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Bordeaux, changer de trajectoire

Bordeaux a quelque chose de profondément déroutant. Jamais les vins n’y ont été aussi accomplis. Jamais ils n’ont été portés à un tel degré de maîtrise. La compréhension des terroirs, la montée en puissance d’une viticulture de haute précision, la recherche d’une extrême justesse des maturités, l’aboutissement d’une œnologie de terrain, la remise en question des extractions comme des élevages et, plus largement, l’ouverture des vignerons et des négociants aux grands équilibres des vignobles du monde ont profondément redessiné le paysage bordelais. En une décennie, les équilibres se sont déplacés, les excès se sont atténués et les vins, premiers bénéficiaires de cette transformation silencieuse, ont gagné en lisibilité, en fraîcheur, en buvabilité. Ils sont, pour beaucoup, plus justes, plus nuancés, plus élégants et souvent mieux accordés aux attentes contemporaines de consommateurs à la fois moins informés et plus exigeants. Et pourtant, jamais Bordeaux n’a semblé aussi fragile. Ce paradoxe s’inscrit désormais au cœur du système. Alors que la qualité progresse, le marché se contracte. Tandis que les vins évoluent, leur image demeure en partie figée, prise dans la double inertie d’un monde qui donne parfois l’illusion du mouvement tout en reproduisant ses schémas et d’un regard professionnel qui peine à se défaire de ses habitudes et de ses idées reçues. Dans un contexte où la critique et les prescripteurs eux-mêmes n’ont pas toujours su accompagner, avec la vigilance nécessaire, l’évolution des vins, un écart s’est creusé entre le vin que Bordeaux produit aujourd’hui et ce que le monde croit encore qu’il est. Un décalage lent, progressif, méthodique, presque imperceptible à ses débuts, mais désormais structurant, et souvent douloureux puisqu’il se traduit, à l’aune de ce quart de siècle, par des incertitudes économiques pour les exploitations, les maisons de distribution et l’ensemble d’une filière essentielle à la vitalité d’un territoire. Il affecte un tissu local dense, qui fait vivre des dizaines de milliers d’acteurs, et se lit dans les bilans, dans les stocks, dans les restructurations en cours, mais aussi déjà dans l’évolution des paysages d’une région profondément façonnée par la vigne.

Bordeaux se transforme
Ce malentendu s’est construit dans le temps long, à mesure que le vignoble se transformait sans le dire. La mutation bordelaise est d’abord une révolution à bas bruit, qui ne s’est pas faite contre un modèle, mais à l’intérieur de celui-ci, sans rupture spectaculaire, sans effet d’annonce, grâce à des ajustements agronomiques et techniques. C’est ainsi que le goût des vins s’est progressivement redéfini, moins marqué par la puissance, davantage réorienté vers la fraîcheur, la précision et la lisibilité, avec une attention accrue portée à la justesse du fruit et à l’expression des terroirs. Cette transformation, hélas, n’a pas été accompagnée d’un renouvellement du récit. Pendant que les vins évoluaient, Bordeaux a continué de se raconter selon une grammaire héritée des décennies précédentes, qui correspondait à un moment de l’histoire où la demande mondiale semblait inépuisable. Ce récit n’est pas erroné, mais il est devenu partiel. La consommation recule dans les marchés historiques et peine à se renouveler dans les nouveaux eldorados conquis au début de ce millénaire. Le vin rouge, en particulier, voit son audience se restreindre. Les attentes se déplacent vers des vins plus digestes, plus accessibles, plus immédiatement lisibles. Le statut cède progressivement le pas à l’usage, et l’autorité à l’émotion. Le vin redevient une expérience. Dans ce contexte, Bordeaux se trouve en situation de dissonance faute d’avoir su rendre intelligible cette évolution stylistique, alors même qu’elle n’en est encore qu’à ses balbutiements dans de nombreux vignobles, en France comme dans le monde. La crise ne relève donc pas seulement d’un ralentissement conjoncturel, mais engage la structure même du modèle : ce qui a changé dans les vins n’est pas encore parvenu jusqu’à l’esprit du consommateur. Les campagnes de primeurs en offrent une illustration particulièrement nette. Entre niveaux d’invendus inédits, tensions accrues sur les trésoreries, coûts de portage qui fragilisent l’ensemble de la chaîne, ce système – pourtant remarquable et longtemps redoutablement performant – pensé pour accompagner la croissance se trouve aujourd’hui confronté à une contraction durable de la demande. Comment, dans ces conditions, lui reprocher de chercher à garantir sa propre viabilité ? Dans le même temps, l’offre demeure abondante. Les stocks s’accumulent et les réponses s’organisent autour de l’arrachage, de la distillation ou de l’ajustement des volumes. Autant de mesures nécessaires sans doute, mais qui demeurent, pour l’essentiel, des réponses aux symptômes d’une crise qui est, avant tout, une crise de la relation.

