Vignoble historique, fier de ses traditions jusqu’à sembler longtemps englué dans une routine médiocre, Saint-émilion s’est réinventé pour devenir le plus glamour des grands vins mondiaux. En Magnum #27 y consacre son dossier spécial et raconte, en détail, la saga à rebondissements d’un cru singulier. En voici un extrait. La suite et à retrouver dans En Magnum #27, disponible chez votre marchand de journaux, sur enmagnum.com et sur cafeyn.co

« Lors de la cérémonie du ban des vendanges, les jurats se réunissent et vont à la messe. Ensuite, ils défilent dans la ville, on procède à des intronisations. Dans l’après-midi, les jurats quittent le déjeuner, remettent leurs robes rouges et grimpent à la Tour du Roi. Il faut le faire, c’est raide. Depuis le haut de la tour, ils proclament le ban des vendanges. Lorsque les jurats sont là-haut, l’un d’entre eux, au pied de la tour, déclame au hasard le nom d’anciens jurats, disparus pour certains depuis très longtemps. Il y a beaucoup d’émotion. Pendant cet instant, il n’y a plus de familles, plus de vignerons, seulement des personnes qui font du vin ici. Chacun porte le même costume, toutes les différences sont abolies. La personne au micro énonce… un nom, puis une date. C’est concret, c’est le souvenir de vraies personnes qui nous rattachent tous au même village, à la même histoire. Combien de familles n’étaient pas présentes dans ce village il y a cinq siècles ? Ça n’a plus d’importance. Même si vous êtes là depuis dix ans, vous portez le même costume, vous l’avez accepté. À ce moment-là, entre nous, là-haut, on se serre les coudes, on se tient proche les uns des autres. Le moment est fort. Après, on proclame le vin de Saint-Émilion. »
En racontant avec émotion et sensibilité ce moment fort de la vie des vignerons de Saint-Émilion, Blandine de Brier Manoncourt, propriétaire avec sa mère et ses sœurs du château Figeac, trace le portrait d’un terroir ancré dans l’histoire et la tradition, aussi en perpétuelle évolution. Comme poussées par le souffle épique d’un Homère, magnifiées par la verve poétique d’un Ovide, l’odyssée et les métamorphoses de Saint-Émilion se sont enchevêtrées depuis une trentaine d’années pour faire de cette appellation un cas à la fois unique et exemplaire, spectaculaire, de la civilisation contemporaine du vin. Tout est là. L’aventure, le sublime, le mythe assurément, les modes, les caricatures aussi. Le vignoble et son village indissociable remplissent tous les critères du genre. Dédiée à la culture de la vigne dès l’Antiquité, classée au patrimoine mondial de l’Unesco au début de ce millénaire, entrée depuis maintenant plus d’une génération dans la course folle à la performance, l’appellation a vu son destin basculer dans la légende depuis le début du XXe siècle.

Rien ne destinait ce village paysan à devenir la traduction viticole du mot désir. Absent du classement des vins de la Gironde de 1855, celui de Saint-Émilion est passé de l’oubli à la gloire en moins d’un demi-siècle. Cela se résume par un chiffre, douze millions. Le prix, en euros, de l’hectare du vignoble du château Beauséjour Duffau-Lagarosse, acquis par le groupe français de cosmétiques Clarins en avril 2021. Montant de la vente : 75 millions pour quelques six hectares de vignes, certes d’excellente situation. Si l’affaire a fait les gros titres, la transaction ne fait qu’attester haut et fort du sex-appeal de la cité médiévale, où « combien ? » ne fait plus partie des questions essentielles. Avec ses échanges fonciers records, la course à la valorisation de ses vins cultes, les ambitions des anciennes familles, des investisseurs institutionnels, des nouveaux venus ou de ses self-made men géniaux, le village peut parfois prendre des airs d’univers impitoyable. Et, à Saint-Émilion comme ailleurs, l’épopée peut laisser place à la comédie, voire au fabliau, avec ses personnages fantasques, ses intrigues et sa morale parfois douteuse. À un détail près, essentiel dans la compréhension de ce vignoble. Le village réunit quantité de compétiteurs qui partagent la même quête :atteindre le sommet de la qualité et s’y maintenir.

Dans l’un des premiers numéros de En Magnum, dans la bien nommée rubrique « psychanalyse de terroir », Michel Bettane revenait, dans un article intitulé La passion selon Saint-Émilion, sur le sort de ce microcosme si particulier en détaillant les subtilités de son terroir et les liens des destins qui s’y croisent. Depuis, la concurrence entre les crus s’est intensifiée, exacerbée par la révision du classement prévue en 2022, contribuant à un niveau de qualité encore jamais atteint. Bref, la situation invitait à faire le point sur cette épopée et sur la vie des femmes et des hommes qui entretiennent son mythe. En voici le récit. Il commence par un gel terrible et une crise qui s’installe.

La suite et à retrouver dans En Magnum #27, disponible chez votre marchand de journaux, sur enmagnum.com et sur cafeyn.co

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