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Les lumières de la fête

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Colmar est une capitale de Noël. C’est aussi le point de départ de l’Alsace éternelle et de sa route touristique. Elle fête ses 70 ans cette année


Retrouvez cet article en intégralité dans En Magnum #34. Vous pouvez l’acheter en kiosque, sur notre site ici, ou sur cafeyn.co.


L’Alsace, telle que pourrait encore la croquer Hansi, est là. Palette colorée des maisons à colombage, petite Venise, barques – autrefois chargées de fruits, légumes et barriques de vin – voguant sur la Lauch. Ajoutons, à cette période, les odeurs épicées de biscuits et de vin chaud qui flottent dans l’air glacé, les sapins poudrés et les illuminations qui lui donnent des allures de conte de fée. Avec ses winstubs qui ne désemplissent pas, son musée des vins (dont le parcours interactif et immersif dépoussière l’approche traditionnelle) et, à ses portes, des vignes et des domaines à l’atmosphère unique. Car la magie colmarienne nous suit dans chaque village viticole où tout est illuminé. Où des vignerons de grand talent participent à la réputation du bon vivre alsacien. Les papilles sont à la fête.

Des villages illuminés
En entamant notre route par le nord1, la première commune est Bergheim. On fait étape au domaine Marcel Deiss. « En décembre, on ouvre parfois des vieux millésimes et des flacons rares. » Mathieu, le fils de Jean-Michel Deiss, a repris le flambeau et nous invite à découvrir « l’art de la complantation », c’est-à-dire de faire vivre ensemble différents cépages dans la même parcelle. Seule façon « d’obtenir une véritable stabilité de la personnalité de chaque terroir ». À vérifier lors de dégustations géo-sensorielles pour se convaincre qu’un vrai terroir est toujours plus fort que le cépage planté. À quelques kilomètres, Ribeauvillé fait chaque année revivre son passé avec un marché de Noël médiéval où le sanglier à la broche s’arrose de cervoise et de vin. Au domaine Louis Sipp, installé ici depuis les années 1920, Etienne Sipp rappelle que nous sommes dans la cité des ménétriers en faisant vibrer ses cuvées au son de toutes les musiques, de la 6e symphonie de Bruckner au Velvet Underground. Il ne faut pas manquer non plus le domaine Trimbach, une institution dont l’origine remonte à 1626 (sur rendez-vous). Un peu plus au sud, deux caves coopératives de grande qualité portent le nom de leur village. La première, à Hunawihr, voisine la célèbre église fortifiée du XIVe siècle et prépare nos palais aux réveillons avec ses ateliers vins et fromages, vins et chocolat, et ses meilleurs grands crus, crémants, Vendanges tardives et Sélection de grains nobles. La seconde, à Turckheim, a aussi prévu un temps de l’Avent haut en saveurs avec des pâtissiers et des restaurateurs invités ainsi que des apéros (les 3, 10 et 17 décembre) autour de ses cinq grands crus : Brand, Sommerberg, Wineck-Schlossberg, Ollwiller, Hengst. Dans les chais du domaine Zind Humbrecht, on verra l’alignement des fûts de la famille Humbrecht. « Celui avec le taureau est le fût de Pierre-Émile, car c’est son signe du zodiaque. Il y a aussi celui d’Olivier, de Margaret et de leur fille Claire, avec un soleil. » Plus au sud, à Zellenberg, Martine Becker travaille avec ses frères au domaine Jean Becker (on est ici viticulteur de père en fils depuis 1610). Passée sa collection de vieilles pompes à vin, elle sert des bredele avec son marc de gewurztraminer, nous fait découvrir les confitures bio de Nicolas Paulen et l’authentique foie gras strasbourgeois de Georges Bruck. Dans le même village, Hélène et son frère Antoine (Maison Jean Huttard) s’attachent à partager avec leurs visiteurs des moments surprenants et riches de sens comme leurs cuvées, ateliers mets et vins, dégustations à l’aveugle, activités détente (vélo, pique-nique, yoga dans les vignes), sans oublier un bar à vins et un gîte, parce qu’une journée ne suffit pas pour tout faire. À un jet de raisin brille Riquewihr, la « perle du vignoble », ceinte de ses remparts. On y part à la rencontre de Vincent Sipp, au domaine Agapé, amour inconditionnel en grec. « Le plaisir de faire du vin, c’est aussi de pouvoir le partager et échanger entre passionnés. » Alors on prend son temps et on pose ses valises dans l’un des trois gîtes, tout près des vignes qu’il cultive sur les hauteurs du Schoenenbourg, du Rosacker et les coteaux de l’Osterberg.