Bordeaux se révolte
Une crise du lien entre le vin et son public, entre ce que le vin est devenu et la manière dont il est perçu, entre une réalité profondément renouvelée et un imaginaire qui n’a pas encore été réécrit. Partout, les signes d’une recomposition sont à l’œuvre. Des propriétés expérimentent, affinent leurs pratiques, redéfinissent leurs équilibres. Certaines explorent des voies plus libres, plus sensibles, plus artisanales. D’autres repensent leur modèle économique, diversifient leurs productions, investissent de nouveaux marchés ou développent des expériences œnotouristiques pour reconnecter le vin à son territoire et à ceux qui le découvrent. Mais cette transformation se doit d’être visible. Dans un monde saturé de messages, ce qui ne se voit pas n’existe pas. La question n’est donc plus celle de la qualité, mais celle de la lisibilité. Il s’agit désormais d’accomplir un travail plus exigeant encore que celui de produire de grands vins : apprendre à les rendre désirables, sans céder aux effets de mode, sans renier la profondeur de son histoire, mais en réaccordant enfin son récit avec sa réalité. Au fond, Bordeaux ne traverse pas une période de déclin, mais plus vraisemblablement de transition. Une transition logique au moment de passer d’un système fondé sur l’évidence du prestige à un monde dans lequel le vin se bat pour conserver sa place dans la vie des individus. Un monde où l’on ne boit plus le vin pour ce qu’il représente, mais pour ce qu’il procure. Dans ce monde-là, Bordeaux conserve des atouts considérables, à condition d’accepter une inflexion claire : rendre ses vins, tous segments confondus, à la fois rémunérateurs pour ceux qui les font et compréhensibles par ceux qui les savourent. La refondation de Bordeaux n’est ni brusque, ni uniforme. Elle est progressive, plurielle, parfois hésitante, passe par des prises de risque, par des réussites, mais aussi par des renoncements. Après tout, il ne s’agit pas de corriger à la marge un modèle fragilisé, mais d’en redéfinir les équilibres et la trajectoire afin de passer d’un système d’autorité à une logique de désir, d’un modèle vertical à une culture du lien, d’un vin que l’on respecte à un vin que l’on choisit. Nul doute que ce new deal se construira à partir de ce qui fait la singularité de ce vignoble : la diversité de ses terroirs, la richesse de ses savoir-faire, la puissance de son écosystème, sa capacité historique d’adaptation et, surtout, une intelligence collective dont Bordeaux n’a jamais manqué, mais qu’il lui revient aujourd’hui de réaffirmer. Elle est déjà à l’œuvre, dans les vignes, les chais, les pratiques et les esprits. Elle demande maintenant à être assumée, structurée et évidemment incarnée.
La question n’est plus de savoir si le vignoble de Bordeaux est capable de produire de grands vins. Elle est de savoir s’il est capable de se rendre lisible sans se simplifier et de recréer du désir sans renoncer à son exigence. C’est à cette condition que Bordeaux pourra retrouver sa place. Une place à redéfinir autour de quelques principes essentiels que ce dossier se propose d’éclairer à travers le regard de celles et ceux qui en dessinent déjà les contours.

Château Larcis Ducasse, révéler son génie

@Arthur Brémond

Dès le XVIe siècle, Larcis Ducasse s’inscrit durablement dans l’histoire de Saint-Émilion. Reconnu très tôt pour la justesse de ses vins, le cru est consacré par une médaille d’or à l’Exposition universelle de 1867, jalon fondateur d’une ascension ininterrompue. Situé à l’est du village, dans le prolongement naturel de la côte Pavie, le vignoble déploie aujourd’hui ses 11,30 hectares sur des pentes argilo-calcaires d’une remarquable homogénéité. Des terrasses lentement façonnées au chai audacieux imaginé par Henry Raba, le domaine s’est construit par strates successives. En 1893, ce descendant d’une grande lignée de négociants bordelais acquiert la propriété et y engage des investissements déterminants. Au fil des générations, ses héritiers poursuivent l’œuvre avec constance. Ainsi, Jeanne Attmane et son frère Jacques-Olivier Gratiot ont veillé avec ferveur, pendant plus de trente ans, sur le destin de Larcis Ducasse, avant de transmettre le flambeau à la nouvelle génération, incarnée par Amel Attmane et Ariane Gratiot, en 2024. Parallèlement, sur le terrain, une nouvelle dynamique est initiée au début du XXIe siècle. Sous l’impulsion décisive de Nicolas Thienpont, admirablement épaulé par David Suire, le cru entame alors une transformation en profondeur, fondée sur une lecture plus fine et plus sensible de son terroir. Avec pour résultat de conduire Larcis Ducasse au rang de premier grand cru classé, consécration ultime.

