Accueil Blog Page 2

De la Sainte Victoire à la Sainte Beaume : nos adresses en Provence

Bastide de Blacailloux

Au pied de la Sainte-Baume, les 110 hectares de vignes menées en bio de cette propriété sont nichées au cœur de 500 hectares préservés, entre pinèdes, rivières, oliveraies et ruches. Divers ateliers sensoriels et cyclo-parcours donnent la mesure de ce domaine fondé en 1917 par Marguerite Barbaroux, aujourd’hui porté par son arrière-petite-fille. Dès juin, bistrot locavore éphémère aux menus signés par le chef étoilé Ludovic Turac (Une Table au Sud). En juillet, les jeudis soirs s’animent avec des planches à partager, grillades au brasero et chiliennes tournées vers les crêtes boisées et les rangs de vigne.
Le + : Quatre bastides d’hôtes avec vues imprenables sur les monts provençaux.
Bastide de Blacailloux
Route de Mazaugues, 83170 Tourves
Tél. : 04 94 86 83 83
blacailloux.fr


Château Paradis

Ce domaine producteur de vins (96 hectares en bio) et d’huile d’olive se déploie de collines en pinède sur un balcon naturel entre la Trévaresse et la Durance. Cet été, il devient scène ouverte. De juin à août, ses soirées DJ mensuelles (Paradis Nocturne) sous les étoiles et face aux vignes inscrivent la musique dans le paysage en format intimiste. Temps fort de l’été, le rendez-vous électro-festif Nuit de Paradis se tiendra le 15 juillet au cœur de cet eden viticole.
Le + : Sentier vigneron entre vignes et oliviers à arpenter en liberté.
Château Paradis
Quartier Paradis, Chemin de Pommier,
13610 Le Puy-Sainte-Réparade
Tél. : 04 42 54 09 43
chateauparadis.com


Château Gassier

Sous l’œil de la Sainte-Victoire, le domaine s’anime tout l’été. Entre les 40 hectares de vignes, transats et food-trucks s’installent pour des concerts live et DJ sets (Sunset Music). Une belle affiche d’humoristes et stand-uppers (Comedy Club) fera résonner les rire tandis que les talents locaux révéleront chanteurs et musiciens lors des nouvelles soirées « open mic ». Point d’orgue de la saison, le festival La Montagne Rose revient les 17 et 18 juillet. Deux soirées de musique, stand-up et dégustations portées par cette lumière unique qui embrase le massif.
Le + : Soirées d’observation des étoiles animées par les astronomes amateurs aixois de l’observatoire de Vauvenargues.
Château Gassier
Chemin de la Colle, 13114 Puyloubier
Tél. : 04 42 66 38 74
gassier-provence.fr


Château Bas

Sur les coteaux d’Aix, ce domaine se parcourt entre vestiges gallo-romains et garrigue ardente. Sous l’impulsion des Castéja, il renoue avec sa superbe : découverte des jardins privés, apéritif déjeunatoire, nouvelles déambulations guidées. Clou de la visite, un temple corinthien primitif érigé près d’une source karstique, classé dès 1840, plus ancien encore que la Maison Carrée de Nîmes. Avec sa chapelle médiévale, il veille sur un paysage de vignes bio où s’invitent l’amande et l’olive. Une véritable plongée dans les racines du vignoble provençal.
Le + : Dolium de 250 litres, quasi intact, extrait de fouilles effectuées en 2010, exposé au musée du caveau.
Château Bas
Route de Gazan, 13116 Vernègues
Tél. : 04 90 59 13 16
chateaubas.com


Domaine des Masques

Jadis, les mascos, sorcières-guérisseuses, grimpaient jusqu’ici pour cueillir des plantes rares. Sur le plateau du Cengle, face à la Sainte-Victoire, leur souvenir croise celui des Templiers et d’une villa romaine. En traversant ces vignes d’altitude, on saisit la subtile alchimie entre nature, mémoire et geste vigneron. Et le charme opère.
Le + : Fête de la musique le 26 juin ; masterclass vins & viandes le 9 juillet (accords autour de cinq viandes d’exception).
Domaine des Masques
Chemin Maurély, 13100 Saint-Antonin-sur-Bayon
Tél.: 04 42 12 38 50
domainedesmasques.fr


