Accueil Blog Page 19

Toutes les nuances du soleil

Photo : Fabrice Leseigneur

Dominique Courbis, Roussanne 2023, IGP ardèche
Les frères Laurent et Dominique Courbis dirigent depuis longtemps ce domaine situé à la limite sud de l’appellation saint-joseph et pratiquent une viticulture soignée où l’innovation est omniprésente. Dernier-né du domaine, ce vin de pure roussanne met en avant des arômes de fleurs blanches au nez, des notes d’ananas et d’agrumes. Servi frais, c’est le compagnon des beaux jours.
14,50 euros

Maison Louis Latour, Grand Ardèche 2022, IGP ardèche
La maison beaunoise a pris en 1979 la décision de se lancer dans l’élaboration de chardonnays en Ardèche, région propice à l’expression du cépage en raison de ses sols argilo-calcaires et son ensoleillement idéal. Ce blanc issu d’une sélection des meilleures parcelles se distingue par son nez expressif, brioché, avec des notes de pierre à fusil. La bouche est grasse, pleine et équilibrée.
14,90 euros

Domaine de Terrebrune 2019, bandol
Un terroir dans le terroir, voilà comment décrire cette propriété située à Ollioules, menée et choyée par le duo Reynald Delille et Jean d’Arthuys. Cet excellent bandol rosé, racé, ample et complexe, affiche un style et une minéralité obtenus grâce aux six années de vieillissement et aux sols calcaires de ce site d’exception. Des notes de menthol et de poivre lui donnent son caractère expressif.
29 euros

Champagne Canard-Duchêne, Rosé Iconic
Canard-Duchêne propose des champagnes apéritifs, tous bien constitués, à l’image de ce rosé fruité et gourmand qui fait la part belle aux fruits rouges, avec des notes complexes et précises, et se déploie de manière savoureuse en bouche. Équilibre, fraîcheur, allonge veloutée et bulle fine, c’est une belle réussite.
49 euros

Champagne Collard-Picard, Merveilles
Cette jeune maison d’Épernay, créée en 1996, a fait du vieillissement en bouteille le socle de son style et de la précision aromatique, une priorité. Ce rosé de saignée en surprendra plus d’un par sa gourmandise affirmée avec ses notes de fraise des bois, sa bouche charnue et sa vinosité onctueuse. La finale ne manque pas d’élégance.
49 euros

Champagne EPC, Blanc de blancs
Chacune des neuf cuvées d’EPC résulte d’une collaboration étroite entre un vigneron ou une coopérative et le chef de cave de cette toute jeune maison créée ex nihilo pour mettre en valeur un terroir précis de la Champagne. Pour ce brut nature, EPC s’appuie sur l’expertise de la coopérative de Berru pour révéler la richesse du terroir du mont de Berru. Un champagne vineux, immédiatement appréciable, à la franchise communicative et à la tonicité séduisante.
55,90 euros

Champagne Henriot, Brut 2015
Aussi à l’aise dans les vignes que dans sa cuverie, la charismatique cheffe de cave Alice Tétienne veille sur le style de cette maison réputée pour la pureté de ses champagnes, toujours très séduisants et gourmands. Ce millésime 2015, dont l’étiquette change pour l’occasion, plaira par son nez minéral, aux notes de fruits noirs, et sa bouche ciselée.
82,50 euros

Champagne Moët & Chandon, Impérial
Sous la vigilance de l’expérimenté chef de cave Benoît Gouez, le style des champagnes Moët & Chandon s’appuie sur trois fondamentaux : fruit, équilibre, accessibilité. Cette cuvée emblématique née en 1869 est une belle photographie de ce que l’art de l’assemblage poussé à son paroxysme peut donner en Champagne. On aime sa finale sur les agrumes confits.
42,90 euros

Champagne Pannier, Brut rosé
Cette maison, issue de la cave coopérative de Château-Thierry, possède une gamme aussi variée que réussie. Ce joli rosé d’assemblage, parfait à boire sous le soleil de l’été, avec son bouquet floral et fruité, sa bouche harmonieuse et élancée, sa belle profondeur généreuse, est une excellente introduction.
42,30 euros