Chasseurs de lune
Plus au sud, Kaysersberg conserve de son passé médiéval un château sur la montagne Schlossberg, l’église Sainte-Croix ou encore le pont fortifié qui enjambe la Weiss. Portant le nom d’un petit cours d’eau qui rejoint cette rivière, le domaine Weinbach (ruisseau du vin) est celui d’une grande dame du vin, Catherine Faller, aujourd’hui assistée de ses fils Eddy et Théo. Ses rieslings iconiques sont à découvrir sur rendez-vous. Dans le village, les vignerons ont mis leur “parenthèse vigneronne”, un programme collaboratif d’animations œnotouristiques, aux couleurs des fêtes2. Non loin, à Bennwihr, la très dynamique cave de Bestheim3 vient de lancer une expérience de réalité virtuelle qui nous conduit à travers les saisons aux côtés des “chasseurs de lune”, cette poignée de viticulteurs audacieux qui se sont lancé le défi de reconstruire la cave après la destruction quasi-totale de leur village lors de la Seconde Guerre mondiale. Toujours dans la vallée de Kayserberg, à Katzenthal, le domaine Meyer-Fonné organise des visites et des dégustations sur rendez-vous pendant les fêtes. L’occasion de découvrir la singularité de ce vignoble dont la situation au fond d’un vallon fermé sur trois côtés et abrité des vents façonne un microclimat particulièrement favorable. À l’ouest de Colmar, à Wintzenheim, les sœurs Josmeyer, Isabelle et Céline, unissent leurs talents pour tirer la quintessence de leurs rieslings et de leurs pinots gris, issus des fameux grands crus Hengst et Brand, dont les noms signifient étalon et terre de feu. Dans leur chai, les foudres sont marqués à la craie par Isabelle. Initiée au principe de la biodynamie par Noël Pinguet, « monsieur Vouvray », elle s’inspire du rythme de la lune avec lequel elle travaille. Sur la cuvée Lutin, un pinot blanc désaltérant, au caractère spontané et insouciant, elle dessine une fleur, une lune et un lutin : « Le jour où l’on a coupé le raisin, on était dans un cycle ”fleur”, cycle de lumière en gémeaux avec une lune descendante. » Un peu plus au sud, appuyée à de jolies collines, Eguisheim, s’enroule comme un escargot autour de son château et de la chapelle Saint-Léon. Les rues qui la couronnent portent des noms emblématiques, Muscat, Riesling et aussi Traminer où Jean-Louis et Fabienne Mann ont créé, au n°11, le domaine qui porte leur nom. Ils aiment expliquer les nuances de chacun de leurs trois terroirs, le grès rose, le granite et la marne calcaire. La majorité de leurs vignes est située sur le flanc des collines sous-vosgiennes au pied des trois châteaux, le Saint-Ulrich, le Girsberg et le Haut-Ribeaupierre. Ces trois frères, comme on les appelle ici, dominent la plaine d’Alsace du haut de la colline du Schlossberg qui vit naître en 1975 la première appellation grand cru.

1. Le grand Pays de Colmar compte 37 villages viticoles sur le tracé de la route des vins d’Alsace.
Il démarre de Saint-Hippolyte, au nord,
pour s’achever, au sud, à Rouffach, en direction
de Mulhouse. Huit mille hectares de vignes
(la moitié du vignoble alsacien) y sont cultivés,
dont trente grands crus (sur les 51 classés).
2. Programme sur le site parenthese-vigneronne.com
3. Aujourd’hui deuxième cave d’Alsace
avec 12 millions de bouteilles vendues chaque année, la moitié étant des crémants.