Domaine de La Font des Pères

À flanc de coteaux, tout un art de vivre se déploie face à la Sainte-Baume et au mont Caume. Une ferme-auberge locavore (potager, herbier, poulailler), des villas blotties dans le paysage, des pique-niques et un spa en surplomb, comme si tout ici jaillissait de la terre pour mieux s’offrir en parenthèse.
Le + : Le Comptoir de La Font des Pères, restaurant et épicerie fine à Sanary-sur-Mer.
Domaine de La Font des Pères
1306, chemin de Pontillaou, 83330 Le Beausset
Tél. : 04 94 15 21 21
lafontdesperes.com


Domaine de la Bégude

Au sommet de Bandol, ce domaine tutoie l’horizon entre garrigue et mer. Ancienne beguda, halte où l’on s’abreuvait jadis, son chai est situé dans une chapelle mérovingienne du VIIe siècle. Si ses 50 hectares de vignes bio jouent à cache-cache dans les bosquets, l’accueil est généreux et taillé pour les papilles curieuses.
Le + : Une découverte du vignoble en 4×4 qui se termine par une dégustation gourmande.
Domaine de la Bégude
Route des Garrigues,
83330 Le Camp du Castellet
Tél. : 07 43 15 39 02
domainedelabegude.fr


Château d’Ollières

Entre Aix et Brignoles, cette forteresse carolingienne devenue bastide de villégiature au XVIIe domine son village. De son passé, elle garde un donjon, des murs d’enceinte et une cave voûtée. Dans le chai comme au milieu des vignes d’altitude, le vin y prolonge l’histoire et exalte une Provence intemporelle.
Le + : Balade dans le jardin lapidaire du XVIIIe siècle joliment entretenu.
Château d’Ollières
83470 Ollières
Tél. : 04 94 59 85 57
chateau-ollieres.com


Château La Coste

Un domaine devenu village, une respiration où vigne, art et architecture se répondent. Œuvres de Tadao Ando, Calder, Bourgeois, plus de quarante géants contemporains ponctuent jardins, sentiers, galeries. Et autour du vin, la vie. Trattoria sous les platanes, brasier argentin, table gastronomique affûtée, terrasse fleurant le potager. Tout vibre, se déguste, émeut.
Le + : Deux hôtels, dont l’un doté d’un luxueux spa au cœur des vignes. Expositions temporaires toute l’année.
Château La Coste
2750, route de La Cride,
13610 Le Puy-Sainte-Réparade
Tél. : 04 42 61 89 98
chateau-la-coste.com


Château Margüi

Né il y a 2 600 ans sur les collines irriguées par le fleuve Argens, ce domaine bascule en 2017 dans la galaxie des Skywalker Vineyards de George Lucas. Sources vives, cave gravitaire sur trois niveaux, cuves tulipe et amphores : ici, la précision tutoie la nature. Autour, bastide XVIIIe à privatiser, cuisine familiale, potager, miel, et la force du lieu opère.
Le + : Jolie épicerie au pied des premières restanques de vignes de la propriété.
Château Margüi
83670 Châteauvert
Tél. : 09 77 90 23 18
chateaumargui.com


Château Grand Boise

Quarante hectares éclatés en 94 parcelles gravissent les coteaux, défiant le ciel à plus de 700 mètres. Argilo-calcaire, marbre rose, mais aussi biodynamie, cépages repensés, vinifications fines tracent le profil d’un grand vin d’altitude. Ne pas manquer le vin cuit
ultra-confidentiel (mille bouteilles) qui ravive une tradition provençale.
Le + : Maison Grand Boise à Rousset, à six kilomètres, véritable concept store du domaine (épicerie fine, caviste, boutique, restaurant, bistrot) face à la Sainte-Victoire.
Château Grand Boise
1536, chemin de Grisole, 13530 Trets
Tél. : 04 42 29 22 95
vins.grandboise.com


Château Revelette

Face à la Sainte-Victoire, cette bastide sylvestre cache un trésor : des arches ciselées par Jacques Couëlle, le maître des maisons-sculptures. Chez les Fischer, depuis 1931, on soigne des argiles similaires à ceux de Mercurey. Une adresse d’initiés, en bio et biodynamie, ouverte aux curieux pour une halte impromptue ou une visite sur réservation.
Le + : Soirées d’été annoncées sur les réseaux (concerts, accords mets-vins).
Château Revelette
Chemin de Revelette, 13490 Jouques
Tél. : 04 42 63 75 43
revelette.fr


