Terre de soleil, mais aussi malheureusement terre de guerres, le Liban produit aussi du vin.
C’est le cas du Domaine de Baal. Visite.

Ce n’est un secret pour personne, on produit du vin au Liban et ce, depuis déjà quelques millénaires. Carlos Ghosn a trouvé la bonne formulation : « Après le vin d’Europe, celui du nouveau monde, c’est le vin de l’ancien monde qui émerge ». Voyez par là les vins grecs, palestiniens, chypriotes et syriens, mais aussi le Liban, l’un des premiers pays producteurs de vin. Il a gardé jusqu’à nos jours des traces de cette culture. Ainsi le plus grand temple romain dédié à Bacchus fut construit au Liban, à Baalbek plus précisément, dans la pleine de la Bekaa, à quelques dizaines de kilomètres du Domaine de Baal.
Sébastien Khoury est à la tête de ce domaine viticole. Franco-libanais, il a grandi à Pauillac auprès de son père qui était médecin. Se dirigeant davantage vers une carrière de négociant, il deviendra finalement vigneron, reprenant la propriété libanaise de son père en 2005. Mais ne sait pas faire du vin qui veut. Il apprit le métier à bonne école,
au château La Couspaude à Saint-Émilion, aux côtés de celui qui est devenu son mentor, Jean-Claude Aubert.
Le Domaine de Baal est situé sur les hauteurs de Zahlé au cœur de la vallée de la Bekaa, plaine fertile à 900 mètres d’altitude qui fut « le grenier à blé » des romains. Entourée par des montagnes, le Mont Liban côté ouest et l’Anti Liban côté est, la Vallée de la Bekaa offre un panorama splendide et un climat idéal pour la vigne. Le vignoble est entièrement cultivé en terrasses, compliquant ainsi les différentes taches qui sont exécutées manuellement. Bénéficiant d’une exposition sud, un magnifique terroir d’argiles rouges posées sur des roches calcaires apportent fraîcheur et minéralité aux vins. La propriété s’étend sur douze hectares, dont cinq de vignes. Le prochain objectif est d’agrandir la surface viticole de trois hectares. Les cépages cultivés sont bien connus des vignerons français. Ainsi, on y retrouve le cabernet franc et le merlot, le cabernet sauvignon, le syrah, le chardonnay et le sauvignon blanc.

Sébastien Khoury
Avec un climat parfois très chaud l’été, il est important de protéger le vin. Pour ce faire, la cave a été construite en pierres de taille, les murs font un mètre d’épaisseur et sont isolés avec de la terre. Tous les toits sont végétaux,
c’est-à-dire recouverts de terre et de différentes plantes grasses résistantes à la sécheresse, une isolation naturelle qui évite l’utilisation de climatisations. Construit en pierres à l’ancienne, le chai à barriques est entièrement voûté.
Il se situe sous le cuvier. La moitié du chai est sous terre, la roche y est apparente et la température naturelle varie entre 13 et 16 degrés durant l’année avec une humidité de 70% à 75%. L’élevage en barriques s’étend de 16 à 18 mois, dont 35% de barriques neuves. Le vignoble est travaillé en agriculture biologique. Ainsi, l’écologie, le respect de la terre et de l’environnement sont des facteurs fondamentaux aux yeux de Sébastien Khoury.
En ce qui concerne la commercialisation du vin, une moitié de la production est vendue au Liban, l’autre moitié est exportée en France, en République tchèque et en Suisse.
Maintenant bien installé au Liban, Sébastien Khoury ne renie pas pour autant son pays d’enfance. Il compte même revenir au moins une fois par an à Saint-Émilion et dans le Médoc, deux lieux auxquels il sera toujours très attaché.

Pour les intéressés, vous pouvez découvrir et déguster du Domaine de Baal à Paris. Pour cela, direction le bar à vin “O Château” dans le 1er arrondissement, ou “La Compagnie des Vins Surnaturels” dans le 6e arrondissement.