Vermeil liquide, goutte d’or

Ce mythe de Vouvray rejoint le panthéon de nos émotions. C’est le sacre d’une famille


Cet article est à retrouver en intégralité dans Le Nouveau Bettane+Desseauve 2024 (pages 252-253). Vous pouvez l’acheter sur notre site ici ou en librairie.


En 1983, Philippe Foreau reprend le domaine familial de Vouvray mené avant lui par son père André et son grand-père Armand. Depuis 2007, c’est à son tour de transmettre progressivement à son fils Vincent son immense exigence culturale et œnologique. Gastronomique, aussi. Dans la famille, on excelle dans les accords mets et vins. Leurs onze hectares de vignes, issues de sélections massales, seront certifiés bio en 2024. « Depuis le début, nous travaillons de la façon la plus naturelle possible. L’arrêt des insecticides en 2005 nous a permis de franchir un palier », explique le duo complice. En moyenne, l’âge des ceps avoisine les quarante ans. Le vignoble domine la rue de la Croix-Buissée, dans le secteur nord-est de l’appellation vouvray, juste au-dessous de la cave de tuffeau du domaine. Le coteau regarde la Loire depuis le célèbre terroir des Perruches et son sol d’argiles à silex qui recouvre le socle calcaire. Exposition sud-est. Le chenin, seul cépage, règne en maître. Ici plus qu’ailleurs, la météo de chaque millésime détermine les cuvées produites. Sec, demi-sec, moelleux lors des années chaudes, fines bulles sur le mode champenois, en méthode traditionnelle, les millésimes plus froids. Tous les jus fermentent sous bois, entre deux et trois mois, avec des levures indigènes, dans des barriques de plusieurs vins. « Pour la pureté du vin, il ne faut surtout pas d’élevage trop long. Nous utilisons des contenants de 300 litres. Cinq pour cent d’entre eux sont neufs chaque année. » Aucune rectification n’intervient. La notion de millésime est sacrée. La mise en bouteille a lieu au cœur du printemps. Dans cette propriété modèle, on élabore des cuvées en fonction de ce que peut donner le millésime. Ainsi entre 2012 et 2014, il n’y a eu que des secs et des effervescents, comme en 2019.

Quelle que soit la cuvée
Il faut souligner la parfaite lisibilité et transparence du sol. Elle se signale par cette touche fumée toujours subtile et cette dimension crayeuse dynamique en finale, au service du fruit. « La véritable identité du domaine se retrouve sur le demi-sec », rappelle fort justement Michel Bettane. À table, ces vins font merveille, ils sont de plus en plus recherchés par la grande restauration. Avec l’âge, ils s’enrobent subtilement et soulignent les notes d’évolution qui constituent l’une des palettes les plus riches que le cépage peut donner. Les parfums de cave de tuffeau prolongent justement le terroir. Bref, des grands vins de gastronomie et de merveilleux moments d’émotion. Les moelleux se déclinent entre la cuvée domaine issue de raisins passerillés sur souches, comprenant entre 40 et 80 grammes de sucres résiduels, et la cuvée réserve où les raisins sont en majorité botrytisés, avec une échelle de sucres résiduels se trouvant comprise entre 110 et 220 grammes. Cette dernière est produite à partir des meilleurs terroirs du secteur des Perruches (3,5 hectares) lors des millésimes d’exception comme 1947, 1990, 2011, 2015 et 2020. La trie la plus riche est mise en bouteille et donne la rarissime cuvée Goutte d’Or, qui porte parfaitement son nom. Ce vin, le plus complexe de la cave, allie puissance, élégance et fraîcheur de constitution. Très souvent, il tutoie la perfection. Le domaine du Clos Naudin est également l’une des meilleures références en bulles de l’Hexagone avec son vouvray brut dans les millésimes qui permettent au chenin de conserver acidité et fraîcheur. Les Foreau réservent pour son élaboration les plus jeunes vignes du domaine, âgées en général de moins de vingt ans. Les jus effectuent une première fermentation en cuve inox. Le vin passe ensuite trois à quatre mois en fûts de plusieurs vins pour gagner en complexité. Après la mise en bouteille et la prise de mousse, il repose entre quatre et cinq ans dans les caves de tuffeau. Le temps que les bulles se patinent. Le dosage est celui d’un extra-brut, inférieur à 6 grammes.