Château Vignelaure

Ici, depuis 1972, la vigne tutoie l’art. Arman y scelle des bouteilles, César signe une moto compressée, Miró sème ses couleurs. Des chais au parc, tout respire la création, jusqu’au cœur des verres où le vin se fait lui aussi œuvre du temps lors d’une verticale de vieux millésimes. Un lieu inspiré qui porte, il est vrai, le nom d’une muse.
Le + : Portes ouvertes le 19 juillet avec visite guidée, food-trucks et ambiance musicale.
Château Vignelaure
5210, chemin de Vignelaure, 83560 Rians
Tél. : 04 94 37 21 10
fr.vignelaure.com


Domaine Richeaume

En 1972, quittant Yale et sa chaire d’enseignant en droit canonique pour la terre, Henning Hoesch a engagé une révolution biologique désormais poursuivie par son fils Sylvain. Sur des argiles rouges, vignes, oliviers, amandiers, céréales, moutons s’inscrivent dans l’équilibre d’un cycle fermé. Un paysage recomposé qui se découvre au rythme des saisons.
Une leçon de nature.
Le + : Entre deux dégustations, découverte des vestiges romains et des terrasses du domaine (prestations sur mesure sur demande).
Domaine Richeaume
13114 Puyloubier
Tél. : 04 42 66 31 27
domaine-richeaume.com


Portraits, interviews, sélections…, retrouvez l’ensemble du dossier Méditerranée, peuple du soleil dans le nouveau numéro d’En Magnum.

En Magnum #44 est disponible en kiosque et sur notre site ici

Commanderie de Peyrassol, un musée dans les vignes

En 2026, la commanderie de Peyrassol souffle les vingt-cinq bougies de son acquisition par Philippe Austruy. Collectionneur nomade, l’homme d’affaires y déploie l’une des plus importantes collections d’art à ciel ouvert d’Europe. Le long des chemins, plus de quatre-vingt sculptures, dont certaines conçues in situ, signées Daniel Buren, Niki de Saint Phalle, Victor Vasarely ou encore Bernar Venet s’invitent au beau milieu des arbres et des chants d’oiseaux. D’autres œuvres habitent le centre d’art, dont la terrasse permet d’embrasser le vignoble d’un seul regard. Cet été insuffle un nouvel élan : six œuvres de Simon Hantaï, Peter Halley, Gérard Fromanger, Marlène Mocquet et José Davila rejoignent la collection, tandis qu’un accrochage renouvelé offre un regard neuf sur les peintures, sculptures et photographies. S’y ajoute la visite guidée exceptionnelle de la réserve et une « antichambre » en accès libre, où sont également exposées des œuvres.

Propriété de Philippe Austruy et écrin de sa collection d’art contemporain,
Peyrassol est un domaine de 850 hectares, dont 92 plantés de vignes. Photo : OneWineproduction.

Comme un appel aux gourmands, le damier arc-en-ciel de Daniel Buren ondule au-dessus des ceps juste en face du restaurant Chez Jeannette, étoilé Michelin depuis 2025. Distingué pour sa gastronomie durable, le chef Benjamin Le Balch signe ici une cuisine arrimée au potager et à la ferme biologique du domaine. Le 28 juin, « la grande table des jardins » s’installera sous les oliviers pour des accords mets-vins en quatre temps et une conversation avec le chef. Plus délié, plus solaire, Le Bistrot de Lou met le couvert sur la place du village. Salades, viandes et poissons au brasero sont servis accompagnés des côtes-de-provence de la propriété. Rosés, blancs ou rouges, ces derniers montent en intensité, de la cuvée XIIIe, centrée sur l’éclat du fruit, jusqu’à Clos Peyrassol, produite lors des grandes années, en passant par les château-peyrassol issus de sélections parcellaires et de vieilles vignes. Jolie surprise, Fines Bulles est une nouvelle expression estivale élaborée en méthode Charmat. Et si l’envie vous prend de rester, direction les chambres de la Commanderie, juste au-dessus des caves, ou la bastide de La Rouvière, maison d’hôtes au calme, dans les bois. Piscine, sauna, bain nordique, grands cèdres, le temps ralentit au son des cigales. Des traces d’occupation dès l’âge de fer (mille ans avant notre ère), des vestiges gallo-romains, puis les moines templiers de l’ordre de Malte au XIIIe siècle, le site n’a jamais cessé de produire. Aujourd’hui, le vignoble déploie 92 hectares en bio sur des sols argilo-calcaires, à 300 mètres d’altitude. Certaines parcelles s’appuient sur des restanques aux larges murs de pierre sèche patiemment restaurés. Entre les rangs, bories, cabanons et murets laissent affleurer le passé. Une histoire qui inspire les nouvelles visites guidées, menant du terroir à la vinification au rythme de la marche, du vélo, de la voiturette électrique et même de la calèche. Autour de la vieille bastide, le « jardin remarquable » déroule la dernière scène : parterres de buis ombragés par des chênes vénérables, agrumes en poterie, bosquet de la Vierge et son oratoire, cour des mûriers, potager-fruitier, à explorer en visite guidée. Plus bas, la restanque du bassin et ses fils d’eau mènent vers le verger puis la vigne. On comprend le maître des lieux quand il parle de son « petit paradis, de moins en moins secret ».
Le + : Tous les jeudis de juillet et août, soirées Sunset sur la place du village avec concerts (soul & jazz, musique cubaine, variétés), vins, cocktails
et apéritif dînatoire.
Commanderie de Peyrassol
1204, chemin de la commanderie de Peyrassol,
83340 Flassans-sur-Issole
Tél. : 04 94 69 71 02
peyrassol.com


