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Carte sur Table : 12 grands vins de Bordeaux à prix caviste

L’opération star de la maison de négoce Duclot, via sa structure La Vinicole, celle qui place les vins auprès des cavistes et des restaurants, fait son retour annuel. Le concept est simple : des grands vins de Bordeaux au restaurant, prêts à boire et au même prix que chez le caviste. Luc Lemieux, le directeur de Duclot La Vinicole, résume : « Le succès ne se dément pas. J’ai connu l’opération avec quinze restaurants, puis vingt, puis trente, et cette année on est à quarante, dont neuf établissements étoilés Michelin. On a resserré la gamme de vins à douze références pour cette 14e édition, avec un cœur de gamme plus accessible, et que des “bangers” si on passe les 200 euros. »

En clair, il faut que tout le monde puisse se faire plaisir, avec un prix d’appel à 60 euros et quatre références à moins de 90 euros dont deux 2016 (le pauillac château Haut-Bages Libéral et le saint-julien château Lagrange, qui tirent leur épingle du jeu dix ans après). On retrouve aussi quelques incontournables comme le saint-émilion grand cru château Bélair-Monange 2015, le saint-estèphe château Montrose 2010, ou encore les iconiques château Léoville Las Cases 2007 (saint-julien) et château Mouton-Rothschild 2014 (pauillac).

Cette année, le choix de restaurants va du trois étoiles (Pierre Gagnaire à Paris) au restaurant décontracté comme La Brasserie Bordelaise à Bordeaux. Les Parisiens et les Bordelais sont les mieux servis, y compris dans leur région puisque l’opération a lieu aussi au Cap Ferret, à Arcachon, ou encore à Biarritz, en plus de quelques adresses à Lyon, sur la Côte d’Azur, mais aussi dans la Loire. Il faudra aller chez le chef Christophe Hay, soit à Blois, soit à Orléans. Les quantités, si elles sont généreuses, sont toutefois limitées. On ne saurait trop vous conseiller de réserver, au restaurant, mais aussi la bouteille qui vous fait le plus envie.

Carte sur table, du 15 mars au 15 avril. Plus d’informations : www.cartesurtable.com.

Succès pour la 65e vente des vins des Hospices de Nuits-Saint-Georges

Cyrille Jomand, commissaire-priseur de la vente et président-directeur général d’iDealwine. Photo Studio Morfaux

Pour sa deuxième édition organisée par la maison de ventes iDealwine et parrainée par le navigateur Louis Burton, la 65e vente des vins des Hospices de Nuits-Saint-Georges a totalisé 1,526 million d’euros (hors pièce de charité), soit une hausse spectaculaire de 91,7 % par rapport à l’an dernier. « Dans un contexte d’instabilité inédit, ce résultat confirme la bonne tenue des prix malgré un volume légèrement plus généreux, reflet de la grande qualité du millésime », souligne Cyrille Jomand, commissaire-priseur de la vente et président-directeur général d’iDealwine.

Malgré des rendements limités, seulement 80,5 pièces produites, le millésime 2025 a séduit par son équilibre et son style typiquement bourguignon. L’intégralité des lots proposés a trouvé preneur : quatre-vingts pièces de 228 litres et une feuillette de 114 litres issues du millésime 2025 ont été adjugées. Les vins rouges, majoritaires avec soixante-dix-neuf pièces réparties en dix-huit cuvées, ont atteint un prix moyen de 18 595 euros la pièce. La seule cuvée blanche proposée a quant à elle atteint un prix moyen de 38 000 euros.

Parmi les adjudications marquantes, deux nuits-saint-georges premier cru Les Saint-Georges, les cuvées Hugues Perdrizet et Georges Faiveley, ont chacune culminé à 47 000 euros. La cuvée blanche, nuits-saint-georges 1er cru Les Terres Blanches, a été adjugée 34 000 euros, complétée par une feuillette vendue 23 000 euros. La traditionnelle pièce de charité, la « Cuvée des Bienfaiteurs », vendue par souscription au profit de l’association de médiation animale Ani’nomade, a permis de récolter 59 500 euros.

