La nouvelle est tombée, brutale, au petit matin, le dimanche 1er février. Pierre Trimbach a succombé à un tragique accident de voiture. Les jours qui suivent vont paraître longs dans le vignoble alsacien, et même au-delà, tant le personnage était respecté dans la région et, plus largement, dans le métier. Né en 1956, Pierre Trimbach s’apprêtait à passer le cap des 70 ans en juin. Il avait rejoint la maison familiale après des études de viticulture-œnologie à Beaune, à la fin des années 1970, avant d’en devenir, dès 1979, le directeur technique en charge des vinifications et, plus largement, de tout ce qui permettait de rendre les vins meilleurs. Sous son impulsion, la maison Trimbach s’est considérablement développée, acquérant des dizaines d’hectares de vignes idéalement situées, principalement en grands crus (Brand, Mandelberg, Schlossberg, etc.), pour atteindre aujourd’hui 70 hectares en propre. Son dernier chantier d’importance aura été la conversion à la culture biologique certifiée, tant pour les vignes du domaine que pour les achats de la maison.
Pierre s’est toujours investi dans les structures professionnelles, intégrant en 1979 les instances dirigeantes du syndicat des négociants d’Alsace. D’aucuns le voyaient un jour présider le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (CIVA), poste pour lequel sa légitimité n’aurait pas fait débat, mais il n’a jamais voulu franchir le pas. Passionné du vin et défenseur de sa cause, Pierre était depuis longtemps un membre éminent de l’Académie du vin de France, ainsi que du Grand jury européen lors des sessions de dégustation organisées à la villa d’Este, située à Tivoli.
Sportif accompli à l’allure toujours athlétique, il a longtemps pratiqué en amateur le ski et le vélo. Une passion du cyclisme qu’il partageait avec les amis vignerons du village, André Kientzler (domaine Kientzler) ou Yves Baltenweck (cave de Ribeauvillé). Ces dernières années, un genou capricieux l’avait contraint à modérer sa passion. Je reverrai toujours sa haute stature et sa moustache drue mais toujours soignée, encadrant un sourire qui soulignait ses yeux pétillants. À chaque vin qu’il faisait déguster, et il y en a eu de nombreux, venait immuablement la même question : « Alors, tu le trouves comment ? ». Du simple pinot blanc aux plus grands des grands crus, il défendait inlassablement tous les vins qui portaient la signature Trimbach, même si ses deux préférés étaient sans réserve les rieslings du Clos Sainte-Hune (dont il venait de célébrer le 100e anniversaire) et la cuvée Frédéric Émile. Je me souviendrai longtemps de sa voix posée, de sa ferme poignée de main, et plus simplement de son humanité.
À sa femme Paulette, à son frère Jean (qui incarne comme Pierre la 12e génération), à ses enfants Anne et Frédérique, ainsi qu’à tous les membres de la famille, les équipes de Bettane+Desseauve présentent leurs condoléances les plus attristées. Par Guillaume Puzo
Mon métier m’a permis de rencontrer les grandes figures de la viticulture mondiale. Pierre Trimbach en faisait partie. Il incarnait depuis plus de 40 ans, par sa personne, son expérience et évidemment les vins produits, la rectitude et la noblesse des vins alsaciens et spécialement des rieslings chers à son cœur. En cela, il était un vrai enfant de Ribeauvillé, son village si privilégié par ses grands terroirs. Il savait que nous faisions le même métier sous des formes différentes, lui dans sa cave et moi dans l’information du public. Il était devenu par la force des choses et du temps un vrai compagnon de route. Et même un confrère, dans le cadre de l’Académie du vin de France dont Pierre venait de laisser la présidence à Jean-Laurent Vacheron. C’est dire ma tristesse, celle de toute l’Académie, et mon empathie pour sa famille et ses proches, face à cette disparition si peu attendue. Il a su transmettre à ses enfants sa passion et son savoir. La vie continue, les souvenirs restent et vous enrichissent. Qu’il repose en paix. Par Michel Bettane
En apparence, tout va bien. Sur les quais de la Charente à Cognac, depuis ce petit port fluvial où, il y a des siècles, a commencé l’aventure d’un spiritueux parti à la conquête du monde, les signes extérieurs de richesse n’ont pas changé. Les grandes maisons sont toujours assises sur d’imposants édifices, comme Hennessy, notamment, qui poursuit la rénovation de son site de la Richonne. Les négociants plus modestes occupent leurs jolies demeures de famille au détour des ruelles adjacentes ou dans les faubourgs de la ville. Mais l’atmosphère n’est plus la même. L’euphorie nourrie au carburant d’années fastes est retombée dans une tenace morosité. Le vent mauvais est arrivé du grand export sur lequel le cognac a bâti sa fortune. Aux États-Unis, les premiers signes de faiblesse sont apparus dès l’été 2022 après la fin des subventions post-Covid, accordées alors par le gouvernement fédéral à tous les foyers américains, concomitamment à l’amorce de l’inflation. Le décrochage a été violent dès l’année suivante, avec un plongeon des ventes de 45 %. En Chine, c’est une crise durable de l’immobilier qui a affecté l’économie avec des conséquences sur la consommation, spécialement celle des biens de luxe. Le choc est rude : les deux moteurs, le premier en volumes et le premier en valeur, calent en même temps alors qu’ils comptent pour 70 % du chiffre d’affaires de la filière. La dernière campagne 2024-2025 n’augure pas d’une reprise. Avec des expéditions plombées à 154 millions de bouteilles, la baisse se poursuit, même tenue (-4,2 %). La valeur est plus affectée (-13,4 % à 2,7 milliards d’euros) du fait du recul persistant sur le marché chinois des qualités haut de gamme VSOP et XO (-12,9 %). « En deux ans, nous avons perdu dix ans de croissance », analyse Florent Morillon, le président du bureau interprofessionnel du cognac (BNIC). « J’espère que c’est le fonds de la piscine alors que nous dépendons à 97 % d’un contexte international qui engage plus à épargner qu’à consommer. » Ce constat réaliste jure avec l’imprudence née d’une décennie miraculeuse qui avait conduit l’interprofession à planifier un niveau de 330 millions de bouteilles à l’horizon 2030. C’est moins de la moitié désormais. « Relativisons », rétorque Florent Morillon. « Qui aurait imaginé affronter en moins de cinq ans le Covid, la guerre en Ukraine, l’enquête anti-dumping en Chine, les taxes aux États-Unis, etc. ? Et une vague de déconsommation qui touche tous les vins et spiritueux ! » Charles de la Palme, le nouveau président du leader Hennessy, estime que « l’après-Covid avait généré un emballement, source d’une lecture biaisée du potentiel des marchés. Il faut oublier les années 2021 et 2022 et avoir 2019 comme point d’ancrage. L’ampleur de la crise est réelle. Elle reste liée à des problématiques macro-économiques, qui finissent toujours par s’améliorer, plutôt qu’à la perception du cognac ». Pour d’autres, l’explication est plus brutale, comme pour Olivier Charriaud, le directeur général de Boinaud, une maison propriétaire de 600 hectares de vignes : « C’est un secteur qui a creusé sa tombe et fermé le cercueil de l’intérieur. On paye des choix de facilité, comme de délaisser les marchés européens, sans avoir vu des changements profonds en Chine et aux États-Unis ».
