Inoubliable de complexité dès sa naissance, c’est ainsi que Ludovic David décrit le millésime 2013 sur le terroir de Château Marquis de Terme, le grand cru classé de l’appellation margaux dont il est le directeur général.



« Dans notre métier, nous avons coutume de dire que chaque millésime possède une vraie personnalité,
que son histoire lui est propre et que de fait, chaque vin est diffèrent. Avec bientôt 25 ans de vinifications en France, à Bordeaux, à Pomerol, à Saint-Emilion, à Margaux, en Afrique du Sud ou en Californie, je n’avais jamais connu
une telle difficulté d’appréhension des vendanges. Une quadrature du cercle à résoudre, une équation à multiples inconnues où l’objectif reste cependant irrémédiablement le même, élaborer un grand vin.
 Si nous considérons l’ensemble des difficultés rencontrées au cours de cette année 2013 la liste est bien longue, et parfois pathétique. Un printemps pluvieux et froid, de la coulure, du millerandage, du mildiou et de l’oïdium, un retard de maturité,
une présence croissante de la pourriture grise, un très faible rendement à l’hectare imputant l’équilibre économique ; de mémoire de viticulteur un tel cumul nous ramène des décennies en arrière. Dans un autre siècle.

Après une période d’attente à scruter les changements permanents de la météo, les vendanges ont commencé
avec une pression phytosanitaire et un retard de maturité considérables. Nous avions beau suivre l’évolution des anticyclones et dépressions sur l’Europe, le temps ne s’est jamais stabilisé. Chaque matin, nous oscillions entre
le besoin d’accélérer le rythme des vendanges et le désir de tout arrêter. Les merlots ont été vendangés du 2 au 4 octobre, les petits verdots les 8 et 11 octobre et, enfin, les cabernets sauvignon du 8 au 15 octobre. 

J’aime à rappeler à notre équipe que nous avons fêté la fin des vendanges le jour où nous avions prévu de les démarrer. Aléas du temps, de l’histoire du millésime, c’est notre travail de vigneron que de nous adapter à toutes les situations pour produire le meilleur vin possible. C’était une année de défis, de décisions fortes et de choix techniques minutieux. Les mots « sélection »  et « rigueur » ont rarement eu autant de sens que dans le travail de notre équipe.

Alors, quelle qualité attendre ? Le terroir est là, évidemment. Et la préparation des vignobles, grâce aux effeuillages, la maîtrise des engrais, la limitation des produits phytosanitaires, la gestion éco-environnementale de nos parcelles, le travail de sélection et le tri réalisé lors de la récolte ont fait leur effet sur les raisins. C’est cette alchimie entre graves profondes et interventions viticoles précises qui fonde la qualité de nos vins. Les derniers investissements, particulièrement l’amélioration de notre système de réception vendange et de tri au chai, nous ont permis d’être intraitables sur les raisins destinés à être mis en cuves. Indiscutablement, les techniques de vinification plus douces, plus naturelles, permettent de limiter toutes actions mécaniques et d’optimiser la texture et le soyeux des tanins. 


La nature sait nous rappeler que le vin est un magnifique produit issu de l’agriculture et non en rien un produit industriel. Il est marqué par son sol et sa climatologie à chaque millésime, et c’est ce qui lui donne la dimension historique, culturelle et patrimoniale que nous aimons et défendons. Cette année, la nature nous a rappelés à l’ordre et nous avons relevé le défi. Dans les chais, un millésime agréable, souple, de fraîcheur et d’équilibre,
est en train de se construire. Paisible, enfin.
»

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