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Succès pour la 65e vente des vins des Hospices de Nuits-Saint-Georges

Cyrille Jomand, commissaire-priseur de la vente et président-directeur général d’iDealwine. Photo Studio Morfaux

Pour sa deuxième édition organisée par la maison de ventes iDealwine et parrainée par le navigateur Louis Burton, la 65e vente des vins des Hospices de Nuits-Saint-Georges a totalisé 1,526 million d’euros (hors pièce de charité), soit une hausse spectaculaire de 91,7 % par rapport à l’an dernier. « Dans un contexte d’instabilité inédit, ce résultat confirme la bonne tenue des prix malgré un volume légèrement plus généreux, reflet de la grande qualité du millésime », souligne Cyrille Jomand, commissaire-priseur de la vente et président-directeur général d’iDealwine.

Malgré des rendements limités, seulement 80,5 pièces produites, le millésime 2025 a séduit par son équilibre et son style typiquement bourguignon. L’intégralité des lots proposés a trouvé preneur : quatre-vingts pièces de 228 litres et une feuillette de 114 litres issues du millésime 2025 ont été adjugées. Les vins rouges, majoritaires avec soixante-dix-neuf pièces réparties en dix-huit cuvées, ont atteint un prix moyen de 18 595 euros la pièce. La seule cuvée blanche proposée a quant à elle atteint un prix moyen de 38 000 euros.

Parmi les adjudications marquantes, deux nuits-saint-georges premier cru Les Saint-Georges, les cuvées Hugues Perdrizet et Georges Faiveley, ont chacune culminé à 47 000 euros. La cuvée blanche, nuits-saint-georges 1er cru Les Terres Blanches, a été adjugée 34 000 euros, complétée par une feuillette vendue 23 000 euros. La traditionnelle pièce de charité, la « Cuvée des Bienfaiteurs », vendue par souscription au profit de l’association de médiation animale Ani’nomade, a permis de récolter 59 500 euros.

Cette édition revêtait une dimension particulière : il s’agissait du dernier millésime signé par Jean-Marc Moron, régisseur du domaine depuis 1990, qui a passé le relais à Laurence Danel avant son départ à la retraite en 2026. « Malgré une récolte relativement faible, certaines cuvées confirment l’intérêt des grands amateurs de Bourgogne avec des prix dignes de grands crus. C’est aussi une belle consécration pour le travail de Jean-Marc Moron et ses trente-six années au service du domaine », souligne Guillaume Koch, directeur des Hospices civils de Beaune.

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Le domaine des Hospices de Nuits-Saint-Georges s’étend sur 12,4 hectares répartis entre Nuits-Saint-Georges, Premeaux-Prissey, Vosne-Romanée et Gevrey-Chambertin. Essentiellement planté en pinot noir, il produit dix-neuf cuvées, dont plusieurs premiers crus et un blanc confidentiel issu de chardonnay.

iDealwine est l’un des acteurs mondiaux des enchères de vin en ligne. Créée en 2000 et présente en Europe, en Asie et aux États-Unis, l’entreprise fédère près de 650 000 amateurs et a réalisé 58 millions d’euros de ventes en 2025.

Ani’nomade est une association engagée pour le sauvetage, la protection et le placement d’animaux abandonnés ou en détresse.

The Macallan distille l’âme de Paris

Après les éditions dédiées à Londres, New York, Mexico, Hong Kong, The Macallan célèbre la capitale française sous forme d’une expérience sensorielle. Fidèle à l’esprit de cette série immersive, la maison écossaise poursuit sa quête : explorer l’âme des grandes métropoles, en révéler les strates cachées de savoir, de créativité et d’émotion, puis proposer ces découvertes dans un single malt d’exception, accompagné d’une création gastronomique et d’un documentaire.

Disponible sur Amazon Prime Video, la série suit la maître assembleur Kirsteen Campbell et les frères Roca dans leur exploration de villes iconiques comme Londres, New York, le Mexique ou Hong Kong. Pour cette nouvelle étape (disponible ici : https://www.themacallan.com/en/single-malt-scotch-whisky/distil-your-world-paris), cap sur Paris, berceau de la restauration moderne et capitale mondiale de la gastronomie.

Aux côtés du chef espagnole triplement étoilé Joan Roca, Kirsteen Campbell est partie à la recherche de l’essence parisienne, guidée par la cheffe la plus étoilée au monde, Anne-Sophie Pic. Ensemble, ils ont arpenté les pavés d’une ville qui incarne l’excellence, l’élégance et l’Art de la Table. « À Paris, chaque détail compte : le choix des produits, la précision du geste, la mise en scène, l’atmosphère », confie la cheffe étoilée. La table y devient une véritable toile, où tradition et innovation dialoguent depuis le XVIIIᵉ siècle.

De cette immersion est née une édition limitée au remarquable sens du lieu. Le whisky évoque d’abord les parfumeries à travers des notes de bois de santal et d’épices délicates. Puis viennent des touches beurrées de baguette et de brioche, hommage aux boulangeries de quartier. L’assemblage, dominé par des fûts de chêne américain, complétés par des fûts européens et d’ex-bourbon est enrichit de fûts de cognac qui lui confère de l’élégance. Une signature résolument française.

« Paris incarne l’élégance, la passion et le raffinement. J’ai voulu en proposer l’âme même », confie Kirsteen Campbell. Pour elle, la sélection des bois demeure la clé de voûte d’un whisky capable de raconter une histoire.

Fondée en 1824 par Alexander Reid, sur les terres fertiles autrefois appelées « Maghellan » en Speyside, The Macallan s’est imposée comme l’une des références du single malt. Avec Distil Your World Paris, la distillerie signe une carte postale liquide : un voyage où patrimoine écossais et art de vivre parisien s’unissent dans un même verre.