Aux commandes depuis 2024, l’excellent David Suire poursuit cette quête d’élégance avec constance. Millésime après millésime, le cru affirme une identité faite de profondeur, de distinction et de longévité, donnée par un terroir d’une remarquable capacité d’adaptation. Si le merlot domine largement les assemblages, entre 80 et 90 %, la part de cabernet franc, portée à 14 % sur les millésimes 2021, 2022 et 2023, gagnera progressivement en importance pour atteindre 15 à 25 % dans les années à venir. Cela devrait apporter davantage encore de nuances aromatiques, de vibration et d’allonge à un vin dont la puissance se met au service d’une expression toujours complexe de son terroir, véritable mosaïque géologique structurée autour de quatre ensembles majeurs, capables d’orienter le style de chaque millésime. Recouvert d’une fine pellicule d’argile brune, le plateau de calcaire à astéries d’origine marine insuffle fraîcheur et trame iodée, renforçant la signature saline, racée et persistante de Larcis Ducasse. Sur les hauteurs du coteau, la molasse du Fronsadais, roche sédimentaire tendre où argile et calcaire se confondent, accentue l’éclat naturel de ce vin de lieu, toujours énergique et lumineux. Appuyée sur le long versant sud des pentes parfois vertigineuses de la côte de Saint-Émilion, dite côte Pavie, une partie du vignoble est plantée sur des sols calcaires intimement liés à l’argile.

Lors des années solaires, ce secteur confère opulence et générosité de fruit, déployées avec ampleur et nuances, et offre au bouquet de superbes parfums orientaux. Enfin, au pied de cette côte, là où la pente s’adoucit, les vignes plongent leurs racines dans des sols mêlant argile et sable calcaire. Ici, quels que soient les caprices du millésime, le vin parle de la terre plus que du soleil, livrant des expressions profondes et telluriques, comme en témoignent les 2017 et 2021. Larcis Ducasse signe ainsi des vins de relief, capables d’allier puissance et élégance, de s’accorder avec justesse aux conditions de chaque année, tout en promettant une évolution digne des grandes références historiques du cru, de 1945 à 1964 en passant par 1959.

La dégustation

Château Larcis Ducasse 2023
Encore un peu strict, ce 2023 offre un soyeux énergique qui va loin en bouche. Sa salinité finale avive le palais. C’est un profil dans la lignée du superbe 1964 et qu’il faudra attendre absolument.
96/100
#salin

Château Larcis Ducasse 2022
Nez intense et souverain, mêlant notes de mûre, graphite et violette. La bouche impressionne par sa densité et son amplitude, tout en conservant un toucher soyeux et sans lourdeur. Finale magistrale, longue et fraîche. Il a le grand style des meilleurs vins de Bordeaux.
97/100
#lumineux

Château Larcis Ducasse 2021
Expression plus retenue, florale et minérale, avec des accents de fruits rouges frais. La bouche est élancée, portée par une acidité précise et salivante. Finale élégante.
93/100
#tellurique

Château Larcis Ducasse 2020
Du raffinement aromatique avec des notes de cerise noire et une touche menthée. Bouche ample, soyeuse, équilibrée entre chair et tension. La finale persistante, harmonieuse, affiche une dimension aérienne irrésistible.
96/100
#lumineux

Château Larcis Ducasse 2019
On sent dans ce millésime la signature du merlot sur grand terroir. Le tannin se tient droit
et resserre encore un peu la bouche. On aime la finale d’un grand naturel de constitution.
94/100
#salin

Château Larcis Ducasse 2018

Nez charmeur et complexe, mêlant notes de fruits noirs mûrs et poivrées. Bouche puissante, ample, mais remarquablement contenue par une belle fraîcheur, malgré
ce millésime solaire. Finale persistante.
96/100
#captivant

Château Larcis Ducasse 2017
Nez fin sur les arômes de framboise, de pivoine et de tabac blond. Bouche élégante, plus en finesse qu’en puissance, d’une belle lisibilité. Finale subtile et persistante. L’assemblage n’affiche que 8 % de cabernet franc, mais sa dimension florale et fraîche pourra donner la réplique à beaucoup de mets. Un grand vin de gastronomie.
94/100
#tellurique

Château Larcis Ducasse 2016
Nez profond et racé où la truffe noire commence à se manifester. « C’est une année où le merlot a des allures de cabernet », explique Davis Suire. Bouche magistrale, dense et aérienne, d’un équilibre exemplaire. Finale longue encore un peu serrée, mais c’est un 2016 promis à une grande garde.
95/100
#lumineux

Château Larcis Ducasse 1964
Robe d’une grande jeunesse. Expression classique, délicate, sur des notes de tabac blond et de truffe noire. La bouche droite et racée révèle une architecture fine et précise et s’achève sur une finale florale subtile et persistante au charme irrésistible.
97/100
#salin

Château Larcis Ducasse 1959
Nez solaire, mêlant notes de prune mûre, cacao fin et orange confite. La texture est ample, soyeuse, parfaitement fondue, avec une élégance naturelle et sans ostentation. La finale chaleureuse est dans le ton du millésime.
93/100
#captivant

Château Larcis Ducasse 1945
Un monument. Grande profondeur aromatique sur les notes de truffe noire et de café d’Éthiopie avec une touche d’orange sanguine et de fleur épicée. Bouche dense et vibrante, matière majestueuse, portée par une acidité intacte et une finale saline interminable et émouvante, témoignage rare d’un millésime mythique.
98/100
#lumineux

Pérennité

Photo : Fabrice Leseigneur.