Cette édition revêtait une dimension particulière : il s’agissait du dernier millésime signé par Jean-Marc Moron, régisseur du domaine depuis 1990, qui a passé le relais à Laurence Danel avant son départ à la retraite en 2026. « Malgré une récolte relativement faible, certaines cuvées confirment l’intérêt des grands amateurs de Bourgogne avec des prix dignes de grands crus. C’est aussi une belle consécration pour le travail de Jean-Marc Moron et ses trente-six années au service du domaine », souligne Guillaume Koch, directeur des Hospices civils de Beaune.

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Le domaine des Hospices de Nuits-Saint-Georges s’étend sur 12,4 hectares répartis entre Nuits-Saint-Georges, Premeaux-Prissey, Vosne-Romanée et Gevrey-Chambertin. Essentiellement planté en pinot noir, il produit dix-neuf cuvées, dont plusieurs premiers crus et un blanc confidentiel issu de chardonnay.

iDealwine est l’un des acteurs mondiaux des enchères de vin en ligne. Créée en 2000 et présente en Europe, en Asie et aux États-Unis, l’entreprise fédère près de 650 000 amateurs et a réalisé 58 millions d’euros de ventes en 2025.

Ani’nomade est une association engagée pour le sauvetage, la protection et le placement d’animaux abandonnés ou en détresse.

The Macallan distille l’âme de Paris

Après les éditions dédiées à Londres, New York, Mexico, Hong Kong, The Macallan célèbre la capitale française sous forme d’une expérience sensorielle. Fidèle à l’esprit de cette série immersive, la maison écossaise poursuit sa quête : explorer l’âme des grandes métropoles, en révéler les strates cachées de savoir, de créativité et d’émotion, puis proposer ces découvertes dans un single malt d’exception, accompagné d’une création gastronomique et d’un documentaire.

Disponible sur Amazon Prime Video, la série suit la maître assembleur Kirsteen Campbell et les frères Roca dans leur exploration de villes iconiques comme Londres, New York, le Mexique ou Hong Kong. Pour cette nouvelle étape (disponible ici : https://www.themacallan.com/en/single-malt-scotch-whisky/distil-your-world-paris), cap sur Paris, berceau de la restauration moderne et capitale mondiale de la gastronomie.

Aux côtés du chef espagnole triplement étoilé Joan Roca, Kirsteen Campbell est partie à la recherche de l’essence parisienne, guidée par la cheffe la plus étoilée au monde, Anne-Sophie Pic. Ensemble, ils ont arpenté les pavés d’une ville qui incarne l’excellence, l’élégance et l’Art de la Table. « À Paris, chaque détail compte : le choix des produits, la précision du geste, la mise en scène, l’atmosphère », confie la cheffe étoilée. La table y devient une véritable toile, où tradition et innovation dialoguent depuis le XVIIIᵉ siècle.

De cette immersion est née une édition limitée au remarquable sens du lieu. Le whisky évoque d’abord les parfumeries à travers des notes de bois de santal et d’épices délicates. Puis viennent des touches beurrées de baguette et de brioche, hommage aux boulangeries de quartier. L’assemblage, dominé par des fûts de chêne américain, complétés par des fûts européens et d’ex-bourbon est enrichit de fûts de cognac qui lui confère de l’élégance. Une signature résolument française.

« Paris incarne l’élégance, la passion et le raffinement. J’ai voulu en proposer l’âme même », confie Kirsteen Campbell. Pour elle, la sélection des bois demeure la clé de voûte d’un whisky capable de raconter une histoire.

Fondée en 1824 par Alexander Reid, sur les terres fertiles autrefois appelées « Maghellan » en Speyside, The Macallan s’est imposée comme l’une des références du single malt. Avec Distil Your World Paris, la distillerie signe une carte postale liquide : un voyage où patrimoine écossais et art de vivre parisien s’unissent dans un même verre.