Champagne Thiénot, Brut rosé
La nouvelle génération, Garance et Stanislas Thiénot, veille avec attention sur cette maison familiale qui a opéré une montée en gamme remarquable des cuvées qu’elle propose, tel ce brut rosé aux notes framboisées et finement végétales. La bulle tonique équilibre bien une bouche souple et agréable.
54,50 euros

Champagne Taittinger, Prestige rosé
Avec tact et talent, Vitalie Taittinger perpétue le style inimitable et admiré de cette maison familiale forte de 288 hectares de vignoble. Référence de la catégorie, ce champagne rosé présente une robe colorée et de jolies notes florales de pivoine et de groseille. On aime aussi son allonge crémeuse et subtile, ainsi que son énergie et sa longueur.
58 euros

Champagne Veuve Clicquot, La Grande Dame 2018
Il y a plus de deux siècles déjà, Madame Clicquot disait que « les raisins noirs donnent les vins blancs les plus fins ». Ce 2018, vingt-cinquième millésime de cette cuvée d’exception, lui donne encore raison par sa finesse et sa complexité entre notes de fleurs printanières et d’agrumes. On aime son intensité et sa salinité finale.
190 euros

Champagne Château de Bligny, Grand rosé
Installé au cœur de la côte des Bar, ce domaine champenois et son magnifique château appartiennent à la famille Rapeneau, qui protège avec brio ce patrimoine historique unique en Champagne. On recommande ce brut rosé qui dévoile un fruit framboisé expressif et une bouche ronde et ample. Aussi accessible que savoureux.
38 euros

Domaine du Grand Tinel, châteauneuf-du-pape 2023
Dans le sud de la vallée du Rhône, Christophe, Béatrice et Isabelle Jeune exploitent 74 hectares de vignes, dont 56 en appellation châteauneuf-du-pape. Les vins, élevés en foudres pendant une à deux années, sont fins élégants et frais, comme ce blanc réussi au nez de fleurs blanches et aux notes d’agrumes.
33 euros

Roseblood 2024, coteaux-varois-en-provence
Installé sur le versant sud des Alpilles, Estoublon est avant tout un terroir argilo-calcaire protégé et très travaillé. C’est aussi une propriété relancée par ses acquéreurs, Stéphane Courbit, Jean-Guillaume Prats et le couple Bruni-Sarkozy. Proposée en parallèle des vins du domaine, ce rosé au nez charmeur sur les notes de fleurs blanches séduit par son caractère fruité et équilibré.
17,50 euros

Château La Calisse, Cuvée Étoiles 2024, coteaux-varois-en-provence
Situé dans une conque à une altitude de 380 mètres, le vignoble de La Calisse a été entièrement repensé en 1990 par Patricia Ortelli. Issu d’un terroir de qualité et produite de manière confidentielle, cette cuvée Étoile à la robe lumineuse, au nez expressif et aux saveurs d’agrumes et de groseille est un rosé suave et puissant, fait pour la gastronomie.
35 euros

Château Bas 2024, coteaux-d’aix-en-provence
Construit sur le site d’une ancienne cité gallo-romaine, le château Bas et ses 385 hectares, dont 70 de vignes certifiées bio depuis plus de dix ans, est la propriété de la famille bordelaise Casteja. Un sol argilo-limoneux donne à ce rosé un bel équilibre entre acidité et fraîcheur, en plus d’arômes délicats de fruits rouges et d’agrumes. La finale est équilibrée.
12 euros

Château d’Esclans, Whispering Angel 2024, côtes-de-provence
Mené au sommet par Sacha Lichine, ce domaine de 125 hectares de vignes est situé à 25 kilomètres au nord de Fréjus. Il s’appuie sur des techniques de vinification très spécifiques et parfaitement maîtrisées pour faire naître une gamme de vins appréciés partout dans le monde, dont ce célèbre rosé, intense, élégant et très persistant.
20 euros