On le répète depuis longtemps maintenant, mais certains font comme s’ils n’entendaient toujours pas : acheter une bouteille de vin constitue un choix individuel et délibéré et non plus une habitude de consommation. L’époque où la ménagère revenait invariablement de ses courses avec une, deux ou six bouteilles de rouge est terminée. Celle où son mari s’installait au comptoir du bistrot en disant d’un ton décidé « patron, un p’tit ballon de côtes ! » l’est tout autant. Et celle où le médecin du couple empilait chaque année dans sa cave des caisses de bon bordeaux, itou. Faut-il regretter ces temps révolus ? Bien sûr que non. L’époque change, moins de personnes boivent régulièrement du vin, mais ceux qui s’y intéressent demeurent largement assez nombreux, dans le monde entier, et avec un goût pour le sujet autrement curieux et exigeant, pour faire vivre longtemps une filière régénérée et attentive à cette évolution. Il suffisait de se promener dans les allées de la très réussie édition 2026 de Wine Paris pour comprendre tant cette internationalisation aujourd’hui solidement ancrée que les mues profondes et visibles du secteur. Dans la nouvelle ère dans laquelle nous entrons, l’intelligence artificielle, les biotechnologies, la robotique bouleverseront certainement nos modes de vie et de travail ; la violence de la géopolitique mondiale et le poids des armes dicteront certainement les rapports entre les nations et les continents. Pourtant, la civilisation du vin sera toujours là, instillant d’autres rapports entre les hommes et les communautés que ceux de la force, poursuivant une autre relation avec la terre, le vivant et le ciel que le principe d’exploitation. La civilisation du vin a un bel avenir, pour peu que l’on essaye de le décrypter et de s’y adapter.

En Magnum N°43 est disponible en kiosque et sur notre site ici :

Carte sur Table : 12 grands vins de Bordeaux à prix caviste

L’opération star de la maison de négoce Duclot, via sa structure La Vinicole, celle qui place les vins auprès des cavistes et des restaurants, fait son retour annuel. Le concept est simple : des grands vins de Bordeaux au restaurant, prêts à boire et au même prix que chez le caviste. Luc Lemieux, le directeur de Duclot La Vinicole, résume : « Le succès ne se dément pas. J’ai connu l’opération avec quinze restaurants, puis vingt, puis trente, et cette année on est à quarante, dont neuf établissements étoilés Michelin. On a resserré la gamme de vins à douze références pour cette 14e édition, avec un cœur de gamme plus accessible, et que des “bangers” si on passe les 200 euros. »

En clair, il faut que tout le monde puisse se faire plaisir, avec un prix d’appel à 60 euros et quatre références à moins de 90 euros dont deux 2016 (le pauillac château Haut-Bages Libéral et le saint-julien château Lagrange, qui tirent leur épingle du jeu dix ans après). On retrouve aussi quelques incontournables comme le saint-émilion grand cru château Bélair-Monange 2015, le saint-estèphe château Montrose 2010, ou encore les iconiques château Léoville Las Cases 2007 (saint-julien) et château Mouton-Rothschild 2014 (pauillac).

Cette année, le choix de restaurants va du trois étoiles (Pierre Gagnaire à Paris) au restaurant décontracté comme La Brasserie Bordelaise à Bordeaux. Les Parisiens et les Bordelais sont les mieux servis, y compris dans leur région puisque l’opération a lieu aussi au Cap Ferret, à Arcachon, ou encore à Biarritz, en plus de quelques adresses à Lyon, sur la Côte d’Azur, mais aussi dans la Loire. Il faudra aller chez le chef Christophe Hay, soit à Blois, soit à Orléans. Les quantités, si elles sont généreuses, sont toutefois limitées. On ne saurait trop vous conseiller de réserver, au restaurant, mais aussi la bouteille qui vous fait le plus envie.

Carte sur table, du 15 mars au 15 avril. Plus d’informations : www.cartesurtable.com.

Succès pour la 65e vente des vins des Hospices de Nuits-Saint-Georges

Cyrille Jomand, commissaire-priseur de la vente et président-directeur général d’iDealwine. Photo Studio Morfaux

Pour sa deuxième édition organisée par la maison de ventes iDealwine et parrainée par le navigateur Louis Burton, la 65e vente des vins des Hospices de Nuits-Saint-Georges a totalisé 1,526 million d’euros (hors pièce de charité), soit une hausse spectaculaire de 91,7 % par rapport à l’an dernier. « Dans un contexte d’instabilité inédit, ce résultat confirme la bonne tenue des prix malgré un volume légèrement plus généreux, reflet de la grande qualité du millésime », souligne Cyrille Jomand, commissaire-priseur de la vente et président-directeur général d’iDealwine.

Malgré des rendements limités, seulement 80,5 pièces produites, le millésime 2025 a séduit par son équilibre et son style typiquement bourguignon. L’intégralité des lots proposés a trouvé preneur : quatre-vingts pièces de 228 litres et une feuillette de 114 litres issues du millésime 2025 ont été adjugées. Les vins rouges, majoritaires avec soixante-dix-neuf pièces réparties en dix-huit cuvées, ont atteint un prix moyen de 18 595 euros la pièce. La seule cuvée blanche proposée a quant à elle atteint un prix moyen de 38 000 euros.

