Vitis prohibita, l’histoire des interdits bien défendus

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On connaissait vitis vinifera, vitis labrusca ou vitis riparia, moins la « vitis prohibita », C’est sous ce titre que le documentaire de Stéphan Balay s’intéresse aux hybrides producteurs directs (HPD). Nés en sauveurs pour vaincre le phylloxéra au XIXe siècle, puis mis au ban de la viticulture et finalement interdits par endroits, ils ne sont cultivés aujourd’hui que par quelques vignerons rebelles. Avec les enjeux liés aux problématiques environnementales, les voici à nouveau sur le devant de la scène.

Résistance dans les rangs
Si l’histoire de ces hybrides est méconnue, c’est surement en raison de la réputation sulfureuse qui accompagne les six cépages du film (clinton, herbemont, isabelle, jacquez, noah, et othello), tous issus de croisements de variétés américaines et de vignes européennes. Accusés de tous les maux et même de rendre fou, ils ont été interdits en France dès 1934 et par la suite dans toute l’Union européenne. Des Cévennes, l’enquête nous entraîne en Vénétie, sur les terres du prosecco où une fête du clinton se dissimule sous les aspects d’une fête du village ; en Roumanie, où leur interdiction à conduit au remplacement de la moitié du vignoble et à un vrai désastre social ; en Burgenland autrichien, où ces cépages ont obtenu une autorisation temporaire, et jusqu’aux Etats-Unis, où ils n’ont jamais été interdits (sauf pendant la période de la Prohibition). Dans les parcelles interdites et dans les laboratoires, auprès d’ampélographes, d’ingénieurs agronomes, d’œnologues et de pépiniéristes, jusque dans un restaurant étoilé, Stéphan Balay promène sa caméra avec un angle de vue qui interroge sur l’avenir de ces hybrides et sur le rôle qu’ils pourraient jouer dans une viticulture sans pesticide. Une revendication résumée dans les derniers mots du documentaire : « Le temps est venu de libérer les cépages résistants et la diversité des saveurs ». À voir sans modération.

Par Pascale Cassagnes

Vitis prohibita, un film de Stéphan Balay
Prix du meilleur long métrage au Festival international Oenovideo 2019
Sortie nationale le 6 novembre 2019

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