Photo : Fabrice Leseigneur

Un clos-vougeot de grande maison

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Maison Louis Jadot,
clos-vougeot grand cru 2019

Pourquoi lui
Tous ceux qui ont croisé une fois Jacques Lardière savent pourquoi ils vénèrent la maison Louis Jadot. Jacques a pris sa retraite et confié le volant des vins Jadot à un successeur de talent et de discrétion. La maison possède ou vinifie des grands crus partout où il faut être. Le Clos de Vougeot fait partie de ces climats mythiques de la Bourgogne, 50 hectares pour près de 80 propriétaires.

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Le premier vin du paradis

L’appellation cassis avait besoin d’un vent nouveau pour chasser les nuages qui planaient sur elle. Comme toujours, il est venu de ceux qui croient en ses terroirs. Ciel bleu à l’horizon


Cet article est à retrouver en intégralité dans Le Nouveau Bettane+Desseauve 2024 (pages 272-275). Vous pouvez l’acheter sur notre site ici ou en librairie.


Dès 1936, cassis est l’une des quatre premières appellations à être définies sous l’égide du baron Le Roy, le père des AOC. Si l’homme a beaucoup fait pour les terroirs rhodaniens et provençaux, la réputation des vins de Cassis était déjà installée et les vins produits ont longtemps fait de l’ombre aux autres appellations de Provence, ce qui montre à la fois leur antériorité et leur légitimité. L’appellation a toujours produit majoritairement des vins blancs. Principalement en raison de sa situation géographique qui s’appuie, pour ses terroirs les plus qualitatifs, sur la falaise calcaire du cap Canaille. Sur les pentes de la plus haute falaise maritime d’Europe, la vigne profite d’une altitude située entre 300 et 350 mètres. La proximité de la Méditerranée et l’influence des embruns maritimes jouent un rôle essentiel dans la régulation de la température. Avec le changement climatique et malgré un sol calcaire, les vignes souffrent depuis quatre ou cinq ans d’un stress hydrique plus prononcé. Orientée vers la production de blancs dès le milieu du XXe siècle, l’appellation a fait une place de choix au rolle tout en ayant l’intelligence de conserver, dans les faits et dans son cahier des charges, la possibilité d’un encépagement complexe, en se gardant le droit d’intégrer dans les assemblages roussanne, sauvignon, clairette et autres cépages anciens (doucillon, pascal, barbaroux pour les rouges), peu utilisés aujourd’hui. Une idée du grand blanc du Sud aussi singulière que visionnaire, puisqu’elle date de la création de l’appellation.