The Macallan, Distil Your World Paris (47,2%), 4 500 euros (70cl)

Drouant, la méthode James

« Je détestais demander de l’argent à mes parents alors j’ai commencé par faire des extras à l’hôtel Costes », raconte James Ney. L’expérience qui devait être passagère est finalement devenue une vocation. Très vite, ce diplômé d’une école de commerce gravit les échelons. D’abord chef de rang, puis manager, avant de diriger le service du soir, à seulement 22 ans. Sa rigueur, son goût du détail et son sens du client attirent les regards. On le recrute pour l’ouverture d’un hôtel à Saint-Barthélemy – une expérience particulièrement compliquée pour lui. De retour à Paris, il rejoint le Royal Monceau en 2016 où il découvre le saké japonais et la cuisine étoilée avec le restaurant Il Carpaccio. Les deux expériences forgent son exigence. En 2019, il rejoint les frères Laurent et Thierry Gardinier qui cherchent un directeur pour relancer Drouant, fraîchement rénové. James Ney découvre un lieu chargé d’histoire, mais en quête d’un nouveau souffle. Les Gardinier lui laissent carte blanche. Il repense la salle, réinvente les gestes, rétablit les classiques comme les chariots de fromages et des digestifs, souhaitant un service digne d’un étoilé, mais dans un cadre convivial : « Je voulais redonner du spectacle, que les serveurs fassent autre chose que déposer une assiette ». Fils de grand amateur, il parle du vin avec émotion : « Mon père faisait des dîners où il ouvrait des bouteilles incroyables. Il m’a transmis cette curiosité ». Sous son impulsion et celle du sommelier Antoine Pétrus, à l’époque directeur général du groupe Taillevent, Drouant se dote d’une carte exceptionnelle, avec près d’un millier de références pour la seule vallée du Rhône et autant de choix dans les autres vignobles.

Le vin, son terrain de jeu
Un jour, un client fidèle lui demande d’organiser un repas avec un vigneron et quelques invités. « C’était un moment de partage tellement fort qu’on a voulu en faire un vrai rituel. » Deux ans plus tard, ces dîners de vignerons sont devenus un rendez-vous qui a lieu neuf fois par an réunissant vingt personnes à table dans le salon Proust : seize convives novices ou passionnés, un vigneron et un membre de son équipe, James Ney et son chef sommelier. « On commence par se rendre chez le vigneron, avec notre chef, pour goûter toutes ses cuvées. On imagine ensuite un menu autour de nos choix. » La cuisine s’accorde au vin et non l’inverse. James Ney se souvient d’un dîner avec Michel Chapoutier : « Il était à table face à Thierry Gardinier. Tout le monde buvait ses paroles. Une vraie leçon sur le vin ». Ou encore de cette soirée en l’honneur du château de Beaucastel, où Charles Perrin, l’un des représentants de la famille propriétaire de ce domaine de Châteauneuf-du-Pape, a décidé de partager son vin le plus rare, Hommage à Jacques Perrin : « Je m’en souviendrai toute ma vie ». Vernay, Jean-Louis Chave, Larmandier-Bernier, Albert Mann, Vincent Pinard, Charles Heidsieck, etc., les rendez-vous mémorables sont nombreux. Le dîner s’achève souvent sur la terrasse, avec cigares et digestifs. À partir de 150 euros le menu en six plats avec accords et jusqu’à 350 euros pour les domaines d’exception, le rapport prix-plaisir est à la hauteur des promesses. Nombre d’habitués de ces dîners reviennent d’ailleurs à chaque édition, aux côtés de ceux qui les découvrent. « Certains clients n’en ont pas manqué un seul ! », sourit James Ney.

« Terroir d’idées » à Yquem : quand les élèves pitchent l’avenir du vignoble

À l’ombre dorée de château d’Yquem, la viticulture s’est offert un bain de jouvence. « Terroir d’idées », premier hackathon viticole porté par le lycée de La Tour Blanche et l’association franco-québécoise Fusion Jeunesse, a réuni une centaine de lycéens et d’apprentis en février dernier. Trente projets ont été pitchés, pour parler autrement de vigne, de vin et de raisin à leur génération.

La filière traverse une crise d’image ; les jeunes, eux, cherchent du sens et des perspectives. À l’approche du Salon de l’agriculture, le pari est clair : redonner de l’attractivité en confiant la réflexion à ceux qui ne viennent plus spontanément au vignoble. Depuis avril 2025, à Bommes, les élèves, de la 3e au BTS, enchaînent idéathons et ateliers. Ils se glissent dans la peau d’entrepreneurs ou de responsables de domaine pour conjuguer transition climatique, viabilité économique et sens au travail. Adossé à Château La Tour Blanche, premier grand cru classé, avec le soutien d’Yquem et du Campus régional de la vigne et du vin (dynamique NAVI), le lycée s’affirme comme un laboratoire d’idées pour le futur vitivinicole.

Grand oral de la vigne nouvelle génération
Le 5 février, à Yquem, place au grand oral. Face à un jury réunissant notamment Miguel Aguirre (La Tour Blanche), Thomas Robert et Lorenzo Pasquini (Yquem), Emmanuel Danielou (Campus) et Fusion Jeunesse, les pitchs s’enchaînent. Premier défi : dépasser la bouteille. Six fresques redessinent l’imaginaire du raisin. Le prix « Création » (parrainé par le Campus) distingue les lycéens Nolan Bourrieau et Margot Zambelli pour leur fresque sur les nouveaux usages du raisin. Un Prix Coup de cœur revient au triptyque De l’or dans les mains, de Louanne Clipet, Diane Danonville, Justine Dufort et Lisa Chaumont (BTS 2), réalisé à partir de lies de vin : une œuvre qui relie biodiversité, métiers, alimentation, cosmétique et spiritueux, et célèbre le potentiel infini du raisin.