Château des Demoiselles 2024, côtes-de-provence
Situé entre les spectaculaires gorges de Pennafort et les falaises rouges de Roquebrune, cette propriété sublime fête cette année ses vingt ans sous l’égide d’Aurélie Bertin, dont la famille est également propriétaire du château Sainte-Roseline. Ce 100 % rolle bio, friand et délicat, séduit par la finesse de ses notes de fruits exotiques. Un blanc à la bouche fraîche et tonique.
14,90 euros

Château Gassier, Le Pas du Moine 2024, côtes-de-provence Sainte-Victoire
Au cœur de la Provence de Cézanne, les 40 hectares du château Gassier sont un bijou d’innovation brillamment dirigé par Olivier Souvelain qui signe ici avec son équipe un rosé de style issu de terroirs situés au pied de la montagne Sainte-Victoire. C’est un vin aux notes florales et au toucher de bouche aérien, fait pour accompagner une gastronomie estivale raffinée.
18,90 euros

Château Minuty, « 281 » 2024, côtes-de-provence
Remarquablement bien exposées sur les coteaux des villages de Gassin et de Ramatuelle, dominant le golfe de Saint-Tropez, les vignes de ce domaine mondialement connu produisent des vins d’une grande élégance, à l’image de ce rosé de prestige, issu de terroirs de schistes, d’argiles et de sables, délicat par ses notes d’agrumes et de fruits blancs, mais aussi long en bouche.
50 euros

Château Sainte Marguerite, Collection Marguerites 2024, côtes-de-provence
Avec son vignoble situé au cœur du terroir de La Londe-les-Maures, toujours dirigé par les frères Olivier et Enzo Fayard, la propriété propose ce blanc très expressif et intense qui témoigne des recherches menées par le domaine en matière d’élevage. Minéral, salin, épuré, c’est un vin à la fois sphérique et sapide.
65 euros

Maison Galoupet, G de Galoupet 2024, côtes-de-provence
Acquise par LVMH en 2019, la propriété n’a pas changé sa démarche initiale qui cherche à révéler son terroir d’exception tout en préservant l’écosystème du secteur et en présentant des vins expressifs, accessibles et intenses. Nouvelle cuvée, le rosé G de Galoupet réussit le pari de l’accessibilité et de la fraîcheur.
20 euros

Château Martinolles, crémant de Limoux
En deux décennies, Jean-Claude Mas a bâti un patrimoine de plus de 800 hectares de vignes. La plupart des vins sont proposés à des tarifs angéliques, élément essentiel du concept de « luxe rural » décliné par ce pur Languedocien. Profond, expressif et nuancé, ce crémant est une belle expression du terroir de Limoux.
12,90 euros

Domaine de la Baume, Caméléon 2023, vin de France
Ce vaste domaine, situé entre Béziers et Pézenas, est la propriété du groupe alsacien Grands Chais de France. Au sein d’une gamme qui s’appuie sur des vins de cépage irréprochables techniquement, ce blanc original, ample et vif, aux notes gourmandes, affiche une belle longueur.
7,50 euros

Cave de Lugny, Cœur de Charmes 2022, mâcon Lugny
Fondée en 1927, la cave de Lugny est le premier producteur de vins du Mâconnais, alliant volume et exigence qualitative sur l’ensemble de sa gamme. Ce chardonnay, issu d’une sélection parcellaire rigoureuse, incarne la volonté de l’équipe technique de proposer des vins toujours sur le fruit et la fraîcheur.
15,50 euros

Gérard Bertrand, La Grande Bleue 2024, IGP méditerranée
Profondément ancré dans le Languedoc et amoureux de la Méditerranée, Gérard Bertrand célèbre deux univers qui le passionnent avec cette nouvelle cuvée. Fraîcheur, pureté, fruité, c’est un vin blanc à moins de dix euros qui saura plaire au plus grand nombre. Son achat profite aussi à l’organisation Oceana qui œuvre à la préservation de la biodiversité marine.
9,90 euros

