Œnotourisme : Entre Dordogne et Isle, le Libournais fait vibrer le vin

De Libourne la fluviale à Saint-Émilion la médiévale, de Pomerol la discrète à Fronsac, Francs ou Castillon, plus confidentielles, un vignoble très ancien se révèle, prestigieux et accessible

Porte des vignobles de la Rive droite, cette ancienne capitale du négoce mérite que l’on s’y attarde. Fondée en 1270 au confluent de l’Isle et de la Dordogne, premier port maritime à près de cent kilomètres à l’intérieur des terres, elle a prospéré grâce au vin, au sel et au bois expédiés vers l’Europe. L’ancienne bastide royale anglaise conserve son plan en damier, sa place Abel Surchamp bordée d’arcades où se tient, trois fois par semaine, l’un des plus anciens marchés d’Aquitaine, son hôtel de ville du XVIe et ses quais en pierre où l’on embarque sur les gabares pour remonter au temps des bateliers. Il faut aussi découvrir le musée des Beaux-Arts (L’arrivée au pressoir de Princeteau, Dans les vignes de Reimans), la chapelle royale de Condat, bijou gothique, les croisières-dégustation. Le soir, en terrasse sur les quais, on effeuille les vins du Libournais face à la lente confluence des deux rivières. Une entrée en matière savoureuse avant de filer vers Saint-Émilion, Pomerol, Fronsac ou les côtes voisines, en voiture, à vélo ou en wine tour sur mesure (orchestrés par l’office de tourisme du Libournais).

Retrouver Saint-Émilion, vignoble star et paysage Unesco
La star de la région attire chaque année un million de visiteurs. Perchée sur son éperon calcaire, la cité médiévale regarde son vignoble mythique s’étendre sur 5 400 hectares. La juridiction (huit communes formant un paysage culturel viticole), classée à l’Unesco, aligne dix-sept monuments historiques : tour du Roy, église collégiale et cloître, Grandes Murailles, Palais Cardinal, porte Brunet, sans oublier, l’église monolithe, véritable trésor creusé dans le calcaire blond. Du haut du clocher, le vignoble se lit comme une carte géologique à ciel ouvert, tout en pentes douces et terrasses calcaires, jusqu’aux berges de la Dordogne.​ Le grand Saint-Émilionnais, avec ses 85 propriétés viticoles classées, quelques 200 kilomètres de carrières souterraines, ses moulins de Calon (à Montagne) et son menhir de Pierrefitte offre une alternance captivante de tertres et lavoirs. Il peut se parcourir à pied, en suivant l’un des trente circuits de randonnée, ou sur la « véloroute des Pèlerins », avec des haltes de choix : visites souterraines de la cité, chais spectaculaires, écoles du vin, écomusée (Château Petit Faurie de Soutard).

Se glisser à Pomerol, dans un luxe discret
À l’est de l’Isle, l’autre vedette de la région cultive l’art de la discrétion. À l’échelle d’un vignoble, Pomerol est minuscule (moins de 800 hectares), à celle de la légende, ses crus font rêver la planète entière, de Petrus à Cheval Blanc, de La Conseillante à L’Évangile. Ici, pas de décor médiéval, mais un plateau doucement ondulé, à peine quarante mètres d’altitude, intimiste. Une forme de Bourgogne bordelaise, où chaque rang de merlot raconte un climat. Les domaines se devinent, derrière grilles, allées de cyprès, chartreuses basses, avec leurs clos secrets et chais contemporains visitables sur rendez-vous. Pomerol n’affiche pas de monument phare ; son patrimoine se lit en creux, du lavoir de Catusseau réhabilité à l’église Saint-Jean reconstruite au XIXe siècle. À proximité, sa maison des vins joue les passeurs, avec ouvrages de référence et belle sélection de crus vendus à prix propriété. Au-delà du ruisseau de la Barbanne, limite nord de l’appellation, Lalande-de-Pomerol avance en cousine très proche, offrant une lecture plus accessible, et tout aussi sérieuse, du style Rive droite.

S’aventurer sur des chemins plus secrets
À côté des têtes d’affiche, Fronsac, Castillon, Francs révèlent un Libournais plus confidentiel. Au nord-ouest de Libourne, Fronsac surplombe les vallées de l’Isle et de la Dordogne offrant un paysage viticole classé parmi les plus beaux du Bordelais. Des sentiers balisés – dont la boucle du tertre de Fronsac – y serpentent autour des vignes juchées sur des coteaux entaillés de combes. Castillon-la-Bataille prolonge la promenade entre plateaux de vignes et ports fluviaux et y mêle des parfums d’histoire : la bataille de 1453, qui mit fin à la guerre de Cent Ans, y est reconstituée chaque été. Plus au nord, Francs déroule 500 hectares de vignobles ourlés de chais adossés aux maisons de pierre, de lavoirs et de croix de chemin, autant d’invitations à multiplier les haltes chez les vignerons en bio ou biodynamie, passés maîtres dans l’art des visites, ateliers et micro-cuvées à déguster sur place.

