Ancien banquier, puis investisseur dans l’immobilier, Rémy Graillot a décidé au sortir de cette première vie, en passionné de vins et des terroirs, d’acquérir quelques vignes dans le vignoble de Sancerre pour vivre son rêve d’être un jour vigneron. Un retour à la terre pour ce natif du Cher qui voit dans le berceau des grands vins du Centre-Loire le lieu d’une seconde naissance professionnelle. Séduit par l’endroit, il tombe sous le charme du château de Lestang, grande bâtisse de style Renaissance situé au pied du piton de Sancerre. La propriété ne lui est pas inconnue puisque son grand-père, Alphonse Graillot, avait acheté la ferme voisine en 1960. Il en fait l’acquisition en 2012 et supervise personnellement les trois ans de rénovation nécessaires pour que le bâtiment retrouve de sa splendeur. La première mention du château de Lestang remonte à 1573. Propriété de la famille Rouillé de Marigny à partir de 1731, puis du baron Hyde de Neuville (homme politique français, ministre de la Marine, ambassadeur aux États-Unis et député, ndlr), il a longtemps été un lieu de passage pour des personnalités parisiennes, comme Lamartine ou un certain François-René de Chateaubriand, auquel rend hommage le cèdre du Liban planté dans le parc. Cette restauration achevée, Rémy Graillot s’attèle ensuite à restructurer son vignoble de cinq hectares de vignes, dont trois plantés en sauvignon sur des sols de silex, l’un des terroirs majeurs de l’appellation. Il recrute en 2020 Célestin Bizet pour s’occuper de la partie technique. Le jeune chef de culture et maître de chai tient à ce que l’épanouissement de la biodiversité soit encouragé par la présence des nombreuses espèces végétales et par plus de 1 200 mètres de haies. La grande majorité des travaux sont réalisés selon des pratiques agroécologiques exigeantes (aucun herbicide, insecticide ou autre produit de synthèse).
Haut de gamme
L’orangerie, située directement au pied du vignoble et également rénovée, accueille les infrastructures de vinification. La réduction des émissions de carbone est l’une des priorités de l’équipe, tout comme la gestion de l’eau. Lestang est l’une des rares exploitations viticoles indépendantes françaises à être labellisée « bas carbone » par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie et le domaine a l’ambition d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2030. Sans mentionner le mot de « domaine », comme pour s’affranchir des codes et se donner la liberté nécessaire pour atteindre ses objectifs, Rémy Graillot fonde Lestang 1573 avec un premier millésime en 2021 et la création de deux vins, les cuvées Tradition et L’Illustre Voyageur commercialisées à partir de 2024. « L’idée est de proposer des vins d’initiés en petite quantité, avec un positionnement ambitieux, mais fidèles à leur terroir. Les sols de silex peuvent donner naissance à de grands vins de garde, marqués par une impression très forte de minéralité », explique Rémy Graillot. Les méthodes de vinification sont traditionnelles, avec une approche plutôt minimaliste quant à l’usage du soufre lors de la vinification. La cuvée Tradition est issue de vins élevés en cuve inox pendant six mois sur lies fines, avec un bâtonnage régulier pour développer de la complexité aromatique. Archétype du sauvignon sur silex, elle séduit par sa complexité aromatique entre notes d’agrumes et de fleurs blanches. Encore plus confidentielle (2 500 bouteilles), la cuvée L’Illustre Voyageur, ainsi nommée en référence aux visites de Chateaubriand à Lestang, est élaborée à partir d’une sélection des meilleurs lots. Élevé en demi-muid, c’est un vin avec davantage de profondeur et de structure, capable de se bonifier avec les années. Les deux sont proposées dans des bouteilles légères en verre recyclé, conformément à la volonté du domaine de réduire l’impact de son activité. D’autres cuvées verront le jour, comme un sancerre rouge, puisque le domaine est aussi propriétaire de vignes dans le secteur de La Moussière, l’un des lieux-dits les plus réputés de l’appellation. Amoureux d’art et de musique, Rémy Graillot veut aussi renouer avec l’histoire du château en y accueillant des artistes en résidence (dont certains collaborent à la réalisation des étiquettes), des expositions ou des concerts dans le parc. « Les projets sont nombreux, mais réussir prend du temps, en matière de distribution et de reconnaissance. Je veux faire les choses dans l’ordre. Ce n’est qu’un début, il y a encore tant à faire », s’enthousiasme-t-il.
La maison Rare a un principe simple : ne rien faire comme les autres. Suivant cette exigence depuis près de cinquante ans, elle n’a ainsi déclaré que quatorze millésimes de sa cuvée depuis la création de celle-ci en 1976. Longtemps étiquette de prestige de la maison Piper-Heidsieck, Rare s’est astucieusement transformé en une maison portant le même nom, et ne proposant que cette unique cuvée, sous l’impulsion du groupe EPI, détenu par la famille Descours, qui a souhaité lui donner une structure et de nouvelles ambitions. Pas de calendrier programmé donc pour ce champagne exclusivement millésimé élaboré en blanc et dans une version rosée encore plus rare (quatre millésimes seulement). Avant d’arriver dans le verre des amateurs, un champagne Rare doit remplir trois prérequis : exprimer les conditions d’un millésime, s’appuyer sur un assemblage immuable et des origines de crus toujours à peu près identiques (mais surtout pas figées) et se complexifier au cours d’un long vieillissement (entre huit et dix années). Cette exigence absolue, difficile à atteindre, est aujourd’hui incarnée par le duo à la tête de la maison. Maud Rabin, sa directrice, met tout en œuvre pour maintenir et renforcer la désirabilité de Rare en prenant appui sur sa riche histoire. À Émilien Boutillat, le chef de cave, revient le travail de sélection et d’assemblage qui garantit à la cuvée d’être chaque fois à la hauteur de sa promesse. Cet œnologue et ingénieur agronome aux solides connaissances en matière de viticulture responsable sait ce qu’il faut de précision, de patience et de renoncement pour élaborer un grand champagne d’assemblage, où les curseurs propres au grand vin doivent êtres poussés à leur paroxysme tout en formant un ensemble harmonieux. L’assemblage de chaque millésime de Rare (70 % de chardonnay et 30 % de pinot noir) cherche à exprimer tension et profondeur, conférant à ce champagne lumineux un caractère parfois intimidant dans sa première jeunesse. Les fondements de cette signature identitaire ont été définis pendant plus d’un quart de siècle par Régis Camus, aujourd’hui à la retraite. Légende de la Champagne plusieurs fois reconnu par ses pairs, l’ancien chef de cave de la maison a ainsi consolidé les grandes lignes du style Rare, entre bouquet intense, texture satinée, fraîcheur persistante et personnalité se complexifiant très lentement avec le temps.
Maud Rabin et Émilien Boutillat forment le duo à la tête de Rare Champagne. Lui en tant que chef de cave et elle comme directrice de la maison.
Le bon et le beau
La maison revendique une liberté de création inhabituelle en Champagne puisqu’elle ne choisit pas les crus qui intègrent ses assemblages en fonction de leur prestige, même si la plupart sont les plus réputés (Ambonnay, Verzy, Le Mesnil-sur-Oger, Bouzy, Chouilly, etc.). Figurent ainsi parmi les origines des derniers millésimes (2015, 2013, 2012) des crus moins célèbres comme Villers-Marmery, Villedommange, Montgueux ou Tauxières, pour ne citer qu’eux. Une fois harmonisé, l’assemblage de la cuvée Rare doit laisser entrevoir, avant le vieillissement, un vin puissant, dense et d’une grande profondeur, reposant sur des raisins de grande maturité toujours équilibrés par la nature crayeuse du terroir champenois. Chaque millésime possède ainsi sa propre personnalité, ce que revendique la maison qui insiste sur la nécessité de retrouver à chaque tirage un vin qui exprime les conditions de l’année, qu’elle soit grandiose (2012, 2008) ou atypique (2015, 1999, 1885). Tous partagent cependant cette vigueur et cette forme de supériorité qui ne s’impose jamais de manière démonstrative, mais avec la retenue qui fait le génie des grands vins de garde. C’est d’ailleurs après de longues années que le style de ce champagne devient encore plus formidable, passant par des phases d’évolution très lentes qui magnifient sereinement son potentiel de départ. Depuis son arrivée, Maud Rabin a fait de Rare Champagne une maison de luxe qui relie l’excellence champenoise à l’univers du beau et du sensible, en phase avec les attentes des amateurs de la marque en matière d’exception, prolongeant leur expérience par des collaborations artistiques originales et recherchées. Proposition à part dans l’écosystème champenois, Rare cultive ses différences jusque dans l’aspect de sa bouteille si particulière. Mais, à l’instar d’autres noms qui ont fondé leur réputation sur une ou deux cuvées, la maison ne transige pas avec les impératifs indispensables à la naissance des grands vins. On jugera à travers cette dégustation de l’intégralité des millésimes produits des capacités de cette cuvée à traverser le temps sans perdre de son éclat et à être, fidèle en cela à ce que son nom promet, un grand champagne guidé par la seule volonté d’être incomparable.
En fait, Rare Le Secret est le secret de Régis Camus, l’ancien chef de cave de la maison.
La dégustation
Rare 2015
Issu d’une année solaire, il est parfaitement représentatif du millésime par sa générosité et son ampleur, mais garde néanmoins une finesse aromatique avec des notes florales (fleurs blanches, jasmin) expressives et intenses. En bouche, on retrouve les saveurs de fruits exotiques propres à la cuvée (citron vert, ananas frais). Grande profondeur, avec un corps plus souple dans ce millésime que dans les deux autres de la décennie 2010, c’est un champagne complet et équilibré par un dosage important adapté à son potentiel (10 grammes par litre), qui brille par sa puissance contenue et ses capacités à évoluer somptueusement.