Domaine de Chavet, Clos de Coquin 2022, menetou-salon
Antoine de la Farge, nouvelle valeur refuge de l’appellation menetou-salon, exploite trente hectares de vignes avec lesquels il signe une gamme réussie, dont ce blanc issu d’une parcelle spécifique qui a bénéficié d’un élevage de douze mois en fûts de 500 litres et en amphores. Des notes de fruits exotiques et de la rondeur en bouche.
20 euros

Joseph Mellot, Domaine des Mariniers 2023, pouilly-fumé
Catherine Corbeau-Mellot, avec ses fils Adrien et Armand, pilote une équipe culturale et technique performante qui cherche à faire rayonner les appellations du Centre-Loire. L’ensemble de la gamme a des choses à dire à table comme ce pouilly-fumé aux notes d’agrumes rehaussées par une touche fumée.
22,50 euros

Château de la Crée, santenay 1er cru Les Gravières 2022
Grace et Ken Evenstad ont créé le domaine Serene en Oregon en 1989. Amoureux de la Bourgogne, ils ont aussi acquis en 2015 le château de la Crée à Santenay. Avec ce chardonnay issu du climat des Gravières, noisetté et harmonieux, long et savoureux, le domaine propose une très jolie approche de ce terroir de premier ordre.
80 euros

Bouvet Ladubay, Brut rosé, saumur
Entre notes de fraise des bois et de framboise, cette bulle au joli bouquet de fruits rouges s’appuie sur un caractère léger et précis en bouche. Toujours en quête d’innovation et de qualité, la famille Monmousseau, propriétaire de cette maison historique de Saumur, propose des effervescent ligériens d’un excellent rapport qualité-prix.
9,50 euros

Château d’Aqueria, tavel 2024
Désormais propriété de la famille Guigal, le vignoble du plus célèbre domaine de l’appellation tavel compte 65 hectares d’un seul tenant plantés sur des galets roulés. On y produit des rosés frais, racés et toujours singuliers. Nez de fruits rouges et d’épices, bouche fraîche et structurée, celui-ci vieillira bien.
17 euros

Château de Bacchus, B de Bacchus 2024, IGP vaucluse
Située au pied du mont Ventoux, cette propriété a été rachetée en 2016 par Éric Claret-Tournier dont la volonté est de porter haut les couleurs de ce domaine dont la tradition viticole remonte à 1615. Les nombreux investissements consentis donnent aujourd’hui des résultats et surtout des vins réussis, comme ce blanc expressif et fruité. Idéal avec des crustacés.
15,80 euros

Divineo, Pétale de grenache 2022, vin de France
Au cœur d’une gamme de vins produits en Languedoc et vinifiés en Bourgogne, cette petite structure propose ce rosé de macération fruité. Un 100 % grenache noir, cultivé sur un sol argilo-calcaire couvert de cailloux roulés, qui plaira par ses arômes de groseille et d’agrumes. À servir avec des salades estivales.
20 euros

Ségolène Gallienne, au service de la pureté

Photo : Mathieu Garçon

Le ton est direct, le rythme soutenu, les explications précises. Quand Ségolène Gallienne détaille un dossier, on comprend qu’elle en a étudié personnellement toutes les facettes. C’est ce qu’elle a entrepris avec la maison Lenoble, dont elle a fait l’acquisition en 2023 avec son family office. Aspects viticoles, marketing, financiers, humains ou environnementaux, mais aussi culturels, tout a été passé en revue par cette passionnée de vin. Elle y a été initiée par Albert Frère, son père, comme elle aime à le rappeler : « Mon père était un vrai épicurien. Il commençait ses repas au champagne pour les terminer avec des vins de Bordeaux. Il m’emmenait dans ses pérégrinations et m’a fait découvrir cet univers depuis que je suis toute petite. Je dis souvent, pour blaguer, que je suis tombée dedans comme Obélix est tombé dans la marmite ». Pour encore mieux s’y connaître, elle s’inscrit à la formation diplômante du WSET en 1997, à une époque où la certification anglo-saxonne sur le vin était moins à la mode qu’elle ne l’est depuis devenue. Elle découvre alors la Champagne, en étant administratrice de la maison Taittinger. Sa passion que l’on sent sincère pour le produit lui fait citer des maisons aux styles parfois opposés, Taittinger et ses chardonnays ou bien Bollinger, dont les pinots noirs constituent la clef de voûte. Ce qu’elle apprécie dans le style Lenoble, qui avait été consciencieusement mis au point par Anne et Antoine Malassagne, c’est un style défini par un dosage en extra brut qui souligne la pureté du champagne.

