Tous les observateurs s’accordent à considérer le grand vin de Léoville du marquis de Las Cases comme le plus proche en qualité des premiers crus classés du Médoc. Il doit ce statut particulier à la décision prise dès la fin des années 1970 par son administrateur, Michel Delon, de le produire uniquement à partir du vignoble du Grand enclos, voisin immédiat de Château Latour. Cet enclos de 45 hectares bénéficie naturellement du microclimat privilégié du secteur proche de la Gironde, avec une complexité de terroir étonnante sur une surface si limitée, qui contribue au caractère très particulier du vin, qu’on ne peut reproduire sur les extérieurs de l’enclos. Ces 50 hectares d’extérieurs font intégralement partie du cadastre du domaine de Léoville et produisent le remarquable saint-julien Clos du Marquis, qui n’a pas le cachet incomparable du grand vin. Sur l’enclos règne le cabernet-sauvignon, harmonisé par environ 10 % de cabernet franc et un peu moins de 10 % de merlot, qui atteint là une maturité phénolique optimale rendue encore plus régulière par une viticulture d’élite. Mais il faut toujours vérifier l’actualité des légendes et c’est avec un plaisir immense que nous avons pu organiser, avec la complicité amicale de Jean-Hubert Delon, administrateur et propriétaire actuel du cru, une dégustation verticale des quatre dernières décennies. Pour juger de chaque millésime avec une totale liberté d’approche, nous avons convaincu l’administrateur, son maître de chai Bruno Rolland et son directeur Pierre Graffeuille, de diviser cette verticale en quatre parties, chacune correspondant à une décennie, et de déguster les millésimes de chaque décennie à l’aveugle, dans un désordre chronologique. Le résultat fut à la hauteur de ce que j’imaginais, à savoir l’importance excessive qu’on accorde au caractère réel ou supposé de l’année, au détriment de la constance d’expression d’un vrai grand cru, au travers de tous les cas de figure climatiques. On ne pouvait pas se tromper sur la transparence de l’expression du terroir, mais nous nous sommes tous trompé plus souvent qu’à notre tour dans la devinette de l’année. Et nous avons réappris à évaluer ces millésimes selon nos goûts respectifs en nous amusant de l’idiotie du commerce ou des experts qui continuent à hiérarchiser leur réputation et leur prix, malgré les évidences de la dégustation. Sans parler de la part d’imprévisibilité apportée par les bouchons, qui fait que chaque bouteille est un individu différent après quelques années de vieillissement. On relativisera donc ce qui suit, en admirant davantage la régularité remarquable de caractère et de qualité de ce cru magnifique que la recherche, forcément personnelle et individuelle, du millésime qui met le plus en valeur sa noblesse. Pour la commodité de lecture, je replace les millésimes du plus jeune au plus vieux.

 

Retrouvez les commentaires et notes des 29 vins dégustés dans EN MAGNUM N°12, pp 120-121, en kiosque

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