Longtemps liés au seul terroir de Saint-Julien, les Barton se sont ouverts au début de cette décennie au cru voisin de Moulis, en acquérant le Château Mauvesin, désormais Mauvesin-Barton. Cette propriété historique du secteur – la Seigneurie de Mauvesin existe depuis 1457, mais très méconnue des amateurs, les propriétaires précédents (depuis la Révolution) préférant jouir des 170 hectares de bois et prairies que de s’attacher à exprimer le potentiel des 51 hectares de vignes pourtant splendidement situées sur des sols de graves fines avec plus de sable qu’à Saint-Julien et un socle argilo-calcaire. Ce qui fait la différence avec Saint-Julien, c’est aussi la proximité avec la forêt et l’éloignement de l’estuaire, la stabilité climatique y est moins assurée, les maturités idéales des fruits y arrivent un peu plus tardivement. Quand ils l’ont acquise, les Barton ont apprécié en connaisseurs le potentiel du terroir et, en bons Irlandais, les installations équestres qui faisaient la fierté de la propriété. Mélanie, la fille de Lilian et de son mari Michel Sartorius, est à la fois œnologue et cavalière émérite, Mauvesin est son fief depuis 2013. La restructuration des vignes avait commencé deux ans auparavant et le cru gagne chaque année en finesse d’expression et, surtout, en maturité de fruit. Il y a entre le millésime 2011, le premier des Barton à Mauvesin, et le 2014, un très net saut qualitatif.

Langoa demeure certainement le cru classé le plus méconnu de Saint-Julien. Après l’avoir dégusté dans une bonne trentaine de millésimes, le plus souvent à côté de Léoville-Barton, en primeur ou en bouteille, je ne saurai toujours pas distinguer à l’aveugle l’un de l’autre, surtout lorsqu’ils sont jeunes. Pourtant, les terroirs sont bien distincts. Les vignes de Langoa s’étendent de part et d’autre de la superbe chartreuse où vit Anthony et son épouse, sur la gauche de la D2, tandis que celles de Léoville sont situées côté estuaire. C’est la première propriété médocaine achetée (en 1821) par le négociant Hugh Barton, qui reprend les affaires bordelaises initiées un siècle plus tôt par son grand-père Thomas. Langoa s’appuie sur un encépagement plus balancé que Léoville : 57 % de cabernet sauvignon, 34 % de merlot et 9 % de cabernet franc dans un vignoble de 17 hectares. Mais les deux terroirs sont travaillés de la même façon, sur un sol de graves et un sous-sol argileux comparable. François Bréhant, directeur technique des propriétés, les vinifie de la même manière. Au final, Langoa, avec sa finesse soyeuse, ses tanins enrobés et son fruit toujours précis, apparait souvent très séducteur jeune, parfois un peu plus que Léoville. Pour autant, j’ai eu l’occasion de déguster quelques vénérables Langoa, rassurez-vous, ils vieillissent bien.

 


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