Institution de la Bourgogne, la maison Joseph Drouhin a pris une belle initiative en ouvrant les portes de ses caves au grand public. Sans tomber dans le schéma bateau d’une visite de propriété généralement suivie d’une dégustation, son originalité consiste à mêler l’histoire de la région à celle du domaine, les deux étant étroitement liées.
Pour les Drouhin, elle commence en 1880 lorsque Joseph Drouhin décide de donner son nom aux vins dont il a fait le commerce pour en garantir la qualité. Il s’établit à Beaune, la capital des vins de Bourgogne et choisit
la « la maison du Diénat », rue d’Enfer, à deux pas de l’église collégiale Notre-Dame. Elle a appartenu, notamment,
au Duc de Bourgogne. C’est ici que vieilliront les premiers vins signés Joseph Drouhin.

La maison du Diénat

Aujourd’hui, le vignoble Joseph Drouhin comporte 73 hectares en côte-de-nuits, côte-de-beaune, côte-chalonnaise et chablis. Avec environ 90 appellations issues des cépages pinot noir et chardonnay, la Maison propose une découverte des terroirs bourguignons dans les moindres nuances de leur authenticité.
La quatrième génération est à la tête du Domaine. Frédéric, « chef d’orchestre », est président du directoire. Véronique, « gardienne » du style Joseph Drouhin, est œnologue. Philippe est directeur des domaines
(en Bourgogne et en Oregon) et si Laurent est écrivain, il est aussi directeur du marché américain, premier importateur des vins Joseph Drouhin.
Ce sont Frédéric et Véronique que nous avons rencontré ce jour-là. Le premier commence à nous parler du millésime 2012. « Cette année fut un cas d’école pour les jeunes vignerons. On a tout connu. La pluie à la floraison, le gel, la grêle, les maladies. En moyenne, c’est 50% de la vendange en moins. Il faudrait deux grosses récoltes qualitatives pour revenir à des productions classiques ».

Les quatre enfants. De gauche à droite : Laurent, Véronique, Philippe et Frédéric

Après cette introduction, on passe rapidement aux choses sérieuses, ce pourquoi nous sommes venus. La visite des caves, les plus anciennes de Beaune. « On veut donner aux visiteurs une expérience, transmettre une émotion par le biais de nos caves ». Tout d’abord, la cuverie. Autrefois propriété de l’église de Beaune (avec les caves),
Robert Drouhin, le papa, a racheté et restauré l’ensemble en 1961. Nos yeux sont instantanément attirés vers un ancien pressoir dont la maie, c’est-à-dire la table, s’étend sur 16,50 m². Datant de 1570, il est toujours en état de marche et a même été utilisé trois fois ces 33 dernières années. La première en 1980 pour le centenaire de la Maison. La deuxième en 2000 pour vinifier deux cuvées du millésime avec le clos-des-mouches blanc et le clos-des-mouches rouge (ce clos tient son nom de la parcelle où venaient butiner les abeilles des ruches voisines que l’on appelait autrefois « mouches à miel ».) La troisième en 2005 pour créer «l’ouvrée-des-dames », une cuvée dédiée aux femmes de la Maison. « Le pressoir apporte un vin plus structuré, plus tannique, mais avec des fermentations plus longues » explique Frédéric Drouhin. La visite continue. On descend un escalier en colimaçon pour arriver sous la cuverie, dans les caves de la Collégiale, où reposent entre 80 et 120 fûts pendant les périodes d’élevage. La balade continue en passant par une multitude de petites galeries regroupées sous le nom du « cellier des ducs de Bourgognes ». C’est ici que les ducs élevaient les vins de leurs vignobles après les avoir vinifiés.

La cuverie et la cave de la Collégiale

Après ces couloirs sombres et parfois étroits, suit « le cellier des rois de France ». Après avoir été un duché,
la Bourgogne fut rattachée à la couronne de France. Á Beaune les biens ducaux sont devenus royaux. Les rois de France ont alors pris grand soin de leurs vignes ainsi que des vins élevés en leurs celliers. On continue. Les petits couloirs laissent place à une carrière où nous avons dégusté six vins de la propriété ; trois blancs dont un saint-véran 2011, un chablis premier cru 2010 et un morgeot premier cru marquis-de-laguiche 2009. Trois rouges dont un chorey-les-beaune 2011, un chambolle-musigny 2009 et un clos-des-mouches 2010, la cuvée prestige de la Maison. Hormis les vins, c’est le lieu qui est marquant. Dans cette carrière, se trouve une porte inchangée depuis des décennies. Elle ne paie pas de mine, mais possède une histoire émouvante pour toute la famille. « C’est par cette porte que mon grand-père Maurice Drouhin, qui protégeait des résistants pendant la guerre, a fui la Gestapo. Par ce tunnel, il a trouvé refuge aux Hospices de Beaune », nous raconte Véronique Drouhin.

Cellier des rois de France et la porte de la liberté

Dernière étape de cette ballade souterraine, “la cave du Parlement de Bourgogne”. Caveau le plus grand de tous, nous sommes presque à hauteur de rue, face à la Collégiale. Saint-Vincent, patron des vignerons, nous y attend.
De belles voûtes et de larges piliers rectangulaires donnent un aspect majestueux, porteur de tout un pan de l’histoire de la Bourgogne. Pourquoi ? Exactement au dessus se situait la grande salle du Parlement de Bourgogne. Cette instance a joué un rôle politique et surtout judiciaire ; c’était une cour d’appel ayant autorité sur tous les tribunaux seigneuriaux et locaux, assurant ainsi l’unité de la justice dans le duché de Bourgogne.
C’est au sein de cette cave que se trouve l’œnothèque Joseph Drouhin, le lieu de découverte des grands vins de la Maison. On peut y déguster tous les crus mythiques.

La cave du Parlement de Bourgogne

Passionnés d’Histoire et de grands vins, ce circuit est fait pour vous. Deux offres vous sont proposées :
– Les caves ; une découverte personnalisée en fonction des centres d’intérêt de chacun (histoire ancienne, moyen-âge, architecture, œnologie) suivie d’une dégustation de six vins de la maison Joseph Drouhin. Sur rendez-vous,
35 euros par personne.
– L’Œnothèque ; une dégustation de six vins de la maison joseph Drouhin pour 20 euros. Des dégustations thématiques sont possibles sur demande.
L’entrée est libre pour celles et ceux désirant acheter les vins de la Maison.

Pierre Grenié
Photos : Maison Joseph Drouhin

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