L’état des lieux aujourd’hui
L’été dernier a soldé deux lourds dossiers, non sans dégâts. En Chine, l’accord sur les prix est un moindre mal pour sortir d’une impasse dangereuse. Les cautions exigées par Pékin pendant un an et demi (plusieurs dizaines de millions d’euros pour certaines maisons) ont été restituées, le réseau duty free a réouvert, même si certaines maisons ont du mal à y revenir. « On reste sur le marché, mais avec un sac à dos rempli de pierres », image le président du BNIC, qui tient à soutenir la soixantaine de petits négoces (sur 250) qui n’ont pas pu entrer dans l’accord et seront taxées à 32 %. Ansac, par exemple, est de ceux-là, en dépit de l’action d’un avocat à Shanghai. « La conséquence, c’est un arrêt total des commandes de nos importateurs », affirme son directeur général, Sébastien Trézeux. « Le principal problème tient à la demande », explique de son côté Cyril Camus, à la tête de la maison du même nom et fin connaisseur de la Chine, où il est basé depuis trente ans. « Là-bas, l’épargne part quasi exclusivement dans l’immobilier. Le dégonflement de la bulle en 2023 a affaissé la valeur du patrimoine des ménages, qui vont attendre de retrouver le niveau d’avant crise pour consommer de nouveau. Côté entreprises, qui avaient substitué le cognac au baijiu dans les repas d’affaires, la transition vers les secteurs de l’intelligence artificielle ou des biotech ajoute à la crise. Ces sociétés nouvelles ne sont pas encore matures et celles des industries du passé ralentissent. Il résulte de cette période de flottement moins d’investissements, moins de repas, moins de cognac ! » Aux États-Unis, le cognac reste taxé à 15 %. C’est moins que les plus mauvais scénarios, mais pas sans effet quand s’ajoute un impact de change (avec l’affaiblissement du dollar) de 15 % supplémentaires. Des opérateurs ont anticipé par des expéditions de précaution (d’où la hausse des volumes de 6 % sur 2024-2025), qui devront être déstockées. Le décrochage reste source d’inquiétude sur un marché où une tendance peut devenir une vague de fonds (le boom de la tequila) et se retourner très vite (la tequila encore, aujourd’hui à l’arrêt). Les consommateurs perdus du cognac vont-ils revenir ? Charles de la Palme se veut confiant : « Il y a des modes de consommation qui évoluent, en particulier aux États-Unis, mais sur place, j’ai constaté l’attrait culturel pour le cognac, pour Hennessy en particulier. Cela me rend confiant pour le futur, même si rebondir pourrait prendre du temps. L’année 2026 sera a minima une année de transition ». De l’aveu de nombreux acteurs, une vraie reprise sera drivée par une baisse des prix du cognac VS, le segment dominant outre-Atlantique. « En partie à cause de la forte augmentation de nos coûts, le moins cher des cognacs était devenu significativement plus cher que les bons bourbons et tequilas », indique Cyril Camus. Ceux qui sont restés raisonnables s’en sortent, comme la maison Ansac qui rattrape ses déconvenues en Chine. « Nous sommes la septième marque de VS là-bas, avec un positionnement de cognac du quotidien autour de 25 dollars », plaide Sébastien Trézeux. « Même si l’on voit le rayon se rétrécir, ça passe plus facilement qu’à 40 dollars. »
Les solutions dans l’immédiat
Mise en réserve climatique, réduction des rendements, arrachages, recherche d’autres débouchés (jus de raisin, vin de base effervescent, etc.), les premières mesures ont été prises, qui passent aussi par des réductions d’effectifs et des mesures de chômage partiel dans les grandes comme les petites maisons. « Nous avons voulu épargner les deux bouts du tuyau », précise Florent Morillon. « Les commerciaux dans le monde et la viticulture ici. Entre les deux, on presse tout avec des plans d’économies. » Depuis deux ans, le négoce a temporisé et continué à acheter aux viticulteurs. Par respect des contrats et solidarité pour un vignoble qui a beaucoup investi ces dernières années. Le cognac est passé de sept années de stocks à plus de onze années. « Aujourd’hui, les maisons sont au taquet. Il faut arracher de manière ciblée, en faisant attention au rendement très variable de l’ugni blanc. » Des initiatives plus positives sont prises. Une maison comme Hine, qui s’est séparée d’un quart de ses effectifs en rapport avec la baisse de ses ventes, accélère la redéfinition de sa gamme. « Il faut continuer à innover, mais en évaluant clairement chaque projet », estime son directeur général, Thibaut Delrieu. « Nous n’avons pas les moyens de parler à tout le monde, il faut choisir sa cible avec des produits adaptés. Nous voulons nous adresser aux connaisseurs établis et aux épicuriens audacieux en proposant des single estate et des millésimes. Nous nous revendiquons artisans-créateurs. » L’exploration de nouveaux marchés reste aussi une piste. Le cognac représente finalement un pour cent des spiritueux vendus dans le monde, mais la conquête est coûteuse quand on a longtemps privilégié deux pays. « Nous sommes présents dans plus de 160 pays, nous n’avons pas attendu la crise pour nous développer », pointe Charles de la Palme. « Il faut dix ans pour qu’un marché commence à bien fonctionner. Une bonne croissance ailleurs ne peut pas compenser la baisse drastique aux États-Unis et en Chine. Le rebond du cognac viendra d’abord d’un rétablissement de ces deux marchés. »
L’offensive des grandes maisons
Hennessy demeure de loin le leader du secteur, avec la moitié des volumes. Sa puissance de distribution lui permet même de gagner des parts de marché en temps de crise. La marque du groupe LVMH incarne une forme de permanence du produit : pas d’affinage en fûts de whisky ou de spiritueux moins alcoolisés hors du cadre de l’appellation. « Chaque maison a sa stratégie », observe son président. « Toute forme d’innovation est bonne à prendre, le cognac a besoin de donner de la vivacité et de la modernité à l’appellation. Mais il ne faut pas se tromper de combat et se disperser inutilement à court terme. Le produit cognac a, depuis 300 ans, une très belle identité et un héritage exceptionnel. » Pour regagner l’appétit des marchés, il ne faut pas galvauder les fondamentaux du « plus beau des spiritueux », insiste le maître de chai de la maison, Renaud Fillioux de Gironde, qui échange régulièrement avec son oncle Yann, auquel il a succédé et qui avait traversé une crise comparable il y a trente ans. La complexité du produit, avec ses labels d’âge peu intelligibles pour le nouveau consommateur, est à la fois un garant de qualité et une limite. La stabilité ou le changement, le dilemme est vieux comme les affaires. Chez Martell, propriété de Pernod-Ricard, dont le site historique de Gâtebourse est un modèle de réorientation vers le spiritourisme, on prône davantage la rupture. Sortie de la célébration de son tricentenaire et de la réouverture de son site historique au cœur de Cognac, Rémy Martin tente de tenir son positionnement haut de gamme. Chez Camus, la dernière maison indépendante, on a clairement choisi l’ultra-luxe avec des « collections », séries limitées ponctuées d’un artisanat d’exception comme celui de la cristallerie Daum. Hennessy a développé son « atelier des éditions rares » et Martell, ses « remarquables », assemblages exclusifs à prix stratosphériques pour un segment résilient de clients collectionneurs très riches. Un autre grand acteur, Courvoisier, racheté par Campari pour 1,2 milliard d’euros au moment où la crise s’intensifiait, a fait davantage parler de lui par la suppression de 20 % de ses emplois. Néanmoins, la plus grosse acquisition de l’histoire du groupe italien, fabricant à succès de l’Aperol, signifie qu’il croit au cognac.