Deuxième défi : imaginer une boisson pour la Génération Z sans trahir l’excellence de La Tour Blanche (premier grand cru classé en 1855). Les BTS 1 Kylian Alonso, Grégoire Lacroix, Thomas Vignes et Gabin Pinto remportent le Prix Produit avec un Kombucha de La Tour Blanche aux raisins de Sauternes, en canette. « Fini les sodas sans âme. Dans les années à venir, on sert du kombucha », lancent-ils. Miguel Aguirre reconnaît avoir été interpellé : « Il faut écouter cette parole-là et la traduire d’une certaine façon. Ce qui m’a plu […] c’est qu’il y a quand même une notion de fermentation et de travail. » Une expérimentation n’est pas exclue sur les parcelles pédagogiques.

Troisième défi : réinventer une maison bourgeoise de 1 000 m² attenante à Quem. Les BTS 2 Louis Bluck, Nello Bourige, Lilian Franquet et Lukas Menkarska remportent le prix « Projet » avec  Sau’Thermes, un spa quatre saisons situé sur la source originelle du château, avec une fontaine centrale comme point d’entrée et un parcours épousant le cycle de la vigne. Immersion, pédagogie, œnotourisme sensible. Coup de cœur aussi, sur le même thème, pour le « dôme de verre pour rêver et se délier » que Timéo Bert (1re Viticole) verrait bien s’élever devant la bâtisse. Lorenzo Pasquini s’est montré « sensible à cette capacité à réfléchir un peu en dehors des codes. C’est toujours source d’inspiration. » De son côté, Jean-Louis Nembrini, vice-président de la Région Nouvelle-Aquitaine, a salué cette tribune offerte aux élèves, évoquant la nécessité d’un « désordre créatif ».

Les projets lauréats bénéficieront, selon les défis, de parrainages, d’accompagnements, de mobilités et, pour certains, de possibilités de concrétisation réelle avec les partenaires.

L’Ordre des coteaux de Champagne renforce son engagement patrimonial

Ce soutien s’inscrit dans le vaste chantier piloté par le Centre des monuments nationaux, qui prépare la renaissance du lieu et l’ouverture, début 2027, du futur musée des Sacres. Symbole fort de ce renouveau, la chapelle où les rois de France se recueillaient avant leur couronnement abrite aujourd’hui des verrières contemporaines signées par les artistes Anne et Patrick Poirier.

En choisissant de contribuer à la restauration de l’un de ces vitraux, l’Ordre affirme sa volonté de conjuguer tradition et création et de contribuer à la préservation du patrimoine champenois. Présent depuis plus de trente ans au Palais du Tau pour y tenir ses chapitres (le chapitre de printemps, le chapitre de la fleur de vigne et le chapitre des vendanges, ndlr), l’Ordre des coteaux de Champagne entend mobiliser les maisons de champagne et ses membres à travers le monde afin de soutenir ce projet emblématique.

La convention a été signée par François-Xavier Morizot, commandeur de l’Ordre des Coteaux de Champagne, Pierre Possémé, délégué régional de la Fondation du patrimoine pour la région Champagne-Ardenne et Jocelyn Bouraly, administrateur du Palais du Tau et des tours de la cathédrale Notre-Dame de Reims. (Photo : Michel Jolyot)

Aux côtés de la Fondation du patrimoine, L’Ordre des coteaux de Champagne appelle à une large mobilisation pour préserver ce haut lieu de mémoire et renforcer le rayonnement culturel de la Champagne. Les dons peuvent être effectués directement à cette adresse : https://www.fondation-patrimoine.org/les-projets/palais-du-tau-a-reims/100834

La création de treize vitraux monumentaux pour la chapelle haute a été confiée au duo Anne et Patrick Poirier.

Le Palais du Tau, mémoire des sacres
Adossé à la Cathédrale Notre-Dame de Reims, le Palais du Tau fut la résidence des archevêques de Reims. Il accueillait les banquets des sacres royaux et conserve aujourd’hui le trésor de la cathédrale. Classé au patrimoine mondial de l’Unesco, il témoigne de plus d’un millénaire d’histoire monarchique et religieuse.

Famille Lieubeau, retour vers le futur

L’histoire a des allures de chasse au trésor. En pleine pandémie de Covid, François, Vincent et Marie Lieubeau, fratrie de vignerons nantais, prennent connaissance de l’existence d’un document attestant de la première mention écrite du Muscadet. Elle figure dans un bail daté de 1616, qui évoque une parcelle dite de la Minée, dépendante de la seigneurerie des Navineaux, comme lieu de plantation d’une « vigne de bon plant de Muscadet ». Après avoir tenté en vain de retrouver cet écrit, les Lieubeau découvrent que le document figure à l’état de transcription en annexe de la thèse d’un certain Alain Poirier. L’homme est décédé en 1943, au cours des bombardements alliés sur la ville de Nantes. L’ensemble de ses travaux a sans doute été détruit à ce moment-là. Grâce à un logiciel de généalogie, les Lieubeau rencontrent Edith Poirier, la fille d’Alain Poirier, qui s’était réfugiée avec sa mère et son frère à la campagne pendant la guerre. Celle-ci leur présente l’exemplaire de la thèse de son père, mais les chances de retrouver le document originel s’évanouissent. Inestimable par cette mention de la première plantation d’une vigne de muscadet, le document est encore plus exceptionnel puisqu’il en précise la localisation exacte, aujourd’hui obsolète. La chasse au trésor reprend.

