Ao yun, le premier vin de nuage

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Le groupe Moët-Hennessy a mis longtemps à s’installer dans le vignoble chinois. c’est fait et avec grâce

Et au milieu coule une rivière
Quatre années, c’est le temps qu’il a fallu pour trouver le lieu de naissance d’Ao Yun. Dans l’immense Chine, le défi était de taille. Le décor ? L’Himalaya majestueuse, le nord du Yunnan, les rives du fleuve Mékong et la fabuleuse cité de Shangri-La tout près. Depuis cette dernière, il faut faire une demi-journée de route sur des chemins vertigineux avant de tomber sur ce qui est peut-être le plus beau vignoble du monde. Pour faire simple et retrouver des repères qui se perdent vite sur ces hauteurs à couper le souffle, le domaine est réparti entre quatre villages (Adong, Xidang, Sinong et Shuori), tous situés entre 2 000 et 2 600 mètres d’altitude. Les paysans locaux, fermiers et éleveurs de yacks ou de moutons, cultivent de la vigne depuis le début des années 2000. Une initiative du gouvernement chinois. Quatre communes donc, et des conditions météorologiques spectaculaires qui peuvent évoluer radicalement dans une même journée en raison des ombres portées de la montagne. Si les températures, finalement assez clémentes, sont proches de celles du vignoble bordelais, l’ensoleillement est celui de la haute montagne avec une forte exposition aux rayons UV. Un peu de pluie l’été, peu de pression des maladies cryptogamiques. Bref, un domaine dans les nuages et un terroir de prédilection pour les cabernets.

300 parcelles
Avec des conditions pareilles et la volonté de faire un grand vin, le style Ao Yun s’inspire intelligemment de celui des grands vins de Bordeaux. Avec une différence notable cependant puisque les quelque 27 hectares du vignoble sont divisés en plus de 300 parcelles, elles-mêmes divisibles en plus de 900 sous-parcelles identifiées. Chacune évidemment récoltée à la main compte tenu du relief. L’encépagement partagé entre cabernet-sauvignon et cabernet franc, dont la moitié est plantée franc de pied sur des sols de sables ou de schistes en raison de l’absence du phylloxera, permet la construction d’un grand vin de garde. Il est particulièrement marqué selon les années par les conditions climatiques du millésime, notamment dans sa couleur et son intensité aromatique. Depuis 2013, année du premier millésime, le travail d’identification des parcelles a permis de gagner considérablement en qualité d’expression. Surtout, la gestion du parc à barriques et la qualité d’origine des bois retenus ont permis d’affiner le style, renforçant la grande fraîcheur des cabernets récoltés par un caractère boisé noble.

Sept ans au Yunnan
C’est à Maxence Dulou, quadra bordelais fringant et détendu, qu’on a confié les clefs du projet. Passé par le château Quinault l’Enclos à Libourne, cet ingénieur agronome a quitté la Gironde pour s’installer avec sa femme en 2013 dans cette province reculée. Des débuts mouvementés et une adaptation express à la vie des montagnes et au système chinois, assez strict en ce qui concerne la culture de la vigne et l’élaboration des vins. « L’idée, ce n’est pas de faire un vin qui imite Bordeaux. Les cépages utilisés ici ont été plantés pour la plupart par des paysans. C’est une histoire et une identité qu’on respecte et qu’on veut raconter à travers ce vin. L’identité d’un lieu et d’un vignoble. Dans le style, on ne cherche pas non plus à faire un vin du Nouveau Monde. Ao Yun a ses propres codes. »

Ao Yun, la verticale
2014
Second millésime d’Ao Yun. Dans un style immédiatement surprenant par son caractère fruité et sa grande acidité. Beaucoup de corps et de crémeux dans les tannins, on apprécie sa fraîcheur finale et son élégance. Vin d’énergie. 92/100

2015
Raffinement aromatique où l’on retrouve quelques notes fumées et de pierre à fusil et de graphite, résolument médocain dans son inspiration et son style. Seul un peu de sécheresse finale dans son tannin l’empêche d’être complètement harmonieux. 91/100

2016
Beaucoup de finesse et de tension, le vin a gagné en droiture et impose sa grande densité de matière, fraîche et harmonieuse. Un caractère un peu plus épicé au nez et en finale, induit par la présence de 4 % de syrah dans l’assemblage. L’élevage avec 70 % de barriques neuves, d’excellente facture, lui donne beaucoup d’allure et d’aplomb. 95/100

2017
La propriété trouve dans ce millésime son niveau d’équilibre de référence. Très bien construit, entre la puissance de cabernets toujours énergiques et une acidité encore mieux intégrée à l’ensemble. Du charme, de la longueur et un potentiel de garde certain tout en gardant une typicité assez unique en son genre. Grand vin. 95/100

Ao Yun, vignoble extrême, terroir inédit

« Deux jours de voyage depuis Paris (quand il n’y a pas d’éboulements sur la route qui mène de Shangri La au vignoble), des paysages à couper le souffle, un terroir inédit, c’est Ao Yun, un vin produit en Chine dans des conditions extrêmes. Maxence Dulou, directeur du domaine nous parle de ce vignoble exceptionnel… »

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