L’agilité des petites maisons
Pas de panique alors ? Ce sont souvent les petites maisons qui le proclament. « La désirabilité du cognac est intacte », dit ainsi Hervé Bache-Gabrielsen. Il n’y a pas de révolution obligée, la réussite d’une maison comme Delamain, incarnation de l’excellence héréditaire depuis 1824, en est la preuve. Un travail patient (jusqu’à attendre soixante ans l’épanouissement d’une eau-de-vie), des volumes restreints (moins de 150 000 bouteilles), avec certes un groupe solide derrière (Bollinger depuis 2017), capable d’initier des évolutions, ne serait-ce que la création d’un site d’accueil même modeste dans les rues tortueuses de Jarnac. « Ce n’est pas fastueux, ce qui nous correspond. Peu de gens connaissent notre maison, mais ceux qui la connaissent ont beaucoup d’affection pour elle », appréciait Dominique Touteau, le maître de chai, parti après quarante-deux ans au service d’une maison dont il connaissait tous les murs, la lumière de chaque ouverture, le courant d’air sous une porte, ces fragments qui influencent le destin d’un fût. Cette alliance de savoir-faire et de patrimoine, qui fait l’identité de Cognac, personne ne veut l’enterrer, même les plus audacieux. Quand la marque Jules Gautret lance Fresh Kiss l’été dernier, c’est fort de son ancrage (cognac et pineau des Charentes) et de son socle coopératif où les viticulteurs font partie de l’entreprise. « La base de ce cocktail en canette prêt à boire reste clairement cognac et pineau », assure Sébastien Trézeux. « Nous l’avons développé en neuf mois et nous sortirons une deuxième référence l’an prochain. Les consommateurs, et avant eux les distributeurs, voient que la filière se bouge. » Et c’est le marché français qui répond d’abord. Autre exemple de cette agilité chez Boinaud, qui vient de sortir une liqueur Sweet Ginger sous sa marque De Luze. « Nous avons une légitimité de viticulteur, bouilleur de cru et négociant-créateur », rappelle Olivier Charriaud. « C’est un produit dans l’air du temps en matière de goût et de niveau d’alcool. Il faut se lancer tout en restant cohérent, renouveler l’accessibilité du cognac en alimentant le marché par de la nouveauté. Le succès du gin Citadelle de Ferrand montre que l’on peut rompre avec le conservatisme. » Cette diversification des produits, qui semble plus prometteuse que celle des marchés, la Spirits Valley la pratique depuis des décennies. Cet écosystème original est enfin regardé avec respect par la vieille garde du cognac. Plus de cinquante marques sont nées depuis dix ans sur ce territoire qui s’est structuré autour d’une quinzaine de métiers : distillation bien sûr, tonnellerie, verrerie, stockage, design, mixologie, etc. Précurseur, le bouillonnant entrepreneur Jean-Sébastien Robicquet, fondateur de Maison Villevert, s’est fait connaître avec la vodka Cîroc, les gins G’Vine et Nouaison ou le vermouth La Quintinye, entre autres créations. Un petit empire des spiritueux français basé sur les savoir-faire locaux, la maîtrise de l’assemblage et de l’élevage. Des alambics charentais coulent ainsi de plus en plus de whiskies : Bellevoye, Bastille, Tessendier, Merlet, Giraud, Fontagard, etc., les sorties se succèdent. Du côté du village de Mainxe, le jeune Frédéric Delpeuch contribue à ce travail collectif avec sa liqueur Deljoy, un assemblage d’agrumes et de cognac 100 % naturel. Dans sa famille de bouilleurs de cru depuis cinq générations et fournisseurs de grandes maisons, le jeune homme trace une voie d’avenir sous le regard bienveillant de son père. « J’ai préféré les liqueurs et la mixologie, mon univers. Mais pour élaborer un produit innovant et accessible, je me suis appuyé sur notre histoire dans le cognac. »
Difficile pour Florence Cathiard, Mathilde Thomas et Alice Tourbier d’annoncer le départ de leur époux et père, avec lequel elles ont bâti tant de choses. Daniel Cathiard s’est éteint dans la nuit du mercredi 28 au jeudi 29 janvier, à l’âge de 81 ans. Sur la page Facebook de Smith Haut Lafitte, c’est la visite du roi Charles III d’Angleterre et de son épouse Camilla qui est mise en avant en ce jour de deuil. Cet accueil exceptionnel, qui eut lieu en pleine vendange 2023, couronne le parcours de ce couple incroyablement soudé, dans l’amour comme dans le succès. Cinquante ans d’une vie incessante de créations et d’innovations, main dans la main.
Daniel est né d’un père marchand de vin à Uriage-les-Bains, près de Grenoble. La montagne toute proche l’attire et il devient champion de ski à l’époque de Jean-Claude Killy. À la mort de son père, il met un terme à sa carrière sportive pour reprendre le groupe Genty-Cathiard, propriétaire de l’enseigne Go Sport. Il est déjà avec Florence.
S’ensuit alors un enchaînement de succès. La vente du groupe à Rallye permet le rachat d’une belle endormie : le château Smith Haut Lafitte, qu’ils vont transformer du vignoble à la cave (87 hectares en agriculture biologique pour ce grand cru classé de Graves, en appellation pessac-léognan) tout en développant activement l’œnotourisme et en respectant l’écosystème. En 2019, ils rachètent une propriété en Californie, Flora Springs, qu’ils rebaptisent Cathiard Vineyard. Le premier millésime 2020 est lancé en 2023, alors qu’ils reçoivent huit cent cinquante convives lors de la fête du Bontemps.
Daniel et Florence savent aussi transmettre leur soif d’entrepreneuriat. Mathilde Thomas, leur fille, a hissé sa marque de cosmétiques Caudalie, pionnière dans l’usage des polyphénols de raisin, au niveau des plus grands. De son côté, Alice Tourbier a développé Les Sources de Caudalie, concept de vinothérapie né au château. Plus récemment, le couple a nommé ses filles à la présidence du directoire de Smith Haut Lafitte. Par Mathilde Hulot
La viticulture bordelaise vient de perdre une de ses figures les plus visionnaires et appréciées de tous. Daniel Cathiard possédait toutes les qualités des grands savoyards décuplées par la pratique du ski de haut niveau. La maîtrise de l’anticipation, la tenue à la fatigue, la résistance aux obstacles, la ténacité, bref tout ce qu’on qualifie de résilience, le calme et le sang-froid. Il formait avec son épouse Florence un couple idéalement complémentaire. L’impulsion, la saine ambition, l’art de la mise en scène chez elle, l’intelligence de la mise en œuvre et du développement continu chez lui. J’ai eu le bonheur et l’honneur d’être un témoin privilégié dès leur arrivée de tout ce qu’ils ont construit à Martillac. Les souvenirs restent et vous construisent. Nous aurons tous un peu de Daniel en nous. Qu’il repose en paix. Par Michel Bettane
Lanson fait partie du cercle restreint des grandes maisons champenoises pour une double raison : une histoire riche et longue d’une part, un style affirmé et toujours maintenu d’autre part. Née dans la seconde partie du XVIIIe siècle à Reims, où elle est toujours installée, la maison a construit les piliers de sa renommée au cours du siècle suivant, avec en particulier un atavisme britannique qu’elle cultive toujours aujourd’hui en étant, par exemple, fournisseur exclusif du tournoi de tennis de Wimbledon. À l’époque, déjà, les vins de la maison vieillissent longuement en cave avant d’être servis sur les belles tables. Cette volonté de produire des champagnes de garde va trouver une expression œnologique particulière dans les années 1950, alors que l’on maîtrise mieux les processus fermentaires. Beaucoup de maisons font le choix d’arrondir leurs vins en provoquant la fermentation malolactique, c’est-à-dire la transformation des acides maliques naturellement présents dans le vin en acides lactiques, réputés plus doux. Alors patron de la maison, Étienne Lanson, décide à l’inverse de bloquer systématiquement les « malos » des vins produits, une option qui sera amendée pour le Black Label (le brut non millésimé, devenu Black Creation aujourd’hui), mais retenue par Hervé Dantan, le chef de cave depuis 2013. Si l’on ajoute à ce profil assumé des approvisionnements en raisins très classiques dans les beaux crus de la Marne, avec toujours une domination du pinot noir complété par des chardonnays, on trouve avec Lanson une magnifique continuité de style, illustrée par une collection de millésimes qui vieillissent formidablement bien.
Hervé Dantan, chef de cave de la maison Lanson depuis 2013.
Secrets de cave
Cette personnalité affirmée a toujours été un secret bien gardé par la maison, alors même qu’elle conservait en cave une impressionnante collection de millésimes depuis le début du XXe siècle. En lançant le programme « Lanson Private Collection », la maison les dévoile enfin. Cette initiative pensée pour les amateurs éclairés et les collectionneurs privés permet de se constituer une sélection personnelle de grands millésimes ainsi que d’accéder à des offres en primeur pour les nouveaux millésimes produits. À quinze mètres sous le sol de Reims, les caves historiques de Lanson, notamment l’une de ses galeries d’une centaine de mètres, ont été spécifiquement aménagées pour accueillir ces vins dans des conditions de température et d’hygrométrie optimales. Cette belle proposition, complétée par des services de conciergerie et d’expédition haut de gamme ainsi que la possibilité d’achat et de revente sans risques, a donné l’occasion à la maison de plonger quelques privilégiés, dont nous étions, dans son histoire passionnante par l’intermédiaire d’une dégustation d’exception. Nous avions déjà eu la chance de déguster des grands millésimes de Lanson et cette nouvelle occasion a confirmé notre conviction : si l’on sait les attendre, ce sont des vins qui vieillissent avec une profondeur et une harmonie extraordinaires, faisant ainsi du programme « Lanson Private Collection » une expérience indispensable à tout amateur de grands champagnes de garde.