The Macallan, Distil Your World Paris (47,2%), 4 500 euros (70cl)

Drouant, la méthode James

« Je détestais demander de l’argent à mes parents alors j’ai commencé par faire des extras à l’hôtel Costes », raconte James Ney. L’expérience qui devait être passagère est finalement devenue une vocation. Très vite, ce diplômé d’une école de commerce gravit les échelons. D’abord chef de rang, puis manager, avant de diriger le service du soir, à seulement 22 ans. Sa rigueur, son goût du détail et son sens du client attirent les regards. On le recrute pour l’ouverture d’un hôtel à Saint-Barthélemy – une expérience particulièrement compliquée pour lui. De retour à Paris, il rejoint le Royal Monceau en 2016 où il découvre le saké japonais et la cuisine étoilée avec le restaurant Il Carpaccio. Les deux expériences forgent son exigence. En 2019, il rejoint les frères Laurent et Thierry Gardinier qui cherchent un directeur pour relancer Drouant, fraîchement rénové. James Ney découvre un lieu chargé d’histoire, mais en quête d’un nouveau souffle. Les Gardinier lui laissent carte blanche. Il repense la salle, réinvente les gestes, rétablit les classiques comme les chariots de fromages et des digestifs, souhaitant un service digne d’un étoilé, mais dans un cadre convivial : « Je voulais redonner du spectacle, que les serveurs fassent autre chose que déposer une assiette ». Fils de grand amateur, il parle du vin avec émotion : « Mon père faisait des dîners où il ouvrait des bouteilles incroyables. Il m’a transmis cette curiosité ». Sous son impulsion et celle du sommelier Antoine Pétrus, à l’époque directeur général du groupe Taillevent, Drouant se dote d’une carte exceptionnelle, avec près d’un millier de références pour la seule vallée du Rhône et autant de choix dans les autres vignobles.

Le vin, son terrain de jeu
Un jour, un client fidèle lui demande d’organiser un repas avec un vigneron et quelques invités. « C’était un moment de partage tellement fort qu’on a voulu en faire un vrai rituel. » Deux ans plus tard, ces dîners de vignerons sont devenus un rendez-vous qui a lieu neuf fois par an réunissant vingt personnes à table dans le salon Proust : seize convives novices ou passionnés, un vigneron et un membre de son équipe, James Ney et son chef sommelier. « On commence par se rendre chez le vigneron, avec notre chef, pour goûter toutes ses cuvées. On imagine ensuite un menu autour de nos choix. » La cuisine s’accorde au vin et non l’inverse. James Ney se souvient d’un dîner avec Michel Chapoutier : « Il était à table face à Thierry Gardinier. Tout le monde buvait ses paroles. Une vraie leçon sur le vin ». Ou encore de cette soirée en l’honneur du château de Beaucastel, où Charles Perrin, l’un des représentants de la famille propriétaire de ce domaine de Châteauneuf-du-Pape, a décidé de partager son vin le plus rare, Hommage à Jacques Perrin : « Je m’en souviendrai toute ma vie ». Vernay, Jean-Louis Chave, Larmandier-Bernier, Albert Mann, Vincent Pinard, Charles Heidsieck, etc., les rendez-vous mémorables sont nombreux. Le dîner s’achève souvent sur la terrasse, avec cigares et digestifs. À partir de 150 euros le menu en six plats avec accords et jusqu’à 350 euros pour les domaines d’exception, le rapport prix-plaisir est à la hauteur des promesses. Nombre d’habitués de ces dîners reviennent d’ailleurs à chaque édition, aux côtés de ceux qui les découvrent. « Certains clients n’en ont pas manqué un seul ! », sourit James Ney.

« Terroir d’idées » à Yquem : quand les élèves pitchent l’avenir du vignoble

À l’ombre dorée de château d’Yquem, la viticulture s’est offert un bain de jouvence. « Terroir d’idées », premier hackathon viticole porté par le lycée de La Tour Blanche et l’association franco-québécoise Fusion Jeunesse, a réuni une centaine de lycéens et d’apprentis en février dernier. Trente projets ont été pitchés, pour parler autrement de vigne, de vin et de raisin à leur génération.

La filière traverse une crise d’image ; les jeunes, eux, cherchent du sens et des perspectives. À l’approche du Salon de l’agriculture, le pari est clair : redonner de l’attractivité en confiant la réflexion à ceux qui ne viennent plus spontanément au vignoble. Depuis avril 2025, à Bommes, les élèves, de la 3e au BTS, enchaînent idéathons et ateliers. Ils se glissent dans la peau d’entrepreneurs ou de responsables de domaine pour conjuguer transition climatique, viabilité économique et sens au travail. Adossé à Château La Tour Blanche, premier grand cru classé, avec le soutien d’Yquem et du Campus régional de la vigne et du vin (dynamique NAVI), le lycée s’affirme comme un laboratoire d’idées pour le futur vitivinicole.

