Il fallait être visionnaire pour deviner que, trente ans plus tard, l’Oregon serait la deuxième patrie du pinot noir. Quand Robert Drouhin est tombé sur ces coteaux couverts de forêts et de prairies, il a tout de suite compris que c’était là qu’il fallait planter de la vigne.
Véronique Drouhin, grande dame du pinot noir
Véronique Drouhin, grande dame du pinot noir.

« Moi, je voulais la Californie. » Véronique Drouhin parle ici de la destination de son premier stage. Elle avait une vingtaine d’années et devait engranger quelques expériences de vinification avant de rejoindre Joseph Drouhin, la maison familiale installée rue d’Enfer, à Beaune, sur le castrum romain dont elle a conservé les caves époustouflantes. La Napa Valley, peut-être, mais la Californie, bien sûr. Ça claquait – et ça claque toujours – plus fort dans le conscient collectif que l’Oregon.

Ce sera l’Oregon. Son père, Robert Drouhin, a décidé. Elle ira chez un de ses amis, David Lett, grand pionnier du pinot noir dans les collines de la Willamette et créateur du domaine The Eyrie. Sa femme se souvient en riant : « Un cépage inconnu, un nom incompréhensible, une région ignorée, on avait tout bon. Finalement, David y avait gagné un surnom. Tout le monde l’appelait Papa Pinot ». Peu de temps après ce stage, Lett signale à Robert un beau coteau bien exposé, une cinquantaine d’hectares à vendre dans les collines de Dundee. Il viendra avec Véronique et se décidera rapidement. Non sans avoir convaincu au préalable sa fille de porter le projet d’un bout à l’autre, ce qu’elle fera. Trente ans plus tard, Véronique et ses frères ne regrettent rien. Mieux même, ils viennent d’acquérir un magnifique coteau d’une centaine d’hectares (la moitié est plantée) dans les collines d’Eola-Amity, à quelques kilomètres du domaine originel. Là, quand on lève les yeux, on se retrouve nez à nez avec le mont Fuji. Non, nous ne sommes pas au Japon, c’est le mont Hood. Même silhouette conique, même neiges éternelles, un volcan aussi. C’est frappant, cette ressemblance.

Le domaine Drouhin, construit sur le coteau, est naturellement gravitaire. Les raisins entrent en haut, les bouteilles sortent en bas. Aucune manipulation dévastatrice pour les raisins ou le vin. Personne n’habite ce bâtiment. En revanche, on y reçoit les amateurs de pinot noir dans une superbe tasting room avec vue.
Le domaine Drouhin, construit sur le coteau, est naturellement gravitaire. Les raisins entrent en haut, les bouteilles sortent en bas. Aucune manipulation dévastatrice pour les raisins ou le vin. Personne n’habite ce bâtiment. En revanche, on y reçoit les amateurs de pinot noir dans une superbe tasting room avec vue.

Quand les Drouhin sont arrivés dans les collines de Dundee, les quelques-uns qui faisaient pousser du pinot noir en Oregon ont surtout poussé un ouf de soulagement. L’arrivée d’une maison beaunoise d’aussi parfaite réputation, d’un empereur du pinot noir pour ainsi dire, ne pouvait que profiter à leurs vignobles. L’Oregon est l’autre patrie du pinot noir, plus personne ne discuterait. Ainsi, les Lett, les Aldersheim et l­­es autres du premier contingent de pionniers ont réservé un très bel accueil aux Bourguignons de chez Drouhin, comme ils le font aujourd’hui avec Louis-Michel Liger-Belair (La Romanée à Vosne-Romanée), Jean-Nicolas Méo (Méo-Camuzet à Vosne-Romanée aussi), Dominique Lafon (Comtes Lafon à Meursault) ou Louis Jadot, l’autre grande maison beaunoise qui se décide enfin à tenter l’expérience. Ils ont eu raison, au moins partiellement, puisque la Nouvelle-Zélande est une candidate très performante. Disons qu’avec l’Oregon, la Bourgogne et la Nouvelle-Zélande, le marché globalisé peut compter sur les pinots noirs qu’il réclame. Sans oublier quelques vignerons alsaciens, suisses, nord-italiens ou autrichiens. Bien sûr.

Photos : Mathieu Garçon

 

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1 COMMENTAIRE

  1. Bel article, toutefois ne citer que quelques vignerons Suisses est bien trop modestes. Et puis vous oubliez purement et simplement l’Allemagne, qui produit de très grands pinots, entre autre dans la vallée de l’Ahr et dans la Pfalz. Évidemment, les quantités n’ont rien de comparables avec la Bourgogne et l’Oregon, ce qui peut expliquer que l’on éludé la question, dès lors que ces vins seront presque inaccessibles aux lecteurs, à moins qu’il n’aillent sur place…et encore. Mais pas de problème, je suis lecteur assidu et fidèle du guide…donc plutôt acquis à votre cause. Cordialement, Olivier

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