La dégustation
Lanson, Vintage 2013
Premier à être réalisé par le chef de cave Hervé Dantan, qui succédait alors à l’inoxydable Jean-Paul Gandon, cet assemblage associe 53 % de pinot noir (Verzenay, Verzy, Bouzy, Mareuil-sur-Aÿ) à 47 % de chardonnay (Mesnil-sur-Oger, Cramant, Chouilly, Oger, Vertus, Trépail). Le vin se présente aujourd’hui dans une retenue structurale très classique des jeunes millésimes de la maison : palette aromatique citronnée et minérale, intensité et belle énergie, vin tendu et vibrant, à attendre, assurément.
95/100
Lanson, Vintage 2002
Ce grand millésime glorieux (année généreuse, maturité parfaite des raisins, équilibre épanoui des vins) vieillit parfaitement. À la fois tendre et vibrant, d’une allonge magnifique et d’une énergie intense, ce vin est très épanoui entre arômes de fruits mûrs et de fruits confits, relevés par des notes finement miellées. Il est entré avec majesté dans une longue phase de maturité.
97/100
Lanson, Vintage 1996
Ce millésime, qui s’appuie sur des raisins récoltés à la fois mûrs et de grande acidité, est resté célèbre dans l’histoire contemporaine de la Champagne tant par les espoirs qu’il a suscités à sa naissance que par les déceptions qu’il a parfois engendrées. Ici, les options œnologiques de la maison et les presque trente ans de garde donnent au vin toute son ampleur et une classe folle. Avec 53 % de pinot noir et 47 % de chardonnay, c’est un champagne d’une densité vibrante, tendu et extraordinairement profond. Pureté aromatique, fruit et minéralité, c’est l’une des interprétations les plus mémorables d’un millésime hors norme.
99/100
Lanson, Vintage 1985
L’année est restée fameuse pour la rigueur de son hiver et l’idéal déroulement des vendanges et ce vin offre aujourd’hui un profil ouvert, séduisant et toujours juvénile. On apprécie sa tendre vivacité, sa rondeur profonde et brillante. Le bouquet avenant de fruits confits et de notes meringuées lui donne un charme évident.
95/100
Lanson, Vintage 1971
Ce millésime de bonne réputation en Champagne s’est construit sur des conditions climatiques d’un bout à l’autre raisonnables, sans épisode problématique et sans caractéristique hors norme non plus. Dans ce cadre sage, le résultat impressionne. Précis, profond, élégant, développant ses arômes tertiaires avec netteté et complexité, il constitue un modèle d’équilibre et un archétype du grand champagne classique.
98/100
Lanson, Vintage 1964
Avec le très solaire 1959 et l’intense 1961, 1964 fait partie des millésimes de légende de la période. Il s’exprime aujourd’hui au maximum de son potentiel et de sa réputation : bouquet finement épicé et fruits confits, densité magnifique, profondeur juvénile et harmonieuse, finesse superlative. Il y a longtemps, j’avais eu la chance de déguster le 1961, qui m’avait laissé un souvenir aussi ému et prégnant. Assurément une grande période pour la maison.
100/100
Lanson, Vintage 1952
Une très belle année d’équilibre, aux conditions climatiques classiques. Le vin se révèle extraordinairement juvénile et, en bouche, la profondeur et la vivacité sont impressionnantes. Beaucoup de longueur et d’onctuosité avec une énergie remarquable. Le bouquet tertiaire sur des notes grillées est séduisant.
99/100
Lanson, Vintage 1942
Avec 52 % de pinot noir de Verzenay et 48 % de chardonnay d’Avize dont la croissance
a été accompagnée par de bonnes conditions climatiques, ce millésime témoigne évidemment d’une époque plus que compliquée en pleine occupation allemande. Le nez, cuir et sous-bois, est évolué, mais l’ensemble se tient très bien en bouche, avec une certaine rondeur et une vivacité encore présente. On entre dans l’Histoire autant que dans la dégustation.
Vous être aujourd’hui directeur général de la maison Palmer & Co tout en assurant un rôle technique ?
Je fais partie des cinq œnologues de la maison qui travaillent aux côtés de Xavier Berdin, notre chef de cave. Quand nous sommes ensemble en dégustation, nous sommes tous au même niveau et je n’ai plus la casquette de directeur. Nous prenons collectivement et d’un commun accord toutes les décisions techniques.
Quel a été votre parcours ?
Ma famille s’occupe d’un domaine viticole à Pouilly-Fuissé. Aujourd’hui, c’est mon jeune frère, Denis, qui le dirige. Moi, j’ai rapidement eu envie de voir ailleurs. J’ai grandi dans cet univers de vigneron avant de faire mes études d’ingénieur agronome à l’Agro Paris Tech, suivies d’une spécialisation en viticulture-œnologie et d’un diplôme d’œnologue, obtenu en 1997. Après une courte expérience chez Veuve Ambal, j’ai passé dix ans chez Louis Latour, à Beaune, au poste de directeur technique.
Comment êtes-vous arrivé chez Palmer & Co ?
Chez Louis Latour, j’étais déjà membre du directoire avec des fonctions à la direction de l’entreprise. Palmer & Co m’a proposé un poste de directeur général. J’avais découvert la Champagne lors de mon stage de fin d’études chez Mumm, où Dominique Demarville était alors chef de cave. Là-bas, j’avais découvert et adoré le principe de l’assemblage. C’est assez gratifiant parce que cela permet de récompenser le travail fait à la vigne et en cave en améliorant le niveau de qualité. Je m’étais dit que je reviendrais un jour en Champagne. C’est donc avec beaucoup de conviction que j’ai répondu à l’appel de Palmer & Co.
Qu’est-ce que la coopération signifie pour vous ?
En fait, pour moi, ce n’est pas tant la coopération que la coopération chez Palmer & Co qui veut dire quelque chose. Pour moi, ce sont des gens qui travaillent dans le même état d’esprit. Je pense qu’il y a autant de modèles coopératifs qu’il y a de diversité chez les maisons de négoce ou chez les vignerons. Chaque entité doit avoir son âme ou sa vision des choses. Notre vision, c’est de vouloir faire bien et d’élaborer un produit dont nous sommes fiers. Je crois que c’est ce qui porte cette maison.
Quelles sont vos ambitions aujourd’hui ?
Grandir pour grandir ne nous intéresse pas. Tous les ans, la maison augmente ses surfaces de trois ou quatre hectares, en tenant compte des coopérateurs qui partent en retraite ou qui vendent leurs vignes. Aujourd’hui, nous en sommes à 440 hectares d’approvisionnement. Les vignerons qui nous rejoignent doivent partager nos valeurs. D’ailleurs, il sont soumis à une période d’essai d’une année avant d’être pleinement cooptés. C’est cette proximité technique avec les vignerons qui nous permettra de remplir 95 % du cahier des charges du label « Viticulture durable en Champagne » dès la prochaine vendange, avec l’objectif d’atteindre 100 %.
Vous êtes aussi à l’initiative du projet de construction de la cuverie située à Bezannes.
C’est un projet important, qui correspond à un investissement de 11 millions d’euros, mais aussi parce qu’en acquérant cet immense terrain, on dispose d’une réserve foncière, si un jour on en a besoin. Cette cuverie nous apporte une capacité de 22 000 hectolitres pour stocker nos vins de réserve dans les meilleures conditions possibles. L’architecte a reçu des consignes très strictes pour ne faire aucun compromis entre esthétique, technique et réflexion environnementale. Nous avons été récompensés par un label « Haute qualité environnementale » pour ce site. C’est un autre aspect de la maison, cette exigence technique très forte sans jamais négliger la dimension environnementale.
L’œnotourisme est également l’une de vos priorités ?
En plus de nos installations dans le centre de Reims, nous avons ouvert au public en 2018 le domaine du Chalet, à Chigny-les-Roses, qui propose à la fois chambres et table d’hôtes. Nous y avons notre propre chef à demeure, pour recevoir nos clients, nos amis et nos partenaires. Nous avons accueilli 1 700 visiteurs l’an passé, avec l’ambition de continuer à grandir. Cette petite pierre à l’édifice est notre manière de contribuer à l’élan œnotouristique en Champagne.