Grand oral de la vigne nouvelle génération
Le 5 février, à Yquem, place au grand oral. Face à un jury réunissant notamment Miguel Aguirre (La Tour Blanche), Thomas Robert et Lorenzo Pasquini (Yquem), Emmanuel Danielou (Campus) et Fusion Jeunesse, les pitchs s’enchaînent. Premier défi : dépasser la bouteille. Six fresques redessinent l’imaginaire du raisin. Le prix « Création » (parrainé par le Campus) distingue les lycéens Nolan Bourrieau et Margot Zambelli pour leur fresque sur les nouveaux usages du raisin. Un Prix Coup de cœur revient au triptyque De l’or dans les mains, de Louanne Clipet, Diane Danonville, Justine Dufort et Lisa Chaumont (BTS 2), réalisé à partir de lies de vin : une œuvre qui relie biodiversité, métiers, alimentation, cosmétique et spiritueux, et célèbre le potentiel infini du raisin.

Deuxième défi : imaginer une boisson pour la Génération Z sans trahir l’excellence de La Tour Blanche (premier grand cru classé en 1855). Les BTS 1 Kylian Alonso, Grégoire Lacroix, Thomas Vignes et Gabin Pinto remportent le Prix Produit avec un Kombucha de La Tour Blanche aux raisins de Sauternes, en canette. « Fini les sodas sans âme. Dans les années à venir, on sert du kombucha », lancent-ils. Miguel Aguirre reconnaît avoir été interpellé : « Il faut écouter cette parole-là et la traduire d’une certaine façon. Ce qui m’a plu […] c’est qu’il y a quand même une notion de fermentation et de travail. » Une expérimentation n’est pas exclue sur les parcelles pédagogiques.

Troisième défi : réinventer une maison bourgeoise de 1 000 m² attenante à Quem. Les BTS 2 Louis Bluck, Nello Bourige, Lilian Franquet et Lukas Menkarska remportent le prix « Projet » avec  Sau’Thermes, un spa quatre saisons situé sur la source originelle du château, avec une fontaine centrale comme point d’entrée et un parcours épousant le cycle de la vigne. Immersion, pédagogie, œnotourisme sensible. Coup de cœur aussi, sur le même thème, pour le « dôme de verre pour rêver et se délier » que Timéo Bert (1re Viticole) verrait bien s’élever devant la bâtisse. Lorenzo Pasquini s’est montré « sensible à cette capacité à réfléchir un peu en dehors des codes. C’est toujours source d’inspiration. » De son côté, Jean-Louis Nembrini, vice-président de la Région Nouvelle-Aquitaine, a salué cette tribune offerte aux élèves, évoquant la nécessité d’un « désordre créatif ».

Les projets lauréats bénéficieront, selon les défis, de parrainages, d’accompagnements, de mobilités et, pour certains, de possibilités de concrétisation réelle avec les partenaires.

L’Ordre des coteaux de Champagne renforce son engagement patrimonial

Ce soutien s’inscrit dans le vaste chantier piloté par le Centre des monuments nationaux, qui prépare la renaissance du lieu et l’ouverture, début 2027, du futur musée des Sacres. Symbole fort de ce renouveau, la chapelle où les rois de France se recueillaient avant leur couronnement abrite aujourd’hui des verrières contemporaines signées par les artistes Anne et Patrick Poirier.

En choisissant de contribuer à la restauration de l’un de ces vitraux, l’Ordre affirme sa volonté de conjuguer tradition et création et de contribuer à la préservation du patrimoine champenois. Présent depuis plus de trente ans au Palais du Tau pour y tenir ses chapitres (le chapitre de printemps, le chapitre de la fleur de vigne et le chapitre des vendanges, ndlr), l’Ordre des coteaux de Champagne entend mobiliser les maisons de champagne et ses membres à travers le monde afin de soutenir ce projet emblématique.

La convention a été signée par François-Xavier Morizot, commandeur de l’Ordre des Coteaux de Champagne, Pierre Possémé, délégué régional de la Fondation du patrimoine pour la région Champagne-Ardenne et Jocelyn Bouraly, administrateur du Palais du Tau et des tours de la cathédrale Notre-Dame de Reims. (Photo : Michel Jolyot)

Aux côtés de la Fondation du patrimoine, L’Ordre des coteaux de Champagne appelle à une large mobilisation pour préserver ce haut lieu de mémoire et renforcer le rayonnement culturel de la Champagne. Les dons peuvent être effectués directement à cette adresse : https://www.fondation-patrimoine.org/les-projets/palais-du-tau-a-reims/100834

La création de treize vitraux monumentaux pour la chapelle haute a été confiée au duo Anne et Patrick Poirier.