Dans les archives
Plusieurs documents cadastraux (du XVIIe siècle à l’époque napoléonienne) sont comparés pour essayer de savoir où se situe cette parcelle. Le bail de 1616 est un contrat passé devant notaire entre Suzanne de Beaucé, sa propriétaire, et Louis Ménard, le fermier à qui elle est confiée. Y est écrit : « Un canton de terre de 21 boisselées et demi […] sise et située en une pièce de terre appelée la Minée, dépendant de la seigneurerie des Navineaux […] charge audit preneur de planter […] ladite vigne de bon plant de muscadet ». Première étape, retrouver les terres dépendantes de la seigneurerie des Navineaux. Les noms des parcelles mitoyennes de la Minée apparaissent sur le cadastre napoléonien de 1830, mais aucun n’est encore en vigueur aujourd’hui. La seule indication exploitable est que cette parcelle se trouve entre les seigneureries des Navineaux et de l’Aulnaye. Cette dernière est le nom de l’un des lieux-dits exploités par les Lieubeau. L’étau se resserre. Une parcelle proche de la Minée, nommée Boulor, attire leur attention. Celle-ci longe le mur d’enceinte du parc de l’Aulnaye et est également située à proximité d’une grande parcelle (13,73 hectares) dite « Tenue des Avineaux ». Fait rare pour l’époque et pour une parcelle de cette taille, il apparaît dans les archives qu’elle est entièrement plantée en vignes, ce qui laisse supposer que cet ensemble devait être lui-même subdivisé en différentes parcelles exploitées par plusieurs fermiers dépendant de la seigneurerie des Navineaux. La parcelle de la Minée devait en faire partie. C’est ce que confirme une lettre d’aveu seigneurial datant cette fois de 1659, retrouvée également par la famille au cours de ses nombreuses recherches. Très précise, la lettre décrit la situation de la Minée, donnant même sa taille : 13 septrées, soit environ 7,5 hectares. Les Lieubeau ont retrouvé la parcelle de la Minée et toutes les informations la concernant. Hasard superbe, si la moitié est devenue prés à chevaux, subsistent 3,5 hectares de vignes plantées dans sa partie la plus qualitative. La famille s’en porte acquéreur.

Le vin d’un lieu
Les vignes très âgées (65 ans environ) ne sont plus entretenues. Chênes, frênes et ronciers ont envahi le vignoble. Après un travail de restructuration harassant (piochage, remise en état des palissages, complantation de près de 40 % de pieds manquants), les Lieubeau la convertissent à la viticulture bio, comme le reste de leur domaine, et décident d’y travailler entièrement au cheval. Extrêmement qualitatif par sa situation en pente, le terroir de la Minée est exposé nord-ouest. Il s’appuie sur une roche mère de gneiss, ce qui a convaincu l’Inao de l’intégrer en 2022 à la zone de la dénomination Château-Thébaud, cru communal de l’appellation muscadet-sèvre-et-maine. Les vignes sont vendangées pour la première fois par la famille lors du millésime 2022. Pour un lieu aussi fort, choix est fait d’adopter une vinification singulière : levures indigènes, fermentation malolactique et élevage inhabituel de 36 mois dans trois contenants différents (foudre, barrique et amphore). En tout, 2 400 bouteilles et 120 magnums de ce vin sont produits, positionnés au sommet de la gamme du domaine en raison de leur rareté et de l’histoire rocambolesque dont ils sont l’aboutissement. Symbole de l’approche vigneronne, érudite et sensible, d’une famille accessible et attachée à sa région, ce jeu de piste intrigant a fait naître un nouveau vin de lieu dans une région qui redécouvre chaque jour l’extraordinaire potentiel de ses terroirs. Il est aussi un don fait par les Lieubeau à un vignoble qui devrait être l’un des plus qualitatifs en France au cours de ces cent prochaines années. Avoir cette opportunité de toucher au plus près ses racines devrait lui permettre de s’élever encore un peu plus haut, tout en sachant d’où il vient.

Famille Lieubeau, La Minée 2022, muscadet sèvre-et-maine Château Thébaud
Avec une densité exceptionnelle en bouche, le vin affirme immédiatement sa présence tout en restant fidèle aux fondamentaux de l’appellation. Notes de fruits mûrs, tension saline remarquable et caractère iodé affirmé. L’élevage, parfaitement intégré, ne prend pas le dessus sur la matière. Profondément typé et singulier.
96/100 – 47 euros

La nouvelle voie du Prieuré

Comme souvent en viticulture, les qualités d’un grand terroir ne suffisent pas sans une vision entrepreneuriale et des ambitions fortes pour tirer la quintessence d’un vignoble en dépit de sa situation d’exception. C’est ce que les équipes des Terroirs de Suravenir ont souhaité donner à l’historique château Le Prieuré, dont la première mention écrite apparaît en 1696. La filiale viticole du Crédit Mutuel Arkéa en a fait l’acquisition en 2020. Elle est également propriétaire sur la rive droite des châteaux Vray Croix de Gay (pomerol) et Siaurac (lalande-de-pomerol) et à Saint-Estèphe des châteaux Calon-Ségur, cru classé en 1855, et Capbern. L’excellent Vincent Millet dirige l’ensemble des propriétés et c’est à lui, et à ses équipes de talent, que l’on doit l’ambitieux programme mis en place depuis cinq ans. Implanté sur le plateau calcaire et des coteaux argilo-calcaires exposés plein sud, le terroir du Prieuré réunit toutes les conditions pour donner des saint-émilion au style identitaire et racé. Mais son vignoble, contrairement à ce que peut laisser croire sa taille, ne forme pas un ensemble hétérogène. La situation de chaque parcelle varie en fonction de l’endroit où elle se trouve. Ces orientations et expositions différentes impliquaient de connaître précisément les spécificités de ces 12 hectares, notamment depuis le rachat des surfaces acquises auprès du château Cardinal-Villemaurine (1,3 hectare) et du château Malineau (4,5 hectares). L’ensemble a ainsi été redivisé en 26 parcelles, ce qui a permis le déploiement d’une approche viticole intra-parcellaire, de renforcer la précision des suivis des maturités et des assemblages, mais aussi d’évaluer l’adaptation de chaque cépage planté, ceci afin d’anticiper les futures replantations issues de sélections massales de merlot (90 % du vignoble actuel) ou de cabernet franc. Cette viticulture de précision, attentive à l’environnement et au bien-être des salariés, est aussi pragmatique et vertueuse. Certaines parcelles en dévers, impossibles à travailler mécaniquement, sont labourées au cheval. Les consommations d’énergie sont réduites, le tri et le recyclage systématisés. Conçu par des équipes pour qui l’innovation est un levier de qualité évident, le nouveau cuvier gravitaire, livré en 2024, est inspiré de celui du château Calon-Ségur, techniquement très au point. Dessiné par Alain de La Ville, architecte du patrimoine ancien, il allie technologies et matériaux traditionnels comme le bois et la pierre calcaire. Il permettra au Prieuré de continuer à aller encore plus loin dans la vinification parcellaire, la recherche de pureté et la qualité de l’extraction, au plus près des particularités de chaque îlot identifié pour former un assemblage harmonieux. Les derniers millésimes confirment déjà ce renouveau avec un superbe 2022, brillant d’énergie, d’élégance et de finesse, qui inaugure aussi une nouvelle étiquette, en phase avec la vision contemporaine d’une équipe qui a fait du respect du terroir et de la précision technique le socle de sa conception des grands vins classiques de Bordeaux.

