Flammes dans la nuit

Bourgogne, Bordeaux, Champagne. Ces cinq femmes qui ne se connaissent peut-être pas ont cela en commun : chacune incarne à sa façon une autre manière de faire ce métier et de vivre le vin. Inspirant. Photos Mathieu Garçon

Eve Faiveley, Domaine Faiveley, Bourgogne

Comme son frère Erwan, Eve Faiveley a la Bourgogne dans la peau. Cela se comprend, ces deux-là représentent la septième génération d’une famille établie à Nuits-Saint-Georges depuis 1825. Pourtant, à l’âge où le monde devient à portée de main, Eve a décidé de partir à sa rencontre. À Barcelone d’abord, puis aux États-Unis, avant de revenir en France pour exercer des fonctions dans le marketing des cosmétiques de luxe. De cette expérience, elle a appris qu’une marque aussi forte soit-elle ne vaut rien sans savoir-faire d’excellence. Une vision lucide et sans esbroufe pour celle qui rêvait de devenir « nez » et qui connaît les parfums des grands vins que ses équipes élaborent. Dix ans déjà que cette exigeante épicurienne a retrouvé ses racines, avec l’envie sans cesse renouvelée de toujours faire briller ce en quoi elle croit.

Véronique Sanders, Château Haut-Bailly, Bordeaux

Un article la surnomme « la first lady de Haut-Bailly ». Il y a de ça, c’est vrai, tant Véronique Sanders incarne la culture de cette propriété. Si son arrière-grand-père, Daniel Sanders, en fut le propriétaire à partir de 1955, c’est aussi aux côtés de son père Jean qu’elle a appris le métier. L’Américain Robert Wilmers, dont la famille est aujourd’hui propriétaire des lieux, a eu du flair en confiant la direction de son projet à cette amoureuse des vins de Bordeaux, à l’aise avec les vignerons, l’équipe technique dirigée par Gabriel Vialard ou les partenaires commerciaux de la propriété. Véronique a imaginé pour Haut-Bailly un cuvier et un chai sans équivalents dans le monde des grands vins tout en renforçant la culture d’accueil de ce vignoble situé aux portes de Bordeaux. Elle est aussi à l’initiative d’une prise de parole remarquée de la discrète Académie internationale du vin auprès de l’ONU, pour défendre la place du vin dans nos cultures. Un engagement complet autour d’une passion si forte mérite nos applaudissements nourris.

Alice Paillard, Champagne Bruno Paillard

Ce n’est peut-être pas la meilleure photo que l’on pourra prendre de la directrice des champagnes Bruno Paillard, mais elle me semble bien illustrer l’un de ses traits de personnalités. Alice est à l’affût. En veille permanente des tendances de consommation sur ses nombreux marchés, en constante remise en question de ses pratiques œnologiques, sans révolutionner l’exceptionnel travail réalisé par son père Bruno pour hisser cette petite maison au rang de celles qui comptent, en continuel émerveillement pour la cuisine audacieuse des jeunes chefs et cheffes et leur savoir-faire. Rien d’étonnant, donc, dans le fait que la gamme des champagnes « BP » réponde brillamment à tous les instants de consommation. Pour une méditation sur la beauté des choses en ce monde (il y en a tant !), on recommande la toute nouvelle cuvée NPU rosé, merveille de grâce et de finesse.

Gabrielle Malagu, Champagne Esterlin

On avait quitté Gabrielle Malagu chez Gosset. La voici désormais cheffe de cave de la maison Esterlin, qui en a fait la pièce maîtresse de ses ambitieux projets. Loin d’être novice, Gabrielle connaît les rouages du monde coopératif puisqu’elle a assumé pendant plus de dix ans les responsabilités techniques et managériales de la coopérative d’Hautvillers. Mais c’est le goût de la terre et de la viticulture qui a poussé cette œnologue de métier à se lancer dans ce nouveau défi. Avec plus de 200 hectares de vignes répartis selon les adhérents d’Esterlin dans la vallée de la Marne, autour d’Épernay et dans le Sézannais, ce terrain d’expression lui permettra de renouer avec ses premières passions. Pour cette petite-fille de vigneron tourangeau, c’est une manière de se reconnecter à ce qui compte.

Marie-Laure Latorre, Château de Sales, Bordeaux

Sous l’impulsion de ses propriétaires, la famille Lambert, le château de Sales a entamé depuis dix ans une mue assez spectaculaire, aussi bien quant à la qualité de ses vins que dans son approche vigneronne. La démarche engagée par l’excellent Vincent Montigaud a remis sur de bons rails cette grande propriété de l’appellation pomerol (presque 50 hectares). Capitaine de plusieurs domaines au sein des vignobles Olivier Decelle, Marie-Laure Latorre, à qui l’on doit le retour au premier plan du château Jean Faure, a pris début 2025 la direction générale de Sales avec la volonté, l’énergie et la vision transversale qu’on lui connaît. Ingénieure agronome, stratège commerciale pragmatique, Marie-Laure est aussi une meneuse d’équipe qui a de fortes convictions en matière de viticulture durable. De quoi permettre à Sales de monter rapidement dans la division supérieure, tout en étant préparé à s’y maintenir.