Dimanche, pour la fête des mères, le Syndicat viticole des vins de Francs Côtes de Bordeaux propose
une journée pédestre dans toute l’appellation. Les trois parcours proposés aux marcheurs ont été nommés «la balade des trois clochers» (9,8 km), celle des deux clochers (7,3 km) et celle du clocher (4,6 km).
Quel que soit celui que l’on choisira, le départ et l’arrivée – avec pique-nique géant et marché gourmand de produits régionaux : foie gras, volaille, pain, huîtes, fromages de chèvre, miel – se feront dans le parc du château Puygueraud. Entretemps, on se sera arrêté au château Ad Francos (huîtres et vins blancs secs) et au château Puyfromage (primeurs et grillades). On pourra aussi gagner son poids en bouteilles d’AOC Francs Côtes de Bordeaux, c’est le premier prix du concours proposé aux participants. Pour découvrir les deuxième et troisième prix et acheter son «pass dégustation», on appelle au 05 57 40 66 58.
Balade + pique-nique
Fête des mères, le cadeau vert.
L’habillage est tendre et printanier et la cuvée est rare. Millésime 2004 d’un vin 100% issu de chardonnay provenant d’une sélection de villages classés en grand cru et réputés pour la typicité et la qualité de leurs sols (Chouilly, Cramant, Oger, Le Mesnil-sur-Oger, Avize), le champagne proposé par Nicolas Feuillatte pour fêter les mamans est aussi généreux qu’élégant et subtil. Sa robe est jaune pâle, ses bulles délicates et ses arômes gourmands : miel, fleurs, fruits blancs et notes d’agrumes. 38 euros, chez Nicolas Feuillate
à Paris (254, rue du Faubourg Saint Honoré. Tél. : 01 42 27 61 19) et à Chouilly (Tél. : 03 26 59 55 65) et chez les cavistes sélectionnés (liste des points de vente au 03 26 59 55 92).
Fête des mères, le cadeau rose.
La maison de champagne Lanson propose un coffret monochrome composé de deux coupes de champagne habillées d’un rose tendre et opaque et d’une bouteille de sa cuvée Pink Label. Ce brut rosé aux arômes de rose et de fruits est un assemblage de 32 % de chardonnay, 53 % de pinot noir et 12 % de pinot meunier. Au palais, l’attaque est tendre et l’équilibre harmonieux entre fraîcheur et rondeur. Le prix (conseillé) de ce coffret en édition limitée ? 46 euros. Si l’on est déjà en possession d’un nombre suffisant de coupes de champagne, on peut aussi simplement acheter la bouteille de Pink Label Limited Edition (36 euros).
Le parcellaire chablisien joué par Derenoncourt
Une page se tourne en douceur à Chablis. Michel Laroche s’efface progressivement de la structure qui porte son nom. Après plus de quarante années à sillonner le vignoble et les routes commerciales qui parcourent le monde, à concilier produits traditionnels défendant une identité et démarche marketing adaptée aux exigences d’un consommateur désormais multiple et décomplexé, le vigneron-entrepreneur souhaite prendre un peu de recul, et permettre à d’autres de prolonger cette belle aventure en transmettant le relais le mieux possible. Lorsque les conversations ont commencé avec Antoine Leccia, du groupe Jeanjean, pour rapprocher les deux groupes, le trousseau de la mariée était séduisant. Un vaste vignoble (un trésor en Bourgogne que seul le Chablisien peut offrir), une offre répartie sur quatre zones géographiques (Chablis, Languedoc, Chili, Afrique du Sud), des innovations marketing qui ont contribué à en faire une marque forte (la capsule à vis, notamment) et, bien entendu, une qualité des vins unanimement reconnue. La fusion entre les deux structures a donné naissance à Advini, nous sommes en janvier 2010.
Qui dit nouvelle équipe dit souvent nouvelles idées, nouvelle approche. Sans renier ce qui a été accompli, mais avec la ferme intention d’imprimer sa marque. Le nouveau directeur, Thierry Bellicaud, a fait appel au consultant bordelais Stéphane Derenoncourt, qui suit également d’autres propriétés du groupe, notamment le Château Capet-Guillier à Saint-Émilion. L’homme n’est pas en terra incognita. En relevant le challenge, Derenoncourt réalise un vieux rêve, travailler un sol bourguignon. Et le contexte chablisien convient mieux à son tempérament que celui de la Côte d’Or. Moins médiatisé, moins formaté par des décennies de succès international, on peut librement y donner cours à des initiatives, des expérimentations, des essais. La multitude d’expositions et de topographies, la composition des sols permettent des interprétations très contrastées d’une même appellation.
Quelle est la méthode Derenoncourt ? Répondre à la question n’a aucun sens si l’on ne rencontre pas les hommes et les femmes qui composent son équipe. En effet, ce métier de consultant à distance n’est possible que si l’on sait s’entourer. Avec Grégory Viennois, un ancien de chez Chapoutier et Ferraton avec qui il a déjà travaillé, mais aussi Julien Lavenu, dans son team depuis longtemps déjà malgré sa trentaine à peine entamée, et la très talentueuse Sandrine Audegond, c’est une relation de complicité, indispensable pour déléguer l’essentiel des tâches du quotidien, pour mieux se concentrer sur les objectifs de long terme, et c’est le meilleur moyen pour y parvenir. On comprend mieux pourquoi l’arrivée de Derenoncourt s’est traduite par quelques départs, notamment dans l’équipe technique, c’est la vie des organisations et le monde du vin n’y échappe pas.