Château Le Prieuré 2022, saint-émilion grand cru
Arômes complexes de fruits noirs mûrs, d’épices douces et de notes florales. En bouche, l’équilibre entre puissance et finesse séduit, avec une longue finale minérale, des tannins crémeux et une finale racée sur le menthol. L’élevage de 18 mois, réparti entre barriques neuves (30 %), barriques d’un vin et amphores, a bien affiné sa structure.
94/100 – 54 euros

50 ans d’Aberlour dans un flacon

Avec l’Aberlour 50 ans d’âge, la distillerie du Speyside franchit un cap inédit de son histoire. « C’est la première fois qu’on sort un 50 ans chez Aberlour », rappelle Aurélien Nuisement ambassadeur de marque France, soulignant la portée symbolique de ce lancement. Produite à seulement 20 flacons dans le monde, dont deux pour la France, cette édition ultra-confidentielle incarne selon lui « une véritable part d’Écosse et une œuvre d’art à part entière ».

 « Aberlour 50 ans d’âge est bien plus qu’un whisky ; c’est un héritage vivant, la rencontre du temps, de la nature et du dévouement sans faille de nos artisans », résume Graeme Cruickshank, maître distillateur chez Aberlour depuis plus de 35 ans. Distillé au début des années 1970, ce whisky est issu des anciennes méthodes de production de la maison, à une époque où Aberlour ne comptait encore que deux alambics. « On boit aujourd’hui une part d’histoire dans le verre », insiste l’ambassadeur de marque France, évoquant le travail de plusieurs générations de maîtres de chais, dont Graeme Cruickshank. Un demi-siècle de dégustations régulières et de décisions patientes a été nécessaire pour déterminer le moment idéal de son embouteillage. « C’est tout le travail de Graeme de vérifier les fûts et de se dire : là, on tient quelque chose d’exceptionnel. »

Contrairement à de nombreux whiskies très âgés, souvent marqués par le bois, Aberlour 50 ans surprend par son équilibre. « Ce qui frappe, c’est cette fraîcheur et ce côté très gourmand », explique-t-il. « On retrouve encore beaucoup de fruit, avec une belle longueur, ce qui est assez rare pour un whisky de cet âge. » Avec l’oxydation, la palette évolue, laissant apparaître des épices plus affirmées, signature d’un vieillissement réussi.

L’exception se prolonge dans l’écrin. Le coffret, conçu par le designer écossais John Galvin, est façonné à la main à partir de douze douelles de chêne issues d’anciens fûts Aberlour. « Ces douelles ne peuvent plus être réutilisées pour le vieillissement, elles trouvent ici une seconde vie », précise le Aurélien Nuisement. Sculptées pour rappeler l’écorce de l’arbre, elles traduisent le lien fondamental de la maison au bois. Le coffret repose sur un socle en granit provenant du mythique Warehouse n°1, aujourd’hui désaffecté. « On a littéralement un bout de la distillerie Aberlour à l’intérieur du coffret. »

Embouteillé à 45,2 %, « le degré parfait pour ce whisky » selon Graeme Cruickshank, l’Aberlour 50 ans est proposé au prix de 35 000 euros. Un flacon est déjà vendu en France, preuve que « la rareté, le temps et l’histoire restent des valeurs essentielles pour les collectionneurs ». Une première, appelée à devenir historique.

Disparition de Pierre Trimbach : le vignoble alsacien perd l’un de ses grands vignerons

Photo Leif Carlsson.

La nouvelle est tombée, brutale, au petit matin, le dimanche 1er février. Pierre Trimbach a succombé à un tragique accident de voiture. Les jours qui suivent vont paraître longs dans le vignoble alsacien, et même au-delà, tant le personnage était respecté dans la région et, plus largement, dans le métier. Né en 1956, Pierre Trimbach s’apprêtait à passer le cap des 70 ans en juin. Il avait rejoint la maison familiale après des études de viticulture-œnologie à Beaune, à la fin des années 1970, avant d’en devenir, dès 1979, le directeur technique en charge des vinifications et, plus largement, de tout ce qui permettait de rendre les vins meilleurs. Sous son impulsion, la maison Trimbach s’est considérablement développée, acquérant des dizaines d’hectares de vignes idéalement situées, principalement en grands crus (Brand, Mandelberg, Schlossberg, etc.), pour atteindre aujourd’hui 70 hectares en propre. Son dernier chantier d’importance aura été la conversion à la culture biologique certifiée, tant pour les vignes du domaine que pour les achats de la maison.

