Première journée à Sauternes

« La dégustation a été très difficile à Sauternes avec une évolution des vins très différente selon les propriétés et des échantillons parfois mal préparés. Le millésime a été très dur à goûter en primeurs, bravo à ceux qui auront réussi à attribuer facilement des notes. Moi, j’ai eu beaucoup de mal.

Yquem se démarque très nettement. Très subtil et racé, c’est sans nul doute le meilleur vin du millésime à Sauternes.

D’une façon plus générale, 2013 fera oublier les mauvais souvenirs de 2012 et ce qui est certain, c’est qu’en 2013 il y aura du sauternes.

2013 a été une année tardive, sauvée par de beaux jours en octobre. Les vins ont une personnalité aromatique étrange et originale, des notes amères de pamplemousse plus marquée que d’habitude et une belle acidité sans aucune lourdeur. C’est un millésime plus moderne d’esprit. »

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Deuxième journée à Saint-Emilion et Pomerol

« Cheval Blanc offre un vin délicat et raffiné, d’une grande finesse et élégance.

La dégustation des saint-émilion et pomerols s’est poursuivie à La Couspaude avec des échantillons maladroitement préparés, très marqués par le bois pour masquer les faiblesses du millésime. On est ici dans la « tradition bordelaise » avec des vins peu corsés, légers en volume de bouche avec  peu d’excès d’alcool et de sur-maturité. 2013 est un millésime élégant et frais mais qui manque parfois de matière. Ce seront des vins à boire, pas à déguster.

Les grands terroirs s’en sortent beaucoup mieux. La Conseillante et Clos-Fourtet tirent leur épingle du jeu tandis qu’ Ausone transcende le millésime, le vin est diaboliquement bien fait.

La seconde série de dégustations à Saint-Émilion confirme le sentiment d’un millésime difficile, mais je souhaite souligner le travail fourni par les vignerons. Malheureusement, ce travail n’a pas été fait avec la même adresse partout. 

La recherche de la maturité idéale a été l’enjeu majeur, contrairement aux années précédentes, ou certains tombaient dans la sur-maturité. Cette année, le défi a été de récolter des raisins suffisamment mûrs. La vinification a joué un rôle important, mais on trouve encore des extractions trop fortes et des vinifications trop boisées qui viennent assécher les vins.

Un tiers des vins présentaient de jolis fruits, avec de la fraîcheur et parfois un peu de salinité en finale. Une fois de plus les grands terroirs font la différence.

Mention spéciale : le Clos Saint-Julien et le Château Petit-Gravet Aîné sont des modèles de vinification.”

Troisième journée à Pessac-Léognan

“Les pessac-léognan se sont très bien goûtés et le résultat était beaucoup plus homogène qu’en Rive droite. Les blancs sont délicieux et équilibrés et les rouges classiques et élégants ont bien résisté aux extractions excessives.

La meilleure note a été attribuée au Château Pape-Clément, mais je note toutefois une très belle progression pour le rouge et le blanc du Château Rahoul, ainsi que le blanc du Château Ferrande. Les premiers vins de Haut-Brion et la Mission Haut-Brion sont également très réussis.

D’une manière générale, le niveau qualitatif des pessac-léognan et graves est très impressionnant.

La journée s’est ensuite poursuivie au Château La Lagune où j’ai pu re-déguster les crus classés de Sauternes goûtés lundi. J’y ai eu une très heureuse surprise. Les vins se sont beaucoup mieux goûtés qu’en début de semaine et je peux désormais affirmer que 2013 sera un très bon millésime à Sauternes.”

Quatrième journée à Margaux

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La dégustation s’est déroulée au Château Monbrison et les margaux se sont très bien goûtés. Cette année, je suis beaucoup plus à l’aise avec les vins de la Rive gauche que ceux de la Rive droite. La météo peu clémente a contraint les vignerons à vendanger très rapidement, ce qu’ils ont pu faire grâce aux progrès des installations modernes. Si un tel scénario s’était produit il y a dix ou quinze ans, Margaux n’aurait jamais pu atteindre un tel niveau qualitatif sur ce millésime.

Les vins sont élégants et frais. On sent que le raisin n’est pas toujours arrivé au bout de sa maturité, mais cela procure aux vins une pointe de fraîcheur qui n’est pas déplaisante. En revanche, je suis très méfiant avec les seconds vins dont les prix risquent de grimper fortement étant donné la pénurie de vin. Je recommande aux amateurs d’être attentifs, la qualité des seconds n’est pas toujours au rendez-vous.

Mes coups de cœur à Margaux sont pour les châteaux Palmer, Brane-Cantenac et Rauzan-Ségla. Durfort-Vivens offre un rapport qualité-prix absolument remarquable, cela confirme les énormes progrès réalisés par cette propriété ces dernières années.

Cinquième journée à Pauillac, Saint-Julien et Saint-Estèphe

“Cette Semaine des primeurs s’est achevée dans le Médoc, plus précisément à Pauillac, Saint-Julien et Saint-Estèphe. Je n’y ai eu aucune mauvaise surprise malgré quelques variabilités dans les échantillons. Le Médoc s’en tire très bien.

Les vins sont plutôt sérieux. Cette année, les vendanges ont eu lieu plus tôt que prévu, mais l’été très chaud (un des plus chauds depuis trente ans) a éliminé toute note de pyrazine (poivron). Il n’y a aucune verdeur dans ces vins, qui manquent peut-être un peu d’étoffe.  Les châteaux ont utilisé davantage de cabernet-sauvignon dans leurs assemblages, les merlots n’ayant pas été de très bonne qualité cette année. Ainsi, on retrouve 99% de cabernet-sauvignon dans le lafite-rothschild, 98% dans château-margaux et 89% dans mouton-rothschild.   

À Saint-Julien, ducru-beaucaillou et léoville-las-cases sont absolument remarquables. L’échantillon de las-cases était d’ailleurs un des plus parfaits dégustés jusqu’à présent. Léoville-barton et lagrange sont également de brillantes réussites, mais les autres saint-julien se sont aussi très bien défendus.

À Pauillac, pichon-baron, grand-puy-lacoste et lynch-bages se démarquent. Lafite et mouton sont deux très beaux pauillacs et l’évangile, dégusté dans la foulée, est certainement un des meilleurs pomerols de l’année. 

Enfin, à Saint-Estèphe, calon-ségur est le plus inoubliable. C’est selon moi un des meilleurs 2013 du Médoc. Montrose propose un vin tendre et harmonieux et cos-d’estournel, un vin tout aussi excellent, avec un peu plus de cabernet-sauvignon que d’habitude.”

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