Ancien banquier, puis investisseur dans l’immobilier, Rémy Graillot a décidé au sortir de cette première vie, en passionné de vins et des terroirs, d’acquérir quelques vignes dans le vignoble de Sancerre pour vivre son rêve d’être un jour vigneron. Un retour à la terre pour ce natif du Cher qui voit dans le berceau des grands vins du Centre-Loire le lieu d’une seconde naissance professionnelle. Séduit par l’endroit, il tombe sous le charme du château de Lestang, grande bâtisse de style Renaissance situé au pied du piton de Sancerre. La propriété ne lui est pas inconnue puisque son grand-père, Alphonse Graillot, avait acheté la ferme voisine en 1960. Il en fait l’acquisition en 2012 et supervise personnellement les trois ans de rénovation nécessaires pour que le bâtiment retrouve de sa splendeur. La première mention du château de Lestang remonte à 1573. Propriété de la famille Rouillé de Marigny à partir de 1731, puis du baron Hyde de Neuville (homme politique français, ministre de la Marine, ambassadeur aux États-Unis et député, ndlr), il a longtemps été un lieu de passage pour des personnalités parisiennes, comme Lamartine ou un certain François-René de Chateaubriand, auquel rend hommage le cèdre du Liban planté dans le parc. Cette restauration achevée, Rémy Graillot s’attèle ensuite à restructurer son vignoble de cinq hectares de vignes, dont trois plantés en sauvignon sur des sols de silex, l’un des terroirs majeurs de l’appellation. Il recrute en 2020 Célestin Bizet pour s’occuper de la partie technique. Le jeune chef de culture et maître de chai tient à ce que l’épanouissement de la biodiversité soit encouragé par la présence des nombreuses espèces végétales et par plus de 1 200 mètres de haies. La grande majorité des travaux sont réalisés selon des pratiques agroécologiques exigeantes (aucun herbicide, insecticide ou autre produit de synthèse).
Haut de gamme
L’orangerie, située directement au pied du vignoble et également rénovée, accueille les infrastructures de vinification. La réduction des émissions de carbone est l’une des priorités de l’équipe, tout comme la gestion de l’eau. Lestang est l’une des rares exploitations viticoles indépendantes françaises à être labellisée « bas carbone » par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie et le domaine a l’ambition d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2030. Sans mentionner le mot de « domaine », comme pour s’affranchir des codes et se donner la liberté nécessaire pour atteindre ses objectifs, Rémy Graillot fonde Lestang 1573 avec un premier millésime en 2021 et la création de deux vins, les cuvées Tradition et L’Illustre Voyageur commercialisées à partir de 2024. « L’idée est de proposer des vins d’initiés en petite quantité, avec un positionnement ambitieux, mais fidèles à leur terroir. Les sols de silex peuvent donner naissance à de grands vins de garde, marqués par une impression très forte de minéralité », explique Rémy Graillot. Les méthodes de vinification sont traditionnelles, avec une approche plutôt minimaliste quant à l’usage du soufre lors de la vinification. La cuvée Tradition est issue de vins élevés en cuve inox pendant six mois sur lies fines, avec un bâtonnage régulier pour développer de la complexité aromatique. Archétype du sauvignon sur silex, elle séduit par sa complexité aromatique entre notes d’agrumes et de fleurs blanches. Encore plus confidentielle (2 500 bouteilles), la cuvée L’Illustre Voyageur, ainsi nommée en référence aux visites de Chateaubriand à Lestang, est élaborée à partir d’une sélection des meilleurs lots. Élevé en demi-muid, c’est un vin avec davantage de profondeur et de structure, capable de se bonifier avec les années. Les deux sont proposées dans des bouteilles légères en verre recyclé, conformément à la volonté du domaine de réduire l’impact de son activité. D’autres cuvées verront le jour, comme un sancerre rouge, puisque le domaine est aussi propriétaire de vignes dans le secteur de La Moussière, l’un des lieux-dits les plus réputés de l’appellation. Amoureux d’art et de musique, Rémy Graillot veut aussi renouer avec l’histoire du château en y accueillant des artistes en résidence (dont certains collaborent à la réalisation des étiquettes), des expositions ou des concerts dans le parc. « Les projets sont nombreux, mais réussir prend du temps, en matière de distribution et de reconnaissance. Je veux faire les choses dans l’ordre. Ce n’est qu’un début, il y a encore tant à faire », s’enthousiasme-t-il.
La maison Rare a un principe simple : ne rien faire comme les autres. Suivant cette exigence depuis près de cinquante ans, elle n’a ainsi déclaré que quatorze millésimes de sa cuvée depuis la création de celle-ci en 1976. Longtemps étiquette de prestige de la maison Piper-Heidsieck, Rare s’est astucieusement transformé en une maison portant le même nom, et ne proposant que cette unique cuvée, sous l’impulsion du groupe EPI, détenu par la famille Descours, qui a souhaité lui donner une structure et de nouvelles ambitions. Pas de calendrier programmé donc pour ce champagne exclusivement millésimé élaboré en blanc et dans une version rosée encore plus rare (quatre millésimes seulement). Avant d’arriver dans le verre des amateurs, un champagne Rare doit remplir trois prérequis : exprimer les conditions d’un millésime, s’appuyer sur un assemblage immuable et des origines de crus toujours à peu près identiques (mais surtout pas figées) et se complexifier au cours d’un long vieillissement (entre huit et dix années). Cette exigence absolue, difficile à atteindre, est aujourd’hui incarnée par le duo à la tête de la maison. Maud Rabin, sa directrice, met tout en œuvre pour maintenir et renforcer la désirabilité de Rare en prenant appui sur sa riche histoire. À Émilien Boutillat, le chef de cave, revient le travail de sélection et d’assemblage qui garantit à la cuvée d’être chaque fois à la hauteur de sa promesse. Cet œnologue et ingénieur agronome aux solides connaissances en matière de viticulture responsable sait ce qu’il faut de précision, de patience et de renoncement pour élaborer un grand champagne d’assemblage, où les curseurs propres au grand vin doivent êtres poussés à leur paroxysme tout en formant un ensemble harmonieux. L’assemblage de chaque millésime de Rare (70 % de chardonnay et 30 % de pinot noir) cherche à exprimer tension et profondeur, conférant à ce champagne lumineux un caractère parfois intimidant dans sa première jeunesse. Les fondements de cette signature identitaire ont été définis pendant plus d’un quart de siècle par Régis Camus, aujourd’hui à la retraite. Légende de la Champagne plusieurs fois reconnu par ses pairs, l’ancien chef de cave de la maison a ainsi consolidé les grandes lignes du style Rare, entre bouquet intense, texture satinée, fraîcheur persistante et personnalité se complexifiant très lentement avec le temps.
Maud Rabin et Émilien Boutillat forment le duo à la tête de Rare Champagne. Lui en tant que chef de cave et elle comme directrice de la maison.
Le bon et le beau
La maison revendique une liberté de création inhabituelle en Champagne puisqu’elle ne choisit pas les crus qui intègrent ses assemblages en fonction de leur prestige, même si la plupart sont les plus réputés (Ambonnay, Verzy, Le Mesnil-sur-Oger, Bouzy, Chouilly, etc.). Figurent ainsi parmi les origines des derniers millésimes (2015, 2013, 2012) des crus moins célèbres comme Villers-Marmery, Villedommange, Montgueux ou Tauxières, pour ne citer qu’eux. Une fois harmonisé, l’assemblage de la cuvée Rare doit laisser entrevoir, avant le vieillissement, un vin puissant, dense et d’une grande profondeur, reposant sur des raisins de grande maturité toujours équilibrés par la nature crayeuse du terroir champenois. Chaque millésime possède ainsi sa propre personnalité, ce que revendique la maison qui insiste sur la nécessité de retrouver à chaque tirage un vin qui exprime les conditions de l’année, qu’elle soit grandiose (2012, 2008) ou atypique (2015, 1999, 1885). Tous partagent cependant cette vigueur et cette forme de supériorité qui ne s’impose jamais de manière démonstrative, mais avec la retenue qui fait le génie des grands vins de garde. C’est d’ailleurs après de longues années que le style de ce champagne devient encore plus formidable, passant par des phases d’évolution très lentes qui magnifient sereinement son potentiel de départ. Depuis son arrivée, Maud Rabin a fait de Rare Champagne une maison de luxe qui relie l’excellence champenoise à l’univers du beau et du sensible, en phase avec les attentes des amateurs de la marque en matière d’exception, prolongeant leur expérience par des collaborations artistiques originales et recherchées. Proposition à part dans l’écosystème champenois, Rare cultive ses différences jusque dans l’aspect de sa bouteille si particulière. Mais, à l’instar d’autres noms qui ont fondé leur réputation sur une ou deux cuvées, la maison ne transige pas avec les impératifs indispensables à la naissance des grands vins. On jugera à travers cette dégustation de l’intégralité des millésimes produits des capacités de cette cuvée à traverser le temps sans perdre de son éclat et à être, fidèle en cela à ce que son nom promet, un grand champagne guidé par la seule volonté d’être incomparable.