Parmi les adjudications marquantes, deux nuits-saint-georges premier cru Les Saint-Georges, les cuvées Hugues Perdrizet et Georges Faiveley, ont chacune culminé à 47 000 euros. La cuvée blanche, nuits-saint-georges 1er cru Les Terres Blanches, a été adjugée 34 000 euros, complétée par une feuillette vendue 23 000 euros. La traditionnelle pièce de charité, la « Cuvée des Bienfaiteurs », vendue par souscription au profit de l’association de médiation animale Ani’nomade, a permis de récolter 59 500 euros.

Cette édition revêtait une dimension particulière : il s’agissait du dernier millésime signé par Jean-Marc Moron, régisseur du domaine depuis 1990, qui a passé le relais à Laurence Danel avant son départ à la retraite en 2026. « Malgré une récolte relativement faible, certaines cuvées confirment l’intérêt des grands amateurs de Bourgogne avec des prix dignes de grands crus. C’est aussi une belle consécration pour le travail de Jean-Marc Moron et ses trente-six années au service du domaine », souligne Guillaume Koch, directeur des Hospices civils de Beaune.

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Le domaine des Hospices de Nuits-Saint-Georges s’étend sur 12,4 hectares répartis entre Nuits-Saint-Georges, Premeaux-Prissey, Vosne-Romanée et Gevrey-Chambertin. Essentiellement planté en pinot noir, il produit dix-neuf cuvées, dont plusieurs premiers crus et un blanc confidentiel issu de chardonnay.

iDealwine est l’un des acteurs mondiaux des enchères de vin en ligne. Créée en 2000 et présente en Europe, en Asie et aux États-Unis, l’entreprise fédère près de 650 000 amateurs et a réalisé 58 millions d’euros de ventes en 2025.

Ani’nomade est une association engagée pour le sauvetage, la protection et le placement d’animaux abandonnés ou en détresse.

The Macallan distille l’âme de Paris

Après les éditions dédiées à Londres, New York, Mexico, Hong Kong, The Macallan célèbre la capitale française sous forme d’une expérience sensorielle. Fidèle à l’esprit de cette série immersive, la maison écossaise poursuit sa quête : explorer l’âme des grandes métropoles, en révéler les strates cachées de savoir, de créativité et d’émotion, puis proposer ces découvertes dans un single malt d’exception, accompagné d’une création gastronomique et d’un documentaire.

Disponible sur Amazon Prime Video, la série suit la maître assembleur Kirsteen Campbell et les frères Roca dans leur exploration de villes iconiques comme Londres, New York, le Mexique ou Hong Kong. Pour cette nouvelle étape (disponible ici : https://www.themacallan.com/en/single-malt-scotch-whisky/distil-your-world-paris), cap sur Paris, berceau de la restauration moderne et capitale mondiale de la gastronomie.

Aux côtés du chef espagnole triplement étoilé Joan Roca, Kirsteen Campbell est partie à la recherche de l’essence parisienne, guidée par la cheffe la plus étoilée au monde, Anne-Sophie Pic. Ensemble, ils ont arpenté les pavés d’une ville qui incarne l’excellence, l’élégance et l’Art de la Table. « À Paris, chaque détail compte : le choix des produits, la précision du geste, la mise en scène, l’atmosphère », confie la cheffe étoilée. La table y devient une véritable toile, où tradition et innovation dialoguent depuis le XVIIIᵉ siècle.

De cette immersion est née une édition limitée au remarquable sens du lieu. Le whisky évoque d’abord les parfumeries à travers des notes de bois de santal et d’épices délicates. Puis viennent des touches beurrées de baguette et de brioche, hommage aux boulangeries de quartier. L’assemblage, dominé par des fûts de chêne américain, complétés par des fûts européens et d’ex-bourbon est enrichit de fûts de cognac qui lui confère de l’élégance. Une signature résolument française.

« Paris incarne l’élégance, la passion et le raffinement. J’ai voulu en proposer l’âme même », confie Kirsteen Campbell. Pour elle, la sélection des bois demeure la clé de voûte d’un whisky capable de raconter une histoire.

Fondée en 1824 par Alexander Reid, sur les terres fertiles autrefois appelées « Maghellan » en Speyside, The Macallan s’est imposée comme l’une des références du single malt. Avec Distil Your World Paris, la distillerie signe une carte postale liquide : un voyage où patrimoine écossais et art de vivre parisien s’unissent dans un même verre.

