Par Frédéric Panaïotis, chef de caves de la Maison Ruinart

« On a peut-être chanté un peu vite les louanges du millésime 2012. Pourtant, au terme des vendanges, on voyait déjà certains danser le jerk sur les coteaux. Moi-même j’étais à un doigt de faire un petit pas de deux. Je l’ai même twitté. J’ai sans doute twitté un peu vite. Désormais, j’ai goûté tout ce que je devais goûter, à savoir un peu plus de 200 cuves, 75 % pour la vendange 2012, le reste dédié aux vins de réserve. Et je reviens en partie sur ce que j’ai dit. Je reprends mon droit de réserve sur la qualité du millésime.

Petit flashback sur l’année 2012. On avait constaté pendant le cycle végétatif une très forte hétérogénéité des raisins, et pourtant, la vendange nous avait offert des raisins très homogènes, donnant des jus agréablement surprenants à tous les niveaux, pour les degrés comme les autres paramètres. Depuis peu, j’ai noté que les jus étaient de nouveau hétérogènes, avec notamment des vins étrangement mûrs à ce stade du processus. C’est
le retour de bâton. Ok, on savait que la maturité était là cette année, mais je suis quand même un peu inquiet
de cette évolution rapide des jus. Pour le moment, je n’en connais pas la raison, mais je sens que quelque chose
ne tourne pas tout à fait rond.

Cela dit, ça peut encore changer. Là où c’est embêtant, c’est pour Dom Ruinart et Dom Ruinart Rosé. D’ailleurs,
je vous le dis sans détour, je n’ai pas encore décidé si nous en ferons, contrairement à nos confrères de Château d’Yquem pour qui les choses sont claires. Pas de millésime en 2012. Pour les cuvées Dom Ruinart, il nous faut des jus aptes au long vieillissement, et ça n’en prend pas le chemin. Mais nous avons encore le temps. Je prendrai ma décision de manière raisonnée, en toute sérénité. Le bon côté des choses, c’est que je suis nettement moins inquiet pour les non-millésimés, R de Ruinart, le Blanc de Blancs et le Rosé. L’année 2011 n’ayant pas été d’une grande richesse, la maturité des jus de 2012 la compensera aisément et nous devrions avoir de jolis vins. Après tout,
il ne faut pas perdre les pédales, ces cuvées représentent 95 % de notre production. Pour la Maison Ruinart, le nerf de la guerre est là.

Comme je suis curieux, je me suis rencardé autour de moi. Les échanges que j’ai eus pour l’instant, en et hors Champagne, font état d’un millésime compliqué. Nous ne sommes donc pas les seuls à être perplexes. Il y a quelques jours, j’ai eu l’occasion de parler avec la charmante Emilie Gervoson (domaine Larrivet Haut-Brion)
qui se fait aussi un peu de souci. Sur les blancs, elle est contente, tout roule, mais sur les rouges, elle attend encore de voir l’évolution pour se prononcer. Bien entendu, je vous tiendrai au jus de ce qui se passe chez nous, et ailleurs. En attendant, on s’y remet et on essaie de comprendre. »

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