Daumas-Gassac est un vin à part. Languedocien si l’on se réfère au droit du sol, il ne l’est plus lorsqu’on parle de cépages, entendons par là les cépages traditionnels autorisés dans les AOP de la région. Aimé Guibert avait su identifier, sur Aniane, des terroirs qualitatifs aptes à porter un cabernet-sauvignon non autorisé. En blanc, il a également choisi de vinifier un assemblage de chardonnay, de viognier et de petit manseng qui lui interdisait l’accès à l’appellation. Son domaine produit donc un rouge et un blanc en igp de l’hérault, qu’il a su imposer à un niveau de prix inconnu dans cette catégorie.
En rouge, nous avons eu l’occasion cette année de réaliser une verticale de l’essentiel des millésimes entre 2012 et 1979.

Les doigts d’une main suffisent largement pour compter les domaines capables de présenter une telle série en Languedoc. Et beaucoup de vieux millésimes de Daumas n’avaient pas dit leur dernier mot ! La possibilité de garde des rouges ici n’est donc pas une question, ce qui n’est pas trivial dans la région. Les styles se sont infléchis pendant cette période, ils ont évolué vers des vins plus harmonieux en vin jeune, assez puissants et toujours complexes, 2006 marque un tournant qualitatif au domaine. La nature des millésimes de Daumas fonctionne à son propre rythme. Ils ne suivent ni les généralités languedociennes ni celles du cabernet-sauvignon telles qu’on les connait à Bordeaux. Ce qui en fait un vin à part, et c’est bien ainsi.


La dégustation

2012 16/20

Style très différent du 2011, avec plus de fraîcheur et une belle suite en bouche, de l’énergie et un charme gourmand.


2011 17/20

L’un des millésimes les plus puissants en alcool du domaine, ce qui lui va bien. Il conjugue harmonie des tannins à une matière très aromatique, partie vers les fruits à noyaux. Grand daumas.


2010 16,5/20

Beau millésime, à la fois tendu et svelte tout en étant intense. Suave mais sans lourdeur, il vieillira bien.


2009 15/20

Millésime solaire mais avec ici une puissance tannique qui domine encore. Il mérite un carafage. Moins gras que d’autres millésimes, il vieillira mais on peut commencer à le boire.


2008 15/20

On ne retrouve pas le gras de 2007 et surtout 2006. L’intensité est là, avec un vin dynamique, plus élancé mais intense.


2007 16/20

Charnu et profond, la matière est souple mais intense, du gras et du soyeux. Velouté, on peut le boire.


2006 17/20

Millésime de rupture. Le vin a un gras qui n’avait pas été vu avant. Le pH est l’un des plus faibles de l’histoire du cru. Un grand daumas-gassac, encore dans les limbes.


2005 14,5/20

Du fruit, de la gourmandise, un tannin tendu, un peu rêche mais moins sec que la plupart des languedocs. On peut le boire sur son énergie.


2004 15/20

Il a la fraîcheur du millésime, avec une forte persistance aromatique. Il peut vieillir car les tannins sont confortables, sans sécheresse et il est bien équilibré. Mais on a tendance à le boire sur son charme actuel.


2003 15/20

Millésime chaud mais sans sécheresse, plutôt bien réussi pour un vin du Sud. On sent des raisins à maturité mais sans astringence trop marquée.


2002 15/20

Tannins puissants, de la profondeur mais un relatif manque de fond par rapport à d’autres millésimes. Du charme.


2001 14,5/20

Un peu décevant dans le contexte du millésime languedocien. Il manque de liant, de vraie profondeur, il a pourtant une capacité à aller plus loin.


2000 16/20

Beau style, charmeur, puissant, avec une réelle gracilité de tannins. Son équilibre et l’intensité de sa matière l’amèneront loin.


1998 13,5/20

Animal, il a gardé un style sévère, les tannins sont anguleux, mais ce vin reste puissant, il a une capacité de garde.


1997 12/20

Des notes animales le perturbent. bonne fraîcheur, aromatique mais il finit un peu raidi dans son tannin.


1995 14/20

Les tannins sont un peu présents. Aromatique, il lui faudrait un peu plus de charnu. À boire sur une daube qui lui apportera du liant.


1994 13/20

À boire, un peu décharné aujourd’hui.


1992 15/20

Millésime frais, matière fine mais légère avec des notes de tabac sec. À boire, aromatique et charmeur.


1991 13/20

Des notes animales le perturbent, il manque d’assise mais bonne fraîcheur.


1990 16,5/20

Ici aussi, du charme, de la plénitude, confortable, belle évolution sur les fruits à noyaux. À boire mais il peut encore attendre. Même équilibre que 1989 mais avec un peu plus de chair.


1989 15,5/20

Bon style, droit, sans excès, avec une structure tannique assise sur une matière fine mais présente. Un millésime d’équilibre, à boire.


1988 12/20

Nez très animal avec une fin de bouche durcie.


1987 15,5/20

Millésime équilibré, frais, charmeur, sans emphase mais il sonne juste. Et il semble capable de tenir encore. Jolie bouteille.


1985 13/20

Moins harmonieux que d’autres malgré un bon niveau d’alcool. En tension mais il manque de chair.


1984 14,5/20

Un peu sec, le tannin s’est patiné mais il a de la longueur. Garrigue, sauge, à boire sur une viande en sauce qui lui apportera le moelleux nécessaire. Du charme.


1983 15,5/20

Millésime solaire, c’est celui qui a le plus d’alcool perceptible parmi les anciens millésimes de la dégustation. Cette chaleur lui donne un style plus sudiste et plus de confort en bouche.


1982 15/20

Bonne concentration, tannins mieux intégrés que ceux du 1981, bouteille de charme mais puissante, un peu de sécheresse


1981 13,5/20

Tannins anguleux, il est à boire, en puissance plus qu’en finesse. Bon volume.


1980 14/20

Bien mieux construit que le 1979, il a encore de l’énergie, de la matière, tannins encore perceptibles. Animal toutefois.


1979 13/20

Très fondu, évanescent, frais, il semble fatigué.

crédits photo d’ouverture : http://www.1907.fr/nos-domaines/mas-de-daumas-gassac.html

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