Tout démarre par un audit, c’est normal, c’est le célèbre « droit d’inventaire ». Tous les sites du groupe ont été scrutés à la loupe. Sans audit, point d’action, et les premières interventions ne porteront que sur les 2011, les 2010 étant déjà vinifiés et en cours d’élevage lors de son arrivée.
Le point de départ de toute activité viticole, c’est la vigne. Ces dernières années, Michel Laroche et ses équipes avaient entamé une démarche de type bio, non certifiée, si bien que les vignes ont déjà pris les bonnes habitudes. Ira-t-on vers une certification ? Vers la biodynamie ? Il est trop tôt pour répondre, l’essentiel est de ne pas griller les étapes, le climat chablisien n’est pas le plus simple à gérer, avec ses gelées tardives et son humidité importante. Là encore, l’expérience des équipes en la matière est un atout majeur.
La feuille de route de la nouvelle équipe est claire. La priorité, c’est le domaine, les quatre-vingt-huit hectares de vignoble. Une fois que le nouveau savoir-faire maison sera en place, l’activité de négoce suivra, ce qui ne signifie pas qu’elle est mise entre parenthèses.
Dans un premier temps, la nouvelle équipe va repenser le parcellaire. Attribuer à chacun sa parcelle, afin de mieux responsabiliser les vignerons, et leur permettre de suivre leur travail et ses résultats, depuis la vigne jusqu’au verre. Derenoncourt pense même plus loin, il veut l’interparcellaire, c’est-à-dire le parcellaire au sein du parcellaire.
Tout est basé sur l’observation de la vigne. Regarder les rangs de vigne qui mûrissent plus vite, les hauts de coteaux par rapport aux bas, ceux qui sont atteints par des carences, quitte à adapter les traitements et aussi la date de vendange en fonction des relevés du terrain, plutôt que de généraliser un même process à une vaste parcelle. La méthode n’est pas révolutionnaire en soi, mais la mise en place de l’organisation idoine n’est pas si répandue.
L’un de ces chantiers passera par la replantation des parcelles, une tâche herculéenne qui doit se soumettre à plusieurs contraintes. Arracher toute une parcelle signifie un arrêt total de la production durant au moins cinq années, avec, à la clef, une diminution sensible du chiffre d’affaires, à un moment où l’entreprise investit. Et il faut compter une dizaine d’années avant que la qualité de la production ne devienne régulièrement intéressante. Une solution intermédiaire consiste à arracher dix rangées par dix rangées, tous les ans, ce qui affecte peu les volumes produits, mais étend le processus d’arrachage sur plusieurs décennies.
Replanter, en évitant de reprendre les clones productifs des années 1970 et 1980, où l’on privilégiait la quantité de raisin à la qualité et à la concentration. Privilégier des plants qualitatifs, sélectionner le porte-greffe adéquat, Michel Laroche avait bien entamé cette réflexion. Stéphane veut bousculer certaines pratiques locales, notamment en réintroduisant un repos systématique des sols sur deux ou trois ans avant replantation, ce qui permet de mieux éliminer les parasites et les viroses. Pour redonner encore plus de vie aux sols, il souhaite réintroduire des semis d’hiver (des céréales comme l’orge ou le seigle, dont les racines décompactent et aèrent les sols). Sachant que le risque principal à Chablis, ce sont les gelées tardives, celles du printemps. Les semis, en accumulant l’humidité, augmentent le risque destructeur des gelées. Il faut donc tondre tôt, dès le mois de février. Du coup, pour que le système racinaire de ces semis ait le temps de pénétrer efficacement dans les sols, la plantation doit être effectuée au moment des vendanges voire juste avant. Toute une réflexion sur le calendrier qui impose de revoir l’organisation, avec le souci d’impliquer les équipes dans la globalité de la démarche.
Après le travail à la vigne, primordial, viendra celui en cave. Et là, les pistes sont tout aussi nombreuses. Moins se reposer sur des levures sélectionnées mais utiliser plus les levures indigènes, une fois que celles-ci auront retrouvé leur dynamisme. Être moins systématique avec les élevages sous bois, les allonger quand c’est nécessaire et ne pas hésiter à les raccourcir s’il le faut. Goûter, sélectionner, éliminer, essayer de proposer pour chaque cru la quintessence du terroir.
En entendant parler de cette nouvelle approche au plus proche de la parcelle, de cette sélection plus systématique encore, avec son cortège de lots éliminés ou déclassés, on se prend à imaginer que de nouvelles cuvées pourraient voir le jour. Par exemple plusieurs interprétations d’un même cru, mais à la nature de sol variable ? Est-ce envisageable ? Rien n’est exclu, mais il s’agira d’un choix a posteriori, en aucun cas d’une contrainte fixée préalablement par un plan de développement commercial. Les cuvées ne naîtront que si elles s’imposent dès la vigne, c’est le message que martèle Derenoncourt, aller de l’amont à l’aval et pas l’inverse. Peut-être n’y en aura-t-il pas. Premières dégustations dans les mois qui viennent. Les premières d’une longue série.
Guillaume Puzo
Qu’est-ce qu’on fait ce week-end ?
On révise. Droit, œnotourisme, exportations, vente en ligne, packaging, marketing, météo, vendanges, primeurs, production bio, consommateurs, prix : tout ce qui s’est passé dans l’univers du vin en 2011
est rassemblé dans le livre dirigé par Jean-François Trinquecoste, Le vin et ses marchés, Annales 2012, publié aux éditions Féret. Un bilan multidisciplinaire à destination des viticulteurs, négociants, courtiers, œnologues, cavistes, restaurateurs, sommeliers et étudiants en tout ce qui précède ? Ca s’appelle une bible, et cela réjouira aussi les curieux. 144 pages, 24,50 euro.
