Il n’est pas rare dans la viticulture de voir s’enchaîner deux millésimes exceptionnels. Il n’est pas rare non plus de constater que les conditions de leur naissance le furent tout autant. 2016 semble être de ceux-là : un millésime issu d’un climat extrême, après un superbe 2015.

Il faudra sans doute trouver des synonymes, mais l’hiver 2016 fut extrêmement doux et pluvieux : le plus chaud jamais enregistré en France depuis 1900, avec un écart de 2,5°C en moyenne par rapport aux normales saisonnières. Mais ce fut aussi un hiver particulièrement humide ; de janvier à juin 2016, le pluviomètre enregistre 750 mm de précipitations, peu ou prou l’équivalent de ce qui est tombé pour toute l’année 2015. Si les conditions étaient alors plutôt alarmantes, il faut reconnaître que ces pluies ont permis de reconstituer les réserves hydriques des sols qui avaient été très sollicités en 2015 (et qui le seront pendant l’été 2016), et à la vigne de se développer rapidement.

Dès la mi-juin, un changement heureux et radical intervient. La pluie abondante laisse place à un exceptionnel ensoleillement, caractérisé par trois épisodes de canicule : les 17-19 juillet, les 13-16 août (on enregistre 36°C le 15 août à La Dominique) et les 23-27 août (37°C le 23 août). De fait, le vignoble connaît alors une sécheresse historique pendant 80 jours (seuls 13 mm de pluie sont répertoriés entre le 24 juin et le 12 septembre).

Tandis que le rythme de maturation est nettement ralenti, la pluie tant espérée arrive à point nommé : le 14 septembre, il tombe 20 mm à La Dominique. La teneur en sucres et en acides des baies s’équilibre, le raisin continue de mûrir grâce à des températures toujours estivales (1,5°C de plus que la moyenne des températures de septembre). Plus que jamais, l’enracinement profond de la vigne et les sous-sols argileux permettent de passer cette période sans blocage, sans décrochage et d’attendre la maturité optimale des raisins.

Les vendanges démarrent le 29 septembre à La Dominique, avec le ramassage des jeunes plantes de merlot. C’est un ramassage à la carte, à la parcelle, au rang, au gré des avancées de maturité, pour s’adapter aux sept unités de terroirs qui caractérisent la propriété. On poursuit la récolte début octobre, puis on s’arrête, pour reprendre autour du 10 octobre et ramasser les merlots des terroirs les plus argileux. Les cabernets sont vendangés une semaine plus tard, les 17 et 18 octobre, qui sonnent la fin des vendanges.

En cuve, ce sont des raisins d’une superbe maturité qui se présentent. La couleur et la matière s’extraient très facilement et très rapidement, sans intervention. Les équilibres – structure, sucre, acidité – sont enthousiasmants : les tannins sont de grande qualité, souples et soyeux.
Il n’est pas rare enfin de comparer les millésimes entre eux. Bien entendu, c’est toujours un peu prématuré. Pourtant, l’intensité, la complexité et les équilibres font déjà penser aux 2009 et 2010. Deux très grands millésimes.

Jean-Myrtil Laurent, directeur général du château La Dominique et des autres vignobles Fayat.

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