La gueule de l’endroit
Longtemps, ce terroir a produit des vins qui n’avaient pas vraiment « la gueule de l’endroit », pour reprendre l’expression du regretté Jacques Puisais. Vendus pour la plupart dans l’année qui suit leur mise en bouteille, ils ont quelque peu perdu précision et ambition pour répondre à un succès commercial qui ne s’est jamais démenti et à une demande qui n’a jamais faibli. Consommés trop tôt, ils étaient aussi vinifiés sans ambition de les faire évoluer à la garde, souvent à partir de fermentations trop interventionnistes avec un emploi de levures qui masquait l’âme et le goût des cépages produits sur le calcaire. Depuis quelques millésimes, grâce à une viticulture ambitieuse et des vinifications réfléchies, le niveau ne cesse d’augmenter, orienté dans la bonne direction par quelques producteurs, à retrouver dans notre sélection. Dans leur volonté de rompre avec une forme d’homogénéité de style qui avait tendance à indifférencier les vins produits et à les réduire à l’image de carte postale du vin des calanques et de Fernandel, ces domaines ont revu leur conception du blanc de Cassis en affinant les élevages pour leur donner une complexité inédite. Fûts, jarres ou amphores ont fait leur apparition dans les cuveries, en complément des cuves qui permettent – dans le cadre spécifique de cette appellation – un élevage rapide propre à l’élaboration de vins fruités et faciles à boire. Ces mêmes domaines ont aussi pris conscience de la richesse de la matière première et de son potentiel, si complexe à révéler. Etonnamment, le vin de Cassis a toujours profité d’une notoriété établie de vin de gastronomie, encore renforcée dans le contexte d’une Provence viticole actuelle dominée par la production de rosés plus ou moins faits pour la table.
L’appellation produit aussi quelques rouges, dans un volume confidentiel, qui méritent le détour pour leur équilibre et la fraîcheur de leur arômes. La couleur, d’ailleurs capable d’être longuement attendue en cave, a sans doute un bel avenir devant elle. À condition de remettre un peu les choses à plat en matière de vinification (vendanges entières, infusion plus qu’extraction) et d’élevage (foudre plutôt que barrique). Structurée par des domaines familiaux, dans le cadre d’un décor de rêve qui attire chaque année des milliers de visiteurs et qui pourrait faire de l’œil à des investisseurs de plus en plus attirés par la région, l’appellation a pu souffrir aussi d’une image de vin pour touristes, quelque peu désuète. Les choses changent. D’abord en matière de viticulture, 80 % des domaines de l’appellation étant aujourd’hui certifiés bio. Le blanc, toujours en tant que premier ambassadeur de ses terroirs, a retrouvé les grandes forces qui ont fait sa renommée : salinité extrême, matière épurée et cristalline, élan minéral, acidité intégrée, amertume noble, etc. Autant de qualités qui permettent d’envisager les cassis avec une cuisine de la Méditerranée. Au menu de nos envies, entres autres, un Saint-Pierre à la poutargue ou quelques déclinaisons autour de l’agrume. Quoi que l’on choisisse, toujours de la délicatesse dans l’assiette pour un accord qui prolonge le plat et ne cherche pas le contraste. Bref, de la limpidité et de la transparence, comme le vin de Cassis quand il est grand.

Professionnels du vin, inscrivez-vous à la huitième édition du Concours Vignerons et Terroirs d’avenir

Organisé par AdVini, en partenariat avec le Crédit Agricole, l’Institut Agro de Montpellier et l’Institut Agro Fondation, le Concours Vignerons et Terroirs d’avenir sert à soutenir des projets viticoles respectueux de l’environnement qui mettent en valeur les terroirs français. L’accompagnement et la dotation financière permet l’installation durable des viticulteurs. « Je n’étais pas du tout connu. Gagner ce prix m’a donné de la visibilité, mais surtout de la confiance en moi », explique Frédéric Berne, vigneron dans le Beaujolais et gagnant de la première édition.
Pour remporter un des prix, il faut présenter devant un jury son projet lors d’un oral. Après l’étude des dossiers de candidatures, sept sont retenus et les candidats sélectionnés bénéficient d’un accompagnement de la part des élèves ingénieurs de l’Institut Agro de Montpellier. Cette phase de coaching profite également aux étudiants qui endossent pour l’occasion le costume du consultant. Les sept candidats sont aussi conseillés, lors d’un séminaire par des experts métiers qui les prépareront à l’épreuve avec des ateliers de speed dating et d’oraux blancs. Et dès le lendemain, au domaine Mas Neuf (vignobles Jeanjean), les candidats défendent leurs projets devant un jury d’experts issus de divers domaines de la filière viticole. Trois gagnants sont récompensés d’une enveloppe de 50 000 euros pour le premier, de 20 000 euros pour le deuxième et de 10 000 euros pour le troisième.