En fait, Rare Le Secret est le secret de Régis Camus, l’ancien chef de cave de la maison.
La dégustation
Rare 2015
Issu d’une année solaire, il est parfaitement représentatif du millésime par sa générosité et son ampleur, mais garde néanmoins une finesse aromatique avec des notes florales (fleurs blanches, jasmin) expressives et intenses. En bouche, on retrouve les saveurs de fruits exotiques propres à la cuvée (citron vert, ananas frais). Grande profondeur, avec un corps plus souple dans ce millésime que dans les deux autres de la décennie 2010, c’est un champagne complet et équilibré par un dosage important adapté à son potentiel (10 grammes par litre), qui brille par sa puissance contenue et ses capacités à évoluer somptueusement.
96/100
Rare 2012
La maison a intelligemment choisi de tirer son très concentré millésime 2012 après le millésime 2013, plus accessible dans sa jeunesse. Un choix respectueux du consommateur auquel nous marquons notre adhésion en gardant cet ordre de dégustation dans notre compte-rendu. Dominé par des notes de réduction noble et par une trame minérale affirmée, le nez brioché révèle à l’aération des arômes d’amande et de fruits exotiques. Immense par sa densité en bouche, mais aussi très précis et porté par une tension énergique et une salinité marquée en finale. Il est promis à un épanouissement exceptionnel, sans doute plus grand encore que tous les millésimes produits jusqu’ici.
98/100
Rare 2013
Millésime tardif né d’une année contrastée, plutôt froide mais relativement sèche, ce 2013 accessible propose une palette aromatique un peu sur la retenue au premier nez qui s’ouvre ensuite sur des fleurs blanches, des notes automnales et d’agrumes (kumquat, citron vert). La bouche ample et équilibrée associe tension saline, texture crémeuse et rondeur voluptueuse. Un peu à l’écart du style Rare, mais répondant parfaitement à l’objectif de capturer l’essence des millésimes extraordinaires, au sens littéral du terme, ce vin va gagner en plénitude et il faut s’attendre à être agréablement surpris par son bouquet d’ici cinq à dix ans.
95/100
Rare 2008
Monumental et d’un classicisme absolu, magnifié par le format magnum lors de cette dégustation, il donne une idée certaine de la pureté sans austérité que recherchent tant d’amateurs de grands champagnes. Les conditions de ce millésime, l’un des plus grands
du premier quart de ce siècle, lui ont donné un caractère aromatique complet associant fleurs blanches, zestes d’agrumes, notes de vanille et d’amande grillée. Les notes de réduction fine, sublimes et parfaitement maîtrisées, renforcent l’impression de tension et de persistance iodée. Profondément dominateur et inoubliable, promis à une très longue vie et, selon la vision que nous avons de cette cuvée, sans doute le plus grand jamais produit depuis 1976.
99/100
Rare 2006
La robe, très dorée comparée à celle du millésime 2008, annonce un vin qui a sans doute évolué un peu plus rapidement que ses pairs. On retrouve au nez un univers aromatique plus toasté, presque légèrement oxydatif, ouvert sur des notes de mangue, de coing, avec des touches de moka complétées par des notes d’épices douces et de fleurs puissantes. Il a la concentration conforme aux standards de la cuvée, mais laisse une impression de rondeur un peu moins dynamique et moins balancée que dans les autres millésimes.
La texture soyeuse et la richesse du millésime en font un champagne plein et généreux, parfaitement prêt à boire.
94/100
Rare 2002
Grand millésime qui convient au déploiement du style Rare, notamment par sa puissance,
son raffinement et sa profondeur. Le nez complexe, entre fleurs blanches, fruits tropicaux (mangue, ananas) et touches épicées, est soutenu par une ligne de fond fumée qui renforce son caractère véloce et racé. En bouche, la texture est soyeuse et élancée en finale par une tension crayeuse. Son architecture classique, son amplitude en bouche et
sa vibration montrent à quel point la cuvée évolue tranquillement. Délicieux dès à présent,
il continue doucement de se rapprocher de la pleine expression de son potentiel.
97/100
Rare 1999
Bien dans l’esprit de ce millésime contrasté mais chaud, il a gardé de la puissance et un certain élan, affichant une complexité aromatique entre fleurs blanches fanées, fruits jaunes mûrs et accents discrets de truffe noire et d’épices douces. Le vin a conservé une belle fraîcheur malgré la richesse du millésime et un corps charnu, soutenu par une trame plus amère qui a tendance à limiter la portée de la finale, lui donnant un caractère plus athlétique que délicat.
92/100
Rare 1998
Il évolue moins prématurément que le millésime 1999, mais vers un univers aromatique similaire, sur les fruits secs. La bouche droite et énergique, associe puissance et fraîcheur dans une trame ferme et dense, légèrement tannique, qui pourrait davantage faire penser à celle d’un blanc de noirs, malgré un assemblage identique. La finale est racée, d’un charme un peu austère mais captivant, qui montre la droiture sérieuse dont la cuvée peut parfois faire preuve.
95/100
Rare Le Secret
Encore plus rare que rare, puisque son existence a longtemps été dissimulée. En 1997, Régis Camus, alors chef de cave de la maison, voit dans les vins de la vendange
de l’année de quoi faire un assemblage de sa cuvée, besoin non partagé par la direction de l’époque. C’est donc en secret qu’il décide d’élaborer une quantité très limitée de cet assemblage conservé uniquement en magnum et issu exclusivement de la vendange 1997
(non revendiquée). Un pas de côté dans l’histoire, y compris dans sa conception et son goût puisque c’est le seul assemblage à n’avoir pas été dosé lors de son dégorgement en 2017. Cela contribue à lui donner aujourd’hui une identité de vin plus que de champagne, notamment en bouche où il n’affiche pas la même concentration que les millésimes revendiqués, mais s’épanouit dans un profil différent sur des notes florales délicates.
Si l’ensemble détonne dans la série, il ne manque pas de charme.
94/100
Rare 1990
Malgré une floraison difficile, l’année a été ensoleillée, en particulier pendant l’été, ce qui donne à cet assemblage un profil riche et solaire, sur les notes d’agrumes confits auxquelles se mêlent des parfums empyreumatiques prononcés. Ce n’est pas le millésime le plus harmonieux de la cuvée, mais il reste toujours assez étonnant d’intensité, trente-cinq après sa naissance.
93/100
Rare 1988
L’année a alterné entre records d’ensoleillement et températures fraîches, donnant un vin mûr et opulent soutenu par une colonne vertébrale solide. La robe a évolué plus vite que le bouquet qui reste d’une complexité remarquable, entres notes de cire et de miel, de truffe blanche, avec une pointe d’accents tourbés. La finale a basculé dans l’univers des vieux champagnes, avec des notes de tabac et d’encens, affichant beaucoup de style et pas l’ombre d’un déclin.
94/100
Rare 1985
Année atypique avec un hiver glacial, marqué par une gelée noire et des conditions plutôt fraîches. Lors de cette dégustation, la maison a présenté deux versions de ce millésime, dont l’une dégorgée récemment. C’est cette dernière qu’elle présente avec son millésime 2015 dans un coffret illustrant les contrastes entre les vins de ces deux années à la météorologie que tout oppose. Trente-neuf ans sur lattes ont favorisé une autolyse des levures très prolongée, donnant un caractère très frais à ce champagne encore incroyablement juvénile. Parfums complexes, mêlant notes toastés, arômes d’orange sanguine, d’abricot, d’ananas confit, de réglisse, de moka, avec de subtiles touches résineuses et miellées. Le dégorgement récent renforce la majesté de ce vin au potentiel de garde difficilement mesurable. La bouteille dégorgée d’époque de ce même millésime était tout aussi grandiose de complexité aromatique et d’harmonie dans les textures.