Le Palais du Tau, mémoire des sacres
Adossé à la Cathédrale Notre-Dame de Reims, le Palais du Tau fut la résidence des archevêques de Reims. Il accueillait les banquets des sacres royaux et conserve aujourd’hui le trésor de la cathédrale. Classé au patrimoine mondial de l’Unesco, il témoigne de plus d’un millénaire d’histoire monarchique et religieuse.

Famille Lieubeau, retour vers le futur

L’histoire a des allures de chasse au trésor. En pleine pandémie de Covid, François, Vincent et Marie Lieubeau, fratrie de vignerons nantais, prennent connaissance de l’existence d’un document attestant de la première mention écrite du Muscadet. Elle figure dans un bail daté de 1616, qui évoque une parcelle dite de la Minée, dépendante de la seigneurerie des Navineaux, comme lieu de plantation d’une « vigne de bon plant de Muscadet ». Après avoir tenté en vain de retrouver cet écrit, les Lieubeau découvrent que le document figure à l’état de transcription en annexe de la thèse d’un certain Alain Poirier. L’homme est décédé en 1943, au cours des bombardements alliés sur la ville de Nantes. L’ensemble de ses travaux a sans doute été détruit à ce moment-là. Grâce à un logiciel de généalogie, les Lieubeau rencontrent Edith Poirier, la fille d’Alain Poirier, qui s’était réfugiée avec sa mère et son frère à la campagne pendant la guerre. Celle-ci leur présente l’exemplaire de la thèse de son père, mais les chances de retrouver le document originel s’évanouissent. Inestimable par cette mention de la première plantation d’une vigne de muscadet, le document est encore plus exceptionnel puisqu’il en précise la localisation exacte, aujourd’hui obsolète. La chasse au trésor reprend.

Dans les archives
Plusieurs documents cadastraux (du XVIIe siècle à l’époque napoléonienne) sont comparés pour essayer de savoir où se situe cette parcelle. Le bail de 1616 est un contrat passé devant notaire entre Suzanne de Beaucé, sa propriétaire, et Louis Ménard, le fermier à qui elle est confiée. Y est écrit : « Un canton de terre de 21 boisselées et demi […] sise et située en une pièce de terre appelée la Minée, dépendant de la seigneurerie des Navineaux […] charge audit preneur de planter […] ladite vigne de bon plant de muscadet ». Première étape, retrouver les terres dépendantes de la seigneurerie des Navineaux. Les noms des parcelles mitoyennes de la Minée apparaissent sur le cadastre napoléonien de 1830, mais aucun n’est encore en vigueur aujourd’hui. La seule indication exploitable est que cette parcelle se trouve entre les seigneureries des Navineaux et de l’Aulnaye. Cette dernière est le nom de l’un des lieux-dits exploités par les Lieubeau. L’étau se resserre. Une parcelle proche de la Minée, nommée Boulor, attire leur attention. Celle-ci longe le mur d’enceinte du parc de l’Aulnaye et est également située à proximité d’une grande parcelle (13,73 hectares) dite « Tenue des Avineaux ». Fait rare pour l’époque et pour une parcelle de cette taille, il apparaît dans les archives qu’elle est entièrement plantée en vignes, ce qui laisse supposer que cet ensemble devait être lui-même subdivisé en différentes parcelles exploitées par plusieurs fermiers dépendant de la seigneurerie des Navineaux. La parcelle de la Minée devait en faire partie. C’est ce que confirme une lettre d’aveu seigneurial datant cette fois de 1659, retrouvée également par la famille au cours de ses nombreuses recherches. Très précise, la lettre décrit la situation de la Minée, donnant même sa taille : 13 septrées, soit environ 7,5 hectares. Les Lieubeau ont retrouvé la parcelle de la Minée et toutes les informations la concernant. Hasard superbe, si la moitié est devenue prés à chevaux, subsistent 3,5 hectares de vignes plantées dans sa partie la plus qualitative. La famille s’en porte acquéreur.

