Le château Durfort-Vivens (Margaux), deuxième grand cru classé en 1855, s’apprête pour la première fois à vendanger une récolte entièrement cultivée en biodynamie. Cela ne signifie pas que le millésime 2013 portera mention de la décision fondamentale qui a été prise sur ce beau terroir. Le processus est régi par des cahiers des charges exigeants, les démarches auprès des organismes concernés sont en cours et les vins devraient être certifiés à partir du millésime 2016. Mais le fait est là, la conversion d’abord expérimentée sur 7 hectares de vignes est désormais totale. 
A la tête depuis 1992 de cette propriété rachetée en 1961 à Château Margaux par son père Lucien, il y a Gonzague Lurton, le frère de Bérénice Lurton, qui conduit également sa propriété selon les règles de la biodynamie (Château Climens, en appellation barsac). Respect, engagement et préservation d’un bel héritage sont au cœur des investissements qui ont été faits à Durfort-Vivens depuis vingt ans. Il s’est d’abord agi de doter
la propriété d’un outil de production à sa hauteur. En même temps qu’étaient installés un nouveau cuvier et un dispositif de réception de vendange pointu, le chai d’élevage était repensé. Tout était alors en place pour que puisse être explorées la singularité et l’identité du vignoble, parcelle par parcelle.

Gonzague Lurton observe, goûte, sélectionne, élève séparément. Avec les conseils de l’œnologue Jacques Boissenot, fin spécialiste du style unique de Margaux, il approfondit sa connaissance du terroir dont il a la charge.
Il a fallu du temps autant que de la méthode pour arriver à la juste appréciation de la pure maturité du fruit dans chaque partie du vignoble. Ce moment précis où sonne l’heure de la récolte est celui de l’équilibre parfait entre variété, microclimat et sol. Intéressé dès la fin des années 90 par des méthodes de conduite de la vigne respectant les traditions comme l’environnement (en 2000, Durfort-Vivens est «ferme pilote» pour la production intégrée en Gironde), Gonzague Lurton sollicite l’expertise de géologues comme Pierre Béchelet et Jean-Marie Viaud pour mieux comprendre les sols qui nourrissent et caractérisent ses vignes. L’exploration poussée qui est menée éclaire les subtilités qu’il avait constatées sur ses parcelles. Le ramassage comme le tri se font encore plus précis et la configuration des nouveaux cuviers bois et béton se fait sur la base du plan parcellaire. Chaque millésime des années 2000 est une nouvelle opportunité d’affiner la précision des vins et d’affirmer l’identité du cru.

Suivi individuel des parcelles, contrôle des températures et de l’humidité respectueux des équilibres naturels
entre le vin et son atmosphère, climatisation abandonnée au profit d’un système de ventilation utilisant l’air naturel, économie d’énergie… L’équilibre et l’harmonie règnent à Durfort-Vivens, et le pas d’après est naturellement franchi. Ce sera la biodynamie. Gonzague Lurton visite la propriété d’Alain Moueix, Château Fonroque à Saint-Emilion,
un domaine précurseur en la matière. Il goûte ses vins, et ceux de l’association Biodyvin, à l’occasion des primeurs du millésime 2008. La décision est prise et l’aventure commence à Durfort-Vivens en 2009, sur 15 % de la surface exploitée. Conseillée par Alain Moueix, l’équipe du château dans son ensemble prend goût à ces nouvelles méthodes. La vigne encore plus. Minéralité, fraîcheur et pureté, la précision obtenue confirme l’intérêt de l’expérience. Doublée en 2010 puis en 2011, la surface conduite en biodynamie représente près de 70 % du vignoble en 2012. S’il restait encore un doute, ce millésime difficile l’a balayé. Les parcelles en biodynamie ont mieux résisté à la pression sanitaire. Les vendanges 2013 sont attendues avec impatience à Durfort-Vivens. Tout comme la certification qui viendra couronner ces années dédiées à extraire patiemment le meilleur d’un terroir.




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