Vivre le vignoble autrement, entre photo, philo et surf
Outre les week-ends portes ouvertes dans les propriétés et les fêtes des vendanges, le cœur de la région bat au rythme de grands rendez-vous récurrents. À Pomerol, la quinzième édition du Printemps photographique investira le vignoble (26-28 mars) tandis que la troisième édition de L’Épaulée libournaise rassemblera vignerons et visiteurs sur les quais et dans le centre-ville de Libourne (15-16 mai). Fin juin, fête de la musique et festival Confluence animeront les rives de la Dordogne et de l’Isle. Saint-Émilion joue une plus éclectique partition avec son désormais classique marathon (Les vins kms, 12 avril) et ses festivals Biotope, organisé cette année autour du thème « Vivants ?! » (15-19 mai), et Philosophia, qui explorera la notion d’intelligence (29-31 mai). À Fronsac, le festival de musique et spectacles vivants Confluents d’Art se déploiera au château de La Rivière (3-4 juillet). Enfin, aux grandes marées d’équinoxe, le mascaret, vague spectaculaire qui remonte la Dordogne, attire surfeurs et paddles, rappelant que le fleuve transporte depuis toujours l’écume de l’océan jusqu’au pied des vignes.

 

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Château de La Dauphine

Il y a des lieux qui portent leur nom comme un parfum ancien. La Dauphine, justement. Vers 1750, Marie-Josèphe de Saxe, épouse du Dauphin et mère de rois, y fit halte, séduite par cette boucle de Dordogne. Avant elle, Richelieu, acquéreur du duché de Fronsac en 1634, y puisait déjà les vins destinés à la cour de Versailles. Aujourd’hui, la famille Labrune veille sur 66 hectares de merlot et de cabernet franc conduits en biodynamie. L’hiver, les brebis tondent la vigne. Aux beaux jours, les abeilles noires butinent dans le parc. Dans ces lieux salués par six trophées Best of Wine Tourism en dix ans (pour l’architecture paysagère, la qualité de la table, la valorisation des pratiques environnementales, l’accueil, etc.), on devient suzerain le temps d’un instant. Celui de flâner dans les jardins, le potager, le verger truffier ; de s’émerveiller devant un copalme tricentenaire ; de sillonner le domaine, de la vigne à la cave où naissent des fronsacs délicatement corsetés mêlant velours et puissance. Puis vient le déjeuner dans les salons d’époque. Ou le pique-nique en haut d’un coteau, face au panorama ouvert sur Fronsac.
Le + : Visites classique (parc, vignoble, chais), privilège, assemblage ou patrimoine, soit une balade en Citroën 2CV et une dégustation accompagnée de spécialités régionales (rillettes de lamproie, beurre de truffe, etc.). Cocktails et déjeuners.
Château de La Dauphine
5, rue Poitevine, 33126 Fronsac
Tél. : 05 57 74 06 61
chateau-dauphine.com


Château Dassault

Ici, on ne parle pas d’atterrissage en douceur, mais de trajectoire maîtrisée. Le domaine naît en 1862 sous le nom de Couperie. En 1955, Marcel Dassault en prend les commandes, « sur un coup de cœur ». Il modernise, replante, rebaptise. La montée en puissance est rapide. En 1969, le château devient grand cru classé de Saint-Émilion. Le vignoble s’étend aujourd’hui sur 39 hectares d’un seul tenant. L’orientation nord joue les régulateurs de vol, préservant fraîcheur et équilibre face aux étés brûlants. Certifié HVE3 et Bee Friendly, le domaine fonctionne comme un écosystème précis : haies bocagères, jachères, couverts végétaux, vergers haute-tige, pépinière conservatoire et présence régulière de doctorants-chercheurs. Inauguré en 2022, le nouveau chai en béton et acier affiche une rigueur presque aéronautique. Mur vitré, poutrelles évoquant les nervures d’ailes, vinifications parcellaires et espace consacré à la recherche. À l’étage, une salle de dégustation avec terrasses surplombe le vignoble et une sculpture en acier corten de Bernar Venet. Si les visites se font uniquement sur rendez-vous, les projets œnotouristiques à venir promettent d’ouvrir de nouveaux horizons.
Le + : Visites en petit comité et sur mesure, avec le maître de chai, le chef de culture, et même Valérie Febve, directrice générale. Balade dans le vaste parc classé abritant un étang bruissant de vie.
Château Dassault
971, route de Peyreau
33330 Saint-Émilion
Tél. : 05 57 55 10 00
dassaultwineestates.com


