Alcool et santé : après l’étude, la critique scientifique

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A l’amateur qui voudrait un point de vue moins simpliste sur les résultats largement médiatisés de l’étude publiée il y a un an par la revue scientifique The Lancet, l’organisme Vin & Société propose de se plonger dans les contributions critiques de quatre chercheurs proposées par cette même publication, dont nous reproduisons des extraits ci-dessous. En rappelant n’avoir aucune compétence scientifique, Vin & Société précise se documenter comme tout un chacun peut le faire afin « que des idées fausses ne s’installent pas dans l’opinion. » Une position impliquée que nous partageons, et relayons.

L’avis de Kevin Shield et Jügne Rehm, spécialistes reconnus sur l’alcool et la santé publique ayant notamment réalisé une étude pour le groupe d’experts en charge des nouveaux repères pour la France :
« “Des limites méthodologiques ont mené à la conclusion infondée selon laquelle, au niveau individuel, aucune consommation d’alcool ne présente de bénéfices pour la santé.” (…) En révisant la méthode, en particulier les chiffres proposés pour le groupe de référence des abstinents, “un effet légèrement protecteur (…) est observé chez les personnes qui consomment un verre par jour (12 g d’alcool).” Par ailleurs, l’étude ne modélise pas correctement certains risques (maladies ischémiques notamment). “La conséquence de ces biais est que le niveau théorique d’exposition minimale au risque surévalue les effets négatifs de l’alcool par rapport à ses effets protecteurs.” Toutefois, les auteurs ajoutent que “Bien que la conclusion selon laquelle il n’y a pas de niveau bénéfique de consommation d’alcool est erronée, les effets négatifs à l’échelle d’une population sont supérieurs aux effets positifs”.

(Traduction : Vin & Société. Accès au texte complet en anglais sur le site de la revue The Lancet)

L’avis de Cédric Abat, Yanis Roussel, Hervé Chaudet et Didier Raoult, ce dernier étant l’auteur de l’article paru dans le magazine Le Point à propos de l’étude publiée par The Lancet :
« En comparant la répartition géographique de la consommation d’alcool (…) avec les statistiques sur l’espérance de vie, nous avons observé des parallèles entre la localisation de la consommation d’alcool, l’espérance, l’index socio-démographique, et les dépenses de santé par habitant. Nous estimons que les auteurs ont fait une erreur en ne tenant pas compte des âges des populations dans leurs résultats, introduisant de fait un biais (…). En conséquence, la plupart des 23 problèmes de santé étudiés dont les AVC, l’infarctus du myocarde et le cancer, sont des maladies liées à l’âge. Toutefois les auteurs ont attribué ces maladies à l’alcool plutôt qu’au fait que la population soit plus âgée dans certains pays. Conseiller les décideurs politiques à partir de ces résultats pourrait être assimilé à une instrumentalisation politique de la réputation du journal The Lancet. »  

(Traduction : Vin & Société. Accès au texte complet en anglais sur le site de la revue The Lancet)

L’avis d’Augusto Di Castelnuovo, Simona Costanzo et Giovanni de Gaetano, auteurs qui déclarent un possible conflit d’intérêts, ayant reçu des soutiens de la part d’organisations en lien avec le secteur de l’alcool :
«  Nous avons été surpris de constater que les chercheurs n’ont pas pris en compte la mortalité totale comme élément d’analyse. A la place, ils ont essayé de répondre à la question en combinant 23 courbes de risques pour en faire une courbe unique (…). Cependant, la manière dont ces courbes ont été combinées n’a pas été validée, est en partie arbitraire (…) et ne prend pas en compte les différents degrés de précision des courbes provenant chacune d’échantillons de taille différente. En conséquence, la conclusion qu’aucune quantité d’alcool ne peut être bénéfique pour la santé ne peut pas être tirée de cette étude. »
(Traduction : Vin & Société. Accès au texte complet en anglais sur le site de la revue The Lancet)
 
L’avis d’Arne Astrup et Ramon Estruch, auteurs déclarant également un possible conflit d’intérêts, ayant reçu des soutiens de la part d’organisations en lien avec le secteur de l’alcool :
« Nous sommes surpris que (…) les auteurs estiment qu’une réforme des politiques publiques est nécessaire. Un nombre impressionnant de données est utilisé, mais des limites doivent être prises en compte. La combinaison de données de pays très différents et le faible contrôle des facteurs de confusion peuvent masquer des effets substantiels venant de facteurs sociaux et culturels. De plus, les résultats issus d’une fusion des 23 problèmes liés à l’alcool ne peuvent pas être interprétés au niveau régional, encore moins individuel. Par exemple, pour de nombreux individus dans des pays riches, les risques de maladies cardiaques et de diabète sont plus élevés que le risque de tuberculose. (…) De manière surprenante, la catégorie des abstinents inclue une consommation entre 0 et 0,8 verre standard par jour. Dans beaucoup de pays, 0,8 verre par jour correspond à peu près à une consommation modérée. Il n’y a pas de doute sur le fait que la consommation excessive nuit à la santé (…), mais ces résultats ne justifient pas les conclusions selon lesquels le niveau de consommation d’alcool correspondant au risque minimum est de zéro. »

(Traduction : Vin & Société. Accès au texte complet en anglais sur le site de la revue The Lancet)

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