Le vin d’un lieu
Les vignes très âgées (65 ans environ) ne sont plus entretenues. Chênes, frênes et ronciers ont envahi le vignoble. Après un travail de restructuration harassant (piochage, remise en état des palissages, complantation de près de 40 % de pieds manquants), les Lieubeau la convertissent à la viticulture bio, comme le reste de leur domaine, et décident d’y travailler entièrement au cheval. Extrêmement qualitatif par sa situation en pente, le terroir de la Minée est exposé nord-ouest. Il s’appuie sur une roche mère de gneiss, ce qui a convaincu l’Inao de l’intégrer en 2022 à la zone de la dénomination Château-Thébaud, cru communal de l’appellation muscadet-sèvre-et-maine. Les vignes sont vendangées pour la première fois par la famille lors du millésime 2022. Pour un lieu aussi fort, choix est fait d’adopter une vinification singulière : levures indigènes, fermentation malolactique et élevage inhabituel de 36 mois dans trois contenants différents (foudre, barrique et amphore). En tout, 2 400 bouteilles et 120 magnums de ce vin sont produits, positionnés au sommet de la gamme du domaine en raison de leur rareté et de l’histoire rocambolesque dont ils sont l’aboutissement. Symbole de l’approche vigneronne, érudite et sensible, d’une famille accessible et attachée à sa région, ce jeu de piste intrigant a fait naître un nouveau vin de lieu dans une région qui redécouvre chaque jour l’extraordinaire potentiel de ses terroirs. Il est aussi un don fait par les Lieubeau à un vignoble qui devrait être l’un des plus qualitatifs en France au cours de ces cent prochaines années. Avoir cette opportunité de toucher au plus près ses racines devrait lui permettre de s’élever encore un peu plus haut, tout en sachant d’où il vient.

Famille Lieubeau, La Minée 2022, muscadet sèvre-et-maine Château Thébaud
Avec une densité exceptionnelle en bouche, le vin affirme immédiatement sa présence tout en restant fidèle aux fondamentaux de l’appellation. Notes de fruits mûrs, tension saline remarquable et caractère iodé affirmé. L’élevage, parfaitement intégré, ne prend pas le dessus sur la matière. Profondément typé et singulier.
96/100 – 47 euros

La nouvelle voie du Prieuré

Comme souvent en viticulture, les qualités d’un grand terroir ne suffisent pas sans une vision entrepreneuriale et des ambitions fortes pour tirer la quintessence d’un vignoble en dépit de sa situation d’exception. C’est ce que les équipes des Terroirs de Suravenir ont souhaité donner à l’historique château Le Prieuré, dont la première mention écrite apparaît en 1696. La filiale viticole du Crédit Mutuel Arkéa en a fait l’acquisition en 2020. Elle est également propriétaire sur la rive droite des châteaux Vray Croix de Gay (pomerol) et Siaurac (lalande-de-pomerol) et à Saint-Estèphe des châteaux Calon-Ségur, cru classé en 1855, et Capbern. L’excellent Vincent Millet dirige l’ensemble des propriétés et c’est à lui, et à ses équipes de talent, que l’on doit l’ambitieux programme mis en place depuis cinq ans. Implanté sur le plateau calcaire et des coteaux argilo-calcaires exposés plein sud, le terroir du Prieuré réunit toutes les conditions pour donner des saint-émilion au style identitaire et racé. Mais son vignoble, contrairement à ce que peut laisser croire sa taille, ne forme pas un ensemble hétérogène. La situation de chaque parcelle varie en fonction de l’endroit où elle se trouve. Ces orientations et expositions différentes impliquaient de connaître précisément les spécificités de ces 12 hectares, notamment depuis le rachat des surfaces acquises auprès du château Cardinal-Villemaurine (1,3 hectare) et du château Malineau (4,5 hectares). L’ensemble a ainsi été redivisé en 26 parcelles, ce qui a permis le déploiement d’une approche viticole intra-parcellaire, de renforcer la précision des suivis des maturités et des assemblages, mais aussi d’évaluer l’adaptation de chaque cépage planté, ceci afin d’anticiper les futures replantations issues de sélections massales de merlot (90 % du vignoble actuel) ou de cabernet franc. Cette viticulture de précision, attentive à l’environnement et au bien-être des salariés, est aussi pragmatique et vertueuse. Certaines parcelles en dévers, impossibles à travailler mécaniquement, sont labourées au cheval. Les consommations d’énergie sont réduites, le tri et le recyclage systématisés. Conçu par des équipes pour qui l’innovation est un levier de qualité évident, le nouveau cuvier gravitaire, livré en 2024, est inspiré de celui du château Calon-Ségur, techniquement très au point. Dessiné par Alain de La Ville, architecte du patrimoine ancien, il allie technologies et matériaux traditionnels comme le bois et la pierre calcaire. Il permettra au Prieuré de continuer à aller encore plus loin dans la vinification parcellaire, la recherche de pureté et la qualité de l’extraction, au plus près des particularités de chaque îlot identifié pour former un assemblage harmonieux. Les derniers millésimes confirment déjà ce renouveau avec un superbe 2022, brillant d’énergie, d’élégance et de finesse, qui inaugure aussi une nouvelle étiquette, en phase avec la vision contemporaine d’une équipe qui a fait du respect du terroir et de la précision technique le socle de sa conception des grands vins classiques de Bordeaux.