Qui peut s’inscrire ?
La participation au concours est gratuite mais conditionnelle. Elle nécessite d’être un professionnel diplômé de l’enseignement agricole ou présenter une expérience significative dans le milieu du vin. Le concours est réservé aux moins de quarante ans (révolus) qui ont un projet d’installation ou de développement de leur domaine viticole en France.
L’année dernière, Hélène Bleuzen (domaine éponyme), lauréate du premier prix, a utilisé sa dotation pour rénover une bâtisse du XIIe siècle. Elle en a fait un lieu d’élevage pour ses vins, un lieu de réception et de stockage ainsi que des bureaux. La jeune femme souhaite planter du piquepoul gris en haute altitude. Benoit Prissé et Leila Laré, du domaine Fontaine des Grives, récompensés du deuxième prix l’an dernier, ont construit un chai en matériaux écologiques et écoresponsables. Quant à Julien et Laura du domaine Mas Origine (troisième prix en 2023), ils ont développé l’œnotourisme pour leur domaine et les labels « Bienvenue à la Ferme » et « Vignobles et découvertes ».

Les inscriptions de la huitième édition du Concours Vignerons et Terroirs d’avenir sont ouvertes jusqu’au 15 décembre. Le dossier de candidature peut être téléchargé sur les sites d’AdVini, de l’Institut Agro Montpellier et de l’Institut Agro Fondation.

8e édition, six dates à retenir
15 décembre 2023 : clôture des inscription
Du 16 décembre 2023 au 30 janvier 2024 : évaluation des candidatures
Février 2024 : accompagnement par les élèves ingénieurs des sept dossiers retenus
20 mars 2024 : séminaire de préparation
21 mars 2024 : Grand Oral devant le jury et remise des prix

L’apogée d’une civilisation

Ce qui différencie les grands vins des autres relève d’une forme de génie difficile à expliquer. Le meilleur moyen de la comprendre est encore de la vivre. C’est possible


Retrouver Notre dossier « Le génie des vins » en intégralité dans En Magnum #34. Vous pouvez l’acheter à partir du 1er décembre : en kiosque, sur notre site ici, ou sur cafeyn.co. Vous pouvez aussi l’acheter au Grand Tasting, le 1er et 2 décembre au Carrousel du Louvre.


Qui lit En Magnum a croisé plus d’une fois dans nos pages cette intrigante notion de « génie du vin ». Avec les années, sa révélation est devenue notre objectif, ici dans notre magazine, mais aussi partout où nous faisons se réunir les esprits curieux qui s’intéressent au vin et veulent en savoir plus sur lui, par la voie de l’apprentissage et du savoir. Tenir cette promesse a toujours justifié notre travail. Et, après presque vingt ans d’existence, réussir ce pari est plus que jamais la raison d’être de notre entreprise. Cette éthique a cependant une contrepartie exigeante. Elle force à la remise en question.
Qui sommes-nous ? Tout au long de cette année 2023 et de son actualité chaotique et brutale dans le secteur des médias, nous avons cherché des réponses à cette question. Rien de plus normal. C’est le propre de la vie d’une entreprise que de savoir qui elle est et ce qu’elle fait pour anticiper qui elle veut être et ce qu’elle va faire. Il y a quarante ans, la majorité des vins soumis au jugement de la dégustation étaient sans intérêt. Combien de fois m’a-t-on rapporté ce constat sans appel ? Et combien de fois s’est-on empressé d’ajouter que la situation s’était aujourd’hui inversée ? Puisque nous voulons défendre la qualité autant que le consommateur, cette situation nous réjouit. Tirons-en quelques conclusions heureuses quant au niveau des vins en France. Et mettons-les en perspective avec l’état critique de leur consommation. Que leur manque-t-il ? Sans doute une nouvelle manière d’en parler.
La critique française du vin – la nôtre aussi – admet volontiers que tout a changé pour le vin en l’espace d’un demi-siècle. Elle salue la transformation d’une viticulture vivrière, industrialisée de force, en un savoir-faire à la pointe de la précision et de la technologie pour faire face aux défis du réchauffement climatiques. Elle concède au travail du vigneron, incarnation de cette nouvelle agriculture « authentique et pleine de bon sens », un statut d’ordinaire réservé à l’artisan ou au créateur. Et elle reconnaît bien sûr que le goût du vin a changé, s’est codifié ici, s’est libéré ailleurs, avec plus ou moins d’excès et de dérives dans les deux cas.

