. Avec Lafite Rotshchild, Clémence de Pourtalès travaille notamment sur ses rendements, 35 à 40 hectolitres par hectare en moyenne, les choix de replantation, une étude des sols.

L’enjeu est aujourd’hui de reprendre le domaine, qu’elle imagine volontiers mené en binôme. Dix vendanges n’ont pas épuisé sa curiosité : « Ça passe très vite, on apprend tous les ans », sourit-elle.

Château Doyac, Haut-Médoc 2020, rouge
Le sous-bois et les nuances boisées annoncent une matière généreuse. La bouche affirme une personnalité qui gagnera encore en harmonie avec le temps.
91/100, 18,50 €
Très bon vin, Caractère

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