96/100
Rare 2012
La maison a intelligemment choisi de tirer son très concentré millésime 2012 après le millésime 2013, plus accessible dans sa jeunesse. Un choix respectueux du consommateur auquel nous marquons notre adhésion en gardant cet ordre de dégustation dans notre compte-rendu. Dominé par des notes de réduction noble et par une trame minérale affirmée, le nez brioché révèle à l’aération des arômes d’amande et de fruits exotiques. Immense par sa densité en bouche, mais aussi très précis et porté par une tension énergique et une salinité marquée en finale. Il est promis à un épanouissement exceptionnel, sans doute plus grand encore que tous les millésimes produits jusqu’ici.
98/100
Rare 2013
Millésime tardif né d’une année contrastée, plutôt froide mais relativement sèche, ce 2013 accessible propose une palette aromatique un peu sur la retenue au premier nez qui s’ouvre ensuite sur des fleurs blanches, des notes automnales et d’agrumes (kumquat, citron vert). La bouche ample et équilibrée associe tension saline, texture crémeuse et rondeur voluptueuse. Un peu à l’écart du style Rare, mais répondant parfaitement à l’objectif de capturer l’essence des millésimes extraordinaires, au sens littéral du terme, ce vin va gagner en plénitude et il faut s’attendre à être agréablement surpris par son bouquet d’ici cinq à dix ans.
95/100
Rare 2008
Monumental et d’un classicisme absolu, magnifié par le format magnum lors de cette dégustation, il donne une idée certaine de la pureté sans austérité que recherchent tant d’amateurs de grands champagnes. Les conditions de ce millésime, l’un des plus grands
du premier quart de ce siècle, lui ont donné un caractère aromatique complet associant fleurs blanches, zestes d’agrumes, notes de vanille et d’amande grillée. Les notes de réduction fine, sublimes et parfaitement maîtrisées, renforcent l’impression de tension et de persistance iodée. Profondément dominateur et inoubliable, promis à une très longue vie et, selon la vision que nous avons de cette cuvée, sans doute le plus grand jamais produit depuis 1976.
99/100
Rare 2006
La robe, très dorée comparée à celle du millésime 2008, annonce un vin qui a sans doute évolué un peu plus rapidement que ses pairs. On retrouve au nez un univers aromatique plus toasté, presque légèrement oxydatif, ouvert sur des notes de mangue, de coing, avec des touches de moka complétées par des notes d’épices douces et de fleurs puissantes. Il a la concentration conforme aux standards de la cuvée, mais laisse une impression de rondeur un peu moins dynamique et moins balancée que dans les autres millésimes.
La texture soyeuse et la richesse du millésime en font un champagne plein et généreux, parfaitement prêt à boire.
94/100
Rare 2002
Grand millésime qui convient au déploiement du style Rare, notamment par sa puissance,
son raffinement et sa profondeur. Le nez complexe, entre fleurs blanches, fruits tropicaux (mangue, ananas) et touches épicées, est soutenu par une ligne de fond fumée qui renforce son caractère véloce et racé. En bouche, la texture est soyeuse et élancée en finale par une tension crayeuse. Son architecture classique, son amplitude en bouche et
sa vibration montrent à quel point la cuvée évolue tranquillement. Délicieux dès à présent,
il continue doucement de se rapprocher de la pleine expression de son potentiel.
97/100
Rare 1999
Bien dans l’esprit de ce millésime contrasté mais chaud, il a gardé de la puissance et un certain élan, affichant une complexité aromatique entre fleurs blanches fanées, fruits jaunes mûrs et accents discrets de truffe noire et d’épices douces. Le vin a conservé une belle fraîcheur malgré la richesse du millésime et un corps charnu, soutenu par une trame plus amère qui a tendance à limiter la portée de la finale, lui donnant un caractère plus athlétique que délicat.
92/100
Rare 1998
Il évolue moins prématurément que le millésime 1999, mais vers un univers aromatique similaire, sur les fruits secs. La bouche droite et énergique, associe puissance et fraîcheur dans une trame ferme et dense, légèrement tannique, qui pourrait davantage faire penser à celle d’un blanc de noirs, malgré un assemblage identique. La finale est racée, d’un charme un peu austère mais captivant, qui montre la droiture sérieuse dont la cuvée peut parfois faire preuve.
95/100
Rare Le Secret
Encore plus rare que rare, puisque son existence a longtemps été dissimulée. En 1997, Régis Camus, alors chef de cave de la maison, voit dans les vins de la vendange
de l’année de quoi faire un assemblage de sa cuvée, besoin non partagé par la direction de l’époque. C’est donc en secret qu’il décide d’élaborer une quantité très limitée de cet assemblage conservé uniquement en magnum et issu exclusivement de la vendange 1997
(non revendiquée). Un pas de côté dans l’histoire, y compris dans sa conception et son goût puisque c’est le seul assemblage à n’avoir pas été dosé lors de son dégorgement en 2017. Cela contribue à lui donner aujourd’hui une identité de vin plus que de champagne, notamment en bouche où il n’affiche pas la même concentration que les millésimes revendiqués, mais s’épanouit dans un profil différent sur des notes florales délicates.
Si l’ensemble détonne dans la série, il ne manque pas de charme.
94/100
Rare 1990
Malgré une floraison difficile, l’année a été ensoleillée, en particulier pendant l’été, ce qui donne à cet assemblage un profil riche et solaire, sur les notes d’agrumes confits auxquelles se mêlent des parfums empyreumatiques prononcés. Ce n’est pas le millésime le plus harmonieux de la cuvée, mais il reste toujours assez étonnant d’intensité, trente-cinq après sa naissance.
93/100
Rare 1988
L’année a alterné entre records d’ensoleillement et températures fraîches, donnant un vin mûr et opulent soutenu par une colonne vertébrale solide. La robe a évolué plus vite que le bouquet qui reste d’une complexité remarquable, entres notes de cire et de miel, de truffe blanche, avec une pointe d’accents tourbés. La finale a basculé dans l’univers des vieux champagnes, avec des notes de tabac et d’encens, affichant beaucoup de style et pas l’ombre d’un déclin.
94/100
Rare 1985
Année atypique avec un hiver glacial, marqué par une gelée noire et des conditions plutôt fraîches. Lors de cette dégustation, la maison a présenté deux versions de ce millésime, dont l’une dégorgée récemment. C’est cette dernière qu’elle présente avec son millésime 2015 dans un coffret illustrant les contrastes entre les vins de ces deux années à la météorologie que tout oppose. Trente-neuf ans sur lattes ont favorisé une autolyse des levures très prolongée, donnant un caractère très frais à ce champagne encore incroyablement juvénile. Parfums complexes, mêlant notes toastés, arômes d’orange sanguine, d’abricot, d’ananas confit, de réglisse, de moka, avec de subtiles touches résineuses et miellées. Le dégorgement récent renforce la majesté de ce vin au potentiel de garde difficilement mesurable. La bouteille dégorgée d’époque de ce même millésime était tout aussi grandiose de complexité aromatique et d’harmonie dans les textures.
97/100
Rare 1979
Des vendanges retardées par une floraison tardive après un printemps froid et pluvieux ont donné à ce champagne un profil spectaculaire, anticipant peut-être l’évolution aromatique du 2013 avec lequel il partage des arômes dans un registre automnal (fleurs séchées, miel, sous-bois). Encore d’une constitution droite et vigoureuse, la bouche affiche beaucoup d’ampleur et demeure, après tout ce temps, toujours aussi vibrante et émouvante par son harmonie et son bouquet envoûtant.
95/100
Rare 1976
Le premier millésime de la cuvée est issu des raisins d’une année de sécheresse, lui donnant cette opulence et ce caractère sphérique qui l’aide à traverser les années sans perdre de sa superbe. La robe est aujourd’hui joliment ambrée et le nez est évidemment dominé par des notes tertiaires subtiles. Un ultime exemple des capacités de cette cuvée à transformer avec le temps sa puissance initiale en une émotion harmonieuse.
93/100
Braastad. Le nom a le souffle des brumes du nord de l’Europe. Fin du XIXe siècle, Halfdan Braastad, l’arrière-grand-père de Charles, s’établit à Jarnac en Charentes pour y travailler comme directeur commercial de la maison Bisquit-Dubouché (aujourd’hui Bisquit). Lui est norvégien, sa femme suédoise. Rapidement, il fait venir son neveu, Sverre Braastad, qui épouse une fille Tiffon, issue d’une famille de vignerons et négociants du cru. Charles Braastad est entré chez Delamain en 1996, à l’âge de 27 ans. Une formation en sciences économiques et une maîtrise de gestion en poche, le voilà attaché de direction dans une entreprise qui a toujours fait partie de son quotidien. « J’ai toujours eu envie de travailler chez Delamain, je n’ai pas eu l’impression de ne pas avoir le choix. Je venais le samedi matin ouvrir le courrier. J’aimais l’ambiance, l’odeur. J’ai toujours été impressionné par les importateurs qui venaient déjeuner ou dîner à la maison, par ces gens qui avaient de l’aisance et qui parlaient anglais. On est distribués par des gens qui vendaient de grands vins et qui savaient les commenter, avec cet amour du verre et de l’assiette. Je me disais que ça devait être sympa comme métier. » À l’époque, ce genre de poste oblige à tout faire, notamment voyager dans le monde entier pour rencontrer les clients et développer les marchés. Charles Braastad en parle encore avec un brin de nostalgie, mais sans regrets. « Pendant vingt-cinq années, j’ai dû aller deux fois par an aux États-Unis, à chaque fois pour des périodes de cinq jours. Au total, cela fait près d’une année complète ! C’était important parce que l’export représentait 80 à 85 % de notre activité. » Le maître de chai de l’époque, Dominique Touteau, a la lourde responsabilité de sublimer les eaux-de-vie qui vieillissent patiemment dans les différents chais de la maison, tantôt secs, tantôt humides. Si ses assemblages seront des références encore pendant plusieurs décennies, l’heure de la retraite a fini par sonner et son départ est acté à la fin de l’année 2023.