On admire. Aux journées Portes Ouvertes en Cadillac Côtes de Bordeaux qui se tiennent ces deux prochains jours, il ne sera pas question que de vin. Un ballet de voitures anciennes (Panhard, Maserati, Bentley, Lincoln, Jaguar…) parcourra le vignoble par groupes de quatre ou cinq de la même époque. Outre le fait que trente-neuf châteaux de l’appellation accueilleront les visiteurs de 10 h à 19 h, cette 17e édition est aussi l’occasion de découvrir le tout nouveau Musée de la Vigne et du Vin, inauguré aujourd’hui. Un cours d’œnologie gratuit, une randonnée pédestre ou encore un concert dans le cadre d’un domaine ?
Tout le programme ici.
On réserve. Mardi soir au Château Soutard, les chais accueillent pour la première fois le festival de musique «Les Grandes heures de Saint-Emilion». Gautier Capuçon viendra interpréter deux chefs-d’œuvre du répertoire classique (les Variations pour violoncelles et piano de Beethoven + la Sonate n°2 de Brahms) ainsi qu’une œuvre contemporaine qui a été spécialement écrite pour lui et sa femme, Delphine Capuçon, également violoncelliste, par le pianiste et compositeur Jérôme Ducros : Trio pour deux violoncelles et piano. On pourra féliciter ces trois artistes à l’issue du concert autour d’un verre du grand cru classé de ce domaine, propriété de l’assureur AG2R La Mondiale. Tarif du concert : 33 euro, programme complet du festival et réservation ici.
On inaugure. C’est parti pour la 16e édition de «Bien boire ou boire bien ?», la série de rendez-vous que
le Syndicat des vignerons de Cairanne organise à l’intention du public chaque «dernier samedi du mois» jusqu’au 29 septembre. Première session demain, de 11 h à 13 h, sous la houlette de l’œnologue Mathieu Bernoud, autour de deux cuvées sélectionnées le 26 avril dernier par le jury de la Cuvée Alliance parmi
les Côtes du Rhône Villages Cairanne du millésime 2010 en rouge et 2011 en blanc. Cette dégustation gratuite aura lieu au domaine Les Grands Bois à Sainte Cécile Les Vignes.
On encourage. Dimanche, dans les vignes de Crozes-Hermitage, ça court, ça pédale et ça déguste.
C’est le 6e «Triathlon du Sommelier», trois parcours de VTT (12, 19 ou 24 km), deux de courses à pieds
(3,8 et 7,5 km), deux cents concurrents et vingt cuvées à déguster à l’aveugle lors des ravitaillements. Départ et arrivée (avec pique-nique) au parc du Chayla à Tain l’Hermitage. Des animations sont prévues pour les plus jeunes, ainsi qu’un marché des vins de Crozes-Hermitage.
Top Vins 2012
On en avait parlé en mars, quand les vingt jurés de cette dégustation à l’aveugle s’était réunis à Paris,
au Bistrot du Sommelier de Philippe Faure-Brac, pour sélectionner les meilleures cuvées (parmi 38) du millésime 2011 de l’appellation Entre-deux-Mers. Aujourd’hui, c’est l’heure se se faire sa propre idée sur
la question du blanc qu’on choisira pour l’été. Voici les vingt lauréats :
Château Beauregard Ducourt
Bernard Ducourt (5e nomination)
Cépages : 85% Sauvignon, 15% Sémillon sur sols argilo-calcaires.
Vinification : Vignes en culture raisonnée. Macération pelliculaire de 24h. Fermentation 15 jours en cuves inox à 18°C. Élevage en cuves et mise en bouteilles à la propriété.
Dégustation : Robe brillante aux reflets verts. Nez fin et délicat sur des notes de fleur d’oranger. Bouche charnue, aromatique et équilibrée.
Prix public conseillé : 4 euro.
Tél. : 05 57 34 54 00
Château Bonnet
André Lurton (7e nomination)
Cépages : 55% Sauvignon blanc, 30% Sémillon, 15% Muscadelle sur sols argilo-calcaires et boulbènes.
Vinification : Vendanges mécaniques avec tri manuel, macération pelliculaire, fermentation encuves inox thermorégulée. Élevage sur lies de 4 mois.
Dégustation : Robe lumineuse. Nez aux arômes intenses de pamplemousse, de buis et de fleur d’acacia. Attaque fraîche et citronnée. Bouche riche et suave avec une persistance aromatique sur des notes d’agrumes et de pêches jaunes.
Prix public départ cave : 6,50 euro.
Tél. : 05 57 25 58 58
Château Chantelouve
Laurent Lescoutras (5e nomination + Coup de cœur du jury)
Cépages : 60% Sauvignon, 30% Sémillon, 10% Muscadelle sur sols argilo-calcaires.
Vinification : Macération pelliculaire pour 50%. Élevage sur lies de 30/40 jours.
Dégustation : Robe d’un beau jaune pâle étincelant. Nez sur les fruits jaunes et l’abricot sec. Bouche équilibrée entre fraîcheur citronnée et finesse minérale.
Prix public départ cave : 3,70 euro.
Tél.: 05 56 23 90 87
Château de Fontenille
Stéphane Defraine (7e nomination + Coup de cœur du jury)
Cépages : 40% Sauvignon blanc, 20% Sauvignon gris, 20% Sémillon, 20% Muscadelle sur sols argilograveleux.
