« Philippe Astruy a toujours été passionné par l’art contemporain. L’acquisition de la Commanderie de Peyrassol lui a permis d’assouvir cette passion et de réaliser son rêve de devenir vigneron », explique Alban Cacaret, en charge de cette propriété du Haut-Var. Avant que leur intérêt pour l’art ne prenne le relais, les Cathiard au château Smith Haut Laffite comme Maurice Giraud au château de Pommard ont d’abord été les mécènes de leur propre domaine. À Smith Haut-Lafitte, les Cathiard ont englouti toutes leurs économies dans l’achat de ce grand cru et son réaménagement. Avec son précédent propriétaire, le docteur Laplanche, la production du Château de Pommard combinait le meilleur et le pire. Ces propriétés envoûtantes ont d’abord abrité leurs collections, telles ces statues de Dali acquises un jour sur un coup de foudre par Maurice Giraud. Depuis ils les ont étoffées, en même temps qu’ils ont inspiré leurs amis artistes. La Loi Evin favorise ces flirts. Prohibant toute publicité des alcools, elle n’interdit pas le mécénat. « Ce levier nous permet de surnager dans ce labyrinthe législatif » admet Michel Janneau, le directeur général adjoint de Roederer, une maison de champagne très active dans son soutien à la photographie. Même s’il reconnait qu’il a fallu s’armer de patience. « Les journalistes retenaient leur plume au moment d’écrire le nom de notre marque. Quand, à partir de 2010, ils ont pu y accoler les mots bourse, prix et fondation, les retombées médiatiques ont afflué. » Les fiançailles virent au mariage de raison… fiscale. D’abord, parce que les acquisitions d’œuvres sont déductibles des impôts. Ensuite, parce que la constitution d’une fondation favorisant la création allège le montant des droits de succession. Encore plus, souligne Florence Cathiard, si l’on fait des dations ou dons gratuits de pièces à l’Etat. « Pourvu qu’il choisisse les moins belles », s’esclaffe-t-elle.

La galerie d’art du Château de Pommard

Maurice Giraud le reconnaît sans ambages, sa politique en faveur de l’art contemporain sert les intérêts de son vignoble, Château de Pommard, le plus grand domaine privé d’un seul tenant de Bourgogne, avec 21 hectares entièrement clos de murs. L’entrepreneur à succès dans l’immobilier de tourisme est un amoureux de l’art moderne. Le coup de foudre remonte à 1995 quand, au cours d’un séminaire d’entreprise en Catalogne, il est littéralement subjugué par le musée Dali de Cadaqués. Il y retourne seul dès le lendemain et, plus tard, acquiert deux statues du maître. Elles trônent aujourd’hui au milieu de la cour de ce château du XVIIe siècle dont il est devenu propriétaire en 2003. « Nos expositions d’artistes contemporains sont clairement un moyen de pousser nos vins, d’autant plus que plus de 80 % des 300 000 bouteilles que nous produisons chaque année sont vendues à la propriété. » Aujourd’hui, alors que les tour-operators chinois sont sur le point d’être prévenus, ces visites représentent déjà 35 000 touristes annuels.

Vincent Bussière

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