Changement de vie et de vision
Pour le remplacer, un seul nom sonnait comme une évidence. Celui de Charles Braastad. « Cela s’est fait d’un commun accord », glisse modestement le principal concerné. « Dominique était déjà en poste quand je suis entré dans la maison. J’ai passé vingt-huit ans avec lui, à l’observer travailler et à le suivre dans ses dégustations. À un moment, j’étais prêt. Ce n’est pas parce qu’on naît dans une famille que l’on sait déguster. Je l’ai appris lors de nos réunions dans la salle de dégustation, avec mon père, qui à l’époque dirigeait la maison, Patrick Peyrelongue, mon cousin qui lui a succédé par la suite, et bien entendu Dominique. J’étais observateur. Dans nos dégustations, on a pour habitude de ne pas beaucoup parler, souvent les regards suffisent. On examine surtout des eaux-de-vie rassies, comme on les appelle, qui correspondent à des lots vieillis en fût vingt ans et plus. Moi j’essayais de relier leur description à ce que je sentais. Distinguer un bois sec, l’impact d’un chai trop humide, une eau-de vie gardée trop longtemps ou qui manque de rondeur. C’est ça, se faire le nez Delamain. » Ce parcours est un peu atypique en comparaison des autres maisons de Cognac, où souvent l’on devient maître de chai comme on entre en religion, en débutant aux côtés du titulaire du poste avant de lui succéder un jour, mais aussi en effectuant sa carrière à sonder les fûts et à procéder aux assemblages. Charles Braastad a d’abord parcouru le monde avant de poser ses valises. Au-delà de sa situation personnelle, ce changement de carrière correspond également à une évolution de l’entreprise. Depuis 2018, la maison Bollinger est devenue la principale propriétaire de Delamain, apportant son savoir-faire en matière de fonctions support qui jusque là pouvaient manquer, notamment en termes de marketing ou d’achats. Éric Le Bouar, au profil plus entrepreneurial, a été nommé à la tête de la maison, permettant tout naturellement à Charles Braastad de se projeter dans un quotidien plus technique. Le poste de maître de chai a évolué également, puisque Delamain exploite aujourd’hui son propre vignoble, situé à La Rambodie, une vingtaine d’hectares dans le prestigieux secteur de Grande Champagne. Au fond, la seule chose qui ne change pas pour la maison, c’est sa vision du temps long, aussi bien pour ses cognacs que pour les hommes qui les font.
Dans cette Toscane de la côte Tyrrhénienne qui s’est ouverte à la viticulture haute couture tardivement, mais avec un éclat certain, Ornellaia a pris dès ses débuts une place privilégiée dans la hiérarchie des « super toscans », ces crus nés à partir des années 1980 avec la volonté de concurrencer directement les grands crus établis de Bordeaux. Les terroirs de Bolgheri et en particulier ceux d’Ornellaia, situés entre trois et sept kilomètres du littoral, sont clairement d’origine marine, allant du sableux à l’argileux en passant par le caillouteux et les marnes calcaires, et plantés d’une belle variété de cépages sur les 119 hectares de rouge et 15 hectares de blanc. Le travail systématique de sélection est intense dans cette vaste propriété où le grand vin ne représente jamais plus qu’entre un quart et un tiers des volumes produits en rouge. Ornellaia propose également trois autres vins rouges de haut niveau, Le Serre Nuove, Le Volte et maintenant Variazioni in Rosso.
Appartenant à la famille Frescobaldi (tout comme Masseto), le domaine s’est aussi construit à travers les étonnants ponts qui ont uni et unissent ses directeurs techniques successifs au Médoc : Thomas Duroux (de 2001 à 2004) devenu directeur général du château Palmer, Axel Heinz à sa suite, nommé en 2023 directeur général du château Lascombes et maintenant Marco Balsimelli, pilier à partir de 2010 du cabinet d’œnologie médocain d’Éric Boissenot. De fait, après des débuts immédiatement salués au mitan des années 1980, Ornellaia s’est bâti depuis la fin du siècle et jusqu’à aujourd’hui une réputation qui dépasse le cadre un peu daté désormais des « super toscans ». Nous sommes sans doute plus près de la réalité en en parlant comme d’un grand cru toscan, aux vins dotés d’une personnalité affirmée et à la capacité singulière et très charmeuse d’incarner le caractère spécifique de chaque millésime et surtout d’un potentiel de vieillissement tout à fait remarquable.
La dégustation
2022
55 % cabernet-sauvignon, 25 % merlot,
10 % cabernet franc,
10 % petit verdot.
Une année classique pour la région, avec un hiver froid, un printemps frais et sec suivi d’une longue période sans eau qui a entraîné du stress hydrique et donc des rendements très limités. Après des d’orages en août, les raisins ont bénéficié d’un mois de septembre magnifique permettant une récolte à parfaite maturité. Parfums de fruits rouges et noirs, notes florales, touches de caramel et d’un boisé séducteur (70 % de barriques neuves), tannin velouté, délicatesse raffinée, grande fraîcheur, allonge subtile et raffinée. Superbe expression classique.
97/100
2015
53 % cabernet-sauvignon, 23 % merlot,
17 % cabernet franc,
7 % petit verdot.
Les notes de l’équipe technique du cru soulignent qu’en matière climatique, « 2015 s’est avérée être une année très régulière, presque parfaite ». Ces conditions optimales se retrouvent dans ce vin admirable et séducteur, avec de superbes notes de menthol associées à un caractère joliment floral et fruité. Cette palette aromatique se déploie dans une bouche veloutée, onctueuse et suave, à la longueur tout en fraîcheur, finement saline et à la brillance délicate.
98/100
2005
60 % cabernet-sauvignon, 22 % merlot,
14 % cabernet franc,
4 % petit verdot.
Une année aux conditions climatiques idéales jusqu’à un mois de septembre perturbé par des périodes de pluie qui ont retardé la vendange sans affaiblir sa qualité. À vingt ans d’âge, le vin se déploie dans une harmonie confortable et luxueuse, avec un bouquet aux fines notes d’évolution (tabac blond, balsamique, champignons) et un corps onctueux, raffiné, frais et d’une allonge gourmande et fine.
96/100
2003
60 % cabernet-sauvignon, 15 % merlot,
20 % cabernet franc,
5 % petit verdot.
La célèbre canicule de l’été 2003 se retrouve en Toscane, mais les pluies abondantes de l’hiver ont constitué une réserve hydrique importante qui a permis à la plante de supporter des conditions de température et de sécheresse élevées de mai à début septembre. La maturité phénolique a été le grand sujet du millésime et le profil du vin semble effectivement marqué par une petite tension végétale. L’ensemble présente beaucoup d’intensité et d’allonge, une grande énergie d’expression minérale, de la brillance et de la profondeur.
95/100
2001
63 % cabernet-sauvignon, 30 % merlot,
5 % cabernet franc.
Un hiver et un printemps assez doux et pluvieux, mais un été idéal jusqu’à la fin des vendanges. Millésime spectaculairement réussi pour la propriété et remarqué comme tel par les observateurs à l’époque. Aujourd’hui, le vin s’exprime avec une brillante séduction, les tannins sont racés, l’ensemble exprime une sapidité magnifique, un caractère aromatique très fin (tabac, truffe, eucalyptus) avec une allonge veloutée.
98/100
1998
60 % cabernet-sauvignon, 35 % merlot,
5 % cabernet franc.
Un hiver froid et pluvieux puis de bonnes conditions jusqu’aux vendanges. Élevé en barriques dont 50 % étaient neuves, le vin se montre aujourd’hui très épanoui, révélant un bouquet épicé et finement poivré, un corps savoureux et musclé, une grande allonge veloutée et de la buvabilité. Un grand classique en pleine forme.
97/100
1993
78 % cabernet-sauvignon, 17 % merlot,
3 % cabernet franc.
Printemps chaud, bel été, vendanges précoces. Le vin affirme une personnalité dominée par le cabernet-sauvignon avec ces notes de fruits rouges et un tannin affirmé. L’ensemble paraît aujourd’hui un rien rigide, sans le charme onctueux de la plupart des autres millésimes de la propriété, même si l’allonge est savoureuse, poivrée et fraîche.
92/100
1988
80 % cabernet-sauvignon, 16 % merlot,
4 % cabernet franc.
C’est le quatrième millésime produit et son attrait immédiat a beaucoup contribué à assoir la réputation de la propriété. Issu d’un cycle végétatif qui s’est idéalement déroulé jusqu’aux vendanges, ce vin d’une remarquable jeunesse exprime une magnifique fraîcheur avec une tonicité associant menthol et fruité expressif, jusqu’aux notes finales florales.