Vinification : Culture raisonnée. Macération pelliculaire avec contrôle des températures. Élevage sur lies fines.
Dégustation : Robe claire, jaune dorée. Nez franc aux arômes d’agrumes et de pêche blanche. Bouche vive et ample, d’un parfait équilibre. Joli gras et finale légèrement poivrée pourvue d’une belle longueur.
Prix public départ cave : 6,60 euro.
Tél. : 05 56 23 03 26
Château Gabachot
Jean Fernandez (2e nomination)
Cépages : 90% Sauvignon, 10% Muscadelle sur sols argilo-calcaires.
Vinification : Débourbage à froid, fermentation alcoolique à 18°C de 10 jours. Élevage sur lies de 3 mois.
Dégustation : Bel éclat jaune brillant aux reflets verts. Nez de buis et de genêt sur des arômes d’agrumes, fruits exotiques, fruits de la passion, poire. Bouche fraîche et volumineuse, bien équilibrée avec une longue persistance aromatique.
Prix public départ cave : 4 euro.
Tél. : 05 56 71 51 24
Château La Grande Métairie
Jean-Luc Buffeteau (2e nomination)
Cépages : 40% Sauvignon blanc, 40% Sauvignon gris, 20% Muscadelle sur sols argilo-calcaires.
Vinification : Macération pelliculaire et fermentation thermorégulée. Élevage sur lies fines
pendant 3 mois.
Dégustation : Robe pâle aux reflets jaunes. Nez intense de pamplemousse rose avec des notes de bourgeons de cassis et de buis. Attaque souple, sur les arômes de fruits et de fleurs, avec en finale une belle persistance aromatique. À déguster dans les 2 ans.
Prix public départ cave : 4,25 euro.
Tél. : 05 56 61 97 59
Château Haut Garriga
Alain Barreau (7e nomination)
Cépages : 70% Sauvignon, 30% Sémillon sur sols argilo-calcaires.
Vinification : Macération pelliculaire de 8h. Élevage sur lies fines pendant 2 mois.
Dégustation : Robe d’un bel ocre clair. Nez d’agrumes et de fleurs. Bouche ronde et vive sur la fraîcheur.
Prix public départ cave : 3,70 euro.
Tél. : 05 57 74 90 06
Château Lagrange
Olivier Lacoste (2e nomination)
Cépages : 70% Sauvignon blanc, 30% Sémillon sur sols argilo-siliceux.
Vinification : Macération pelliculaire et fermentation thermorégulée. Élevage sur lies fines pendant 5 mois.
Dégustation : Nez fin dominé par les arômes de tilleul et d’aubépine. Bouche souple et harmonieuse sur une finale acidulée et fruitée.
Prix public départ cave : 6 euro.
Tél. : 05 56 72 15 96
Château Lalande Labatut
Isabelle et Régis Falxa (4e nomination)
Cépages : 45% Sauvignon blanc, 45% Sauvignon gris, 5% Sémillon, 5% Muscadelle sur sol argilocalcaire.
Vinification : Macération pelliculaire, débourbage à froid, fermentation à basse température. Élevage sur lies fines.
Dégustation : Nez de fleurs et de fruits exotiques. Bouche aux notes d’agrumes, de litchi, de poire. Attaque vive et franche. Beau volume et persistance aromatique longue.
Prix public départ cave : 6,60 euro.
Tél. : 05 56 21 23 18
Château La Lande de Taleyran
Jacques Burliga (3e nomination)
Cépages : 50% Sauvignon, 30% Sémillon, 20% Muscadelle sur sols argilo-siliceux et argilograveleux.
Vinification : Traditionnelle et fermentation thermorégulée en cuves inox.
Dégustation : Nez de buis et d’agrumes. En bouche se dévoilent les arômes de fruits exotiques.
Prix public départ cave : 5,50 euro.
Tél. : 05 56 72 98 93
Château Landereau
Bruno Baylet (7e nomination)
Cépages : 35% Sauvignon blanc, 15% Sauvignon gris, 40% Sémillon, 10% Muscadelle sur sols argilo-siliceux.
Vinification : Tri à la récolte et égrappage. Macération pelliculaire et fermentation contrôlée à 16°C. Vinification en cuves. Élevage sur lies de 3 mois.
Dégustation : Robe jaune pâle brillante. Nez expressif de fruits exotiques, fruits blancs et agrumes. Attaque fraîche. Bouche charnue et équilibrée sur une finale persistante.
Prix public départ cave : 5,50 euro.
Tél. : 05 56 30 64 28
Château Lestrille
Estelle Roumage (7e nomination + Coup de cœur du jury)
Cépages : 86% Sauvignon, 14% Muscadelle sur sols de boulbènes.
Vinification : Ramassage à pleine maturité. Macération pelliculaire de 12h sur les Sauvignons. Fermentation longue à basse température. Élevage sur lies en cuves de 4 mois.
Dégustation : Nez mûr sur des arômes de fruits blancs. Bouche dense, pleine et longue sur une finale de fruits exotiques.
Prix public départ cave : 5,70 euro.
Tél. : 05 57 24 51 02
Château Marjosse
Pierre Lurton (4e nomination)
Cépages : 50% Sauvignon blanc, 15% Sauvignon gris, 25% Sémillon, 10% Muscadelle sur sols argilocalcaires.
Vinification : Vendanges mécaniques, manuelles sur les vieilles vignes. Fermentation à basse température. Élevage sur lies de 2 mois.