La Maison Cardinale

Proposition créative, cette adresse fait vibrer le vin d’une énergie nouvelle sous la houlette de Caroline et Ludovic Decoster. Les saint-émilion grand cru Château Fleur Cardinale (classé) et Château Croix Cardinale y sont réunis autour de l’exigence et du sur-mesure, érigés en principes cardinaux. Pas de vieilles pierres ici, mais une maison de verre et de lumière posée au milieu des rangs et une grande terrasse pour déjeuner ou savourer un verre sous le ciel bleu. Tout au long du parcours, le vin dialogue avec d’autres arts : musique, photographie, arts de la table et porcelaine sculpturale de Nadège Mouyssinat, clin d’œil à l’épopée familiale débutée à Limoges. La visite dite mélodique fait goûter quatre millésimes au rythme de quatre chansons d’un même groupe de rock ; l’extraordinaire entraîne dans un couloir sensoriel avant un dîner d’initiés ; la panoramique confie un polaroïd et le vignoble pour décor ; enfin, la secrète dévoile les coulisses de l’élaboration via la réalité virtuelle. Chaque expérience sonne comme un morceau que l’on a envie de remettre sur lecture.
Le + : Deux formules de restauration, décontractée (cuisine familiale et deux vins de la propriété) et gastronomique, servie dans la précieuse porcelaine de famille. Sur réservation.
La Maison Cardinale
48, chemin de Champy,
33330 Saint-Étienne-de-Lisse
Tél. : 05 57 40 14 05
lamaisoncardinale.com


Château Pavie

Depuis plus de vingt ans, la famille Perse façonne à Saint-Émilion un écosystème d’excellence où dialoguent un premier grand cru classé A, une table doublement étoilée et un hôtel 5-étoiles Relais & Châteaux. Sur la place du clocher, l’hôtel de Pavie domine toits de tuiles romanes et vignes classées à l’Unesco. À moins de deux kilomètres, la visite de la propriété éponyme explore les secrets de la fameuse côte (plateau calcaire, côte argilo-calcaire, pied de côte sablo-argileux) au fil de diverses expériences baptisées Découverte, Origines, Iconique et Trilogie (2010, 2005, 2000). De retour au village, La Table de Pavie pousse le curseur gastronomique. Signée Yannick Alléno, exécutée par Sébastien Faramond, la cuisine fait de la vigne son langage. Le printemps marque le retour du menu Empreinte végétalisée : légumes, racines, tiges, feuilles et autres fleurs travaillés comme des cuvées entre fermentations, extractions et jus tendus. Les accords posent la touche finale, servis par près de 700 références, à dominante Rive droite. On dîne face au paysage, puis on rejoint sa chambre dans le silence minéral des vieilles pierres. Service millimétré, bar panoramique, luxe feutré. Pavie ne promet pas le rêve, il l’organise. Et en maîtrise chaque détail.
Le + : Vélos électriques à disposition. À deux pas de l’hôtel, L’Envers du décor, adresse bistronomique de la famille Perse avec cheminée, comptoir et terrasse-jardin accolée aux murs de l’église collégiale.
Hôtel de Pavie
5, place du Clocher, 33330 Saint-Émilion
Tél. : 05 57 55 07 55
hoteldepavie.com


Château Faugères

Posé comme un vaisseau de pierre sur son amphithéâtre argilo-calcaire, le chai cathédrale de Faugères défie à la fois le temps et les regards. Conçu par l’architecte suisse Mario Botta, il semble avoir jailli du sol pour mieux dominer les 42 hectares de vignes. Là, alignés en rangs serrés, les merlots et les cabernets s’épanouissent sur un terroir d’exception. Plateau calcaire, coteaux argilo-calcaires en cirque, expositions sud-est et drainage naturel, la nature a dessiné un écrin parfait. Vingt ans après son acquisition, Silvio Denz, homme d’affaires suisse, propriétaire de la cristallerie Lalique, en a fait un chef-d’œuvre de précision. « Un domaine, ça se visite, ça se goûte, mais surtout, ça se vit », résume-t-il. La visite Prenons de la hauteur en est l’illustration parfaite : une odyssée verticale, du cuvier aux secrets de l’élevage en barrique, jusqu’au belvédère, où l’on découvre une vue à couper le souffle. Pour les amateurs d’exclusivité, les propositions nommées À la découverte du joyau et L’Essence de Péby vont encore plus loin : entre barriques et showroom Lalique, un atelier sensoriel inspiré de la parfumerie révèle les secrets des arômes.
Le + : Boutique Lalique. Atelier Merlot et parfumerie dans le chai de Péby Faugères (avec lequel Faugères partage un amphithéâtre naturel), sur réservation uniquement, imaginé en concertation avec une nez de chez Lalique.
Château Faugères
Lieu-dit Faugères, 33330 Saint-Étienne-de-Lisse
Tél. : 05 57 40 34 99 ou 07 77 88 31 83
vignobles-silvio-denz.com


