Les vendanges 2013 de la Maison M. Chapoutier se sont terminées le 12 octobre. De Côte Rôtie à Châteauneuf-
du-Pape, Michel Chapoutier parle d’une année fidèle à la devise du blason de la maison, fac et spera. Il aura fallu
« beaucoup de patience vis-à-vis de la nature et beaucoup d’audace dans nos observations et nos choix. Photographies d’un cépage dans un millésime sur un terroir donné, les parcellaires vont nous révéler de belles suprises. La première vient des blancs qui présentent des équilibres quasi bourguignons. »



Rhône Nord

« Les premières parcelles ont été récoltées dans la semaine du 23 septembre, sur Saint-Péray. Durant cette même semaine ont été vendangés les Saint-Joseph blancs et les premières tries des Hermitage blancs précoces. Les températures douces et la fréquence de vent du Sud, lors de la dernière décade de septembre, ont accéléré la fin
de maturation des rouges. Le coeur des vendanges s’est déroulé la semaine du 1er octobre, à commencer par les Cornas précoces et l’ensemble des Côte-Rôtie, suivis des Crozes-Hermitage et des Saint-Joseph. L’excellente tenue sanitaire des Hermitage rouges aura permis de pousser leur maturation jusqu’à la semaine du 7 octobre.

Indéniablement, les efforts importants consentis au vignoble dans les travaux en vert et les applications multiples de tisanes et décoctions végétales ont permis de juguler les pressions sanitaires diverses et de maintenir une pleine efficacité de feuillage jusqu’à maturité. Si bien que les équilibres ont consisté fréquemment à la récolte en des degrés potentiels compris entre 13 et 14 % et des pH de l’ordre de 3,2 sur les blancs et 3,4 sur les rouges. S’il est difficile de porter un jugement définitif sur les vins rouges à ce stade, les premières dégustations mettent en exergue une expression déjà fidèle aux origines, dans la race aromatique comme dans les textures. »

Rhône Sud

« Le vignoble de Châteauneuf a connu un hiver arrosé et un réchauffement poussif au printemps, amenant déjà trois semaines de retard phénologique au débourrement par rapport à 2012. Plus encore que dans le Nord, les premiers stades de croissance de la vigne ont été affectés par la dynamique thermique printanière “en escalier”.
La dernière décade d’avril, avec à peine 12°C de températures moyennes, a eu pour effets conjoints de compliquer la différenciation des ovules dans les boutons floraux et de freiner considérablement la pousse, rendant le feuillage encore importateur de réserves, au moment où la floraison requiert normalement toute l’énergie issue de la photosynthèse. La floraison proprement dite s’est par ailleurs déroulée dans des conditions de températures minimales journalières anormalement fraîches, inférieure de 8° en moyenne sur la dernière décade de mai.

Une coulure historique s’en est suivie sur le grenache, cépage par nature sensible au phénomène, y compris en dehors de ces particularités climatiques. Elle fut particulièrement marquée sur les vieilles vignes, déjà plus touchées que les jeunes par la mémorable vague de gel de février 2012. Heureusement, si l’on peut dire, le régime hydrique printanier (243mm de précipitations sur avril et mai) a permis un développement précoce des entre-coeurs. L’embellie climatique de juin et, par la suite, de l’été, tout à fait dans les normes locales, a permis une floraison massive et homogène. Tout l’art du vigneron a alors consisté à ne garder que les plus précoces de ces grappes de deuxième génération, la tardivité du millésime et la crainte locale des épisodes cévenols de septembre ne permettant pas d’espérer mener à son terme la maturation correcte de grappes à la phénologie si hétérogène.

Après un mois de juillet orageux comme partout, le mois d’août assez sec (15mm) a permis de restaurer un niveau de contraintes hydriques modérées, favorables à un ralentissement de la croissance et à la maturation. Les premiers coups de sécateurs ont pu être donnés le 23 septembre sur les syrah et il a fallu quinze jours de plus aux grenaches pour atteindre l’équilibre technologique escompté. A l’heure où les macérations post-fermentaires s’achèvent, la texture ferme qu’arboraient les pulpes lors des vendanges a pris la forme d’un fruité gourmand,
au grain énergique, certes bien différent de la générosité classique de Châteauneuf mais d’une expression digeste et pinotante comme le grenache sait l’offrir lors des millésimes tardifs.
»

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