Les bonnes adresses du domaine

Chez Bruno, à Lorgues
Tél. : 04 94 85 93 93
restaurantbruno.com

Le Saint-Marc, à Aups
Tél. : 04 94 70 06 08
lesaintmarc.com

Le Ti Bouchon, à Salernes
Tél. : 04 94 82 94 86
letibouchon.fr

Lou Calen, à Cotignac
Tél. : 04 98 14 15 29
loucalen.com


Portraits, interviews, sélections…, retrouvez l’ensemble du dossier Méditerranée, peuple du soleil dans le nouveau numéro d’En Magnum.

En Magnum #44 est disponible en kiosque et sur notre site ici

Devenir MOF Sommelier : l’examen raconté par l’un de ses créateurs

Photo Domaine Sainte Joie / J. Mauchamp.

Série : « Dans les coulisses du MOF sommellerie »
Épisode 2/5


Comment est née la classe sommellerie du concours MOF ?
C’est une jolie histoire. En 1997, lors de la réception des MOF organisée à l’Élysée, Paul Bocuse qui présidait alors l’ensemble des métiers de la restauration pour les examens des MOF me présente à Jacques Chirac. Le Président de la République me demande quand sera créée la classe sommellerie des MOF. Bocuse répond du tac au tac : justement, c’est Philippe Faure-Brac qui va la créer pour la prochaine session. J’étais surpris, mais ravi. J’ai bien sûr accepté.

Vous avez ensuite passé trois ans à préparer cette première session. Qu’est-ce qui vous a guidé dans la conception des épreuves ?
J’ai demandé au professeur en sommellerie, Paul Brunet, de travailler avec moi. Nous nous sommes interrogés sur la façon de concevoir les épreuves et les attendus de cet examen d’État. L’enjeu était de ne pas faire un énième concours, mais de caractériser ce qui fait l’excellence de notre profession, à un niveau académique mais aussi dans la pratique. Il fallait donner une place importante à la relation client, à l’accueil, au geste — mais aussi au management d’équipe, à la gestion. Comment réagit-on face à un incident de table ? C’est un métier de service dans toute sa complexité.

Qu’évalue-t-on pendant les épreuves ?
Le comportement. La réflexion. L’empathie. L’aura… Un candidat doit apporter du soin — on est très sensible à ça. Il faut bachoter bien sûr, mais on est évalué autant sur le savoir-faire que sur le savoir-être. Vis-à-vis du client, ce sera la capacité à s’adapter, à écouter, à aller à la rencontre, à comprendre. Vis-à-vis d’un vigneron, ce sera de le respecter et de bien le représenter à table. Le col bleu-blanc-rouge oblige : un MOF est toujours ambassadeur de son métier.

Le titre fait rêver, mais l’examen est réputé impitoyable…
Comme dans un concours, c’est un examen où l’on peut passer à côté de sa finale. Il faut être préparé à tous les niveaux. Chaque détail peut être rédhibitoire : un geste approximatif, une hésitation au mauvais moment.  C’est l’exigence qui a permis à la sommellerie de continuer à progresser.