The Macallan, Distil Your World Paris (47,2%), 4 500 euros (70cl)

Drouant, la méthode James

« Je détestais demander de l’argent à mes parents alors j’ai commencé par faire des extras à l’hôtel Costes », raconte James Ney. L’expérience qui devait être passagère est finalement devenue une vocation. Très vite, ce diplômé d’une école de commerce gravit les échelons. D’abord chef de rang, puis manager, avant de diriger le service du soir, à seulement 22 ans. Sa rigueur, son goût du détail et son sens du client attirent les regards. On le recrute pour l’ouverture d’un hôtel à Saint-Barthélemy – une expérience particulièrement compliquée pour lui. De retour à Paris, il rejoint le Royal Monceau en 2016 où il découvre le saké japonais et la cuisine étoilée avec le restaurant Il Carpaccio. Les deux expériences forgent son exigence. En 2019, il rejoint les frères Laurent et Thierry Gardinier qui cherchent un directeur pour relancer Drouant, fraîchement rénové. James Ney découvre un lieu chargé d’histoire, mais en quête d’un nouveau souffle. Les Gardinier lui laissent carte blanche. Il repense la salle, réinvente les gestes, rétablit les classiques comme les chariots de fromages et des digestifs, souhaitant un service digne d’un étoilé, mais dans un cadre convivial : « Je voulais redonner du spectacle, que les serveurs fassent autre chose que déposer une assiette ». Fils de grand amateur, il parle du vin avec émotion : « Mon père faisait des dîners où il ouvrait des bouteilles incroyables. Il m’a transmis cette curiosité ». Sous son impulsion et celle du sommelier Antoine Pétrus, à l’époque directeur général du groupe Taillevent, Drouant se dote d’une carte exceptionnelle, avec près d’un millier de références pour la seule vallée du Rhône et autant de choix dans les autres vignobles.

Le vin, son terrain de jeu
Un jour, un client fidèle lui demande d’organiser un repas avec un vigneron et quelques invités. « C’était un moment de partage tellement fort qu’on a voulu en faire un vrai rituel. » Deux ans plus tard, ces dîners de vignerons sont devenus un rendez-vous qui a lieu neuf fois par an réunissant vingt personnes à table dans le salon Proust : seize convives novices ou passionnés, un vigneron et un membre de son équipe, James Ney et son chef sommelier. « On commence par se rendre chez le vigneron, avec notre chef, pour goûter toutes ses cuvées. On imagine ensuite un menu autour de nos choix. » La cuisine s’accorde au vin et non l’inverse. James Ney se souvient d’un dîner avec Michel Chapoutier : « Il était à table face à Thierry Gardinier. Tout le monde buvait ses paroles. Une vraie leçon sur le vin ». Ou encore de cette soirée en l’honneur du château de Beaucastel, où Charles Perrin, l’un des représentants de la famille propriétaire de ce domaine de Châteauneuf-du-Pape, a décidé de partager son vin le plus rare, Hommage à Jacques Perrin : « Je m’en souviendrai toute ma vie ». Vernay, Jean-Louis Chave, Larmandier-Bernier, Albert Mann, Vincent Pinard, Charles Heidsieck, etc., les rendez-vous mémorables sont nombreux. Le dîner s’achève souvent sur la terrasse, avec cigares et digestifs. À partir de 150 euros le menu en six plats avec accords et jusqu’à 350 euros pour les domaines d’exception, le rapport prix-plaisir est à la hauteur des promesses. Nombre d’habitués de ces dîners reviennent d’ailleurs à chaque édition, aux côtés de ceux qui les découvrent. « Certains clients n’en ont pas manqué un seul ! », sourit James Ney.

« Terroir d’idées » à Yquem : quand les élèves pitchent l’avenir du vignoble

À l’ombre dorée de château d’Yquem, la viticulture s’est offert un bain de jouvence. « Terroir d’idées », premier hackathon viticole porté par le lycée de La Tour Blanche et l’association franco-québécoise Fusion Jeunesse, a réuni une centaine de lycéens et d’apprentis en février dernier. Trente projets ont été pitchés, pour parler autrement de vigne, de vin et de raisin à leur génération.

La filière traverse une crise d’image ; les jeunes, eux, cherchent du sens et des perspectives. À l’approche du Salon de l’agriculture, le pari est clair : redonner de l’attractivité en confiant la réflexion à ceux qui ne viennent plus spontanément au vignoble. Depuis avril 2025, à Bommes, les élèves, de la 3e au BTS, enchaînent idéathons et ateliers. Ils se glissent dans la peau d’entrepreneurs ou de responsables de domaine pour conjuguer transition climatique, viabilité économique et sens au travail. Adossé à Château La Tour Blanche, premier grand cru classé, avec le soutien d’Yquem et du Campus régional de la vigne et du vin (dynamique NAVI), le lycée s’affirme comme un laboratoire d’idées pour le futur vitivinicole.

Grand oral de la vigne nouvelle génération
Le 5 février, à Yquem, place au grand oral. Face à un jury réunissant notamment Miguel Aguirre (La Tour Blanche), Thomas Robert et Lorenzo Pasquini (Yquem), Emmanuel Danielou (Campus) et Fusion Jeunesse, les pitchs s’enchaînent. Premier défi : dépasser la bouteille. Six fresques redessinent l’imaginaire du raisin. Le prix « Création » (parrainé par le Campus) distingue les lycéens Nolan Bourrieau et Margot Zambelli pour leur fresque sur les nouveaux usages du raisin. Un Prix Coup de cœur revient au triptyque De l’or dans les mains, de Louanne Clipet, Diane Danonville, Justine Dufort et Lisa Chaumont (BTS 2), réalisé à partir de lies de vin : une œuvre qui relie biodiversité, métiers, alimentation, cosmétique et spiritueux, et célèbre le potentiel infini du raisin.