Dégustation : Robe or pâle aux reflets verts. Nez fruité et floral sur des notes d’ananas, d’iris et de laurier. Bouche vive et charnue avec une belle finale citronnée.
Prix public départ cave : 8,50 euro.
Tél. : 05 57 55 57 80
Château Martinon
Jérôme Trolliet (6e nomination)
Cépages : 25% Sauvignon blanc, 10% Sauvignon gris, 60% Sémillon, 5% Muscadelle sur sols argilocalcaires.
Vinification : Macération pelliculaire, maîtrise des températures. Élevage sur lies fines.
Dégustation : Belle robe or brillante. Nez intense de fruits blancs, d’abricots et d’agrumes. Bouche ronde, fraîche et d’une bonne vivacité. Finale longue avec un joli retour fruité.
Prix public départ cave : 5,50 euro.
Tél. : 05 56 61 97 09
Château La Mothe du Barry, Cuvée French Kiss
Joël Duffau (5e nomination)
Cépages : 40% Sauvignon blanc, 20% Sauvignon gris, 30% Sémillon, 10% Muscadelle sur sols de boulbènes.
Vinification : 25% de macération pelliculaire, stabulation à froid, contrôle des températures. Séjour sur lies fines jusqu’à la mise en bouteilles.
Dégustation : Robe or pâle à reflets verts. Nez d’ananas confit, aux notes de fleurs blanches et de laurier. Bouche ample et charnue avec une finale longue sur des arômes de fruits blancs mûrs.
Prix public départ cave : 4,75 euro.
Tél. : 05 57 74 93 98
Château Nardique La Gravière
Philippe Thérèse (6e nomination)
Cépages : 40% Sauvignon blanc, 10% Sauvignon gris, 40% Sémillon, 10% Muscadelle sur sols de boulbènes et argilo-calcaires.
Vinification : Vendange mécanique avec tris, macération pelliculaire à 18°-20°C. Fermentation en cuve inox thermo régulée, 20 à 30 jours. Élevage sur lies fines jusqu!à la mise en bouteilles.
Dégustation : Robe jaune pâle aux reflets cristallins. Nez intense et expressif de fruits mûrs, d’agrumes, d’épices fines sur une note minérale. Attaque vive et fraîche avec une finale légèrement citronnée.
Prix public départ cave : 5 euro.
Tél. : 05 56 23 01 37
Château Tour de Mirambeau
Thibault Despagne (7e nomination)
Cépages : 40% Sauvignon, 40% Sémillon, 20% Muscadelle sur sols argilo-calcaires.
Vinification : Vendange mécanique avec tris. Vinification par gravité, pressurage lent, fermentation
en cuve inox 20-30 jours à 18°C. Élevage en cuve inox sur lies fines jusqu’à la mise en bouteilles.
Dégustation : Nez de pamplemousse et de fleur de tilleul. Bouche généreuse tout en légèreté.
Prix public départ cave : 8 euro.
Tél. : 05 57 84 55 08
Château Les Tuileries
Jean-Michel Menguin (nouveau talent)
Cépages : 70% Sauvignon blanc, 30% Sémillon, sur sols argilo-calcaires et argilo-graveleux.
Vinification : Vinification à froid. Élevage sur lies.
Dégustation : Nez d’agrumes sur des notes florales, de buis, de cassis. Belle acidité en bouche avec une finale fruitée sur la pureté.
Prix public départ cave : 5 euro.
Tél. : 05 56 23 61 70
Château Turcaud
Stéphane Le May (4e nomination)
Cépages : 45% Sauvignon blanc, 10% Sauvignon gris, 42% Sémillon, 3% Muscadelle sur sols de graves et de boulbènes.
Vinification : traditionnelle sur vendange éraflée. Macération pelliculaire de 16h. Élevage en cuve inox.
Dégustation : Le nez est sur la finesse des arômes de fleurs. La bouche mise sur l’élégance du fruit.
Prix public départ cave : 5,50 euro.
Tél. : 05 56 23 04 41
Château Vignol
Dominique Doublet (5e sélection)
Cépages : 60% Sauvignon blanc, 10% Sauvignon gris, 20% Sémillon,10% Muscadelle sur sols argilocalcaires.
Vinification : Fermentation avec contrôle des températures. Élevage sur lies une quinzaine de jours.
Dégustation : Nez sensuel de fruits blancs. Belle maturité et vivacité sur une finale généreuse et équilibrée.
Prix public départ cave : 6 euro.
Tél. : 05 57 24 12 93
Du côté de Vinsobres
Rien que pour son nom, que personne n’aurait pu inventer, ce village situé dans la partie méridionale
de la Drôme provençale mérite visite à tout moment de l’année. Mais, après avoir fêté le millésime 2011, organisé leur traditionnel Concours de vins, leur Salon de dégustation et leurs Journées agricoles (tout ça au mois de mars), les vignerons de l’appellation inaugurent ce dimanche la première édition d’un rendez-vous de pur œnotourisme. Avec ses 9 kilomètres au départ de la salle des fêtes du village, cette première «Balade gourmande des terroirs» est une belle proposition de découverte – entre lavandes et oliviers, sous un soleil qu’adoucit chaque matin un vent local appelé Pontias – de ce vignoble réparti en vingt-deux domaines et deux caves coopératives qui produit des vins devenus crus des Côtes du Rhône en 2006
(13 500 hectolitres pour la dernière récolte).
Photo ci-dessus, Christophe Grilhé.