Y a-t-il un moment qui a forgé votre vision de l’exigence ?
Cette exigence du détail, je l’ai comprise en observant les épreuves du concours de maître d’hôtel au Taillevent, dans les années 1990, Jean-Claude Vrinat m’avait invité comme juré. Lors de la réunion préparatoire, on a dû montrer nos chaussures. Si elles n’étaient pas cirées, si elles n’avaient pas de lacets, c’était fini avant de commencer. J’ai compris que tous les détails comptaient.

L’examen a-t-il beaucoup changé depuis la première session ?
Oui, parce que le métier lui-même a évolué. Aujourd’hui, un sommelier doit maîtriser le vin bien sûr, mais aussi le Coravin, les nouveaux outils de conservation, la bière, le thé, le café, le saké, les boissons sans alcool. Pour autant, l’esprit du concours n’a pas changé. Nous ne cherchons pas seulement une somme de connaissances, mais une intelligence du service, une capacité d’écoute, de conseil et d’adaptation. Le sommelier reste avant tout un passeur : quelqu’un qui crée du plaisir et de l’émotion à table.

Le rapport au client a-t-il évolué aussi ?
Aujourd’hui, les convives ont plus facilement accès à l’information avec les réseaux sociaux, les applications, les notes, les sites des domaines, l’IA… Le sommelier doit plus que jamais raconter une expérience, une histoire. Et bien la vendre !

Qu’est-ce qui distingue un MOF selon vous ?
C’est quelqu’un d’habité par une passion, qui n’impose pas ses choix. Qui offre la découverte en étant subtil. Qui n’a pas de chapelle. Il faut rester ouvert, ne rien imposer, laisser place à la curiosité et permettre la surprise. Surtout, il doit être à l’écoute et transmettre.

Comment abordez-vous cette nouvelle session à la présidence de la classe sommellerie ?
J’ai été heureux de créer cette classe, heureux de mener ces huit sessions depuis 2000. C’est une mission centrale pour moi : se faire l’ambassadeur de la profession, la faire rayonner, même dans la rue quand je porte mon col tricolore. Mais maintenant, il est temps pour moi de laisser la place à un successeur.

Son alarme sonne, l’entretien est terminé. Philippe Faure-Brac est certes président du MOF sommellerie, mais il reste avant tout un homme de terrain. Il doit préparer le prochain service.


Épisode 1 : La sommellerie vise le col tricolore

 

Les vins doux naturels, éloge de la douceur

Photo Fabrice Leseigneur.

Il y a les vins de soif et il y a les vins de culture, l’un n’excluant pas nécessairement l’autre. Les vins doux naturels appartiennent incontestablement à la seconde catégorie. Leur richesse en sucre et en alcool invite d’emblée à la modération. Pourtant, quelle émotion lorsque le temps a fait son œuvre ! Nés à la fin du Moyen-Âge, d’une inspiration géniale attribuée au savant Arnaud de Villeneuve, ils occupent une place à part parmi les curiosités bachiques. Leur secret tient au mutage, opération qui consiste à interrompre la fermentation alcoolique par l’ajout d’alcool vinique à 96 %, qui conserve une part des sucres du raisin et donne à ces vins une capacité rare à traverser les décennies, parfois le siècle. En France, cette pratique reste l’apanage du Roussillon. Deux styles s’opposent en cave, l’un réductif, plus classique, et l’autre oxydatif, plus original. L’élaboration de certaines cuvées frise alors le miracle théologique ou œnologique quand on voit ces bonbonnes ou ces fûts en plein soleil, le vin y affrontant des mois durant les assauts de la lumière, les écarts de température entre le jour et la nuit et le contact permanent avec l’oxygène. La noblesse ultime est atteinte quand les senteurs déploient un rancio très complexe, cette palette profonde que seul un long élevage oxydatif peut révéler. Ces vins jouissent d’une reconnaissance très ancienne. Dès 1936, en compagnie des toutes premières appellations d’origine, Banyuls, Maury et Rivesaltes ont obtenu la fameuse distinction. Les muscat de Rivesaltes et banyuls grand cru viendront ensuite compléter le tableau. Si l’on peut les apprécier à tout âge, c’est dans leur vie de senior que leur génie apparaît. Longuement vieillis avant la mise en bouteilles, les blancs sont qualifiés d’ambrés et les rouges de tuilés, mais après cinquante ans en fût, la couleur ne suffit parfois plus à les distinguer. Les grands vins doux rouges sont issus d’une proportion majoritaire, voire exclusive, de grenache noir. Banyuls et Maury, deux terroirs de schistes, en livrent les expressions majeures : le premier avec une influence saline portée par les brises de la Méditerranée, le second avec des traces de calcaire qui structurent la bouche. En blanc, l’appellation rivesaltes s’impose. Plusieurs cépages cohabitent, mais souvent le macabeu ou le grenache donnent les meilleurs résultats. Sans oublier le fameux cépage muscat, en appellation muscat de Rivesaltes. Souvent présenté comme un vin à boire dans l’année, ce dernier peut, dans ses meilleures cuvées, évoluer vingt ans et davantage, d’un fruité primaire vers une aromatique plus sophistiquée. L’étonnement de l’amateur naît souvent de cette métamorphose. Après trente ou quarante ans, le sucre n’est plus seulement une saveur, il devient matière, texture, soyeux. Il se fond dans l’alcool. Le vin ne goûte jamais sec, mais il accompagne sans embarras des plats salés, notamment les grandes recettes de la tradition française, du lièvre à la royale au canard à l’orange. Ultime mérite de ces vins exceptionnels, les caves du Roussillon regorgent de ces trésors accessibles à des tarifs souvent trop sages pour l’équilibre économique des vignerons. Si cela ne fait pas toujours le bonheur de la filière, au moins que cela fasse celui des amateurs avisés.