Château Beauregard

Sur le plateau sud-est de Pomerol, la chartreuse girondine se mire dans ses douves, flanquée de deux pigeonniers, comme figée au siècle des Lumières. L’histoire a pourtant commencé bien plus tôt. Au XIIe siècle, les chevaliers hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem cultivent déjà ces terres, dont la croix templière est devenue l’emblème. Le manoir du XVIIe est remplacé à l’époque napoléonienne par la chartreuse actuelle, un modèle au point d’inspirer les Guggenheim qui en firent une réplique à Long Island. Au XVIIIe siècle, Beauregard se consacre pleinement à la vigne et gravit patiemment les marches de l’excellence pomerolaise. La renaissance menée en 2014 par les familles Moulin et Cathiard respecte l’âme de ce lieu. Architecture préservée, parc dominé par un cèdre centenaire, trente-cinq parcelles conduites en bio, parfois au cheval, et chai de précision tout en béton et gravité où naît un grand merlot racé, Beauregard se découvre aujourd’hui à pas feutrés, le temps d’un déjeuner ou d’un plus long séjour dont la qualité a été récompensée d’un Best of Wine Tourism.
Le + : Cinq chambres (deux nuits minimum) et une table d’hôtes inspirée (thon rouge mi-cuit aux herbes, asperges des Landes au lard noir, filet de bœuf grillé aux sarments, desserts de printemps tout en finesse).
Château Beauregard
73, rue de Catusseau, 33500 Pomerol
Tél. : 05 57 51 13 36
chateau-beauregard.com


Château Bonalgue

Au fronton de la chartreuse, les armoiries du régiment du capitaine Rabion veillent encore. Ce vétéran de la Grande Armée napoléonienne a laissé ici l’empreinte d’un pomerol discret. Fondé au XIVe siècle par les Bonalgue, le domaine prend sa forme actuelle en 1801, comme l’attestent des cahiers de la Révolution. Depuis 1926, il appartient à la famille Bourotte-Audy, qui fête cette année le centenaire de son acquisition, avec notamment une visite spéciale. Cet héritage se partage aussi avec la Pause Bonalgue, dégustation comparée de trois vins sous les cèdres du Liban bicentenaires et la visite Initiation, qui mène des rangs de vigne aux chais via les ruches du domaine. Plus immersive, la proposition Découverte des sens s’achève par une dégustation dans le noir absolu. L’atelier Mix & Drink bouscule les codes en glissant le vin dans des cocktails. Enfin, le déjeuner sur l’herbe déroule ses nappes et paniers gourmands au pied des ceps. L’étape peut se transformer en séjour dans l’une des trois chambres ouvertes sur les parcelles avec, au réveil, un petit-déjeuner de saison, confitures et miel maison. Dans ce havre familial, le temps suspend son cours, porté par la noblesse discrète de Pomerol.
Le + : Visite des cent ans. Dégustation dans le noir. Sur demande, visite du domaine Clos du Clocher et de sa cave privée abritant une collection de millésimes depuis 1924 (année de sa création par un aïeul de la famille).
Chateau Bonalgue
24, rue de Bonalgue, 33500 Libourne
Tél. : 09 50 52 97 73 ou 07 57 40 59 39
domainesbourotteaudy.fr