Château Le Prieuré 2022, saint-émilion grand cru
Arômes complexes de fruits noirs mûrs, d’épices douces et de notes florales. En bouche, l’équilibre entre puissance et finesse séduit, avec une longue finale minérale, des tannins crémeux et une finale racée sur le menthol. L’élevage de 18 mois, réparti entre barriques neuves (30 %), barriques d’un vin et amphores, a bien affiné sa structure.
94/100 – 54 euros

50 ans d’Aberlour dans un flacon

Avec l’Aberlour 50 ans d’âge, la distillerie du Speyside franchit un cap inédit de son histoire. « C’est la première fois qu’on sort un 50 ans chez Aberlour », rappelle Aurélien Nuisement ambassadeur de marque France, soulignant la portée symbolique de ce lancement. Produite à seulement 20 flacons dans le monde, dont deux pour la France, cette édition ultra-confidentielle incarne selon lui « une véritable part d’Écosse et une œuvre d’art à part entière ».

 « Aberlour 50 ans d’âge est bien plus qu’un whisky ; c’est un héritage vivant, la rencontre du temps, de la nature et du dévouement sans faille de nos artisans », résume Graeme Cruickshank, maître distillateur chez Aberlour depuis plus de 35 ans. Distillé au début des années 1970, ce whisky est issu des anciennes méthodes de production de la maison, à une époque où Aberlour ne comptait encore que deux alambics. « On boit aujourd’hui une part d’histoire dans le verre », insiste l’ambassadeur de marque France, évoquant le travail de plusieurs générations de maîtres de chais, dont Graeme Cruickshank. Un demi-siècle de dégustations régulières et de décisions patientes a été nécessaire pour déterminer le moment idéal de son embouteillage. « C’est tout le travail de Graeme de vérifier les fûts et de se dire : là, on tient quelque chose d’exceptionnel. »

Contrairement à de nombreux whiskies très âgés, souvent marqués par le bois, Aberlour 50 ans surprend par son équilibre. « Ce qui frappe, c’est cette fraîcheur et ce côté très gourmand », explique-t-il. « On retrouve encore beaucoup de fruit, avec une belle longueur, ce qui est assez rare pour un whisky de cet âge. » Avec l’oxydation, la palette évolue, laissant apparaître des épices plus affirmées, signature d’un vieillissement réussi.

L’exception se prolonge dans l’écrin. Le coffret, conçu par le designer écossais John Galvin, est façonné à la main à partir de douze douelles de chêne issues d’anciens fûts Aberlour. « Ces douelles ne peuvent plus être réutilisées pour le vieillissement, elles trouvent ici une seconde vie », précise le Aurélien Nuisement. Sculptées pour rappeler l’écorce de l’arbre, elles traduisent le lien fondamental de la maison au bois. Le coffret repose sur un socle en granit provenant du mythique Warehouse n°1, aujourd’hui désaffecté. « On a littéralement un bout de la distillerie Aberlour à l’intérieur du coffret. »

Embouteillé à 45,2 %, « le degré parfait pour ce whisky » selon Graeme Cruickshank, l’Aberlour 50 ans est proposé au prix de 35 000 euros. Un flacon est déjà vendu en France, preuve que « la rareté, le temps et l’histoire restent des valeurs essentielles pour les collectionneurs ». Une première, appelée à devenir historique.