Le vignoble aux 7 vins
Gaillac vient d’organiser son 33e concours de dégustation de vins mis en bouteille à la propriété, œuvre commune de la Maison des vins de Gaillac et de l’Interprofession. Rendez-vous incontournable dans le Sud-Ouest, cette dernière édition a réuni 150 professionnels et consommateurs avertis (c’est une des spécificité de ce concours que d’avoir instauré ce jury «mixte» dès sa création) autour de 334 échantillons présentés par 59 vignerons. Au total, 64 vins ont été primés par les professionnels et 5 ont fait l’objet
d’un coup de cœur de la part des « amateurs ». Toutes catégories confondues (rouges, blancs sec, blancs doux, rosés et méthode ancestrale pour les AOC et IGP Côtes du Tarn), il y a eu 22 ceps d’or, 26 d’argent et 16 de bronze. Tout le palmarès ici.
Primeurs 2011, un choix
Les prix continuent de tomber à un rythme finalement plutôt lent. Si les fortes baisses des premiers nous ont tous laissé de marbre, on se rend compte qu’il y a de belles opportunités dans les catégories à moindre visibilité. Voilà mon choix du jour.
Deux saint-estèphe qui me paraissent indispensables
Château Phélan-Ségur
25,00 € (Vinothèque de Bordeaux)
Château Calon-Ségur
45 € (Legrand)
Deux grands vins chic et chers (mais en net repli), j’hésite
Château La-Conseillante, pomerol
83 €
Château Léoville-Poyferré, 2e cru classé de Saint-Julien
59,50 €
Tous les deux chez Lavinia
Un vin toujours bon, et même pas trop cher
Château Sociando-Mallet, haut-médoc
23,00 € (mesprimeurs.com)
Trois premiers crus de Sauternes et Barsac, dont un bio certifié et un en conversion biodynamique, trois niveaux de prix (en léger repli),
Château Guiraud, sauternes
34,50 €
Château Coutet, barsac
46,50 €
Château Climens, barsac
82,50 €
Les trois à la Vinothèque de Bordeaux.
La suite, vite.
La photo : le château Phélan-Ségur, vu par Mathieu Garçon un soir d’été, quelques instants avant qu’éclate l’orage.
Un autre choix de bordeaux primeurs 2011, à petits prix, ici
http://bonvivantetplus.blogspot.fr
« J’aime les autres »
Quand nous avons reçu Terre de Vins, hier, je me suis jeté sur l’interview de Bernard Magrez. J’avais raison, elle est formidable. Convaincu par mon enthousiasme, Rodolphe Wartel m’a adressé un fichier de cet entretien. Nous le publions ci-dessous dans son intégralité.
Rodolphe Wartel est le directeur délégué de Terre de Vins, il est également l’auteur de cet entretien.
Qui connait vraiment Bernard Magrez ? Père de deux enfants qui travaillent à ses côtés (lire la Saga Magrez, Terre de vins n° 4), propriétaire de 40 vignobles dans le monde, dont Pape Clément (pessac-léognan) et La Tour Carnet (haut-médoc) pour les plus prestigieux, Bernard Magrez est aussi depuis toujours un mécène. Il a d’ailleurs ouvert depuis peu l’Institut Bernard Magrez, au cœur de Bordeaux, où des artistes y sont accueillis en résidence et des oeuvres majeures exposées et accessibles au visiteur. Fuyant les mondanités, Bernard Magrez parle peu et se cache souvent derrière cette image d’homme austère et rude qui lui colle à la peau. Pour « Terre de vins », il a accepté de s’allonger sur le divan de l’hôtel Astor, à Paris (75008).
On te présente surtout comme un grand patron, pas toujours comme un grand vigneron. Où ton cœur balance t-il ?
Pour moi, les deux sont très proches. Je suis dans le vin depuis plus de 52 ans. J’ai débuté dans une entreprise de Bordeaux qui s’appelait Cordier et qui possédait de nombreux châteaux. J’ai commencé dans les grands crus et j’ai été amené à créer mon entreprise, William Pitters. Cela ne m’a pas totalement éloigné du vin mais c’était une entreprise dans les spiritueux, avec une approche quasi industrielle. La gestion de cette entreprise demandait plus de qualité d’entrepreneur mais il y a en moi un peu des deux, un peu de chef d’entreprise et un peu de vigneron. La dimension de l’entreprise est forcément omniprésente : il n’ya pas deux personnes dans le monde qui ont 37 vignobles !
Quelle fut ta première émotion liée au vin ?
C’est quand mon patron, qui s’appelait Cordier, avait ouvert pour se faire plaisir un magnum mythique dont tout le monde parle : un 1945 de Latour. C’était un soir d’été au château Talbot. J’ai en moi le moment où ce magnum est arrivé. La lune n’était pas tombée. Des rayons arrivaient dans cette salle à manger. On était deux…
Ton histoire rapporte souvent cette blouse d’écolier sur laquelle ton père avait écrit : « Je suis un fainéant ». Comment revis-tu aujourd’hui cet épisode de ta vie ?
Je marchais contre les murs pour ne pas qu’on lise ce qui était écrit. Dans la cour de récréation, je ne te raconte pas comment cela se passait ! Quand j’avais des mauvaises notes, il me mettait devant le radiateur, à genoux sur une règle. Il venait me chercher une heure ou deux heures après. J’habite toujours dans cette même maison familiale et c’est toujours ce même radiateur… Aujourd’hui encore, cela produit de la rancœur. Et ce qui est dramatique là dedans, c’est que j’ai atterri dans un centre d’apprentissage à Luchon (65). Il n’y avait que des tocards ou des gens pas mûrs. Je me suis retrouvé là-dedans, pensionnaire, en sabots et en bleu de travail, dans un dortoir de 220 personnes. C’était une autre vie, au début des années 1950. Il fallait savoir se défendre.