Révéler le génie
Notre travail a longtemps consisté à créer des cases dans lesquelles ranger les vins soumis à notre expertise afin de permettre à ceux qui ne savaient pas comment s’y retrouver d’être un peu moins perdus. À mesure que s’élargit ce panel de bons vins, puis d’excellents vins, et finalement de grands vins, le champ d’action de notre mission se réduit. Que l’on continue de les hiérarchiser a du sens, surtout si ces hiérarchisations sont nombreuses et de sources diverses. On sait les dégâts que peut faire une critique omnipotente. Mais à quoi bon faire le tri entre ces vins sur le seul et unique critère de la qualité ? Pas d’imprécision sur ces propos : la qualité est le socle du génie que nous voyons dans certains vins. Elle est aussi le prérequis indispensable de ceux que nous recommandons dans nos magazines, nos salons, nos vidéos, etc. Mais c’est sans doute insuffisant pour convaincre le consommateur des cent prochaines années de continuer à boire du vin. Pire, on aura bien du mal à persuader l’amateur d’étendre son intérêt pour des vins qu’il ne connaît pas, pourtant de qualité égale.
Certains des meilleurs vins du monde ont pour eux ce supplément d’âme qui les fait basculer dans l’univers des vins de génie. Les reconnaître est plus simple qu’on ne le pense. En y regardant de plus près, combien de vins racontent vraiment toute la richesse que propose la nature ? Combien partagent vraiment la pure émotion du goût, celle qui marque de manière indélébile, bouleverse et émeut comme un premier baiser ? Où sont finalement ceux qui, sans jamais dévier de cette ligne si exigeante, illustrent la profonde nécessité de la diversité et de la création ? Le « vin de génie » n’est pas un vin de créateur. C’est un vin créateur. Il fait naître l’émotion, le rire, la joie, le doute, la beauté, l’introspection, le partage, la sensation d’être en vie. Il laisse sa trace dans la mémoire, prend une place dans notre culture personnelle et collective.
Ces facultés hors norme, propres aux grands vins de lieux et d’émotion, sont de l’ordre de la civilisation. Elles forment un idéal à atteindre. Pour Bettane+Desseauve, il s’agira de continuer à le révéler. Pour celui et celle qui aime le vin, il s’agira de continuer à le vivre. C’est ce que nous leur proposons de faire dans les pages qui suivent, à l’écoute de « la parole des maîtres », par la découverte des vins de génie « gravés à jamais ». Cette expérience se lit. Elle se vit aussi au Grand Tasting Paris, depuis maintenant dix-huit éditions.

Le monde de demain

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Retrouver cet éditorial  dans En Magnum #34. Vous pouvez l’acheter à partir du 1er décembre : en kiosque, sur notre site ici, ou sur cafeyn.co. Vous pouvez aussi l’acheter au Grand Tasting, le 1er et 2 décembre au Carrousel du Louvre.


Un Français de 2023 boit trois fois moins de vin que son alter ego de 1960. Ce lent et inexorable déclin n’annonce pas la fin de ce produit millénaire, mais bien une profonde restructuration, largement entamée, de son offre. Le vin a depuis longtemps abandonné son statut de boisson alimentaire « saine et revigorante » ou « dangereusement addictive », selon l’époque et les observateurs, pour entrer dans une autre dimension. Inexorablement, le vin avance vers le luxe. Dans ses principes de production d’abord. Quelle que soit la taille du domaine ou de la maison, structure familiale ou investisseur puissant, ce sont désormais des principes d’engagement, d’exigence et de minutie qui régissent le métier de vigneron. Le public en est devenu le premier juge. Chaque vin raconte une histoire différente et c’est ce récit mystérieux que l’on découvre en choisissant une bouteille.
Les conséquences de cette transformation, bien plus affirmée encore dans la plupart des pays de consommation, doivent être comprises dans toute leur ampleur. Une bonne partie de la production française, mais aussi internationale, est encore développée sur le modèle ancien de la consommation de masse. Produire beaucoup, à bas prix, en utilisant tout l’arsenal chimique nécessaire pour éviter autant que faire se peut les impondérables climatiques, ne correspond soudain plus à aucune demande, à aucun marché autre que celui du prix toujours plus bas, de l’étranglement toujours plus vicieux du vigneron qui ne bénéficiera ni de la sollicitude des distributeurs ni de celle des médias ou des politiques, désormais tournés vers d’autres combats.
Certains vignobles triomphent dans cette nouvelle donne, d’autres s’adaptent, d’autres sombrent. Aussi dur soit-il pour ceux qui en sont exclus, le mouvement est irréversible : le vin est entré dans une nouvelle ère. Le respect de la nature, l’authenticité et la personnalité de la démarche et la puissance de l’émotion transmise en constituent les valeurs fondamentales. Au travers de rencontres, de portraits, de dégustations et d’enquêtes, c’est précisément cette immense mutation que nous vous racontons dans ce trente-quatrième numéro de En Magnum.