98/100
« Je suis parfaitement libre. » C’est sur cette déclaration d’indépendance tardive que débute notre conversation avec Guillaume Selosse, qui vient de fêter ses cinq ans en qualité de gérant d’un domaine familial qu’il a rejoint dès 2011, aux abords de ce petit village bucolique de la côte des Blancs. Une exploitation s’appuyant sur 9,2 hectares de vignes sur les crus d’Avize, Cramant, Oger, Le-Mesnil-sur-Oger, Aÿ, Mareuil-sur-Aÿ et Ambonnay, dont les vins s’arrachent aujourd’hui à prix d’or, qui s’écoulaient autrefois sur les marchés pour une vingtaine de francs. Taille des vignes, date des vendanges, dosage en soufre, tout passe désormais par lui bien qu’Anselme soit encore présent, occupant aujourd’hui un rôle de conseiller, d’oreille attentive et de « garde-fou », ainsi que se plaît à le désigner son fils. Une passation de pouvoir en douceur qui détonne dans le petit monde champenois, où les successions familiales virent parfois au psychodrame. Au-delà d’un parcours d’études qui l’a mené à étudier la viticulture et l’œnologie à Avize puis à décrocher son BTS dans le Bordelais, Guillaume Selosse reconnaît fonctionner à l’instinct, avec une approche empirique qui n’a rien d’une improvisation, mais qui se veut davantage le reflet d’une ambition : « Je suis un amoureux des grands vins. Ma seule passion, c’est de faire des vins qui procurent des émotions, à commencer par moi ». Durant plusieurs années, Guillaume Selosse a reçu les compliments sans vraiment les comprendre. « En 2014, on me faisait remarquer l’évolution du style, mais je ne pouvais pas le recevoir de façon légitime, car je n’avais rien changé. » Les critiques et journalistes parlaient de vins plus nets, plus droits, moins oxydatifs – signe distinctif par excellence de la maison –, lui cherchait ce qu’il avait modifié dans son approche. Ce n’est que bien plus tard qu’il comprendra l’origine de cette nouvelle définition : « Nous avons déplacé la cave en 2008. Auparavant, les vins étaient dans un lieu soumis à de grandes fluctuations hygrométriques, ce qui avait tendance à accentuer l’oxydation. Aujourd’hui, l’inertie est plus importante, les changements de température moins brutaux, ce qui nous permet d’être beaucoup plus précis. Cette cave a quelque chose de vivant, de naturellement dynamique ».
Du très haut niveau
Si le style Selosse n’a rien perdu de sa superbe depuis que Guillaume est aux commandes, ce dernier ne s’interdit pas quelques sorties de route, telles que l’abandon de la taille Chablis traditionnelle, pratiquée près du sol depuis des générations, au bénéfice d’une taille Guyot, qui permet au cep d’être irrigué d’un unique flux de sève tout au long de sa vie. Des choix qui impliquent une responsabilité immense : « Nous restons une petite structure, avec seulement cinq personnes au domaine, et je suis le seul à monter sur les équipements mécaniques, à trancher lorsqu’il le faut, mais nous faisons les choses progressivement ». Autre évolution notable, la décision de se lancer dans la production de vins tranquilles, dont les premières bouteilles sortiront très prochainement. « Il s’agira de blancs issus de quelques parcelles sur Avize, pour lesquels il a fallu que je définisse un style qui ait une continuité. J’ai opté pour une réserve perpétuelle en mini solera, avec une année d’élevage classique à la Selosse, et une autre en inox plutôt réductrice. À ce stade, on obtient quelque chose que je situerais entre la Champagne, le Jura et la Bourgogne. » Un syncrétisme qu’il constate également à l’échelle de l’ensemble de la région : « La fracture qui existait autrefois est beaucoup moins d’actualité. La nouvelle génération des 35-40 ans n’a aucune gêne à déguster des champagnes de grandes maisons. Les deux parties réalisent aujourd’hui qu’elles ont été bénéfiques l’une pour l’autre et je continue de croire que la Champagne n’aurait jamais été ce qu’elle est aujourd’hui sans Moët ». En l’espace de quelques années, on ne peut que se réjouir d’entrapercevoir chez lui une passion toujours intacte, adossée à une forme d’apaisement. « Mon père avait mis le niveau très haut », admet-il avec douceur. « Mais je vois que l’on peut encore s’améliorer. »
Deux siècles que les champagnes Laurent-Perrier suivent une ligne claire et immuable, fondée sur la fraîcheur, la pureté et la précision. La capacité de cette maison de Tours-sur-Marne, restée familiale et indépendante, à maintenir son style fascine ses observateurs (dont nous sommes) et séduit ses amateurs, en France comme dans le monde. Ce niveau constant d’exigence repose sur trois savoir-faire, trois piliers réaffirmés aussi bien dans les cuvées iconiques de la maison que dans ses dernières créations. Trois gestes maîtrisés depuis longtemps et aujourd’hui portés à leur paroxysme, dans une quête obsessionnelle de pureté : l’art de l’assemblage des vins de réserve, la macération pour les rosés et le non dosage.
L’excellence des vins de réserve
Chez Laurent-Perrier, les vins de réserve sont un socle. Chaque année, la maison sélectionne ceux qui expriment le mieux la fraîcheur et la finesse, mais aussi ceux dotés d’une grande capacité de vieillissement. Conservés en cuves inox, séparément selon les crus et les cépages, ils reposent à basse température pour préserver leur éclat. Le comité de dégustation, réuni autour de Michel Fauconnet et d’Olivier Vigneron, le chef de cave, veille à leur sélection et à leur évolution. Le but recherché est qu’ils apportent fraîcheur et pureté, sans jamais être marqués par des caractères oxydatifs. La Cuvée, le champagne emblématique et le plus diffusé de la maison, peut ainsi intégrer jusqu’à 30 % de vins de réserve. Une proportion qui garantit la régularité du style Laurent-Perrier tout en renforçant sa complexité et sa profondeur. À l’origine dans les années 1950 de la vision de la maison quant à ses vins de réserve, Bernard de Nonancourt imagine la cuvée de prestige Grand Siècle, assemblage de trois millésimes – trois vins de réserve millésimés, en quelque sorte – destiné à « recréer l’année parfaite ». Chaque itération, identifiée par son numéro, résulte ainsi de l’assemblage du fruit de trois années différentes dans des proportions variables, mais toujours issu exclusivement des grands crus les plus réputés. À rebours des autres cuvées de prestige, Grand Siècle n’est donc pas millésimée : elle incarne la fidélité absolue au style maison, fondé sur l’art de l’assemblage. C’est dans cette même logique qu’est née la dernière création de Laurent-Perrier, la cuvée Héritage, un champagne composé uniquement de vins de réserve – ce qui en dit long sur le patrimoine de la maison en la matière – issus de quarante crus différents, sélectionnés pour leur complexité et leur potentiel de garde.
La maîtrise de la macération
Dans les années 1960, à une époque où les maisons champenoises élaborent principalement des rosés d’assemblage, Laurent-Perrier commence à s’intéresser à la macération. L’idée et la méthode qui lui sont propres naissent avec l’observation des vinifications de pinot noir, la maison étant alors pionnière dans l’élaboration de vins tranquilles appelés « Vins natures de la Champagne ». Pour son champagne rosé, son but est de conserver le plus d’éclat fruité possible sans perdre de tension. La macération se déroule en cuves inox avec des grappes de pinot noir triées deux fois, égrappées, puis laissées au contact du jus pendant deux à trois jours. L’extraction des composés doit rester fine pour donner un vin net, précis, à la couleur soutenue et aux arômes de fruits rouges frais. Lancée en 1968, Cuvée Rosé incarne aujourd’hui cette approche et cette spécificité dans une version accessible et universelle. Champagne rosé de prestige, millésimée, rarement élaborée (dix sorties seulement depuis 1982), la cuvée Alexandra témoigne de la même exigence, s’appuyant sur une fermentation conjointe de pinot noir et de chardonnay rendue possible seulement quand les deux cépages ont atteint une maturité identique.
L’invention du non dosé
Très liée à l’univers de la gastronomie et active auprès des chefs, Laurent-Perrier est aussi la première maison à avoir imaginé un champagne non dosé, dès 1981, pour répondre à la demande des restaurants. C’est la cuvée Ultra Brut. À l’époque, la catégorie « brut nature » n’existe pas encore. L’idée remonte pourtant à 1889, puisque Laurent-Perrier proposait déjà un « Grand vin sans sucre » aux consommateurs anglais. L’exercice impose une rigueur extrême dans l’assemblage, le vin devant présenter des équilibres naturels précis et être issu de raisins récoltés à parfaite maturité, une exigence plutôt récente en Champagne. L’absence de dosage ne tolère aucune approximation, ce que l’on observe avec les deux champagnes non dosés Ultra Brut et Blanc de blancs Brut Nature (100 % chardonnay), éblouissants l’un et l’autre par leur tension, leur élégance et leur caractère ciselé. Si la maîtrise de ces trois savoir-faire peut laisser penser que la technique prime ici sur l’intuition et sur le goût, on aurait tort de faire ces raccourcis et d’ignorer ce qu’implique de travail et de recherche cette ligne définie par la maison. Dans un paysage champenois en pleine mutation, Laurent-Perrier conserve ce qui a toujours fait sa singularité, une indépendance de ton, bien sûr, mais aussi une constance de style qui repose sur des convictions aussi évidentes qu’intemporelles.