Pierre s’est toujours investi dans les structures professionnelles, intégrant en 1979 les instances dirigeantes du syndicat des négociants d’Alsace. D’aucuns le voyaient un jour présider le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (CIVA), poste pour lequel sa légitimité n’aurait pas fait débat, mais il n’a jamais voulu franchir le pas. Passionné du vin et défenseur de sa cause, Pierre était depuis longtemps un membre éminent de l’Académie du vin de France, ainsi que du Grand jury européen lors des sessions de dégustation organisées à la villa d’Este, située à Tivoli.

Sportif accompli à l’allure toujours athlétique, il a longtemps pratiqué en amateur le ski et le vélo. Une passion du cyclisme qu’il partageait avec les amis vignerons du village, André Kientzler (domaine Kientzler) ou Yves Baltenweck (cave de Ribeauvillé). Ces dernières années, un genou capricieux l’avait contraint à modérer sa passion. Je reverrai toujours sa haute stature et sa moustache drue mais toujours soignée, encadrant un sourire qui soulignait ses yeux pétillants. À chaque vin qu’il faisait déguster, et il y en a eu de nombreux, venait immuablement la même question : « Alors, tu le trouves comment ? ». Du simple pinot blanc aux plus grands des grands crus, il défendait inlassablement tous les vins qui portaient la signature Trimbach, même si ses deux préférés étaient sans réserve les rieslings du Clos Sainte-Hune (dont il venait de célébrer le 100e anniversaire) et la cuvée Frédéric Émile. Je me souviendrai longtemps de sa voix posée, de sa ferme poignée de main, et plus simplement de son humanité.

À sa femme Paulette, à son frère Jean (qui incarne comme Pierre la 12e génération), à ses enfants Anne et Frédérique, ainsi qu’à tous les membres de la famille, les équipes de Bettane+Desseauve présentent leurs condoléances les plus attristées.
Par Guillaume Puzo


Mon métier m’a permis de rencontrer les grandes figures de la viticulture mondiale. Pierre Trimbach en faisait partie. Il incarnait depuis plus de 40 ans, par sa personne, son expérience et évidemment les vins produits, la rectitude et la noblesse des vins alsaciens et spécialement des rieslings chers à son cœur. En cela, il était un vrai enfant de Ribeauvillé, son village si privilégié par ses grands terroirs. Il savait que nous faisions le même métier sous des formes différentes, lui dans sa cave et moi dans l’information du public. Il était devenu par la force des choses et du temps un vrai compagnon de route. Et même un confrère, dans le cadre de l’Académie du vin de France dont Pierre venait de laisser la présidence à Jean-Laurent Vacheron. C’est dire ma tristesse, celle de toute l’Académie, et mon empathie pour sa famille et ses proches, face à cette disparition si peu attendue. Il a su transmettre à ses enfants sa passion et son savoir. La vie continue, les souvenirs restent et vous enrichissent. Qu’il repose en paix.
Par Michel Bettane

Cognac, la bataille va durer

En apparence, tout va bien. Sur les quais de la Charente à Cognac, depuis ce petit port fluvial où, il y a des siècles, a commencé l’aventure d’un spiritueux parti à la conquête du monde, les signes extérieurs de richesse n’ont pas changé. Les grandes maisons sont toujours assises sur d’imposants édifices, comme Hennessy, notamment, qui poursuit la rénovation de son site de la Richonne. Les négociants plus modestes occupent leurs jolies demeures de famille au détour des ruelles adjacentes ou dans les faubourgs de la ville. Mais l’atmosphère n’est plus la même. L’euphorie nourrie au carburant d’années fastes est retombée dans une tenace morosité. Le vent mauvais est arrivé du grand export sur lequel le cognac a bâti sa fortune. Aux États-Unis, les premiers signes de faiblesse sont apparus dès l’été 2022 après la fin des subventions post-Covid, accordées alors par le gouvernement fédéral à tous les foyers américains, concomitamment à l’amorce de l’inflation. Le décrochage a été violent dès l’année suivante, avec un plongeon des ventes de 45 %. En Chine, c’est une crise durable de l’immobilier qui a affecté l’économie avec des conséquences sur la consommation, spécialement celle des biens de luxe. Le choc est rude : les deux moteurs, le premier en volumes et le premier en valeur, calent en même temps alors qu’ils comptent pour 70 % du chiffre d’affaires de la filière. La dernière campagne 2024-2025 n’augure pas d’une reprise. Avec des expéditions plombées à 154 millions de bouteilles, la baisse se poursuit, même tenue (-4,2 %). La valeur est plus affectée (-13,4 % à 2,7 milliards d’euros) du fait du recul persistant sur le marché chinois des qualités haut de gamme VSOP et XO (-12,9 %). « En deux ans, nous avons perdu dix ans de croissance », analyse Florent Morillon, le président du bureau interprofessionnel du cognac (BNIC). « J’espère que c’est le fonds de la piscine alors que nous dépendons à 97 % d’un contexte international qui engage plus à épargner qu’à consommer. » Ce constat réaliste jure avec l’imprudence née d’une décennie miraculeuse qui avait conduit l’interprofession à planifier un niveau de 330 millions de bouteilles à l’horizon 2030. C’est moins de la moitié désormais. « Relativisons », rétorque Florent Morillon. « Qui aurait imaginé affronter en moins de cinq ans le Covid, la guerre en Ukraine, l’enquête anti-dumping en Chine, les taxes aux États-Unis, etc. ? Et une vague de déconsommation qui touche tous les vins et spiritueux ! » Charles de la Palme, le nouveau président du leader Hennessy, estime que « l’après-Covid avait généré un emballement, source d’une lecture biaisée du potentiel des marchés. Il faut oublier les années 2021 et 2022 et avoir 2019 comme point d’ancrage. L’ampleur de la crise est réelle. Elle reste liée à des problématiques macro-économiques, qui finissent toujours par s’améliorer, plutôt qu’à la perception du cognac ». Pour d’autres, l’explication est plus brutale, comme pour Olivier Charriaud, le directeur général de Boinaud, une maison propriétaire de 600 hectares de vignes : « C’est un secteur qui a creusé sa tombe et fermé le cercueil de l’intérieur. On paye des choix de facilité, comme de délaisser les marchés européens, sans avoir vu des changements profonds en Chine et aux États-Unis ».