97/100
Rare 1979
Des vendanges retardées par une floraison tardive après un printemps froid et pluvieux ont donné à ce champagne un profil spectaculaire, anticipant peut-être l’évolution aromatique du 2013 avec lequel il partage des arômes dans un registre automnal (fleurs séchées, miel, sous-bois). Encore d’une constitution droite et vigoureuse, la bouche affiche beaucoup d’ampleur et demeure, après tout ce temps, toujours aussi vibrante et émouvante par son harmonie et son bouquet envoûtant.
95/100
Rare 1976
Le premier millésime de la cuvée est issu des raisins d’une année de sécheresse, lui donnant cette opulence et ce caractère sphérique qui l’aide à traverser les années sans perdre de sa superbe. La robe est aujourd’hui joliment ambrée et le nez est évidemment dominé par des notes tertiaires subtiles. Un ultime exemple des capacités de cette cuvée à transformer avec le temps sa puissance initiale en une émotion harmonieuse.
93/100
Braastad. Le nom a le souffle des brumes du nord de l’Europe. Fin du XIXe siècle, Halfdan Braastad, l’arrière-grand-père de Charles, s’établit à Jarnac en Charentes pour y travailler comme directeur commercial de la maison Bisquit-Dubouché (aujourd’hui Bisquit). Lui est norvégien, sa femme suédoise. Rapidement, il fait venir son neveu, Sverre Braastad, qui épouse une fille Tiffon, issue d’une famille de vignerons et négociants du cru. Charles Braastad est entré chez Delamain en 1996, à l’âge de 27 ans. Une formation en sciences économiques et une maîtrise de gestion en poche, le voilà attaché de direction dans une entreprise qui a toujours fait partie de son quotidien. « J’ai toujours eu envie de travailler chez Delamain, je n’ai pas eu l’impression de ne pas avoir le choix. Je venais le samedi matin ouvrir le courrier. J’aimais l’ambiance, l’odeur. J’ai toujours été impressionné par les importateurs qui venaient déjeuner ou dîner à la maison, par ces gens qui avaient de l’aisance et qui parlaient anglais. On est distribués par des gens qui vendaient de grands vins et qui savaient les commenter, avec cet amour du verre et de l’assiette. Je me disais que ça devait être sympa comme métier. » À l’époque, ce genre de poste oblige à tout faire, notamment voyager dans le monde entier pour rencontrer les clients et développer les marchés. Charles Braastad en parle encore avec un brin de nostalgie, mais sans regrets. « Pendant vingt-cinq années, j’ai dû aller deux fois par an aux États-Unis, à chaque fois pour des périodes de cinq jours. Au total, cela fait près d’une année complète ! C’était important parce que l’export représentait 80 à 85 % de notre activité. » Le maître de chai de l’époque, Dominique Touteau, a la lourde responsabilité de sublimer les eaux-de-vie qui vieillissent patiemment dans les différents chais de la maison, tantôt secs, tantôt humides. Si ses assemblages seront des références encore pendant plusieurs décennies, l’heure de la retraite a fini par sonner et son départ est acté à la fin de l’année 2023.
Changement de vie et de vision
Pour le remplacer, un seul nom sonnait comme une évidence. Celui de Charles Braastad. « Cela s’est fait d’un commun accord », glisse modestement le principal concerné. « Dominique était déjà en poste quand je suis entré dans la maison. J’ai passé vingt-huit ans avec lui, à l’observer travailler et à le suivre dans ses dégustations. À un moment, j’étais prêt. Ce n’est pas parce qu’on naît dans une famille que l’on sait déguster. Je l’ai appris lors de nos réunions dans la salle de dégustation, avec mon père, qui à l’époque dirigeait la maison, Patrick Peyrelongue, mon cousin qui lui a succédé par la suite, et bien entendu Dominique. J’étais observateur. Dans nos dégustations, on a pour habitude de ne pas beaucoup parler, souvent les regards suffisent. On examine surtout des eaux-de-vie rassies, comme on les appelle, qui correspondent à des lots vieillis en fût vingt ans et plus. Moi j’essayais de relier leur description à ce que je sentais. Distinguer un bois sec, l’impact d’un chai trop humide, une eau-de vie gardée trop longtemps ou qui manque de rondeur. C’est ça, se faire le nez Delamain. » Ce parcours est un peu atypique en comparaison des autres maisons de Cognac, où souvent l’on devient maître de chai comme on entre en religion, en débutant aux côtés du titulaire du poste avant de lui succéder un jour, mais aussi en effectuant sa carrière à sonder les fûts et à procéder aux assemblages. Charles Braastad a d’abord parcouru le monde avant de poser ses valises. Au-delà de sa situation personnelle, ce changement de carrière correspond également à une évolution de l’entreprise. Depuis 2018, la maison Bollinger est devenue la principale propriétaire de Delamain, apportant son savoir-faire en matière de fonctions support qui jusque là pouvaient manquer, notamment en termes de marketing ou d’achats. Éric Le Bouar, au profil plus entrepreneurial, a été nommé à la tête de la maison, permettant tout naturellement à Charles Braastad de se projeter dans un quotidien plus technique. Le poste de maître de chai a évolué également, puisque Delamain exploite aujourd’hui son propre vignoble, situé à La Rambodie, une vingtaine d’hectares dans le prestigieux secteur de Grande Champagne. Au fond, la seule chose qui ne change pas pour la maison, c’est sa vision du temps long, aussi bien pour ses cognacs que pour les hommes qui les font.
Dans cette Toscane de la côte Tyrrhénienne qui s’est ouverte à la viticulture haute couture tardivement, mais avec un éclat certain, Ornellaia a pris dès ses débuts une place privilégiée dans la hiérarchie des « super toscans », ces crus nés à partir des années 1980 avec la volonté de concurrencer directement les grands crus établis de Bordeaux. Les terroirs de Bolgheri et en particulier ceux d’Ornellaia, situés entre trois et sept kilomètres du littoral, sont clairement d’origine marine, allant du sableux à l’argileux en passant par le caillouteux et les marnes calcaires, et plantés d’une belle variété de cépages sur les 119 hectares de rouge et 15 hectares de blanc. Le travail systématique de sélection est intense dans cette vaste propriété où le grand vin ne représente jamais plus qu’entre un quart et un tiers des volumes produits en rouge. Ornellaia propose également trois autres vins rouges de haut niveau, Le Serre Nuove, Le Volte et maintenant Variazioni in Rosso.
Appartenant à la famille Frescobaldi (tout comme Masseto), le domaine s’est aussi construit à travers les étonnants ponts qui ont uni et unissent ses directeurs techniques successifs au Médoc : Thomas Duroux (de 2001 à 2004) devenu directeur général du château Palmer, Axel Heinz à sa suite, nommé en 2023 directeur général du château Lascombes et maintenant Marco Balsimelli, pilier à partir de 2010 du cabinet d’œnologie médocain d’Éric Boissenot. De fait, après des débuts immédiatement salués au mitan des années 1980, Ornellaia s’est bâti depuis la fin du siècle et jusqu’à aujourd’hui une réputation qui dépasse le cadre un peu daté désormais des « super toscans ». Nous sommes sans doute plus près de la réalité en en parlant comme d’un grand cru toscan, aux vins dotés d’une personnalité affirmée et à la capacité singulière et très charmeuse d’incarner le caractère spécifique de chaque millésime et surtout d’un potentiel de vieillissement tout à fait remarquable.
La dégustation
2022
55 % cabernet-sauvignon, 25 % merlot,
10 % cabernet franc,
10 % petit verdot.
