J’ai reçu ce texte du vigneron alsacien Seppi Landmann. Comme je trouve ça très bien qu’un vigneron prenne ses affaires en main avec vigueur, je le reproduis ici sans en changer une virgule, ou presque. On ne peut être que d’accord avec quelqu’un qui dénonce les échecs des associations prohibitionnistes et qui appelle le gouvernement à plus de bon sens.

« Bonjour, Chers Amis du Vin,

Durant la campagne électorale, nous avons été lourdement bassinés avec la supériorité du modèle allemand, à imiter de toute évidence pour regagner notre compétitivité.
Les fondamentaux de toutes ces leçons reposent sur la ré-industrialisation de notre pays et dans le credo « produire et consommer français ».
S’il y a une production de notre pays qui n’a pas été délocalisée, c’est bien celle du vin car le terroir français est unique.
Cependant nos gouvernements de gauche ou de droite n’ont cessé de dénigrer durant le dernier quart de siècle ce qui était notre boisson nationale et l’un de nos plus prestigieux fanions dans le monde entier.

Aux ayatollahs de la prohibition mise en route avec des moyens énormes (tirés de nos impôts…) personne ne demande de comptes même si au bout de tant d’années les effets de cette politique sont calamiteux. En effet, la France est devenue :
– Championne du monde de consommation de whisky de bas de gamme
– Championne du monde de consommation d’anxiolytiques et de tranquillisants.
La jeunesse française ne s’est jamais autant saoulée qu’aujourd’hui. L’addictologie de toute sorte est dramatique.

Les luttes anti-alcool, anti-tabac et anti-drogues se sont soldées par des effets contraires à ceux qui étaient poursuivis.
Les directeurs de tous ces organismes cumulent grosses payes et avantages en toute sorte, juste pour jouer les aboyeurs du gouvernement quand il s’agit d’augmenter le racket sur la route. Nos élites se faisant voiturer par un chauffeur ne craignent pas grand-chose à ne pas respecter le code de la route…

Mais revenons-en à l’idée première de ce petit mot : imiter l’Allemagne pour gagner en compétitivité, moral, dynamisme, etc…

Je propose au nouveau Président de la République de commencer à améliorer les choses en redonnant envie aux jeunes générations de boire du vin français avant que le vin allemand ne nous prenne encore cette place sur le marché mondial.
Il suffira d’inviter au plaisir de boire du Vin Français et de parler tous les jours dans les médias (télévision, radio, journaux) des bienfaits du Vin sur la santé, le moral et la durée de vie, preuves scientifiques à l’appui, comme ils le font en Allemagne où il n’y a pas une seule émission de variété télévisée où l’on ne vante et chante le plaisir de boire du bon vin allemand.

Cela nous changerait des tristes menus sur M6 (top chef), TF1 (Master Chef) et TV5 ou dieu jamais on ne dit un mot du vin qui pourrait accompagner les plats, où l’on cache les bouteilles et où le contenu des verres, n’intéresse personne. Quant à l’accord met-vin, il est totalement occulté !

En France, tous les médias ou presque ont été les complices de l’infantilisation continue du consommateur et personne ne s’est battu pour soutenir l’activité viti-vinicole française qui génère plus d’emplois que l’industrie automobile et l’aéronautique réunies.
Cela serait superbe pour la fierté des Français de pouvoir dire que l’acte citoyen de boire un vin français permet de produire français.
Angela Merkel a été la première à défendre l’acquit des droits de plantations viticoles que la Commission Européenne, en vertu des principes d’ultra-libéralisme, a proposé de rayer en 2008 alors que la France s’est empressée de signer. Elle n’a pas peur de boire un coup et elle défend bec et ongle la production et la consommation de vin allemand.

Notre Président sortant avait le vin en horreur et les socialistes avaient au préalable plombé la consommation en 1991 avec la loi Evin en imposant sur tout document parlant du vin la mention unique dans le monde entier : « L’abus d’alcool est dangereux pour la santé »

L’Allemagne a choisi une toute autre voie pour soutenir le moral et les produits de son pays… (Seppi Landmann parle d’un document qui s’appelle « Invitation au Plaisir : ce qui fait la fascination des Vins Allemands » et développe un certain nombre d’arguments – valables – en faveur de la consommation raisonnable de vin, NDLR).
Alors, puisque l’Europe toute entière a les yeux tournés vers le couple Hollande-Merkel, ne serait-il pas bienvenu pour la France, dans le cadre du plan de relance projeté, de vous aligner, Monsieur le Président, sur cet aspect du « modèle allemand » ?
Dans l’espoir que la France retrouve son dynamisme et sa fierté et que la particularité française en Europe ne reste pas l’autodestruction… »

Rappelons au passage que Seppi Landmann est un bon vigneron, un épicurien connu pour son goût des chemins de traverse et une certaine dose de résistance à l’autorité. Il produit des vins d’appellation et d’autres qui n’y ont pas droit en vertu du saint principe de l’expérimentation réussie et, donc, partagée.

La photo : un doux village alsacien, Bergheim, niché dans ses vignes, vu par Mathieu Garçon

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