Sur les rives de l’étang de Berre, le château Calissanne s’étend sur un plateau ouvert, marqué par les reliefs et les influences maritimes. Cet ensemble de plus de 1 200 hectares d’un seul tenant, rare en Provence, constitue un territoire où vignes et oliviers coexistent dans un équilibre ancien. Le domaine s’inscrit dans une profondeur historique singulière. Dès l’Antiquité, le site est occupé, comme en témoigne la présence d’un oppidum celto-ligure perché au sommet de la propriété, dont les remparts demeurent visibles. De cette période subsistent des traces concrètes (amphores, vestiges de villas) attestant d’une activité agricole déjà structurée. Au Moyen Âge, le domaine passe sous l’autorité des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, avant de connaître, aux XVIIe et XIXe siècles, de nouvelles phases de développement. Au XIXe, l’industriel d’origine flamande Charles-Auguste Verminck, à la tête d’importantes savonneries et huileries marseillaises, lui donne une impulsion décisive. Il en renforce la vocation agricole et développe un réseau de fermes dont l’empreinte architecturale et fonctionnelle demeure visible.
C’est dans ce cadre que Sophie Kessler-Matière, issue d’un environnement entrepreneurial diversifié, notamment dans les secteurs de l’immobilier, de l’ingénierie et des activités techniques, imprime son action, prolongeant le travail engagé depuis 2001 par Philippe Kessler, son mari disparu prématurément, qui avait restructuré le domaine et le vignoble tout en modernisant les outils de production. Elle en poursuit aujourd’hui la dynamique en la recentrant sur une lecture plus précise des terroirs et une hiérarchisation affirmée des vins. À la tête du domaine, son approche repose sur une logique structurée : mieux identifier les parcelles, adapter les cépages aux sols et affiner les profils de vins selon les usages et les niveaux de gamme. Le vignoble est ainsi organisé en quatre îlots principaux, définis selon les caractéristiques de sols, de reliefs et d’expositions. Sur les zones argilo-calcaires, le mourvèdre développe des profils structurés et profonds. Sur les reliefs plus calcaires et caillouteux, le cabernet-sauvignon apporte tension et capacité de garde. Les secteurs à plus faible rendement sont orientés vers des vins plus accessibles, sans rupture dans l’identité du domaine. Le climat méditerranéen, chaud et sec, est ici tempéré par les influences marines et par la présence de la Durançole, une source interne au domaine, qui contribue à maintenir des équilibres hydriques favorables. Ces conditions permettent de viser des maturités abouties tout en conservant de la fraîcheur dans les vins.
Au service des vins
Dans cette hiérarchisation, la cuvée Clos Victoire constitue le niveau d’expression le plus abouti du domaine. Sophie Kessler-Matière en fait un vin de référence, issu des parcelles les plus qualitatives, principalement plantées en cabernet-sauvignon et en syrah. Il fait l’objet d’un élevage en fûts pouvant atteindre 16 mois, dans des contenants de 225 et 400 litres. Sélection des bois, adaptation des niveaux de chauffe selon les cépages, recherche d’un équilibre entre structure tannique, expression du fruit et intégration du bois, l’objectif est d’accompagner la construction du vin sans en altérer la lisibilité. Cette exigence se retrouve également dans les blancs, élaborés à partir de sémillon, rolle et clairette, avec des vinifications orientées vers la tension et la netteté aromatique, grâce à une maîtrise précise des températures et un recours limité à la fermentation malolactique. Des cuvées Cocorico, fruitées et accessibles, aux cuvées Château Calissanne, plus structurées et représentatives de l’appellation coteaux-d’aix-en-provence, Sophie Kessler-Matière veille à maintenir une cohérence d’ensemble. Les vins les plus accessibles jouent un rôle d’introduction et de pédagogie, centrés sur le fruit et la facilité d’usage, tandis que les autres cuvées expriment plus directement le potentiel des terroirs. Son action s’inscrit également dans une logique environnementale cadrée, le domaine étant conduit selon des pratiques certifiées Haute valeur environnementale (HVE niveau 3), avec un travail régulier des sols, une gestion raisonnée des apports et une attention constante portée aux équilibres naturels. Une approche structurée et cohérente qui permet à Sophie Kessler-Matière de faire dialoguer un terroir singulier et des vins capables de l’exprimer avec clarté, précision et constance, sans jamais renoncer à leur accessibilité.
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