Les commentaires de Michel Bettane pour le 2009 :

Domaine de Baal, blanc 2009
Un vin généreux. Très fin équilibre entre acidité et alcool. Il bénéficie d’une bonne complémentarité entre les deux cépages. Très bien vinifié. 14,5/20

Domaine de Baal, rouge 2009
Nez très développé. Vin épicé, boisé avec des herbes aromatiques? Assez empyromatique. Extrêmement bien vinifié. Excellent vin. 16,5/20

Pierre Grenié
Photos : Hicham Abou Raad

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1 COMMENTAIRE

  1. Bonjour

    Merci pour cet aperçu. Nous sommes en effet curieux de ces vins méditerranéens.

    Juste un avis comme ça en passant : En lisant la liste des cépages plantés et les techniques de vinification employées, on se pose une fois de plus la question suivante : est-ce qu’en général, on ne croise pas très souvent des “adaptations” ou tentatives d’adaptations de techniques Françaises et en particulièr Bordelaises dans tous les vignobles qui cherchent à (re)conquérir leurs marchés respectifs et respectueux.

    Autrement dit, n’avons nous pas encore devant nous les vrais ” inventeurs ” de ces ces vins, à force de générations qui se succèdent dans les essais et expérimentations comme le font déjà certains, pour aboutir un jour à des vins autrement plus adaptés à des climats et sols qui n’ont pas grande à voir avec les nôtres, et donc, de là, pour aboutir un jour à des vraies “floppées” de vins de terroirs ?

    Voyez comme déjà “chez nous” les vins sont d’expressions incroyablement variées, avec des cépages, des conduites et vigne et des vinifs différentiées pour des résultats qui vont au-delà du vin de cépage. Il semble à priori pas logique que l’on veuille faire du CDR et u BDX un peu partout dans les vignobles nouveaux ou en reconquète…

    Bien entendu, il en existent déjà certains mais jusqu’à présent, sur le créneau du vin aboutit qui est le résultat d’une alchimie et qui va bien au-delà du vin de cépage, la France reste devant (mais uniquement avec quelques 5 à 10 % des vignerons). C’était juste un idée…

    • Le savoir faire est Français, indéniablement. La pousse de la vigne ( Lambrusque/ vigne sauvage ) ne date pas d’aujourd’hui, des siècles avant J-C les raisins étaient consommés sous differentes formes : frais, séchés…Quand à l’origine du vin, il est plus incertain, obtenir un jus de ce fruit, oublié dans une réserve , relevé d’un processus naturel de fermentation, le vin est né. Son histoire, à l’époque des croisades par exemple ,en territoire Est-Méditerranéen, l’Empire Byzantin transportait le vin soit dans des outres, soit dans des amphores soit dans des tonneaux de bois. Déjá , le vin était source de commerce, du vin en échange de quelques pièces de monnaies locales…il y a maintenant bien longtemps .
      – En l’occurence , ici, le marché des vins Libanais n’est pas nouveau mais il a été volontairement délaissé par les peuples et gouvernements aux profits d’interêts commerciaux diverses , les vignes autochtones arrachées, la mosaïque du vignoble Libanais complètement hachurée, triste sort.
      Retour au XXe s, réhabilitation des territoires agricoles Libanais grâce á la main de l’Homme , retour à la raison.
      L’acclimatation des cépages Français en territoire Libanais semble s’adapter parfaitement, l’Indice Héliothermique , Indice de Sécheresse le prouve pour un bon déroulement du cycle de la vigne á conditions de respecter quelques règles d’agriculture saines ( préconisée ) pour une bonne conduite de la vigne afin d’éviter toute manipulation du raisin, à partir de ce moment le processus de vinification s’opère selon les techniques universelles pratiquées et adaptées par l’intervention du vigneron .
      Des caractéristiques propres au terroir, à la vigne, au raisin jusqu’à la fin de la vinification…pour des vins de caractères.
      Je vous invite à lire le rapport de l’agro-economiste Salem Darwich : http://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/divers10-07/010036938.pdf

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