Le beaujolais avait fini par se perdre dans les excès du nouveau. Ça n’est pourtant pas une fatalité. Qu’il soit village ou cru, le beaujolais peut être bon. Et même grand. Une jeune génération de vignerons a décidé de relever le défi. On en a choisi treize. Ils vont changer la région. Et ceux qui boudent le beaujolais vont changer d’avis.

Retrouvez l’article de Gilles Durand-Daguin dans EN MAGNUM N°10 page 53 en kiosque le 1er décembre. À la fin, c’est Michel Bettane qui nous rappelle d’où sort le beaujolais.


Guillaume Puzo a couvert le Beaujolais pour le guide des vins Bettane+Desseauve de 2010 à 2015. Olivier Borneuf lui a succédé.
Ci-dessous leur vision de la région et de son avenir.

Le paysage et l’économie du Beaujolais ont été profondément bouleversés depuis le début de ce siècle. Pleins de paramètres de nature diverse sont venus se télescoper pour créer un Big Bang à l’échelle de cette petite région. – – La crise du beaujolais-nouveau, dont les ventes déclinent chaque année, mais dont le poids reste encore significatif,
– Le fossé grandissant entre beaujolais du Nord et beaujolais du Sud, dont les terroirs sont différents,
– La dangereuse expansion urbaine et, notamment, celle du Grand Lyon qui grignote chaque année des dizaines d’hectares de bonnes terres viticoles, d’autant que les coteaux offrent une vue splendide sur la plaine de la Saône et le massif du Mont-Blanc juste en face,
– La propagation fulgurante des idées en vogue, bio en tête, qui dans le Beaujolais se conjugue souvent, parfois naïvement, au sans-soufre, au risque de tomber dans le nature-sauvage-imbuvable,
– Et, enfin, comme dans la plupart des autres régions françaises, l’arrivée de nouveaux acteurs, soit la jeune génération qui souhaite mettre en place des idées de son époque, soit de nouveaux-venus qui ont la foi du charbonnier et les convictions chevillées aux tripes.
Parmi ces nouveaux héros du goulot, citons sans ordre de préférence Fabien Duperray, qui au domaine Jules Desjourneys élabore des vins dont le Beaujolais avait oublié le goût, certes au prix d’efforts économiquement impossibles, Claude-Édouard Geoffray, fils de son père Claude-Vincent, qui, au château Thivin, révolutionne les pratiques culturales en palissant les vignes, là où le gobelet traditionnel n’est pas mécanisable ou, enfin, Jean-Marc Burgaud à Morgon, qui en travaillant simple et sain produit bon et vrai dans un vignoble où longtemps la facilité et la chimie gommaient les vraies expressions de terroir.

Guillaume Puzo


 

On pensait le Beaujolais définitivement perdu dans les abîmes du “nouveau”. Un talent gâché, comme dirait l’autre. Fin XIXe, Danguy et Vermorel, et avant eux Budker, louaient déjà la mosaïque pédologique du Haut-Beaujolais, sans oublier les pierres dorées aux abords du Bois-d’Oingt. Toujours à cette époque, Jules Guyot surnommait le capricieux gamay : grand secret du Beaujolais. Peut-être un peu trop.
Un talent gâché donc, mais recouvré. Sous l’impulsion d’une nouvelle génération, loin d’être une héritière, mais sensible à l’héritage, le Beaujolais affiche son renouveau. Raphaël Chopin, fraîchement rentré d’Australie pour reprendre les terres de l’arrière-grand-père, vinifie sans complexe et sans soufre des mono-crus méconnus. Plus au nord, sur le finage de Fleurie, c’est la tradition qui trouve un second souffle. Cédric Chignard, digne successeur de son père Michel, perpétue avec panache les vinifications en grappes entières. Une impénitence qui paye.
Le Beaujolais rayonne de nouveau, et cette lumière attire. Le Chablisien Richard Rottiers est l’un des premiers à sentir le vent tourner, dès 2007. Installé sur le cru moulin-à-vent, il est rapidement rejoint par d’autres Bourguignons. Mais du pinot au gamay, il n’y a qu’un pas et l’engouement reste local. Il faudra aller au-delà du vin pour que le château du Moulin-à-Vent ressuscite en 2009, grâce l’éditeur de logiciels Jean-Jacques Parinet. Et s’il fallait encore des preuves de l’irrésistible attraction du Beaujolais, c’est dans le négoce qu’on les trouve. Du château des Jacques jusqu’à Bouchard, en passant par la maison Loron, tous ces négoces influents ont récemment investi dans leur vignoble et leur cuverie en Beaujolais. Un vignoble ne reçoit que lorsqu’il émet. Ce Beaujolais syncrétique de tradition et d’innovation ne cesse d’attirer parce qu’il ne cesse de briller. Une région que l’on délaisse se meurt, une région où l’on s’installe prospère. Voilà pourquoi le Beaujolais renaît.

Olivier Borneuf

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