Deuxième défi : imaginer une boisson pour la Génération Z sans trahir l’excellence de La Tour Blanche (premier grand cru classé en 1855). Les BTS 1 Kylian Alonso, Grégoire Lacroix, Thomas Vignes et Gabin Pinto remportent le Prix Produit avec un Kombucha de La Tour Blanche aux raisins de Sauternes, en canette. « Fini les sodas sans âme. Dans les années à venir, on sert du kombucha », lancent-ils. Miguel Aguirre reconnaît avoir été interpellé : « Il faut écouter cette parole-là et la traduire d’une certaine façon. Ce qui m’a plu […] c’est qu’il y a quand même une notion de fermentation et de travail. » Une expérimentation n’est pas exclue sur les parcelles pédagogiques.

Troisième défi : réinventer une maison bourgeoise de 1 000 m² attenante à Quem. Les BTS 2 Louis Bluck, Nello Bourige, Lilian Franquet et Lukas Menkarska remportent le prix « Projet » avec  Sau’Thermes, un spa quatre saisons situé sur la source originelle du château, avec une fontaine centrale comme point d’entrée et un parcours épousant le cycle de la vigne. Immersion, pédagogie, œnotourisme sensible. Coup de cœur aussi, sur le même thème, pour le « dôme de verre pour rêver et se délier » que Timéo Bert (1re Viticole) verrait bien s’élever devant la bâtisse. Lorenzo Pasquini s’est montré « sensible à cette capacité à réfléchir un peu en dehors des codes. C’est toujours source d’inspiration. » De son côté, Jean-Louis Nembrini, vice-président de la Région Nouvelle-Aquitaine, a salué cette tribune offerte aux élèves, évoquant la nécessité d’un « désordre créatif ».

Les projets lauréats bénéficieront, selon les défis, de parrainages, d’accompagnements, de mobilités et, pour certains, de possibilités de concrétisation réelle avec les partenaires.

L’Ordre des coteaux de Champagne renforce son engagement patrimonial

Ce soutien s’inscrit dans le vaste chantier piloté par le Centre des monuments nationaux, qui prépare la renaissance du lieu et l’ouverture, début 2027, du futur musée des Sacres. Symbole fort de ce renouveau, la chapelle où les rois de France se recueillaient avant leur couronnement abrite aujourd’hui des verrières contemporaines signées par les artistes Anne et Patrick Poirier.

En choisissant de contribuer à la restauration de l’un de ces vitraux, l’Ordre affirme sa volonté de conjuguer tradition et création et de contribuer à la préservation du patrimoine champenois. Présent depuis plus de trente ans au Palais du Tau pour y tenir ses chapitres (le chapitre de printemps, le chapitre de la fleur de vigne et le chapitre des vendanges, ndlr), l’Ordre des coteaux de Champagne entend mobiliser les maisons de champagne et ses membres à travers le monde afin de soutenir ce projet emblématique.

La convention a été signée par François-Xavier Morizot, commandeur de l’Ordre des Coteaux de Champagne, Pierre Possémé, délégué régional de la Fondation du patrimoine pour la région Champagne-Ardenne et Jocelyn Bouraly, administrateur du Palais du Tau et des tours de la cathédrale Notre-Dame de Reims. (Photo : Michel Jolyot)

Aux côtés de la Fondation du patrimoine, L’Ordre des coteaux de Champagne appelle à une large mobilisation pour préserver ce haut lieu de mémoire et renforcer le rayonnement culturel de la Champagne. Les dons peuvent être effectués directement à cette adresse : https://www.fondation-patrimoine.org/les-projets/palais-du-tau-a-reims/100834

La création de treize vitraux monumentaux pour la chapelle haute a été confiée au duo Anne et Patrick Poirier.

Le Palais du Tau, mémoire des sacres
Adossé à la Cathédrale Notre-Dame de Reims, le Palais du Tau fut la résidence des archevêques de Reims. Il accueillait les banquets des sacres royaux et conserve aujourd’hui le trésor de la cathédrale. Classé au patrimoine mondial de l’Unesco, il témoigne de plus d’un millénaire d’histoire monarchique et religieuse.

Famille Lieubeau, retour vers le futur

L’histoire a des allures de chasse au trésor. En pleine pandémie de Covid, François, Vincent et Marie Lieubeau, fratrie de vignerons nantais, prennent connaissance de l’existence d’un document attestant de la première mention écrite du Muscadet. Elle figure dans un bail daté de 1616, qui évoque une parcelle dite de la Minée, dépendante de la seigneurerie des Navineaux, comme lieu de plantation d’une « vigne de bon plant de Muscadet ». Après avoir tenté en vain de retrouver cet écrit, les Lieubeau découvrent que le document figure à l’état de transcription en annexe de la thèse d’un certain Alain Poirier. L’homme est décédé en 1943, au cours des bombardements alliés sur la ville de Nantes. L’ensemble de ses travaux a sans doute été détruit à ce moment-là. Grâce à un logiciel de généalogie, les Lieubeau rencontrent Edith Poirier, la fille d’Alain Poirier, qui s’était réfugiée avec sa mère et son frère à la campagne pendant la guerre. Celle-ci leur présente l’exemplaire de la thèse de son père, mais les chances de retrouver le document originel s’évanouissent. Inestimable par cette mention de la première plantation d’une vigne de muscadet, le document est encore plus exceptionnel puisqu’il en précise la localisation exacte, aujourd’hui obsolète. La chasse au trésor reprend.