Une année classique pour la région, avec un hiver froid, un printemps frais et sec suivi d’une longue période sans eau qui a entraîné du stress hydrique et donc des rendements très limités. Après des d’orages en août, les raisins ont bénéficié d’un mois de septembre magnifique permettant une récolte à parfaite maturité. Parfums de fruits rouges et noirs, notes florales, touches de caramel et d’un boisé séducteur (70 % de barriques neuves), tannin velouté, délicatesse raffinée, grande fraîcheur, allonge subtile et raffinée. Superbe expression classique.
97/100
2015
53 % cabernet-sauvignon, 23 % merlot,
17 % cabernet franc,
7 % petit verdot.
Les notes de l’équipe technique du cru soulignent qu’en matière climatique, « 2015 s’est avérée être une année très régulière, presque parfaite ». Ces conditions optimales se retrouvent dans ce vin admirable et séducteur, avec de superbes notes de menthol associées à un caractère joliment floral et fruité. Cette palette aromatique se déploie dans une bouche veloutée, onctueuse et suave, à la longueur tout en fraîcheur, finement saline et à la brillance délicate.
98/100
2005
60 % cabernet-sauvignon, 22 % merlot,
14 % cabernet franc,
4 % petit verdot.
Une année aux conditions climatiques idéales jusqu’à un mois de septembre perturbé par des périodes de pluie qui ont retardé la vendange sans affaiblir sa qualité. À vingt ans d’âge, le vin se déploie dans une harmonie confortable et luxueuse, avec un bouquet aux fines notes d’évolution (tabac blond, balsamique, champignons) et un corps onctueux, raffiné, frais et d’une allonge gourmande et fine.
96/100
2003
60 % cabernet-sauvignon, 15 % merlot,
20 % cabernet franc,
5 % petit verdot.
La célèbre canicule de l’été 2003 se retrouve en Toscane, mais les pluies abondantes de l’hiver ont constitué une réserve hydrique importante qui a permis à la plante de supporter des conditions de température et de sécheresse élevées de mai à début septembre. La maturité phénolique a été le grand sujet du millésime et le profil du vin semble effectivement marqué par une petite tension végétale. L’ensemble présente beaucoup d’intensité et d’allonge, une grande énergie d’expression minérale, de la brillance et de la profondeur.
95/100
2001
63 % cabernet-sauvignon, 30 % merlot,
5 % cabernet franc.
Un hiver et un printemps assez doux et pluvieux, mais un été idéal jusqu’à la fin des vendanges. Millésime spectaculairement réussi pour la propriété et remarqué comme tel par les observateurs à l’époque. Aujourd’hui, le vin s’exprime avec une brillante séduction, les tannins sont racés, l’ensemble exprime une sapidité magnifique, un caractère aromatique très fin (tabac, truffe, eucalyptus) avec une allonge veloutée.
98/100
1998
60 % cabernet-sauvignon, 35 % merlot,
5 % cabernet franc.
Un hiver froid et pluvieux puis de bonnes conditions jusqu’aux vendanges. Élevé en barriques dont 50 % étaient neuves, le vin se montre aujourd’hui très épanoui, révélant un bouquet épicé et finement poivré, un corps savoureux et musclé, une grande allonge veloutée et de la buvabilité. Un grand classique en pleine forme.
97/100
1993
78 % cabernet-sauvignon, 17 % merlot,
3 % cabernet franc.
Printemps chaud, bel été, vendanges précoces. Le vin affirme une personnalité dominée par le cabernet-sauvignon avec ces notes de fruits rouges et un tannin affirmé. L’ensemble paraît aujourd’hui un rien rigide, sans le charme onctueux de la plupart des autres millésimes de la propriété, même si l’allonge est savoureuse, poivrée et fraîche.
92/100
1988
80 % cabernet-sauvignon, 16 % merlot,
4 % cabernet franc.
C’est le quatrième millésime produit et son attrait immédiat a beaucoup contribué à assoir la réputation de la propriété. Issu d’un cycle végétatif qui s’est idéalement déroulé jusqu’aux vendanges, ce vin d’une remarquable jeunesse exprime une magnifique fraîcheur avec une tonicité associant menthol et fruité expressif, jusqu’aux notes finales florales.
98/100
« Je suis parfaitement libre. » C’est sur cette déclaration d’indépendance tardive que débute notre conversation avec Guillaume Selosse, qui vient de fêter ses cinq ans en qualité de gérant d’un domaine familial qu’il a rejoint dès 2011, aux abords de ce petit village bucolique de la côte des Blancs. Une exploitation s’appuyant sur 9,2 hectares de vignes sur les crus d’Avize, Cramant, Oger, Le-Mesnil-sur-Oger, Aÿ, Mareuil-sur-Aÿ et Ambonnay, dont les vins s’arrachent aujourd’hui à prix d’or, qui s’écoulaient autrefois sur les marchés pour une vingtaine de francs. Taille des vignes, date des vendanges, dosage en soufre, tout passe désormais par lui bien qu’Anselme soit encore présent, occupant aujourd’hui un rôle de conseiller, d’oreille attentive et de « garde-fou », ainsi que se plaît à le désigner son fils. Une passation de pouvoir en douceur qui détonne dans le petit monde champenois, où les successions familiales virent parfois au psychodrame. Au-delà d’un parcours d’études qui l’a mené à étudier la viticulture et l’œnologie à Avize puis à décrocher son BTS dans le Bordelais, Guillaume Selosse reconnaît fonctionner à l’instinct, avec une approche empirique qui n’a rien d’une improvisation, mais qui se veut davantage le reflet d’une ambition : « Je suis un amoureux des grands vins. Ma seule passion, c’est de faire des vins qui procurent des émotions, à commencer par moi ». Durant plusieurs années, Guillaume Selosse a reçu les compliments sans vraiment les comprendre. « En 2014, on me faisait remarquer l’évolution du style, mais je ne pouvais pas le recevoir de façon légitime, car je n’avais rien changé. » Les critiques et journalistes parlaient de vins plus nets, plus droits, moins oxydatifs – signe distinctif par excellence de la maison –, lui cherchait ce qu’il avait modifié dans son approche. Ce n’est que bien plus tard qu’il comprendra l’origine de cette nouvelle définition : « Nous avons déplacé la cave en 2008. Auparavant, les vins étaient dans un lieu soumis à de grandes fluctuations hygrométriques, ce qui avait tendance à accentuer l’oxydation. Aujourd’hui, l’inertie est plus importante, les changements de température moins brutaux, ce qui nous permet d’être beaucoup plus précis. Cette cave a quelque chose de vivant, de naturellement dynamique ».
Du très haut niveau
Si le style Selosse n’a rien perdu de sa superbe depuis que Guillaume est aux commandes, ce dernier ne s’interdit pas quelques sorties de route, telles que l’abandon de la taille Chablis traditionnelle, pratiquée près du sol depuis des générations, au bénéfice d’une taille Guyot, qui permet au cep d’être irrigué d’un unique flux de sève tout au long de sa vie. Des choix qui impliquent une responsabilité immense : « Nous restons une petite structure, avec seulement cinq personnes au domaine, et je suis le seul à monter sur les équipements mécaniques, à trancher lorsqu’il le faut, mais nous faisons les choses progressivement ». Autre évolution notable, la décision de se lancer dans la production de vins tranquilles, dont les premières bouteilles sortiront très prochainement. « Il s’agira de blancs issus de quelques parcelles sur Avize, pour lesquels il a fallu que je définisse un style qui ait une continuité. J’ai opté pour une réserve perpétuelle en mini solera, avec une année d’élevage classique à la Selosse, et une autre en inox plutôt réductrice. À ce stade, on obtient quelque chose que je situerais entre la Champagne, le Jura et la Bourgogne. » Un syncrétisme qu’il constate également à l’échelle de l’ensemble de la région : « La fracture qui existait autrefois est beaucoup moins d’actualité. La nouvelle génération des 35-40 ans n’a aucune gêne à déguster des champagnes de grandes maisons. Les deux parties réalisent aujourd’hui qu’elles ont été bénéfiques l’une pour l’autre et je continue de croire que la Champagne n’aurait jamais été ce qu’elle est aujourd’hui sans Moët ». En l’espace de quelques années, on ne peut que se réjouir d’entrapercevoir chez lui une passion toujours intacte, adossée à une forme d’apaisement. « Mon père avait mis le niveau très haut », admet-il avec douceur. « Mais je vois que l’on peut encore s’améliorer. »
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