Cette époque, qu’a-t-elle produite en toi ?
Je ne sais pas si cette éducation m’a profité. Cela aurait pu me couter très cher. La fréquentation de ce centre d’apprentissage était telle que j’aurais pu terminer en prison et dérailler. J’aurais pu devenir mauvais garçon…
Dans le film Mondovino, tu affirmes que chaque homme doit avoir sa dose de souffrance. Cela veut dire quoi ?
Cela veut dire que la meurtrissure est utile. Elle est plus utile chez certains que la caresse. Elle construit. Ou elle détruit. Je ne sais pas si j’ai eu un esprit de revanche mais je voulais m’en sortir à fond. Je voulais réussir. C’était une époque où, après Marcel Cerdan, je me voyais Marcel Cerdan, de round en round. Ce n’était pas Marcel Cerdan, c’était moi qui allait combattre Toni Zale ! Après, je me suis imaginé quelqu’un d’autre. Je m’endors souvent encore aujourd’hui en étant dans une situation d’un vécu heureux de gagnant. Il va de soi aussi qu’on peut vivre sans gagner mais pour moi, ce n’est pas un hasard lorsque j’étais à Luchon. On dormait tout habillé et je me réchauffais le coeur en disant « voilà ce que tu peux être, voilà ce que tu devrais être ».
Jean Cordier, propriétaire notamment de Gruaud Larose et de Talbot, avait une vraie tendresse pour toi. Il a été un passeur, un tuteur… C’est important d’être initié dans la vie ?
On ne peut pas être un bon initiateur s’il n’y a pas un affect profond, sans sentimentalisme, de la part de l’initié. Jean Cordier était d’un pragmatisme étonnant. Avec lui, tout devenait simple. Moi, je voulais faire trop bien. Lui retournait tous les problèmes et disait : voilà la solution. Tout devenait alors facile. Il était de la race de ceux qui comprennent l’autre. Il a toujours su me dire ce que j’avais envie d’entendre au moment où j’avais envie de l’entendre. Parce que Jean Cordier se connaissait bien, il avait une vision de l’autre. Cette race d’hommes a une sensibilité exceptionnelle pour comprendre l’autre, se mettre à la place de l’autre. C’est une gymnastique qui n’est pas des plus faciles. Y exceller est un don. Un don qui créé l’harmonie entre les hommes et le remplit de merveilleux.
On parle de Bernard Magrez comme l‘homme aux 40 vignobles. Où t’arrêteras-tu ? Pourquoi cette course effrénée au « toujours plus » ?
Ce n’est pas une course effrénée. C’est le fruit d’une stratégie. Aujourd’hui, de plus en plus de gens veulent découvrir le vin qui est devenu un produit de statut. Celui qui montre par définition qu’il a compris quelque chose de compliqué flatte son ego. Cette recherche de la compréhension passe par de multiples dégustations pour mieux connaître le vin et les émotions du vin. Sous la signature Bernard Magrez, je donne la possibilité d’avoir, avec 37 terroirs, 37 émotions différentes. Cela permet de découvrir le vin sans se tromper sur la qualité. Tu n’as pas en face de toi un collectionneur. Cela sert une stratégie élémentaire. Si demain j’avais une opportunité qui aille dans le sens d’une émotion nouvelle, en Roussillon, en Languedoc, en Provence ou à Bordeaux, je la saisirais. Je m’en fous de dire « j’en ai 37 ». En face de moi, à une soirée de CDiscount à Paris, un gars du Languedoc présentait un Corbières: là, je me suis dit « je ne peux pas ne pas être là-bas » ! Aujourd’hui, on est en train de se rapprocher de la cave… Je vais acheter une quinzaine d’hectares là bas. En Languedoc il y a de vraies émotions. J’adore cette région.
On dit que tu travailles encore énormément, y compris la nuit. Pourquoi cet engagement forcené dans le travail ?
Oui, la nuit, le samedi et le dimanche. Plus on travaille, plus on s’informe. Quand je lis « Terre de vins » de la première à la dernière ligne, je regarde ce que font les autres et je prends des notes. Je lis aussi les biographies des gens qui ont réussi. J’ai acheté le livre de Jobs et j’en ai d’autres à lire… Quand je lis dans « Terre de vins » la saga sur les frères Jeanjean, je réimagine les Jeanjean qui vendaient du premier prix. Et je les ai vus rentrer en bourse ! Je me disais c’est suicidaire. Et en réalité ils ont fait leur chemin… J’avale Challenge et Capital pour les études de cas de ceux qui ont réussi. Là aussi, on trouve des idées.
On dit de toi que tu es un patron difficile, que le turn-over est important dans tes propriétés et que tu mets chacun en interne face à une concurrence terrible…
La concurrence entre les hommes est nécessaire sinon on s’endort. C’est d’un pragmatisme élémentaire. Chaque gars a un potentiel, mais on a tous tendance à s’inscrire dans la nécessité banale.
Pourquoi vomis-tu à ce point « la nécessité banale » ?