 

La dégustation

Banyuls


Cave L’Étoile, Select Vieux 1996, banyuls grand cru

Une incroyable fraîcheur dans ce vin aux parfums encore jeunes d’orange confite et de chocolat au lait, son onctuosité de bouche résonnera avec une crème brûlée. Un équilibre magique, entre finesse et intensité.
96/100 – 61,70 euros


Clos Saint-Sébastien, Le Cœur 1994, banyuls grand cru tuilé

Chocolat chaud, caramel au beurre salé, une texture onctueuse en bouche, la finale chauffe légèrement mais sa gourmandise reprend bien le dessus, avant une conclusion sur des amers de caramel. Expression noble d’un vieux vin doux.
97/100 – 100 euros


Coume del Mas, Hors d’Âge, banyuls grand cru tuilé

Assemblage de trois millésimes chauds, 2009, 2010 et 2011, mis en bouteille en 2024. Une bouche puissante et particulièrement complexe dans sa saveur : sauce soja, café, cacao, épices poivrées, fruits confits, clou de girofle. Un vin de méditation, un vin de plats salés. Un très grand vin de Banyuls.
100/100 – 70 euros


Domaine de la Rectorie, Cuvée Thérèse Reig 2025, banyuls rouge

Un fruité rouge explosif, littéralement, fraise des bois et gelée de cerise, son irrésistible gourmandise le fait l’apprécier sans plus tarder sur une forêt noire. Sa liqueur bien intégrée ne sature pas.
94/100 – 16 euros


Domaine du Traginer, banyuls grand cru tuilé 2019

On aborde l’univers aromatique du chocolat chaud, un jus qui fond en bouche, toujours irrésistiblement gourmand, mais le fruit n’est plus là, les arômes secondaires et tertiaires ont pris le relais. Un accord magique sur un dessert au chocolat. Et surtout une sensation de jeunesse qui va le porter dans le temps.
94/100 – 39 euros


Domaine Vial-Magnères, Rancio très vieux Al Tragou 1998, banyuls tuilé

Il va ravir les amateurs de rancio, avec son puissant nez de noix, de moka, de tabac Havane, de whisky même, incroyablement complexe. La bouche est d’une grande délicatesse tactile, étirée par les amers du café. Longue persistance.
98/100 – 80 euros


Madeloc, Solera Hors d’Âge, banyuls tuilé

Savoureuse expression sur la réglisse, les raisins secs et le moka. Ici le toucher se fait soyeux, se fondant harmonieusement dans la belle liqueur. Bel accord sur un cigare, pour les amateurs.
94/100 – 57 euros


