Avec Hubert de Boüard, dont l’activité de consultant porte sur plus de 70 vignobles, à Bordeaux, mais aussi ailleurs en France et à l’étranger, retour sur le « grand » millésime naissant, marqué par une climatologie inattendue, notamment trois mois d’été sans eau, du jamais vu à Bordeaux « de mémoire de vigneron. »

« Jusqu’au 20 juin, une pluviométrie très abondante, environ 750 mm ce qui correspond au cumul de pluie dans une année sèche à Bordeaux. Malgré ces conditions très pluvieuses, la floraison se passe bien et les vignerons ont dû anticiper les travaux du sol avec davantage de précision à chaque intervention afin de ventiler la zone fructifère et limiter au maximum l’apparition de maladies. Un cauchemar pour les vignerons, mais déterminant pour ce millésime. Dès la dernière semaine de juin, le beau temps s’installe et fait unique, ne nous quittera plus jusqu’aux vendanges. Le mois de juillet est ensoleillé mais plutôt frais avec des nuits froides – à la fin du mois de juillet, la température de l’océan est très inférieure aux températures d’un été normal. Pas une goutte d’eau. » 
 
« Août verra les températures grimper avec quelques jours de canicule, au delà de 35°. Cependant, l’amplitude jour-nuit est de 1 pour 2 durant tout le mois, ceci étant très favorable pour l’expression aromatique de nos raisins et le maintien de la fraîcheur du fruit. Ce mois d’août est quasiment sans pluie, 5 à 8 mm ce qui n’est rien, en fonction des lieux, et qui permet juste à la plante de s’hydrater. Les très jeunes vignes commencent à souffrir. Les vignes plus anciennes particulièrement sur les sols argileux et ou calcaires résistent magnifiquement bien (le calcaire et l’argile se comportent comme une éponge qui s’engorge en période humide, et redistribuent cette eau captée pendant les périodes sèches). Depuis plus de 35 ans que nous observons le vignoble, nous avions toujours été habitués à l’orage du 14 juillet et celui du 15 août. Cette année, rien ! Rien de tout cela ! »
 
« Septembre arrive, et l’été continue, chaud, des températures de 28°, 30° sont notre quotidien. A la mi-septembre, un gros orage est annoncé à Bordeaux. Chacun d’entre nous tremble. Les gros nuages blancs et gris se transforment en pluie bienfaitrice. Le ciel est avec nous. 20 à 40 mm de pluie, en fonction des lieux, viennent redonner énergie, force et respiration à nos vignobles. Le beau temps revient très vite, la maturation des tanins s’effectue lentement, et les premières vendanges de rouge débutent vers le 26 septembre. En blanc, depuis déjà quelques jours, les sauvignons puis sémillons ont été ramassés dans des conditions idéales. Les fraîcheurs des nuits d’été ont préservé leurs arômes et leur acidité. Les perspectives climatiques des deux prochaines semaines nous laissent envisager des vendanges paisibles, à la carte, permettant d’inscrire à nouveau un grand millésime bordelais. »
 
Hubert de Boüard et Philippe Nunes

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