« En rouge, après les pires craintes, nous avons maintenant les plus grandes attentes. »
Florence Cathiard, propriétaire du château Smith Haut Laffite

 

Si vous avez cinq minutes et trente-huit secondes devant vous, ne manquez pas ce film tourné au château
Smith Haut Lafitte, ou comment une technique très pointue (photo satellite des degrés de maturité des parcelles,
tri optique) vient peaufiner à l’extrême le travail de dame Nature. Si vous disposez d’un peu plus de temps,
offrez-vous une plongée dans le nouveau et très complet site internet du domaine qui propose – en plus des infos classiques sur l’histoire du château, ses vins, leurs lieux de vente ou encore les différentes visites proposées au public et leurs tarifs – une très amusante visite virtuelle des lieux, secrets et œuvres d’art contemporain compris.


MAJ : Nous complétons cette information avec ce bilan, signé par Fabien Teitgen, le directeur technique
de Smith Haut Lafitte, deux jours après la fin des vendanges :

« Ce millésime a débuté avec un hiver plutôt doux et humide, excepté la première quinzaine de février où nous avons eu la chance de voir nos vignobles sous la neige et la joie des conduites d’eau gelées dans nos chais à barriques… Février et mars ont été très secs, ce qui a favorisé un réchauffement rapide des sols de graves, d’autant plus que les températures de mars ont été très élevées. La vigne a débourré très logiquement, fin mars début avril. Malheureusement les conditions froides et humides d’avril (le plus froid et le plus arrosé de ces 12 dernières années ici) ont entrainé un arrêt total du développement de la vigne. Notre vignoble était en souffrance, avec des pousses à des stades très différents – quelquefois sur le même pied, sur la même aste – ne progressant plus. Le jeune feuillage jaunissait, la vigne faisait peine à voir…

La remontée des températures fin avril a relancé la machine. Heureuse de retrouver des températures plus clémentes, la vigne a repris sa croissance, avec un retard de quinze jours et des écarts importants dans le développement des rameaux. A partir du mois de mai, le climat est devenu beaucoup plus favorable avec un temps plutôt chaud (somme des températures de mai à septembre proche de 2009 et 2005) et sec (177 mm à comparer avec les 143 de 2005 et les 171 de 2011). La floraison s’est étalée de fin mai à mi-juin, avec une certaine hétérogénéité. Nous avons observé un peu de coulure sur quelques parcelles de merlot, mais dans l’ensemble, floraison et nouaison se sont bien déroulées.

Les fortes précipitations du mois d’avril ont entrainé un développement foliaire important et une forte pousse de l’herbe dans les rangs de vigne. Il a fallu travailler d’arrace pied pour tenir le vignoble, d’autant plus que l’humidité générale était favorable aux champignons. Nous avons redoublé de vigilance et fractionné nos pulvérisations – cuivre, soufre, infusion de plantes – pour aider la vigne à lutter contre le mildiou et, dans une moindre mesure, contre l’oïdium. Certaines parties de nos parcelles bio ont subi des dégâts de mildiou (destruction de grappes), mais dans l’ensemble le résultat est très satisfaisant.

Tous les travaux que nous menons dans la recherche de l’équilibre de la plante, dans la dynamique des sols, dans l’architecture de la plante deviennent encore plus précieux pour réussir des années délicates comme 2012. Nous accentuons la technique d’enherbement naturel des vignes à 100 %, que nous entretenons par des tontes avec des systèmes de roto-fils ; cette technique consiste à laisser pousser les herbes autochtones, adaptées au sol, au microclimat de la parcelle. Ainsi, le biotope est totalement en équilibre et peut abriter un petit monde vivant très diversifié favorable à l’équilibre de la vigne.