Au-delà du champagne
Un dosage minimaliste qui met en valeur autant les blancs de blancs que les blancs de noirs, deux axes de développement pour la gamme qui sera amenée à évoluer. Avec une franchise déconcertante, Ségolène Gallienne avoue spontanément ne pas aimer le rosé, quand bien même il s’agit de la couleur à la plus forte croissance depuis une vingtaine d’années. Elle n’en commande jamais au restaurant. Tout l’inverse de son mari, Ian, qui lui adore le rosé et les blancs de noirs, ce qui permettra à l’équipe technique, emmenée par Julien Lardy, de trouver son équilibre dans les nouvelles orientations prises. Des pistes qui pourraient aussi croiser la route des vins tranquilles, puisque Ségolène Gallienne croit beaucoup au potentiel des coteaux-champenois. « La maison est capable de produire toutes sortes de choses, donc je pense qu’il faut explorer toutes les pistes et jouer un peu l’alchimiste. Après, on peut se tromper. » Quand d’autres maisons jouent la carte de la mode ou de celle de l’art pour attirer l’attention, Ségolène Gallienne préfère se concentrer sur les fondamentaux : « Cela ne nous ressemble pas. Par contre, ce qui est épicurien et lié à la cuisine ou aux grands chefs nous ressemble beaucoup. Le champagne se marie très bien avec la gastronomie, peut-être davantage encore le bon plat que le menu d’un restaurant 3-étoiles. Cela peut être aussi bien dans une brasserie où vous avez le meilleur poulet-frites que dans un grand restaurant ou bien dans un endroit où l’on vous sert un tourteau ». Sa passion pour le champagne dépasse le seul cadre du produit. Il s’agit aussi d’une vision patrimoniale, raison pour laquelle elle et son mari ont été portés à regarder le dossier Lenoble, une maison familiale en quête de successeurs : « Le champagne, c’est du long terme, tout comme la vision de notre family office. On souhaitait réaliser un investissement familial qui nous plaise et nous ressemble, pour léguer quelque chose à nos enfants ». Elle précise : « C’est indispensable pour nous que cette maison reste établie à Damery. Il faut être fier de son héritage, de l’endroit d’où l’on vient. Pour moi, c’est une question d’éducation. Mon père a toujours été comme ça, fier d’où il venait ».

La disparition de Frédéric Panaïotis, chef de cave de Ruinart

Photo : Mathieu Garçon

La disparition accidentelle de Frédéric Panaïotis, emblématique chef de cave de Ruinart, me bouleverse. Trop brutale, trop tôt, trop de grands vins et de belles idées encore à partager. Frédéric, dont Guillaume Puzo évoque ci-dessous la fulgurante carrière, était un personnage hors norme comme seule la civilisation contemporaine du vin est capable de produire. Cet esthète aimait transmettre au plus grand nombre les secrets d’une maison historique dont il avait particulièrement rajeuni et précisé le style des vins au cours de ce premier quart de siècle. Il parlait plusieurs langues, et toutes lui permettaient de dispenser cette passion œnophile. Tous les visiteurs du Grand Tasting Paris, qu’il ne manquait jamais, se souviennent de la simplicité et de l’humanité sans pareil dont il faisait preuve pour expliquer le génie des champagnes de sa maison. Tous ceux qui, comme moi, ont eu la chance de partager avec lui des moments de complicité, des bonheurs de conversation et des émotions de grandes bouteilles ouvertes ensemble n’oublieront jamais le lumineux charisme de Frédéric.