 

Pour Antoine et nos enfants

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À la suite du décès en mai 2022 de son fils Antoine, renversé par un chauffard multirécidiviste, le chef Yannick Alléno a pris conscience de la détresse des victimes et de leurs proches. Par Raoul Salama

Dans ce genre d’accident, l’entourage est peu accompagné. Il a donc créé l’association qui porte le nom de son fils. Elle vient en aide à ceux qui gèrent, en catastrophe, une tragédie sans y être préparé, sans conseil, et parfois sans disposer des moyens matériels. Les chiffres sont terriblement éloquents : 509 décès d’enfants par homicide routier l’an passé.

Le drame de la famille Alléno a suscité un grand élan de solidarité de la part du monde de la gastronomie (180 chefs, totalisant 300 étoiles Michelin) et du secteur viticole. Grâce à ce soutien et cette générosité, deux ventes aux enchères de charité seront organisées pour contribuer au fonctionnement de l’association.

Deux ventes
La première aura lieu au Pavillon Ledoyen le mardi 12 décembre 2023 à 18h, à condition de s’être inscrit au préalable auprès de l’association. 18 « expériences uniques » seront mis aux enchères. Parmi lesquelles sont proposées une nuit et un dîner à Yquem en présence de Pierre Lurton avec en point d’orgue le millésime 1934, suivie de leur réplique à Cheval Blanc le lendemain (estimation entre 28 000 et 40 000 euros pour un couple). La deuxième enchère prendra la forme d’une vente en ligne du 7 au 17 décembre 2023. Y seront dispersés de magnifiques lots donnés par des chefs et sommeliers du monde entier (dont une mini verticale de cinq millésimes de Vega Sicila Unico de 1995 à 2001 avec un magnum, estimée entre 1 800 et 2 700 euros) et d’autres lots offerts par le monde du vin. Certains sont très accessibles (à partir de 90 euros).

Plus d’informations sur www.associationantoinealleno.fr

Mon deux-centième magnum est un très grand champagne

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Charles Heidsieck,
champagne brut 2012

Pourquoi lui
Charles Heidsieck, l’homme comme les vins, une histoire mythique et, d’abord, l’histoire d’un mythe. Celui d’une marque qui a traversé les bonheurs les plus divers, et quelques malheurs, en conservant toujours une clientèle de passionnés très attachée à un style particulier et parfaitement adorable. Et qui commence dès l’entrée de gamme. Alors, ce millésime miraculeux tombe bien, dans le droit fil du grand…

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Besserat de Bellefon, les raretés d’une collection

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On savait cette maison capable de finesse, d’élégance et de style. En révélant le dessous de ses caves, elle bascule dans une autre dimension, celle de l’émotion. Pour ses 180 ans, la maison a dévoilé un nouvel endroit au cœur de la ville d’Épernay qui accueillera bientôt les amoureux de ses champagnes. Quelques mois plutôt, elle lançait cette série d’anciens millésimes né il y a plus de trente ans. 1992, 1990, 1996 et 1985 : cette collection est un juge de paix qui consacre avec éclat l’aptitude de Besserat à produire des grands champagnes de garde.