La véraison a débuté début août pour finir vers le 20, et le coup de chaleur du 15 août ne l’a pas favorisée. Nous sommes intervenus pour enlever les grappes qui peinaient. Ainsi les écarts entre les grappes sont moindres. Les superbes conditions climatiques qui ont suivi ont permis de bonnes maturations sur les vignes bien enracinées qui n’ont pas subi de stress hydrique trop important. Le rôle de la régulation hydrique des grands terroirs est encore une fois mis en avant, nos sols de graves günziennes avec sous-sol plus argileux assurent totalement ce rôle. L’écart de maturité entre les grappes s’est réduit de jour en jour, chaque jour de soleil favorisant cette homogénéisation. Pour les jeunes vignes, moins bien enracinées, les symptômes de stress hydrique se sont montrés dès la fin août…

Pour les blancs, les vendanges les plus tardives depuis plus de 20 ans :

Les vendanges de blancs ont débuté le 4 septembre. Nous avons ramassé quelques tries de complants assoiffés et de jeunes vignes stressées. Nous avons vendangé, par tries successives, uniquement le matin, les parcelles de sauvignons du 13 septembre au 21 septembre. La première quinzaine de septembre, l’évolution des maturations était lente et progressait peu. A partir du 13, les températures ont baissé, nous avons eu de petites précipitations, et les maturations se sont enclenchées : cette date est un véritable point d’inflexion dans ces vendanges. A partir de ce jour, nous avons vu des parcelles évoluant très vite, passant d’un stade de sous-maturité évident à une belle maturité, avec des raisins aromatiques et croquants en 48 heures voir même en 24 heures. Nous avons du faire preuve d’une grande réactivité pour ramasser dans le bon timing. Les vendanges de sauvignon gris ont eu lieu le 21 septembre, celles des sémillons beaucoup plus tard, entre le 24 et le 27. D’un point de vue analytique, ce millésime de blanc se présente avec de bons équilibres. La chute d’acidité que l’on craignait fin août-début septembre, suite aux fortes températures, n’a pas eu lieu. Les acidités se situent entre 3.5 et 5.5 g/l en H2SO4 et les pH entre 3.05 et 3.35, ce qui situe ce millésime dans la bonne moyenne.

Pour les rouges, plus de 200 vendangeurs :

Nous avons débuté la récolte le 25 septembre (avant de finir les blancs) avec de jeunes parcelles sur sol de graves. Suite à la sécheresse, les baies étaient toutes petites, avec un bon niveau de maturité. Nous avons attendu jusqu’au 4 octobre pour débuter la récolte des merlots. Les raisins récoltés présentaient de bonne maturité tout en conservant une belle fraicheur aromatique. Les jus présentaient de bons équilibres avec des degrés potentiels entre 13 et 14 % et des pH entre 3,6 et 3,7. La récolte s’est poursuivie tranquillement et sereinement. Le week-end du 6-7 octobre, les conditions climatiques ont radicalement changé. Alors qu’aucune prévision météo ne l’annonçait, nous avons vu arriver sur notre région une dépression chaude (23°C le jour, 18 °C la nuit) et humide qui a bouleversé cette quiétude. En effet, ces conditions climatiques extrêmement favorables au développement des champignons ont entrainé l’apparition, çà et là, de foyer de botrytis dans nos vignes. L’inquiétude a soudain grandi. Sûrs de la bonne maturité de nos raisins, nous avons décidé de réagir immédiatement en convoquant 200 vendangeurs et en doublant le rythme de notre ramassage qualitatif, afin d’éviter que nos raisins ne s’abîment. Eraflage par vibration, tri optique et tri final manuel ont garanti une qualité parfaite des raisins encuvés. Aucune baie botrytisée oubliée n’aurait pu passer entre ces maillons d’une redoutable précision. Nous avons ensuite ramassé nos cabernets sauvignons, pour finir le 17 octobre avec les cabernets francs (12,3 à 12,8 %vol pour des pH de 3,6 à 3,65). Ces vendanges tardives, finalement compactes, ont laissé à la vigne le temps de parfaire les maturités et de combler une très grande partie de l’hétérogénéité du début de cycle. Notre récolte promet un bon millésime, très bordelais dans sa fraicheur et son équilibre. »

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