La dégustation
La Cuvée
Assemblage de plus de cent crus de chardonnay, de pinot noir et de meunier. Les approvisionnements dans le Sézannais et le Vitryat apportent tension et fraîcheur, tandis que jusqu’à 30 % de vins de réserve assurent la régularité et la complexité du style, entre fruité et zeste d’agrumes, avec une délicatesse et une allonge sereine. Pureté et élégance remarquables.
93/100. 39,50 euros
Cuvée Rosé
Grande couleur, puissance et densité structurée, la bouche est portée par une fraîcheur éclatante. Ce champagne rosé exprime une personnalité aimable entre notes fruitées de framboise, profil gourmand et intense et finale d’une générosité immédiate.
94/100. 75,90 euros
Blanc de Blancs, Brut Nature
Expressif et de grand caractère, il séduit par sa puissance contenue, sa densité et sa précision. Son profil citronné et minéral lui confère une fraîcheur éclatante et
une élégance droite, en faisant un véritable vin de gastronomie.
94/100. 90 euros
Ultra Brut
Arômes expressifs zesté aux accents de fenouil, d’anis, d’épices et de racines, avec une grande profondeur ses les notes iodées et crayeuses. La bouche est ciselée et déploie
des saveurs d’agrumes verts et une finale saline d’une superbe allonge. Impressionnant par sa pureté, sa densité et son intensité maîtrisée. D’une classe rare.
95/100. 55 euros
Héritage
Dernière innovation de la maison, Héritage est composé exclusivement de vins de réserve soigneusement sélectionnés. Issue de quarante crus (dont 50 % de grands crus), cette cuvée se distingue par sa précision, sa droiture et sa puissance, tout en offrant un fruité agréable et soutenu, accompagné d’une grande profondeur aromatique.
95/100. 89 euros
Grand Siècle, Itération n°26
Assemblage des millésimes 2007, 2008 et 2012 et de vins issus de huit grands crus, c’est un champagne immense par sa puissance et sa présence savoureuse, qui déploie une longueur sans fin, une finale d’une grande intensité, racée et profonde, avec une persistance superbe. L’un des plus belles itérations de la cuvée, dans une forme d’harmonie suprême.
100/100. 232 euros
Alexandra 2012
Dixième millésime de cette grande cuvée depuis sa création en 1982, ce rosé repose sur une macération des pinots noir, co-vinifiée avec du chardonnay, afin d’extraire la richesse aromatique des deux cépages. La bouche, profonde, séveuse et racée, se prolonge sur une allonge élégante, avec une finale pleine d’éclat. Immense potentiel gastronomique et grande classe.
96/100. 295 euros
Bousculer les traditions est au cœur de la philosophie du domaine FL, situé à Rochefort-sur-Loire, au cœur du Maine-et-Loire et des grands terroirs de l’Anjou. « FL » pour Fournier et Longchamps, les noms des parents de Philip Fournier, docteur en informatique, qui a créé ce domaine en 2006. En 2009, son fils Julien en prend les rênes avec des idées précises de ce qu’il veut faire en matière de viticulture de précision, biologique (certifié depuis 2009) puis rapidement en biodynamie. Quinze ans plus tard, son ambition est restée la même : « Faire les vins les plus purs possibles et les plus fidèles à l’expression des terroirs angevins ». Rapidement, en cave, Julien Fournier fait le choix de ne plus laisser les fermentations malolactiques s’engager, les jugeant difficilement compatibles avec le style recherché pour ses chenins. « Dans le contexte actuel, cela peut les faire basculer vers quelque chose de moins élégant et de moins pur. Or, pour moi, les grands terroirs, de Savennières en particulier, s’expriment par de la droiture », explique celui qui est aussi le vice-président de l’appellation savennières-roche-aux-moines, cru à part dans le secteur en raison de son histoire, du potentiel de ses terroirs et de la qualité des vins qui peuvent y être produits. Au sein de ses quarante hectares exploités en Anjou, le domaine FL peut s’appuyer sur plusieurs terroirs à Savennières, notamment parmi les plus réputés. Julien Fournier les considère tous comme des crus à part entière. Une approche « à la bourguignonne » revendiquée par cette logique de faire briller chaque terroir, mais aussi en vinification et pour l’élevage. Le domaine est d’ailleurs accompagné depuis 2014 par Kyriakos Kynigopoulos, œnologue grec très reconnu en Bourgogne, en particulier en ce qui concerne la vinification des grands blancs.
En quête de pureté
Sous son conseil et conformément à la vision de Julien, chaque terroir doit être à l’origine d’un vin de lieu : « Je cherche à ce que les raisins expriment le meilleur de cette géologie complexe propre à Savennières et à la Roche-aux-Moines, entre schistes gréseux, rhyolites et sables éoliens ». La question de la maturité est au cœur de ses préoccupations. Lui veut vendanger au bon moment, souvent en plusieurs tries successives pour éviter la moindre hétérogénéité, et surtout sans céder à des modes qui encouragent la cueillette des raisins blancs en légère sous maturité. « Tout est une question d’équilibre parce que ces terroirs peuvent donner des vins parfois un peu austères, qui mettent du temps à s’ouvrir. C’est aussi pour cette raison que nous les commercialisons de manière décalée afin de pouvoir offrir aux amateurs la meilleure expérience possible. » Les vins sont élevés sur lies fines et soumis à un bâtonnage régulier pendant douze mois pour leur donner de la largeur. « Le but est d’avoir un équilibre entre expression du terroir, précision œnologique et expression naturelle du fruit », précise Julien Fournier. Tous les vins du domaine, de l’excellente cuvée J’adore (méthode traditionnelle commercialisée en vin de France) aux parcellaires, présentent un équilibre assez prodigieux, porté par une vitalité et une vibration qui leur donnent un élan considérable et une capacité surprenante, mais très enthousiasmante, à être bu dans leur jeunesse. On retrouve la même exigence dans les vins liquoreux du domaine, en coteaux-du-layon ou en chaume premier cru, où la patte rigoureuse de Julien Fournier et son équipe donne à ces vins trop méconnus des amateurs un souffle superbe qui ferait presque oublier la présence de sucres résiduels. Le chai de Rochefort-sur-Loire, moderne et lumineux, a été imaginé comme un outil de travail, mais aussi comme un lieu d’art et de poésie. Il est accessible au public via différentes formules (dégustation, séminaire, événements très nombreux, etc.), tout comme la boutique qui prolonge l’expérience puisqu’on peut s’y procurer, outre la gamme complète des vins, des objets sélectionnés autour de la dégustation et des arts de la table. Si les grands blancs de Savennières du domaine incarnent le classicisme, la rigueur, la pureté et l’élégance, offrant à chaque dégustation la profondeur et la subtilité attendues des vins de cette appellation prestigieuse, l’équipe du domaine incarne une vision tournée vers les consommateurs et les jeunes générations, avec une volonté réelle de porter un autre message, plus moderne et moins conservateur, quant aux explications qu’elle donne de ces formidables terroirs angevins. Le domaine FL en est aujourd’hui l’un des ambassadeurs les plus indispensables.
La dégustation
J’adore, vin de France
Élevée neuf mois en cuve sur lies pour enrichir sa palette aromatique, puis seize mois sur lattes afin de gagner en complexité, cette bulle 100 % cabernet franc est élaborée selon
la méthode traditionnelle. Bouquet expressif de notes de petits fruits rouges, de fleurs fraîches et d’agrumes, élégance et persistance en bouche, l’équilibre entre vivacité et rondeur est renforcé par une texture aérienne et une vinosité certaine.
91/100 – 19,90 euros
Les Quatre villages 2010, coteaux-du-layon
Fin et tonique, ce chenin moelleux révèle des notes de fruits blancs (poire), de miel et de fleurs. La douceur est équilibrée par une acidité vive, offrant énergie et légèreté. Idéal avec foie gras, desserts aux fruits ou fromages à pâte persillée, il se dégustera aussi bien frais,
en apéritif.
92/100 – 32 euros
La Frémine 2022, savennières
Issu d’une parcelle située au sud de l’appellation, ce chenin puissant, pur et accessible, incarne l’expression du cépage sur sols de schistes. Le nez s’ouvre sur des notes de fleurs blanches et de citron, rehaussées d’une touche pierreuse. En bouche, la tension saline et la minéralité s’équilibrent dans une texture enveloppante.
94/100 – 26 euros
Le Parc 2020, savennières
Situé derrière le château de Chamboureau, ce clos est la seule parcelle de l’appellation savennières qui partage le terroir du cru Roche aux Moines. Exposée plein sud, la vigne est plantée sur un sous-sol de rhyolite dure, une roche volcanique qui confère au vin tension et pureté. Des raisins d’une grande concentration et d’une finesse remarquable donnent ce blanc de garde très droit, aux arômes de fleurs blanches et d’agrumes mûrs. La bouche, portée par une tension saline, se prolonge sur une finale très pure.
95/100 – 32 euros
Roches-aux-moines 2022
Nichées sur un promontoire rocheux dominant la Loire, les parcelles de l’appellation reposent sur des sols schisteux et bénéficient d’une exposition plein sud. Le vin exprime
une énergie droite et tendue, alliant gourmandise et délicatesse. La bouche dévoile une tension traçante et vibrante, marquée par des notes d’agrumes confits et d’iode. Sa minéralité intense et son potentiel de garde en font un grand blanc de gastronomie, que l’on imagine aux côtés d’un homard.
96/100 – Prix NC
Roches-aux-moines 2018
Flaveurs intenses de poire et de pierre à fusil. L’attaque, franche et tendue, s’appuie sur une trame minérale qui structure l’ensemble. Puissant et dense, il affiche une dimension architecturée qui invite à la patience. À carafer longuement et à attendre : c’est un vin qui porte en lui d’immenses promesses.
