Michel Bettane a parcouru la France pendant les vendanges, comme chaque année. De ce tour, il est revenu avec quelques convictions. Que peut-on attendre de ce nouveau millésime ? Aujourd’hui, voici ses commentaires sur les vendanges à Bordeaux, en Bourgogne et en Champagne.

BORDEAUX
La vigne était partie à nouveau en début de floraison pour produire un millésime précoce mais le mauvais temps dès le milieu de la floraison a entraîné de grandes variations d’une vigne à l’autre avec des vendanges probables très longues et étalées, ce qui a été le cas. Il a fallu tout au long de mai, juin et juillet se battre contre le mildiou, l’oïdium et l’installation du botrytis, particulièrement pour les vignes cultivées en biologie ou en bio-dynamie,
et au début du mois d’août le moral des vignerons était au plus bas, avec le sentiment qu’on ne récolterait jamais un raisin mûr et sain. Mais le très beau temps sec d’août a complètement changé la situation et vers le 15 septembre tous les raisins montraient un état sanitaire impeccable qui ne s’est pas dégradé jusqu’à la mi-octobre malgré de nombreuses pluies. La chance fut que les nuits fraîches ont freiné le développement de la pourriture avec l’aide du vent qui asséchait immédiatement l’humidité de ces pluies. Les merlots fin septembre et début octobre, particulièrement à Pomerol, ont atteint une parfaite maturité et ont donné des vins complets, dignes des grands millésimes classiques comme 2005 ou 2010. Les sauvignons très parfumés ont également produit d’excellents vins secs. Mais il a fallu beaucoup attendre les cabernets-sauvignons en Médoc et les cabernets francs à Saint-Emilion, très en retard et qui n’ont muri qu’après le 10 octobre : la technique a beaucoup aidé les vignerons, avec des tables de tri très performantes et surtout le développement du tri optique, où seuls les raisins les plus mûrs passent au travers des machines. Dans beaucoup de cas la petite proportion d’eau sur les peaux des raisins fut immédiatement enlevée par le recours intelligent et modéré à l’osmose inverse. Les premiers vins seront produits par d’excellents raisins dignes des millésimes précédents mais avec une petite récolte, certes supérieure à celle de 2011 mais inférieure de 30 à 40% à une année normale. Les vendanges les plus difficiles ont été les dernières, fin octobre,
à Sauternes, et il sera difficile d’en produire de remarquables, sauf sur de tous petits lots.

BOURGOGNE
Le vignoble a subi de nombreuses agressions climatiques tout au long du printemps et du début de l’été, avec en particulier deux terribles orages de grêle qui ont détruit plus de la moitié de la récolte des meilleures appellations de blanc, Meursault et Puligny-Montrachet, et freiné la maturité de l’autre moitié des raisins. Une mauvaise floraison a entraîné partout de la coulure et contribué à largement diminuer le volume des récoltes, et enfin la pression des maladies a été considérable et de nombreux vignerons ont récolté une vendange abîmée par l’oïdium.
Mais la très faible charge des raisins sains en côte de Nuits et dans le nord de la côte de Beaune, souvent inférieure à 20hl/ha, leur a permis de profiter du très beau temps du mois de septembre et vers le 25 septembre les pinots noirs se présentaient magnifiquement. Les perfectionnistes ont encore un peu attendu et, malgré quelques pluies ils ont bien fait, récoltant début octobre une remarquable qualité de raisin : les premiers vins finis montrent une belle couleur, une grande concentration de matière et de tannin, et beaucoup de parfum. Les vins atteindront en moyenne 13° après une légère chaptalisation avec un équilibre supérieur à celui des 2002 mais inférieur à 2005.
Ils devraient aussi bien vieillir que les 2010. Le Beaujolais a profité de son extrême précocité : les volumes ont eux aussi été dramatiquement réduits par la grêle mais le raisin était mûr dès le 10 septembre dans les secteurs précoces, même si les rafles n’avaient pas encore rougi. Mais les meilleurs crus n’ont été vendangés qu’après le 20 septembre. Un phénomène général du millésime en France a été la maturité avancée des pépins par rapport à celle des peaux et des rafles, rendant difficile le choix de la date de vendange, le goût excellent des raisins contredisant les résultats des analyses ! Au nord Chablis, relativement épargné par les pluies et grêles du printemps a produit un volume normal de récolte (40 à 50hl/ha) avec une très bonne maturité et un état sanitaire parfait. Les vins devraient dépasser en qualité 2011 et s’approcher des 2010, sauf dans quelques secteurs, très restreints mais situés sur l’excellentes parcelles, fortement grêlés. L’appellation fournira les meilleurs blancs du millésime.

CHAMPAGNE
La champagne a sans doute été le vignoble le plus favorisé de France, échappant aux intempéries du printemps et du début de l’été, sauf quelques vignobles restreints de l’Aube, ravagés par la grêle. Les pinots noirs ont profité particulièrement du beau temps de la seconde moitié d’août et d’une sécheresse qui a anéanti tout développement du botrytis. J’ai rarement vu de ma vie d’aussi beaux raisins, sans le moindre grain pourri, dans la vallée de la Marne, à Ay, ou dans la Montagne de Reims à Verzenay. Les chardonnays un peu en retard de la côte des blancs ont fini par mûrir, sauf quelques vignes isolées abîmées par l’oïdium, et vers le 25 septembre les raisins dépassaient largement les 10°, nécessaires à l’élaboration d’un beau champagne. L’ensemble de la récolte n’est pas très volumineux (8 à 9 000 kilos/hectare) mais d’un très bel état sanitaire, d’un excellent équilibre général (10,5° à 11° d’alcool naturel et 8 grammes d’acidité) comparable aux très beaux millésimes 1952 ou 2002. L’année sera largement millésimée et il y aura une toute petite quantité de remarquables coteaux champenois rouges. Mais le prix du raisin devrait largement augmenter et donc à terme le prix des meilleurs vins.

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