L’état des lieux aujourd’hui
L’été dernier a soldé deux lourds dossiers, non sans dégâts. En Chine, l’accord sur les prix est un moindre mal pour sortir d’une impasse dangereuse. Les cautions exigées par Pékin pendant un an et demi (plusieurs dizaines de millions d’euros pour certaines maisons) ont été restituées, le réseau duty free a réouvert, même si certaines maisons ont du mal à y revenir. « On reste sur le marché, mais avec un sac à dos rempli de pierres », image le président du BNIC, qui tient à soutenir la soixantaine de petits négoces (sur 250) qui n’ont pas pu entrer dans l’accord et seront taxées à 32 %. Ansac, par exemple, est de ceux-là, en dépit de l’action d’un avocat à Shanghai. « La conséquence, c’est un arrêt total des commandes de nos importateurs », affirme son directeur général, Sébastien Trézeux. « Le principal problème tient à la demande », explique de son côté Cyril Camus, à la tête de la maison du même nom et fin connaisseur de la Chine, où il est basé depuis trente ans. « Là-bas, l’épargne part quasi exclusivement dans l’immobilier. Le dégonflement de la bulle en 2023 a affaissé la valeur du patrimoine des ménages, qui vont attendre de retrouver le niveau d’avant crise pour consommer de nouveau. Côté entreprises, qui avaient substitué le cognac au baijiu dans les repas d’affaires, la transition vers les secteurs de l’intelligence artificielle ou des biotech ajoute à la crise. Ces sociétés nouvelles ne sont pas encore matures et celles des industries du passé ralentissent. Il résulte de cette période de flottement moins d’investissements, moins de repas, moins de cognac ! » Aux États-Unis, le cognac reste taxé à 15 %. C’est moins que les plus mauvais scénarios, mais pas sans effet quand s’ajoute un impact de change (avec l’affaiblissement du dollar) de 15 % supplémentaires. Des opérateurs ont anticipé par des expéditions de précaution (d’où la hausse des volumes de 6 % sur 2024-2025), qui devront être déstockées. Le décrochage reste source d’inquiétude sur un marché où une tendance peut devenir une vague de fonds (le boom de la tequila) et se retourner très vite (la tequila encore, aujourd’hui à l’arrêt). Les consommateurs perdus du cognac vont-ils revenir ? Charles de la Palme se veut confiant : « Il y a des modes de consommation qui évoluent, en particulier aux États-Unis, mais sur place, j’ai constaté l’attrait culturel pour le cognac, pour Hennessy en particulier. Cela me rend confiant pour le futur, même si rebondir pourrait prendre du temps. L’année 2026 sera a minima une année de transition ». De l’aveu de nombreux acteurs, une vraie reprise sera drivée par une baisse des prix du cognac VS, le segment dominant outre-Atlantique. « En partie à cause de la forte augmentation de nos coûts, le moins cher des cognacs était devenu significativement plus cher que les bons bourbons et tequilas », indique Cyril Camus. Ceux qui sont restés raisonnables s’en sortent, comme la maison Ansac qui rattrape ses déconvenues en Chine. « Nous sommes la septième marque de VS là-bas, avec un positionnement de cognac du quotidien autour de 25 dollars », plaide Sébastien Trézeux. « Même si l’on voit le rayon se rétrécir, ça passe plus facilement qu’à 40 dollars. »

Les solutions dans l’immédiat
Mise en réserve climatique, réduction des rendements, arrachages, recherche d’autres débouchés (jus de raisin, vin de base effervescent, etc.), les premières mesures ont été prises, qui passent aussi par des réductions d’effectifs et des mesures de chômage partiel dans les grandes comme les petites maisons. « Nous avons voulu épargner les deux bouts du tuyau », précise Florent Morillon. « Les commerciaux dans le monde et la viticulture ici. Entre les deux, on presse tout avec des plans d’économies. » Depuis deux ans, le négoce a temporisé et continué à acheter aux viticulteurs. Par respect des contrats et solidarité pour un vignoble qui a beaucoup investi ces dernières années. Le cognac est passé de sept années de stocks à plus de onze années. « Aujourd’hui, les maisons sont au taquet. Il faut arracher de manière ciblée, en faisant attention au rendement très variable de l’ugni blanc. » Des initiatives plus positives sont prises. Une maison comme Hine, qui s’est séparée d’un quart de ses effectifs en rapport avec la baisse de ses ventes, accélère la redéfinition de sa gamme. « Il faut continuer à innover, mais en évaluant clairement chaque projet », estime son directeur général, Thibaut Delrieu. « Nous n’avons pas les moyens de parler à tout le monde, il faut choisir sa cible avec des produits adaptés. Nous voulons nous adresser aux connaisseurs établis et aux épicuriens audacieux en proposant des single estate et des millésimes. Nous nous revendiquons artisans-créateurs. » L’exploration de nouveaux marchés reste aussi une piste. Le cognac représente finalement un pour cent des spiritueux vendus dans le monde, mais la conquête est coûteuse quand on a longtemps privilégié deux pays. « Nous sommes présents dans plus de 160 pays, nous n’avons pas attendu la crise pour nous développer », pointe Charles de la Palme. « Il faut dix ans pour qu’un marché commence à bien fonctionner. Une bonne croissance ailleurs ne peut pas compenser la baisse drastique aux États-Unis et en Chine. Le rebond du cognac viendra d’abord d’un rétablissement de ces deux marchés. »

