Domaine Courbet, côtes du Jura 1959, Nevy-sur-Seille

LE VIN :A en juger par le sublime 1959 ouvert lors de mon dernier voyage par Damien Courbet de Nevy sur Seille, et produit par son grand père Vichot-Girod qui fut un des plus éminents vignerons de sa génération, ils n’ont pas tort. Ce type de vin élevé sous voile comme un vin jaune mais un peu moins longtemps (trois à quatre ans au lieu de 6 ou 7) lui ressemble étonnamment après un long vieillissement, avec un somptueux bouquet complexe où le cuir et le musc ne cachent en rien les innombrables nuances de miel, de froment, d’agrumes, de curry, de noix à peine sèche, et surtout une ampleur de texture et une persistance qu’on ne retrouverait avec cette intensité que sur le plus grand des Hermitages blancs du même âge. J’ai retrouvé intactes les émotions de mes dégustations d’il y a vingt ans dans le caveau du regretté Henri Bouvret qui généreusement ouvrait tant d’extraordinaires flacons de sa collection pour marquer à vie la mémoire des jeunes amateurs et journalistes et leur faire comprendre le fossé qui existait entre le potentiel de terroirs extraordinaires et ce qu’en avait fait une génération de producteurs routiniers ou tout simplement incompétents. Dans le cas de la famille Courbet il n’y a rien à craindre de ce genre. Damien a converti son vignoble à la viticulture biodynamique et de ses passages chez Olivier Merlin ou Olivier Zind-Humbrecht le sens du beau et du grand. On attendra avec impatience la mise en bouteille des superbes 2009 qui dorment encore sous leur voile. Et ses dernières mises de côtes du Jura vieilliront certainement avec la même autorité que ce prodigieux 1959.

18/20

CONTACTER LE PRODUCTEUR

LE DOMAINE : La percée du Vin Jaune est devenue une grande messe populaire du vin jurassien, parfaitement rodée, même quand la neige et le verglas viennent s’en mêler comme cette année ! Mais curieusement, et malgré son nom, elle n’a pas contribué autant qu’on aurait pu l’espérer à entretenir le prestige de l’expression suprême de ses meilleurs terroirs, le vin Jaune et notamment son cru le plus réputé, Château-Châlon. Je me souviens parfaitement qu’à ma première visite dans le vignoble, en 1972 j’avais vraiment cassé ma toute jeune tirelire pour m’offrir trois bouteilles de Château-Châlon 1964 à la fruitière de Voiteur, avec tout le respect qu’il fallait rendre au vin préféré du Prince Metternich. Chacune de ces bouteilles valait largement la moitié du prix d’une bouteille de Haut-Brion ou d’un Richebourg. Aujourd’hui 6 clavelins n’égalent pas le prix d’une demi-bouteille de ces prestigieux rouges, même chez les producteurs les plus réputés. Mais au moins grâce à leur modestie ils vendent assez bien leur production, ce qui est loin d’être le cas des plus gros metteurs en marché, les marques d’Henri Maire et celles de la Maison du Vigneron qui bradent leur stock à 16 euros en foire aux vins. Pourtant Château Châlon couvre à peine 80 ha de vignes et moins de 50 produisent en bonne année le fameux nectar ! Les jurassiens qui restent les principaux consommateurs de ces vins préfèrent ouvrir les petits frères de ces vins jaunes, qui sont le plus souvent un assemblage du savagnin, cépage exclusif du vin jaune et de chardonnay, les deux variétés étant plantées dans les mêmes parcelles.

 

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