A sa famille, à Frédéric Dufour, le président de Ruinart et à l’ensemble de ses équipes, Bettane+Desseauve présente ses plus sincères condoléances.

Par Thierry Desseauve


La nouvelle est brutale, comme l’accident de plongée qui nous a enlevé Fred. On s’était rencontrés voici plus de 30 ans, en septembre 1994 plus précisément. Lui venait d’être embauché dans l’équipe œnologique de Veuve Clicquot, après une première expérience au CIVC (aujourd’hui le Comité Champagne), moi j’y débutais un stage dans le cadre de mes études. Sa simplicité relationnelle et son aisance pédagogique nous ont fait immédiatement nous rapprocher. C’est à ses côtés que j’ai commencé à me former au champagne, son univers et sa dégustation. C’était une époque charnière dans la région, où l’on demandait aux œnologues de bien parler de leurs vins et de leur travail, en plus de leurs compétences strictement techniques. L’époque où le faire savoir venait compléter le savoir-faire. Et Fred, qui parlait déjà couramment l’anglais, l’allemand et l’espagnol, s’était par la suite mis au japonais puis au chinois, sans oublier l’italien. L’accomplissement de sa carrière fut sa nomination comme chef de cave de Ruinart en 2007. Il savait partager à un large public des sujets parfois techniques mais qui expliquaient de façon pointue tout l’art de son métier, élaborer de grands champagnes en anticipant leur évolution en cave et dans le temps. Tant de bons souvenirs de nos masterclasses au Grand Tasting, où derrière un sérieux et un professionnalisme qui ne le quittaient jamais, l’humour et la joie de vivre faisaient pétiller la conversation. Toujours svelte malgré les inévitables sollicitations gourmandes de son métier, débordant d’énergie en toutes circonstances, cet athlète aura croqué toute sa vie à pleines dents.

Tu vas nous manquer, Fred.

Par Guillaume Puzo

Klein Constantia fête ses 340 ans avec un millésime inattendu

Matthew Day, winemaker du domaine, présente le millésime 2010 au Pont des Arts à Paris.

« Nous étions en avance sur notre temps en matière d’agriculture durable à Klein Constantia. Nous parlions de culture biologique, biodynamique, un retour aux bases. En 2009, nous avons pris la décision de passer à une approche minimaliste dans les vignes », explique Matthew Day, winemaker du domaine depuis 2012 et assistant winemaker depuis 2008.
En supprimant l’irrigation et les intrants chimiques, les vignes aux racines peu profondes ont donné une toute petite récolte. Seuls 10 % du volume habituel ont pu être produits, avec à peine une grappe par pied. Confrontés à cette pénurie, les vinificateurs ont expérimenté une macération en cuves ouvertes, avec pigeages manuels. Le résultat : un vin d’une puissance inédite, jugé loin de l’élégance habituelle du Vin de Constance. Trop structuré, il a été mis en fût et oublié pendant quinze ans.
Ce n’est qu’en 2024, lors d’une dégustation en cave avec Hubert de Boüard, copropriétaire de Klein Constantia, que le miracle s’est révélé : le vin s’est affiné, adouci, devenant un modèle d’équilibre. Matthew Day raconte : « En goûtant l’un de ces fûts, nous nous sommes aperçus que le vin était devenu magnifique. » Il aura donc fallu quinze ans pour que ce millésime se révèle enfin.
Avec ses 167 g/L de sucre, un pH de 3,72 et environ 14 % d’alcool, il atteint une harmonie rare. Mis en bouteille en série limitée (environ 4 500 flacons), ce 2010 est une édition unique, sublimée par un packaging exclusif. Plus qu’un vin doux, c’est un vin de gastronomie, capable d’accompagner foie gras, homard ou plats salés raffinés. Une véritable célébration en bouteille, née de l’audace, de la patience et du temps.

 

Vin de Constance 2010, 152,90 euros (50cl) : 98/100