97/100 – 54 euros
Roches-aux-moines 2015
Cristallin comme l’eau de roche, ce chenin minéral, subtilement enveloppé par son élevage, déploie des notes d’agrumes mûrs et une superbe finesse. La qualité de fruit est tout simplement exceptionnelle.
95/100 – 47 euros
Situé au cœur de la région de Castille-et-León, le vignoble de Ribera del Duero s’étend sur 26 600 hectares, sur un territoire large de 30 kilomètres et long de 120 kilomètres d’est en ouest, offrant une grande diversité de terroirs.
Les reliques dédiées au dieu Bacchus et les poteries portant des traces de vin attestent d’une production de vin dans la zone de la DOP Ribera del Duero depuis le IVe siècle au moins. Puis, les moines de Cluny s’installent dans la région au XIIe siècle et y apportent leur savoir-faire. À l’époque moderne, les choses se gâtent durant la période franquiste, un tournant sombre pour la viticulture ibérique. Le pays, ruiné, arrache une bonne partie de ses vignes en faveur du blé et de l’orge, plus rentables et nourriciers. Le prix du kilo de raisin chute à 10 centimes. En 1975, la mort de Franco libère le peuple de la dictature et la viticulture est doucement relancée dans l’appellation grâce à une poignée de vignerons qui entament la révolution qualitative sur le point d’être reconnue.
La dénomination d’origine protégée Ribera del Duero est créée en 1982 sur des fondations plus politiques que géographiques. Il est en effet inimaginable d’en exclure Vega Sicilia, l’icône régionale qui a su maintenir sa qualité même dans les années de dictature, alors décision est prise d’intégrer un vaste territoire ainsi que les variétés internationales (cabernets, merlot et malbec) utilisées par la bodega, qui se joignent au local tempranillo. À peine plus d’une quinzaine de caves cohabitent alors, principalement des coopératives. Tout bascule en 1985 lorsque le critique américain Robert Parker qualifie la cuvée Janus de la bodega Tinto Pesquera de « petrus d’Espagne ». Il n’en faut pas plus pour allumer l’étincelle.
Les marchés internationaux s’ouvrent. Les agriculteurs s’adaptent, déplantent les céréales au profit de la vigne. Le nombre de domaines viticoles indépendants est multiplié par plus de trois entre 1995 et 2005 pour atteindre aujourd’hui plus de trois cents domaines familiaux de petite à moyenne taille. Le prix du kilo de raisin passe de 20 centimes au milieu des années 1980 à 12,50 euros à la fin des années 1990. Toute médaille ayant son revers, cette forte croissance est malgré tout accompagnée de quelques déviances.
Aux hivers longs, venteux et glacials succèdent des étés très chauds, mettant à rude épreuve les cépages de l’appellation, notamment le tempranillo.
« Neuf mois d’hiver, trois mois en enfer »
Quel effet ce succès fulgurant et cette reconnaissance particulière parmi les appellations espagnoles ont-ils sur les vins de Ribera del Duero ? Au cœur de la région de Castille-et-León, ce vignoble de 26 600 hectares, répartis sur un territoire large de 30 kilomètres, est blotti entre les appellations Toro au sud et Rioja au nord. Sa longueur de 120 kilomètres d’est en ouest lui vaut une grande variété de terroirs et donc d’expressions de vins. Les terroirs les plus qualitatifs, sont, contrairement à une majorité d’appellations dans le monde, situés en retrait du fleuve.
Ceux autour du Duero sont fertiles, souvent irrigués et composés de sables et de graves peu profonds qui historiquement accueillaient une production de pommes de terre et de betteraves. À l’ouest, les vignes s’allongent sur des sols de calcaire blanc qui aimantent la chaleur à 700 mètres de haut. Plus on se dirige vers l’est, plus une argile jaune et fine prend le dessus et plus l’altitude grimpe, pour atteindre un peu plus de mille mètres. Si l’on y a longtemps produit beaucoup de clairet, le rouge est vite devenu l’imposante signature de l’appellation, représentant plus de 98 % des volumes. Une terre de rouges certes, mais avant tout une terre de tempranillo, le cépage qui domine nettement les plantations (98 %) et apparaît le plus souvent sous ses synonymes locaux de tinto fino ou tinto del país. Le tempranillo doit composer au moins 75 % des assemblages et bénéficie d’être assemblé à des variétés plus fraîches qui dynamisent son aspect velouté. Aux cabernets, merlot et malbec utilisés par Vega Sicilia s’ajoute un cépage autochtone blanc, l’albillo mayor, qui peut se joindre à la fête à 5 % maximum.
Les cépages autochtones plantés avant la création de la DO en 1982, souvent complantés et issus de vieilles vignes, sont eux aussi permis. Il s’agit du bobal, de l’alicante bouschet, du jaén ou encore de l’alarije. Cette diversité laissée en héritage apporte une capacité de résilience à la vigne, moins de maladie et une maturité qui semble mieux contrôlée. Un atout considérable pour survivre aux « neuf mois d’hiver, trois mois en enfer ». Cette expression utilisée localement pourrait être le titre d’un film d’action, mais décrit en fait les rudes conditions climatiques du secteur. Aux hivers interminables, venteux et glacials (les températures peuvent chuter à moins 20°C) succèdent des étés bouillants et stériles. Une météo diabolique qui pousse les pellicules du tempranillo à se durcir et à se concentrer en tannins et matières colorantes.
Les vignerons ne sont pas en reste, le risque sanitaire est réel d’octobre à mai. Tous se souviennent de ce 1er juin 1998 où les températures nocturnes descendirent à zéro ou encore d’une fin septembre 2002 ou elles dégringolèrent à -4°C. Sans oublier le terrifiant millésime 2017, où un gel de six heures à -6°C degrés balaya 60 % de la récolte. « Au final, nous avons de la chance d’avoir cette climatologie », positive un vigneron. Ce grand écart thermique, imposant la résilience des hommes comme des raisins, mène à l’expressivité particulière des vins de cette appellation qui cumulent deux forces complémentaires : le yin et le yang, la fraîcheur et la chaleur.
Les vieilles vignes représentent un patrimoine extraordinaire que les grands domaines préservent avec ferveur. Quand l’appellation fixe des récoltes maximum de 54 hectolitres par hectare environ, ces ancêtres en engendrent entre 10 et 15. Les producteurs en ont la conviction absolue : la qualité est intimement corrélée à ces rendements minuscules. Alors ils en rajoutent parfois même une couche par des vendanges vertes. « Pour moi, une vieille vigne doit avoir plus de 80 ans », statue le vigneron Francisco Barona, qui regrette que ce patrimoine n’ait pas été encore mieux préservé. Quand les jeunes vignes peinent à nourrir les pépins, donnant aux jus des finales un peu sèches, les plus vénérables apportent un toucher de bouche suave qui a la douceur d’une caresse. Enfin, le pH des vins issus de vieilles vignes est plus bas. Celles-ci subissent moins de stress hydrique grâce à un enracinement à trois à quatre mètres sous terre. Les anciens avaient même l’habitude de creuser dans le sol pour implanter les racines directement en profondeur dans l’argile, histoire de ne pas perdre de temps.
Le bois, sombre héros
Le bois est traditionnellement présent en Ribera del Duero. Il était déjà utilisé autrefois pour structurer les vins et faire évoluer le tempranillo qui a tendance à la réduction. L’essentiel est de ne pas jouer dans les extrêmes, d’y aller mollo sur le bois neuf. « Le bois dans le vin c’est comme le sel sur l’entrecôte : s’il y en a trop, ça casse le goût, mais s’il n’y en a pas, ça manque beaucoup », compare l’œnologue Xavier Ausas. Un grand vin de Ribera del Duero conserve la pureté de son fruit par des aromatiques de baies noires et de violette, une bouche aux tannins abondants, mais poudrés, ainsi qu’une certaine fierté ténébreuse qui laisse présager d’un potentiel de garde incroyable. Le ribera a une identité résolument bien à lui ; or nous le savons tous : les modes passent, le style demeure.
La dégustation
Les classifications établies par l’appellation Ribera del Duero indiquent exclusivement le temps d’élevage sous bois (sans imposer que celui-ci soit neuf). La mention Crianza précise que les vins ont patienté deux ans dont un en fût, quand les Reserva demandent trois ans pour gagner en profondeur dont un en fût. Les Gran Reserva, qui se positionnent comme les gardiens de la tradition, mûrissent quant à eux cinq ans, dont deux en barrique. À côté de ces catégories typiques, on retrouve aussi les vins Joven mis en bouteille sans bois pour conserver la fraîcheur du fruit, ainsi que les Roble, ayant séjourné quelques mois seulement en barrique, qui offrent un style intermédiaire. Le tempranillo doit représenter au moins 75 % des assemblages et peut être complété de cabernets, merlot, malbec, albillo major ainsi que des cépages rouges autochtones dans la mesure où leur présence dans un vignoble est antérieure à la création de l’appellation. Depuis 2019, la production de blanc est autorisée et se compose entièrement da la variété endémique albillo major : 70 acteurs en produisent (sur 317 au total) en quantités anecdotiques car seuls 353 hectares sont plantés.
Les rouges Francisco Barona, Finca las Dueñas 2021
Nez dense et complexe, très épicé (muscade, cumin, paprika fumé), avec des notes de baies fraîches et animales. La bouche est charnue, au toucher très doux et velouté. C’est une véritable caresse parfumée.