Disparition de Pierre Trimbach : le vignoble alsacien perd l’un de ses grands vignerons

Photo Leif Carlsson.

La nouvelle est tombée, brutale, au petit matin, le dimanche 1er février. Pierre Trimbach a succombé à un tragique accident de voiture. Les jours qui suivent vont paraître longs dans le vignoble alsacien, et même au-delà, tant le personnage était respecté dans la région et, plus largement, dans le métier. Né en 1956, Pierre Trimbach s’apprêtait à passer le cap des 70 ans en juin. Il avait rejoint la maison familiale après des études de viticulture-œnologie à Beaune, à la fin des années 1970, avant d’en devenir, dès 1979, le directeur technique en charge des vinifications et, plus largement, de tout ce qui permettait de rendre les vins meilleurs. Sous son impulsion, la maison Trimbach s’est considérablement développée, acquérant des dizaines d’hectares de vignes idéalement situées, principalement en grands crus (Brand, Mandelberg, Schlossberg, etc.), pour atteindre aujourd’hui 70 hectares en propre. Son dernier chantier d’importance aura été la conversion à la culture biologique certifiée, tant pour les vignes du domaine que pour les achats de la maison.

Pierre s’est toujours investi dans les structures professionnelles, intégrant en 1979 les instances dirigeantes du syndicat des négociants d’Alsace. D’aucuns le voyaient un jour présider le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (CIVA), poste pour lequel sa légitimité n’aurait pas fait débat, mais il n’a jamais voulu franchir le pas. Passionné du vin et défenseur de sa cause, Pierre était depuis longtemps un membre éminent de l’Académie du vin de France, ainsi que du Grand jury européen lors des sessions de dégustation organisées à la villa d’Este, située à Tivoli.

Sportif accompli à l’allure toujours athlétique, il a longtemps pratiqué en amateur le ski et le vélo. Une passion du cyclisme qu’il partageait avec les amis vignerons du village, André Kientzler (domaine Kientzler) ou Yves Baltenweck (cave de Ribeauvillé). Ces dernières années, un genou capricieux l’avait contraint à modérer sa passion. Je reverrai toujours sa haute stature et sa moustache drue mais toujours soignée, encadrant un sourire qui soulignait ses yeux pétillants. À chaque vin qu’il faisait déguster, et il y en a eu de nombreux, venait immuablement la même question : « Alors, tu le trouves comment ? ». Du simple pinot blanc aux plus grands des grands crus, il défendait inlassablement tous les vins qui portaient la signature Trimbach, même si ses deux préférés étaient sans réserve les rieslings du Clos Sainte-Hune (dont il venait de célébrer le 100e anniversaire) et la cuvée Frédéric Émile. Je me souviendrai longtemps de sa voix posée, de sa ferme poignée de main, et plus simplement de son humanité.

À sa femme Paulette, à son frère Jean (qui incarne comme Pierre la 12e génération), à ses enfants Anne et Frédérique, ainsi qu’à tous les membres de la famille, les équipes de Bettane+Desseauve présentent leurs condoléances les plus attristées.
Par Guillaume Puzo


Mon métier m’a permis de rencontrer les grandes figures de la viticulture mondiale. Pierre Trimbach en faisait partie. Il incarnait depuis plus de 40 ans, par sa personne, son expérience et évidemment les vins produits, la rectitude et la noblesse des vins alsaciens et spécialement des rieslings chers à son cœur. En cela, il était un vrai enfant de Ribeauvillé, son village si privilégié par ses grands terroirs. Il savait que nous faisions le même métier sous des formes différentes, lui dans sa cave et moi dans l’information du public. Il était devenu par la force des choses et du temps un vrai compagnon de route. Et même un confrère, dans le cadre de l’Académie du vin de France dont Pierre venait de laisser la présidence à Jean-Laurent Vacheron. C’est dire ma tristesse, celle de toute l’Académie, et mon empathie pour sa famille et ses proches, face à cette disparition si peu attendue. Il a su transmettre à ses enfants sa passion et son savoir. La vie continue, les souvenirs restent et vous enrichissent. Qu’il repose en paix.
Par Michel Bettane