Je ne suis pas construit pour avoir des gens autour de moi qui s’inscrivent dans la nécessité banale. Je veux que les gens disent : on est resté un, deux ou trois ans avec cet animal mais on est allé au-delà de nous mêmes. Le gars qu’on amène à réussir dans le boulot est fier de lui. Il transforme sa vie privée. Les gens disent qu’avec Magrez, ils ont avancé. Le turn-over, c’est exact. C’est aussi dû au fait que je me trompe souvent. Deux choses sont essentielles : attitude et comportement. Le comportement rassemble les vraies valeurs, les vraies envies de travailler. L’attitude, c’est l’embauche. Je me trompe souvent, plus que d’autres, car je demande un niveau d’excellence qui n’est pas habituel. Et vivre longtemps dans l’excellence est difficile. Arrive un moment où l’homme veut ralentir, ou sa famille veut qu’il ralentisse dans l’effort. Et quand il ralentit, il pénalise l’entreprise. C’est la stricte vérité.
Tu donnes souvent l’image d’un homme austère et dur. Or ceux qui te connaissent rapportent une autre image de toi? L’amour dans tout ça ?
Contrairement à ce qu’on peut penser, j’aime les autres. J’achète du matériel pour l’hôpital Bergonié depuis très longtemps. Si tu savais tout ce que j’ai fait. Au niveau religieux… Avec Monseigneur Eygt (l’archevêque de Bordeaux, Ndlr), tout ce qu’il me demandait, je le donnais…
Bernard Magrez, homme au grand cœur ?
Oui, parce que j’en ai bouffé. J’en ai avalé dans ma vie. Je considère donc que c’est mon devoir.
Est-ce aussi la religion qui te guide ?
Je suis chrétien, plutôt de l’église de Saint-Paul, une église sans dogme. Les dogmes ne sont pas une nécessité. L’Evangile de Saint-Paul veut dire quelque chose et ce que j’ai pu lire sur Saint-Paul me convient.
Tu es omniprésent et la marque Magrez s’appuie sur l’homme qui l’a créée, c’est-à-dire toi. Et tes enfants Cécile et Philippe dans tout ça ? Es-tu plutôt Lucien Lurton, celui qui a tout partagé en amont ou André Lurton, celui qui n’a rien anticipé ?
L’après moi est aussi facile à gérer avec Magrez qu’avec Afflelou, Roederer ou Louis Vuitton. Ils sont les initiateurs d’une idée ou d’un projet. C’est une histoire qui continue. Quant à demain, les droits de succession sont payés. Je l’ai fait il y a 25 ans. Il n’y a pas de problème. Je ne serai plus là pour voir ce que mes enfants veulent en faire. Ce sera leur problème. Mais je construis comme si la vie les amenait à poursuivre.
Tu es riche. Quel est ton regard face à l’argent ? Fourmi ou cigale ?
Je suis habité par la passion. Je suis collectionneur. Je suis souvent entraîné à aller au-delà d’une bonne limite. Quand je me passionne pour un tableau, ou une sculpture, il faut que je l’aie. Ce qui m’importe, c’est de conquérir. Avoir un esprit de conquête… Je n’ai pas de bateau, je n’ai pas…
Tu as un avion…
Oui, j’ai un avion. Je l’utilise à titre personnel pour aller à Venise ou à Rome pour voir trois ou quatre galeries dont on m’a parlé, sinon c’est 100% professionnel. Je ne chasse pas, je n’aime pas le golf. J’aime mon boulot. C’est pour ça que je ne fatigue pas. Cela fait bientôt 50 ans que je suis marié. Ma femme a toujours compris ça. Quand je reste le samedi ou le dimanche à travailler, je n’ai jamais eu une remarque. C’est elle qui a élevé les enfants. J’ai tout donné à mon boulot. C’est une chance inouïe.
Et le luxe, les balades en Rolls ou en hélicoptère ?
Quand des Russes veulent une baignoire à tel degré avec des pétales de rose, rien n’est assez beau pour eux. L’oenotourisme sert l’entreprise et la notoriété des châteaux. Il n’y a aucune limite dans l’utilisation d’un hélicoptère ou d’un bateau. C’est un outil commercial. Il faut donc offrir des choses qui épatent et qui étonnent. Le client qui vient à Pape-Clément séjourne dans les plus grands hôtels du monde. Il faut donc étonner, sinon on est chambre d’hôte.
Quel est ton regard face au monde actuel, ce fossé qui se creuse en sein même de notre société ?
Le fossé, malheureusement, se creuse partout, en France, en Angleterre, aux États-Unis… Je reconnais qu’il y a de l’injustice mais quelque fois un bon équilibre se mérite. On ne peut pas toujours dire que c’est la faute de l’autre. Il faut souffrir pour ne pas souffrir. Souffrir sur soi même. Il faut tirer dans ses propres réserves pour détenir un meilleur équilibre de vie.
Si tu étais un patron milliardaire américain, tu prônerais toi aussi une augmentation de l’impôt ?
Oui. Car le fossé devient trop grand en effet. Il faut dire et pas seulement dire. Il faut faire.
Que boira-t-on le jour de tes obsèques ?
J’aimerais bien que l’on mette dans mon cercueil une bouteille de Pape-Clément et une bouteille de La Tour Carnet, même si je me fais incinérer. Ces deux vins ont marqué ma vie. La Tour Carnet parce qu’il a fallu que je me batte pour l’acquérir. Et Pape-Clément parce que je l’ai acheté au fil des années. Je me suis fortement endetté pour l’acquérir. Ils constituent un grand morceau de ma vie. Pape-Clément, j’aime le 95. La Tour Carnet, le 2006.

L’interview de Bernard Magrez par Rodolphe Wartel, publiée dans Terre de Vins n° 17 (mai-juin 2012)