98/100
Bodega Vivaltus, Vivaltus 2020
Un parfum très élégant, marqué par des baies noires juteuses, des notes de bois noble, de zan et de boîte à cigares. La bouche se montre duveteuse, avec une abondance de tannins mûrs qui portent ce vin taillé pour une grande garde.
97/100
Ausàs Bodegas, Interpretación 2022
Un vin fin qui demande de l’aération, révélant alors des notes de groseille, de mûre et de menthe. La bouche est ample, complexe et longue et d’une grande persistance.
97/100
Bodega Protos, Protos’27 Cosecha 2022
Des senteurs de garrigue (thym, romarin), sur fond de marmelade de mûre, se diffusent au nez puis se retrouvent dans une bouche sans lourdeur, très noble et dotée d’une vivifiante finale.
97/100
Bodega y Viñedos F. Callejo, Félix Callejo 2021
Les notes fumées se mélangent finement à la prune et au poivre noir et se retrouvent dans une bouche racée, longue et salivante.
96/100
Bodegas Díaz Bayo, Crianza 15 Meses Barrica
Des parfums de mûre, de violette et de cacao précèdent une bouche charnue, tannique, et sans sécheresse, taillée pour un bon potentiel de garde.
95/100
Bodegas Hermanos Pérez Pascuas, Viña Pedrosa Reserva 2020
Une cuvée au fruité frais et éclatant, avec des arômes de fraise et de framboise complétés par des effluves d’avoine et de gibier. La bouche est fraîche, portée par des tannins très fins.
94/100
Viñedos Alonso del Yerro, María 2021
Nez subtil de violette, de mûre et une touche d’herbes sèches. La bouche caressante et souple est portée par une trame minérale savoureuse. Finale bien maîtrisée, précise.
94/100
Bodegas Pascual, Diodoro Autor 2016
Un parfum intense d’origan et de cassis laisse place à une bouche fraîche structurée par des tannins abondants, mais très fins. Un vin très jeune malgré ses dix ans de patine. À garder encore quelques années.
94/100
Bodegas Lleiroso, Crianza 2022
Aux senteurs de fruits rouges relevées d’une pointe de noix de muscade succède un jus à la texture soyeuse, structuré par des tannins de lin qui apportent tenue et élégance.
93/100
Bodegas Viña Mayor, Tinto Roble 2024
Un nez élégant, légèrement mentholé, au boisé subtil derrière lequel s’esquissent des notes de cannelle et de baies acidulées. La bouche est souple, fraîche et finement épicée.
93/100
Tamaral, Finca La Mira 2019
Le nez assez envoûtant est marqué par la noix de muscade, des notes fumées, de cassis et de pruneaux. La matière est construite autour d’un grain de tannin façon cachemire, apportant à la fois densité et douceur.
92/100
Viñedos Alonso del Yerro, Alonso del Yerro 2021
Les senteurs mêlées de cassis, de cacao et de fougère précèdent une matière déliée et très harmonieuse.
92/100
Bodegas Pascual, Diodoro 2019
Des senteurs de mûre, de cassis et des notes sanguines s’ouvrent à l’aération. La texture très souple soutient un vin harmonieux et frais.
92/100
Dominio de Cair, Tierras de Cair 2020
Les effluves de baies rouges et de poivre se confondent dans ce vin élégant, dont la bouche ample et mentholée est tenue par des tannins mûrs.
91/100
Bodega y Viñedos F. Callejo, Majuelos de Callejo 2022
Un nez cendré, marqué par des touches fumées et torréfiées. La bouche prolonge ce registre sombre, mais exhibe une trame légèrement asséchante en finale. Encore un peu strict, le vin mérite de patienter quelques années.
90/100
Condado de Haza, Reserva 2020
Fruits noirs mûrs et menthol se mêlent avec intensité dans ce vin chaleureux et vaillamment charpenté, assez archétypal de l’appellation.
90/100
Les blancs Bodega y Viñedos F. Callejo, El Lebrero 2022
Le nez gourmand et fruité est marqué par des notes de pêche, d’abricot mûr, de fleurs blanches et de fenouil. La bouche est portée par une belle vivacité et une texture huileuse.
94/100
Palacios Vinos de Finca, Trus Reserva 2020
Les senteurs de noisette, relevées d’une touche légèrement vanillée et d’une pointe de bois précèdent une bouche sapide où la fraîcheur domine.
93/100
Bodega Vizcarra, Alejandra 2022
Le nez s’ouvre sur des arômes de citronnelle, d’épices douces, d’agrumes mûrs et de vanille rejoints par une trame minérale nette. En bouche, la matière se montre très tendue, portée par une pointe d’amertume qui structure l’ensemble.
92/100
Depuis 2023, Trimbach, la grande maison de Ribeauvillé est en pleine mutation avec une nouvelle génération à l’œuvre. Anne et Frédérique, les enfants de Pierre Trimbach, travaillent aux côtés de Pauline et Julien, les enfants de Jean Trimbach. Chacun a une mission précise, entre la vinification, le marketing, le commercial et la communication. Les vins sont désormais certifiés bio, aussi bien ceux produits à partir des 70 hectares en exploitation que ceux issus des achats de raisins. Des changements qui n’empêchent pas le domaine d’être fidèle à ses traditions, toujours respectées, tout comme la hiérarchie de la gamme au sommet de laquelle le mythique vin du clos Sainte-Hune règne en majesté depuis plus d’un siècle. À l’occasion de la sortie du millésime 2019, qui lui aussi fera date, la maison fêtait ainsi récemment les cent ans du millésime 1919 de sa cuvée de légende, le premier étiqueté sous ce nom du vin issu de ce clos cultivé depuis toujours ou presque, au moins depuis que les Romains ont introduit la vigne en Alsace. D’une surface modeste (1,67 hectares en coteau, sur une légère pente au sud-est, au cœur des 26,18 hectares du grand cru Rosacker), le clos Sainte-Hune surplombe le village d’Hunawihr et sa célèbre église mixte du XVe siècle. Ses vieilles vignes de riesling sont plantées sur un sol de Muschelkalk (« calcaire coquiller » en allemand) calci-magnésique qui leur assure de bonnes réserves hydriques, ce qui explique la grande régularité des vins issus du lieu. « Le Sainte-Hune n’est pas forcément le plus grand vin d’Alsace tous les ans, mais sa régularité est la marque d’un grand vin », précise Julien Trimbach. Avec une roche-mère affleurante dans le haut du clos, la minéralité est le marqueur présent à chaque millésime. Cette sensation qui ne fait que se renforcer avec le temps a longtemps permis d’équilibrer les sucres parfois résiduels que l’on retrouvait dans les vins des millésimes du XXe siècle, tout en allongeant les fins de bouche. Le domaine divise le clos en quatre ou cinq parcelles, vendangées à la main. Les vignes les plus jeunes ont aujourd’hui une quarantaine d’années et les plus anciennes ont été plantées avant les années 1950. Rares dans l’histoire de la cuvée, les millésimes 1989 et 1983 sont à l’origine d’une production de vendanges tardives. Pierre Trimbach se souvient : « En 1983, c’était voulu, mais pas en 1989. Je m’en souviens car j’étais dans les vignes et le clos n’a produit exclusivement que des vins en vendange tardive cette année-là. Certains secteurs avaient même le potentiel pour faire des sélections de grains nobles, que nous avons étiquetée sous le nom “VT hors choix” ». Tous les vieux millésimes de ce vin alsacien mythique sont rebouchés quand la maison le juge nécessaire.
La dégustation
Clos Sainte-Hune 2019
Robe pâle. Un départ terpénique (terpènes nobles) avec une puissance minérale
qui s’installe déjà dans le verre. L’aération révèle de savoureux parfums de citron confit
et frais, avec une pointe de fruits de la passion et quelques touches florales (iris) et épicées (poivre blanc). Tout en finesse et en subtilité, c’est un monument de verticalité et de tension qui affiche la chair propre à un millésime de haute maturité, avec de la rondeur, même si c’est un vin sec. Finale de grande persistance, avec une acidité fondue qui apporte un supplément de longueur sans mordant. Il sera à la hauteur de ce vin de légende et atteindra sans aucun doute la perfection une fois à son apogée.
99/100
Clos Sainte-Hune 2009
Robe or blanc. Le nez très solaire et puissant, sur les notes de fruits confits, est toujours
dans le registre aromatique des agrumes avec aussi quelques touches de fruits blancs (poire passe-crassane) et exotiques (banane). La maturité du raisin se ressent dans
la bouche onctueuse, riche et sphérique, plus monolithique que celle du millésime 2019.
97/100
Clos Sainte-Hune 1979
Robe ambrée bien prononcée. Il est dans l’âge de la maturité, avec une acidité fondue
et intégrée qui participe à sa finesse et à sa longueur en bouche. Quelques notes de champignons nobles et de sous-bois, avec des touches végétales (feuilles séchées) lui donnent de la complexité et de la délicatesse. C’est désormais à table, aux côtés de mets nobles et délicats comme un turbot crémé, qu’il révélera tout son génie.
95/100
Clos Sainte-Hune 1976
Robe ambrée foncée, avec des reflets bruns clairs. Le nez fastueux est immédiatement dominé par une pointe mentholée très noble avec des notes de citron et de citron vert à l’aération. Un peu de botrytis à la vendange a donné un gras et un moelleux de texture qui, avec le temps, procure un étonnant confort de bouche. Ce vin appelle des sauces riches, avec du foie gras ou des champignons. Réussite magistrale à la finale très persistante et salivante où l’acidité revient, ce qui trahit l’insolente jeunesse de ce vin sur qui les années n’ont pas prise.
