Après Hong Kong et Québec, « Bordeaux fête le vin » se délocalise en Belgique, 3e marché à l’export. Le maire Alain Juppé, et son adjoint Stephan Delaux qui dirige l’événement, décryptent la success story de la plus importante manifestation œnotouristique d’Europe.

« Bordeaux fête le vin » a accueilli 500 000 visiteurs cet été sur les quais de la ville. Quand vous avez créé cet événement en 1998, vous aviez l’intuition qu’il manquait à l’aristocratique vin de Bordeaux une dimension populaire ?

Alain Juppé : Ma première constatation a été qu’il ne se passait rien étrangement, dans la ville, qui soit lié au vin. Des fêtes dans les châteaux, oui. Mais non accessibles aux Bordelais. Les gens du vin n’ont pas été immédiatement enthousiastes, on me disait « non, les Bordelais ne descendront pas dans la rue pour déguster. » Je sentais intuitivement le contraire. Et dès la première année, cela a très bien marché.

Les clés de ce succès ?

Stéphane Delaux : Découvrir, déguster et discuter avec les vignerons. C’est un événement populaire et culturel, élégant et de qualité.

Après Hong Kong, voici Bruxelles, deux marchés importants pour Bordeaux. L’événement est un booster d’affaires ?

S.D. : Il suffit de dire que la Société des Alcools du Québec, qui détient le monopole des importations, a enregistré une hausse de 17 % des ventes de vins de Bordeaux dans l’année suivant la manifestation. Que, lorsque Hong Kong nous a sollicité pour recevoir « Bordeaux fête le vin », un événement a été spécialement créé pour cela, le Wine and Dine Festival. Et qu’aujourd’hui Bruxelles l’inclut dans son festival gastronomique qui devient « Eat Brussels, Drink Bordeaux ».

Cet événement, ici ou à l’export, sert-il aussi à ré-ancrer Bordeaux dans l’esprit des amateurs de vins, toujours plus sollicités par une offre désormais mondiale ?

A.J. : Beaucoup de vins de qualité ont émergé partout dans le monde, donc il faut absolument que le rayonnement de Bordeaux se maintienne. Aussi bien avec Vinexpo pour les professionnels qu’avec « Bordeaux fête le vin » pour le grand public.
S.D.: Toute la diversité des vins de Bordeaux est représentée, toutes les appellations, les trois couleurs, les vins tranquilles et effervescents, les vins modestes et les grands crus via les master classes. Peter Lam, homme d’affaires hongkongais qui possède l’une des plus belles caves au monde, s’est régalé d’un Bordeaux à 8 euros, château Marjosse (NDLR : le vin personnel de Pierre Lurton, gérant d’Yquem et de Cheval Blanc).

L’implication de la profession ?

S.D.: Mille viticulteurs ont participé à la dernière édition du 26 au 29 juin. Une centaine est présente sur les déclinaisons à l’étranger. Des leaders comme Castel et Baron Philippe de Rothschild sont avec nous depuis l’origine. « Bordeaux fête le vin » est pour eux un terrain d’observation et de promotion privilégié, en direct avec les consommateurs.

Les retombées économiques?

S.D. : Nous les estimons à 20 millions d’euros. Une analyse d’impact sur tous les secteurs est en cours.
A.J. : Elles vont bien au-delà des 2 millions d’investissement.

La prochaine édition, en 2016, s’annonce particulière.

A.J. : Le vin est un élément de culture et de civilisation, c’est tout l’esprit de notre future Cité des civilisations du vin, dont l’ouverture est prévue au printemps 2016, quelques mois avant la 10e édition de « Bordeaux fête le vin » qui sera très internationale. Je souhaite qu’on puisse mobiliser à cette occasion le réseau des Great Wine Capitals qui regroupe dix grandes villes du vin* dans le monde, dont Bordeaux, et qui pourrait donner encore plus de retentissement à l’événement.

Propos recueillis par Béatrice Brasseur
Photo : Jean-Luc Barde

* Bordeaux, Porto, Florence, San Francisco, Le Cap, Mendoza, Valparaiso, Christchurch, Mendoza, Mayence.

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