Les Clos de Paulilles 2018, banyuls grand cru tuilé

Vieilli sous bois comme l’impose la réglementation, l’originalité étant que les fûts ont au préalable contenu du cognac ou du whisky. Cela apporte une touche supplémentaire à la complexité aromatique, fruits secs, cacao, pain grillé, avant qu’en bouche une puissante expression poivrée n’emporte la finale.
95/100 – 36 euros

Maury


Mas Amiel, 50 ans d’âge, maury rouge

Assemblage de plusieurs millésimes, minimum 50 ans d’élevage. Un nez puissant, minéral, fumée, suie de cheminée, qui exprime bien les calcschistes de Maury. La bouche est d’esprit sec, avec une finale poivrée, tant ce vin a bien dompté ses sucres.
98/100 – 150 euros


Vignerons de Maury, Cuvée du Centenaire 1910-2010 – Hors d’Âge, maury tuilé

Nez tertiaire bien déployé dans le verre, terre chaude, champignons des bois, caramel, le rancio est bien présent, avec même quelques écorces d’orange propre au terroir de Maury, bouche droite et d’appréciable intensité.
93/100 – 29,50 euros


Domaine Lafage, maury rouge 1974

Malgré ses 50 ans passés en élevage entre cuve béton et vieux foudres, il a préservé sa forte identité et sa structure en bouche impressionnante. Les tannins se fondent en longueur dans la minéralité schisteuse du terroir de Maury. Les parfums de fruits rouges laissent place au café arabica, au cigare Havane. Il goûte mieux légèrement rafraîchi, autour de 16°C.
94/100 – 63 euros

Muscat de Rivesaltes


Cave de Baixas, Château Les Pins 1993

Sans doute l’une des plus époustouflantes réussites pour cette cuvée. Un univers parfaitement floral et oriental, citron vert confit, écorce d’orange, kumquat, gingembre, une touche de cannelle, mais aussi tilleul, verveine, noix fraîche, menthol, verveine citron, la palette fait oublier les 140 grammes par litre de sucre. En bouche le sucre se fond bien, l’acidité est encore présente, c’est long et savoureux, avec de fins amers qui structurent la fin de bouche. Superbe.
96/100 – 84 euros

Rivesaltes


Aimé Cazes, rivesaltes 1989

Un nez fastueux, incroyablement frais grâce à une touche de menthol, derrière les écorces d’agrumes confites prennent le relais, le chocolat blanc. Une onctuosité encore trop marquée pour l’associer à un plat salé, mais à terme il accompagnera le fameux canard à l’orange. Aujourd’hui il se contentera de crêpes Suzette.
100/100 – 89 euros


Arnaud de Villeneuve, Collection 1981, rivesaltes ambré

Mis en bouteille en 2025, on déguste là un très bel ambré, qui glisse en bouche, aux parfums très fins d’amande grillée et de marmelade d’orange. La finale déploie des nuances de bois et de fumée, longue persistance sur le curry vert.
94/100 – 62 euros


Domaine Danjou-Banessy, Rancio 2000, rivesaltes ambré

Mis en bouteille au bout de vingt ans de fût, il n’a pas encore atteint le stade épanoui du rancio, ce qui fait ressortir sa liqueur. Parfums de liqueur de café, gelée de fruits noirs, chocolat, il est gourmand plus qu’épicé.
92/100 – 110 euros


Domaine de Rancy, rivesaltes ambré 1986

La robe commence à bien brunir. Au nez, il déploie des parfums puissants de camphre, de clou de girofle, de muscade, avec un équilibre assez sec. Longue persistance sur le bois sec et les poivres. Grand avenir en bouteille.
95/100 – 55 euros


Domaine Singla, Héritage du Temps 1958, rivesaltes ambré

Un peu marqué par l’alcool, ce qui permet d’atténuer sa saveur sucrée. Du coup il peut accompagner un plat salé, comme un tajine au poulet et citron confit. Sa longue finale est portée par de puissants amers.
96/100 – 95 euros


Parcé Frères, 1982 – 40 ans d’élevage en barrique, rivesaltes ambré

Le nez est gourmand, au fruité blanc et jaune fondant (pêche, brugnon) mais un peu marqué par le bois frais, les épices douces. Agréable, dans le registre attendu, mais avec une ampleur contenue.
92/100 – 40 euros



Portraits, interviews, sélections…, retrouvez l’ensemble du dossier Méditerranée, peuple du soleil dans le nouveau numéro d’En Magnum.

En Magnum #44 est disponible en kiosque et sur notre site ici