L’offensive des grandes maisons
Hennessy demeure de loin le leader du secteur, avec la moitié des volumes. Sa puissance de distribution lui permet même de gagner des parts de marché en temps de crise. La marque du groupe LVMH incarne une forme de permanence du produit : pas d’affinage en fûts de whisky ou de spiritueux moins alcoolisés hors du cadre de l’appellation. « Chaque maison a sa stratégie », observe son président. « Toute forme d’innovation est bonne à prendre, le cognac a besoin de donner de la vivacité et de la modernité à l’appellation. Mais il ne faut pas se tromper de combat et se disperser inutilement à court terme. Le produit cognac a, depuis 300 ans, une très belle identité et un héritage exceptionnel. » Pour regagner l’appétit des marchés, il ne faut pas galvauder les fondamentaux du « plus beau des spiritueux », insiste le maître de chai de la maison, Renaud Fillioux de Gironde, qui échange régulièrement avec son oncle Yann, auquel il a succédé et qui avait traversé une crise comparable il y a trente ans. La complexité du produit, avec ses labels d’âge peu intelligibles pour le nouveau consommateur, est à la fois un garant de qualité et une limite. La stabilité ou le changement, le dilemme est vieux comme les affaires. Chez Martell, propriété de Pernod-Ricard, dont le site historique de Gâtebourse est un modèle de réorientation vers le spiritourisme, on prône davantage la rupture. Sortie de la célébration de son tricentenaire et de la réouverture de son site historique au cœur de Cognac, Rémy Martin tente de tenir son positionnement haut de gamme. Chez Camus, la dernière maison indépendante, on a clairement choisi l’ultra-luxe avec des « collections », séries limitées ponctuées d’un artisanat d’exception comme celui de la cristallerie Daum. Hennessy a développé son « atelier des éditions rares » et Martell, ses « remarquables », assemblages exclusifs à prix stratosphériques pour un segment résilient de clients collectionneurs très riches. Un autre grand acteur, Courvoisier, racheté par Campari pour 1,2 milliard d’euros au moment où la crise s’intensifiait, a fait davantage parler de lui par la suppression de 20 % de ses emplois. Néanmoins, la plus grosse acquisition de l’histoire du groupe italien, fabricant à succès de l’Aperol, signifie qu’il croit au cognac.

L’agilité des petites maisons
Pas de panique alors ? Ce sont souvent les petites maisons qui le proclament. « La désirabilité du cognac est intacte », dit ainsi Hervé Bache-Gabrielsen. Il n’y a pas de révolution obligée, la réussite d’une maison comme Delamain, incarnation de l’excellence héréditaire depuis 1824, en est la preuve. Un travail patient (jusqu’à attendre soixante ans l’épanouissement d’une eau-de-vie), des volumes restreints (moins de 150 000 bouteilles), avec certes un groupe solide derrière (Bollinger depuis 2017), capable d’initier des évolutions, ne serait-ce que la création d’un site d’accueil même modeste dans les rues tortueuses de Jarnac. « Ce n’est pas fastueux, ce qui nous correspond. Peu de gens connaissent notre maison, mais ceux qui la connaissent ont beaucoup d’affection pour elle », appréciait Dominique Touteau, le maître de chai, parti après quarante-deux ans au service d’une maison dont il connaissait tous les murs, la lumière de chaque ouverture, le courant d’air sous une porte, ces fragments qui influencent le destin d’un fût. Cette alliance de savoir-faire et de patrimoine, qui fait l’identité de Cognac, personne ne veut l’enterrer, même les plus audacieux. Quand la marque Jules Gautret lance Fresh Kiss l’été dernier, c’est fort de son ancrage (cognac et pineau des Charentes) et de son socle coopératif où les viticulteurs font partie de l’entreprise. « La base de ce cocktail en canette prêt à boire reste clairement cognac et pineau », assure Sébastien Trézeux. « Nous l’avons développé en neuf mois et nous sortirons une deuxième référence l’an prochain. Les consommateurs, et avant eux les distributeurs, voient que la filière se bouge. » Et c’est le marché français qui répond d’abord. Autre exemple de cette agilité chez Boinaud, qui vient de sortir une liqueur Sweet Ginger sous sa marque De Luze. « Nous avons une légitimité de viticulteur, bouilleur de cru et négociant-créateur », rappelle Olivier Charriaud. « C’est un produit dans l’air du temps en matière de goût et de niveau d’alcool. Il faut se lancer tout en restant cohérent, renouveler l’accessibilité du cognac en alimentant le marché par de la nouveauté. Le succès du gin Citadelle de Ferrand montre que l’on peut rompre avec le conservatisme. » Cette diversification des produits, qui semble plus prometteuse que celle des marchés, la Spirits Valley la pratique depuis des décennies. Cet écosystème original est enfin regardé avec respect par la vieille garde du cognac. Plus de cinquante marques sont nées depuis dix ans sur ce territoire qui s’est structuré autour d’une quinzaine de métiers : distillation bien sûr, tonnellerie, verrerie, stockage, design, mixologie, etc. Précurseur, le bouillonnant entrepreneur Jean-Sébastien Robicquet, fondateur de Maison Villevert, s’est fait connaître avec la vodka Cîroc, les gins G’Vine et Nouaison ou le vermouth La Quintinye, entre autres créations. Un petit empire des spiritueux français basé sur les savoir-faire locaux, la maîtrise de l’assemblage et de l’élevage. Des alambics charentais coulent ainsi de plus en plus de whiskies : Bellevoye, Bastille, Tessendier, Merlet, Giraud, Fontagard, etc., les sorties se succèdent. Du côté du village de Mainxe, le jeune Frédéric Delpeuch contribue à ce travail collectif avec sa liqueur Deljoy, un assemblage d’agrumes et de cognac 100 % naturel. Dans sa famille de bouilleurs de cru depuis cinq générations et fournisseurs de grandes maisons, le jeune homme trace une voie d’avenir sous le regard bienveillant de son père. « J’ai préféré les liqueurs et la mixologie, mon univers. Mais pour élaborer un produit innovant et accessible, je me suis appuyé sur notre histoire dans le cognac. »