Dans les archives
Plusieurs documents cadastraux (du XVIIe siècle à l’époque napoléonienne) sont comparés pour essayer de savoir où se situe cette parcelle. Le bail de 1616 est un contrat passé devant notaire entre Suzanne de Beaucé, sa propriétaire, et Louis Ménard, le fermier à qui elle est confiée. Y est écrit : « Un canton de terre de 21 boisselées et demi […] sise et située en une pièce de terre appelée la Minée, dépendant de la seigneurerie des Navineaux […] charge audit preneur de planter […] ladite vigne de bon plant de muscadet ». Première étape, retrouver les terres dépendantes de la seigneurerie des Navineaux. Les noms des parcelles mitoyennes de la Minée apparaissent sur le cadastre napoléonien de 1830, mais aucun n’est encore en vigueur aujourd’hui. La seule indication exploitable est que cette parcelle se trouve entre les seigneureries des Navineaux et de l’Aulnaye. Cette dernière est le nom de l’un des lieux-dits exploités par les Lieubeau. L’étau se resserre. Une parcelle proche de la Minée, nommée Boulor, attire leur attention. Celle-ci longe le mur d’enceinte du parc de l’Aulnaye et est également située à proximité d’une grande parcelle (13,73 hectares) dite « Tenue des Avineaux ». Fait rare pour l’époque et pour une parcelle de cette taille, il apparaît dans les archives qu’elle est entièrement plantée en vignes, ce qui laisse supposer que cet ensemble devait être lui-même subdivisé en différentes parcelles exploitées par plusieurs fermiers dépendant de la seigneurerie des Navineaux. La parcelle de la Minée devait en faire partie. C’est ce que confirme une lettre d’aveu seigneurial datant cette fois de 1659, retrouvée également par la famille au cours de ses nombreuses recherches. Très précise, la lettre décrit la situation de la Minée, donnant même sa taille : 13 septrées, soit environ 7,5 hectares. Les Lieubeau ont retrouvé la parcelle de la Minée et toutes les informations la concernant. Hasard superbe, si la moitié est devenue prés à chevaux, subsistent 3,5 hectares de vignes plantées dans sa partie la plus qualitative. La famille s’en porte acquéreur.

Le vin d’un lieu
Les vignes très âgées (65 ans environ) ne sont plus entretenues. Chênes, frênes et ronciers ont envahi le vignoble. Après un travail de restructuration harassant (piochage, remise en état des palissages, complantation de près de 40 % de pieds manquants), les Lieubeau la convertissent à la viticulture bio, comme le reste de leur domaine, et décident d’y travailler entièrement au cheval. Extrêmement qualitatif par sa situation en pente, le terroir de la Minée est exposé nord-ouest. Il s’appuie sur une roche mère de gneiss, ce qui a convaincu l’Inao de l’intégrer en 2022 à la zone de la dénomination Château-Thébaud, cru communal de l’appellation muscadet-sèvre-et-maine. Les vignes sont vendangées pour la première fois par la famille lors du millésime 2022. Pour un lieu aussi fort, choix est fait d’adopter une vinification singulière : levures indigènes, fermentation malolactique et élevage inhabituel de 36 mois dans trois contenants différents (foudre, barrique et amphore). En tout, 2 400 bouteilles et 120 magnums de ce vin sont produits, positionnés au sommet de la gamme du domaine en raison de leur rareté et de l’histoire rocambolesque dont ils sont l’aboutissement. Symbole de l’approche vigneronne, érudite et sensible, d’une famille accessible et attachée à sa région, ce jeu de piste intrigant a fait naître un nouveau vin de lieu dans une région qui redécouvre chaque jour l’extraordinaire potentiel de ses terroirs. Il est aussi un don fait par les Lieubeau à un vignoble qui devrait être l’un des plus qualitatifs en France au cours de ces cent prochaines années. Avoir cette opportunité de toucher au plus près ses racines devrait lui permettre de s’élever encore un peu plus haut, tout en sachant d’où il vient.

Famille Lieubeau, La Minée 2022, muscadet sèvre-et-maine Château Thébaud
Avec une densité exceptionnelle en bouche, le vin affirme immédiatement sa présence tout en restant fidèle aux fondamentaux de l’appellation. Notes de fruits mûrs, tension saline remarquable et caractère iodé affirmé. L’élevage, parfaitement intégré, ne prend pas le dessus sur la matière. Profondément typé et singulier.
96/100 – 47 euros