100/100
Clos Sainte-Hune 1971
Robe plus pâle que celle du millésime précédent, due aux raisins parfaitement sains de l’année 1971. Moins multidimensionnel et moins opulent, il a d’autres atouts, comme de remarquables nuances racinaires au nez comme en bouche (céleri, truffe blanche). Fin et raffiné, c’est dans les accords gastronomiques qu’il fera la différence.. Superbe élan tonique et salivant en finale, où l’acidité est présente avec élégance.
99/100
Clos Sainte-Hune 1967
Servi au dîner de gala à l’Auberge de l’Ill (deux étoiles Michelin), avec la cuisine de l’exigeant Marc Haeberlin, ce vin exceptionnel a accompagné merveilleusement le tournedos de pigeon au chou, foie gras et truffes. Grand moment de dégustation : le sucre résiduel de la jeunesse s’est fait texture pour donner aujourd’hui un vin moelleux, mais sec dans sa saveur, entre puissance et persistance. Sa minéralité supportait aussi bien le jus corsé que la chair du pigeon.
100/100
Clos Sainte-Hune 1966
Profil aromatique atypique dans la série avec un fruité qui a laissé la place aux notes d’épices (poivre), de feuilles séchées, de bois sec. La bouche est verticale, encore serrée, avec une tension marquée et une acidité salivante. Un saint-hune en longueur et d’une grande fraîcheur. Quelle jeunesse !
98/100
FWT 543. Ceci n’est pas le nom de code d’une opération secrète, mais l’identité de l’un des vins de la collection 2025 de Penfolds. Le producteur australien a habitué ses consommateurs internationaux à sa nomenclature Bin suivie d’un numéro (en référence aux casiers des bouteilles), qui classifie l’essentiel de sa gamme. Ce FWT signifie French Winemaking Trial, soit essai vinicole français, une dénomination de laboratoire détonante au pays des châteaux, des terroirs et du bon goût. Dire que le groupe aux 400 millions de bouteilles écoulées chaque année s’en fiche serait abusif, eu égard à l’exquise politesse anglo-saxonne de ses responsables. La filiale du géant Treasury Wines Estates, considéré comme le numéro 3 mondial derrière les américains Gallo et Constellation, poursuit un projet en France dont l’ampleur surpasse la perplexité que peuvent susciter ses méthodes. Les locaux auraient tort de s’en plaindre dans le marasme ambiant des vins de Bordeaux. Jusque-là, la relation de Penfolds avec la France tenait de la légende. Dans les années 1950, le célèbre maître de chai Max Schubert s’éblouit d’un séjour bordelais et en revient avec l’idée de créer un vin australien de grande garde. Ce sera Grange, le flacon au sommet de la gamme depuis des décennies. À partir de 2019, l’engagement prend une autre tournure : un champagne est créé en partenariat avec la famille Thiénot. À Bordeaux, si une collaboration avec la maison Dourthe avait déjà abouti à l’élaboration d’une cuvée co-signée, l’acquisition du château Cambon La Pelouse, cru bourgeois du Médoc, donne le signal d’une toute autre ambition. En octobre 2022, c’est le château Lanessan, toujours en Haut-Médoc, qui tombe dans l’escarcelle. La propriété historique de la famille Bouteiller est l’un des plus anciens domaines bordelais. Ses terres s’étendent sur 350 hectares dont 95 de vignes, ses bâtisses sont spectaculaires, son mode de fonctionnement et sa culture paternaliste, un peu surannés.
Planter l’avenir
« Lanessan a toujours été respecté et aurait dû être classé », estime Pierre Delage, qui a connu la période Bouteiller, aujourd’hui directeur commercial de toutes les entités bordelaises du groupe. Le passé intéresse modérément Penfolds. Les marques Cambon La Pelouse ainsi que Bellevue devraient bientôt disparaître, pas celle de Lanessan, au moins pour s’éviter des décisions prématurées inutiles. L’avenir y aura pourtant une autre dimension. Dans les vignes d’abord, avec la vaste campagne d’arrachage amorcée en 2023 à l’arrivée comme directeur technique de Pablo Laborde. Cet Argentin, passé par Terrazas de Los Andes de Moët-Hennessy et la bodega Numanthia en Espagne, vit sa première expérience bordelaise. « Nous avons réalisé 330 fosses pédologiques et identifié 37 types de sols », décrypte-t-il. « Si notre volonté est de maximiser le cabernet-sauvignon, nous avons ajouté quatre hectares de petit verdot et envisageons du malbec, voire de la syrah. Il y avait aussi trois types de plantations sur la propriété donc autant de façons de travailler. Nous voulons être plus efficients. » Vingt et un hectares ont déjà été replantés avec le meilleur matériel végétal. Presque autant est à venir. « La propriété est mise au niveau d’un très bon cru classé », poursuit Pablo Laborde. « Nous faisons lentement et progressivement des changements qui se verront dans cinq ans. Nous respectons le savoir-faire ancestral du Médoc, mais nous devons évoluer. Et nous sommes prêts à partager tout ce que nous faisons avec nos voisins. »
Une signature
Penfolds s’est assuré une totale liberté (comme celle d’irriguer les jeunes vignes) puisque sa production n’est pas proposée en appellation, mais sous dénomination vin de France, dans la logique de son modèle de marque. Pour faire quels vins ? Le premier opus, FWT 585, proposé en 2022, respectait les codes médocains dans un assemblage cabernet, merlot et petit verdot très classique. Le nouveau FWT 543 est plus instructif en associant cabernet-sauvignon et syrah, un assemblage emblème de Penfolds. Les équipes vont sélectionner la syrah en vallée du Rhône et en Languedoc. Elles achètent surtout à Bordeaux, en actionnant des partenariats directs et en payant au-dessus des cours actuels, ce qui restera toujours un bon prix. Les approvisionnements sont tout aussi décisifs que la production en propriété selon un grand principe : élaborer des vins dans le style maison quelle que soit l’origine de la matière première. La stratégie s’applique ici comme en Australie, ainsi qu’aux États-Unis et en Chine où le groupe s’est aussi implanté. Deuxième étage de la fusée, la construction d’un outil technique de pointe. Il a été présenté par Steph Dutton, la directrice de l’œnologie venue de Melbourne, depuis le vieux chai désaffecté de 1887, une façon de relier les périodes de l’histoire. « Je suis partie d’une page blanche, ce qui est très rare dans une carrière. La nouvelle cuverie, qui prendra la place d’un entrepôt actuel, est faite pour les prochaines décennies, voire le siècle à venir ! Les travaux commenceront en avril prochain pour une livraison à la vendange 2028. » Le cabinet bordelais Mazières a repris l’écriture architecturale de Lanessan, avec des matériaux comme la briquette, en innovant plutôt dans l’écoconception : réemploi des pierres issues de la démolition, double mur pour l’inertie thermique, isolation du toit, lumière naturelle, etc. Une rue intérieure centrale règle les flux entre les différentes zones. « Les Australiens ont des process différents qui bougent un peu nos a priori », précise l’associée Audrey Pédezert. « Ils insistent beaucoup sur la sécurité et le confort de travail du personnel. »
Les deux cuvées FWT 585 et FWT 543 sont proposées sous dénomination vin de France.
Une aura mondiale
« Notre réputation nous précède », renchérit Steph Dutton. « Une certaine inclinaison australienne pour casser les codes peut-être. Mais nous avons aussi plus de 180 ans d’histoire, un héritage et une tradition, même s’il faut constamment se réinventer. Tous les winemakers de Penfolds depuis Max Schubert ont cette culture de l’expérimentation. Chez nous, il faut toujours avoir au moins une expérience en cours chaque année. » Le mantra sera sûrement démultiplié dans le Médoc. Le futur cuvier s’inscrira dans le parcours de visite avec la création de salles de dégustation, amorce d’une révolution œnotouristique. Le château Lachesnaye, édifice d’inspiration néogothique situé au cœur du domaine, sera entièrement rénové. Chambres, restaurant, café, librairie, l’expérience se veut luxueuse dans un esprit de « village ». Le portefeuille de vins français a vocation à croître, avec des volumes conséquents pour livrer les marchés de la marque. Le consommateur français est une cible à la marge, a fortiori sur des tarifs autour de 80 ou 90 euros la bouteille. « Nous allons faire des efforts », assure Pierre Delage. « Nos équipes vont commercialiser les références directement, en ne passant pas par la place de Bordeaux. Les FWT entrent dans notre logique de collections qui vont de Koonunga Hill à Grange. Mais pour un amateur chinois, ce sera peut-être la quintessence : un vin de Bordeaux avec l’étiquette Penfolds ! » Depuis le cœur du Médoc, le géant australien regarde aussi le monde et sa géopolitique instable. En produisant en Chine, il accommode un marché administré à Pékin, capable de réduire à néant ses exportations au moment du Covid après des accusations mal perçues des autorités de Canberra. Présent aux États-Unis, il peut échapper à l’incontrôlable fièvre de taxes de l’administration Trump. En France, il trouve un sourcing qualitatif à prix raisonnable, dans son ADN cabernet-sauvignon, mais aussi l’accès libre à la totalité du marché de l’Union européenne, qui pourrait succomber également à des élans protectionnistes. Cela s’appelle préparer l’avenir. Et comme il est incertain, c’est probablement une stratégie brillante.
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