Château de Ferrand

Marcel Bich, père du stylo Bic, s’empare en 1977 de ce domaine pour y laisser courir son imagination, et ses millésimes. Aujourd’hui sa fille Pauline Bich Chandon-Moët et son mari y perpétuent son audace créative. À l’entrée, une œuvre de Julien Gudéa, Capuchon Mordu, salue le visiteur, tandis que le salon de dégustation s’anime des paysages de la propriété tracés au Bic Cristal par Alexandre Doucin. L’orangerie et son espace dégustation, conçus par Patrick Jouin et Sanjit Manku, prolongent ce dialogue entre contemporain et XVIIIe siècle. La découverte du vin se dessine d’un trait élégant : verticale du grand cru classé de Saint-Émilion, apéritif face au feu de la cheminée sculptée, dîner où chaque plat épouse son millésime. On regagne ensuite l’une des trois chambres, face au parc ou à la cour d’honneur, bercée par les arbres centenaires. Le matin, petit-déjeuner de saison avec miel et produits locaux. Nouveauté du printemps 2026, l’atelier mets & vins révèle quatre millésimes sous un angle gourmand. Dans cet univers aux quatre couleurs (vin, art, art de vivre et nature), précision du geste et goût du beau tracent les contours de chaque expérience.
Le + : Collection familiale de près de 200 œuvres d’artistes internationaux créées avec ou inspirées par le stylo Bic. Boutique.
Château de Ferrand
339, allée de Saint-Poly, Saint-Hippolyte, 33330 Saint-Émilion
Tél. : 05 57 74 47 11
chateaudeferrand.com


Château Grand-Corbin Despagne

Plus de deux siècles et sept générations façonnent Grand Corbin Despagne, aujourd’hui porté par François Despagne : « Habiter sur la terre où mes ancêtres ont créé ce cru est une fierté, un honneur, une responsabilité ». La vigne, il l’observe et l’accompagne avec minutie : 53 identités culturales, étudiées selon les sol, porte-greffe, âge des vignes ou contraintes hydriques, cultivées en bio depuis 2010 et pour certaines en biodynamie depuis 2021. Les visites (classique, privilège, privatives) et ateliers thématiques livrent un panorama complet des vins de Bordeaux et de « la grande aventure de l’agriculture biologique » du domaine. Cycle physiologique de la vigne, dégustations horizontales (trois vins d’un même millésime issus de terroirs différents, grand vin et second vin) et verticales (en quatre millésimes), initiation aux arômes, découverte des cuviers, des chais à barriques et enfin de l’œnothèque familiale où reposent les millésimes depuis 1926. Un héritage familial, pleinement vivant.
Le + : Pour une exploration complète, atelier Légende d’une journée avec un déjeuner au château (initiation à la dégustation, assemblage, verticale avec des vieux millésimes jusqu’à trente ans, horizontale avec les autres crus familiaux).
Château Grand-Corbin Despagne
1677, route des Corbin, 33330 Saint-Émilion
Tél. : 05 57 51 08 38
grand-corbin-despagne.com


Château Tessendey

Depuis 1972, le château Tessendey est aux mains de la famille d’Arfeuille, à l’origine de son essor progressif. Mais l’histoire familiale en Libournais est bien plus ancienne. Depuis le XVIIIe siècle, elle veille sur des propriétés emblématiques de Fronsac à Pomerol et développe un négoce sur les quais de Libourne. Martine d’Arfeuille sera même co-gérante et actionnaire du château Cheval Blanc jusqu’en 1998. En 2012, Arnaud d’Arfeuille reprend Tessendey avec son frère François, restructure les parcelles et affine les élevages. Le vignoble s’étire sur huit hectares d’argiles et de calcaire sur les hauteurs de Saillans, à moins de dix kilomètres de Fronsac. Pousser la grille n’est pas faire une simple visite (sur rendez-vous), c’est entrer dans l’univers d’une famille qui vit sa terre. La balade commence par le vignoble et ses terroirs, se poursuit à pied ou en quad vers les parcelles les plus reculées, puis entre chais et barriques, pour se conclure autour de trois millésimes et d’un vin de France inédit, produit à seulement 3 000 bouteilles. Fruité et joyeux, « Le merlot qui fait gloups”.
Le + : La découverte de Tessendey peut se prolonger, guidée par le propriétaire, au château La Serre, joyau calcaire de sept hectares, véritable incarnation de l’élégance fronsacaise.
Château Tessendey
33141 Saillans
Tél. : 05 57 84 32 26 – 06 82 44 10 97
chateautessendey.com


Savourer

Restaurant du Grand Barrail

Ici, l’Orient se glisse à pas feutrés. Dès l’entrée dans la salle à manger mauresque, le voyage commence. Boiseries sculptées, vitraux colorés et accents orientalistes dialoguent avec élégance. Cet exotisme est pourtant né sur ces terres. En 1902, René Bouchart, brasseur-malteur, fait bâtir le château pour sa future épouse et demande à l’architecte d’y recréer l’atmosphère de ses voyages d’affaires en Tunisie. Par les fenêtres, les rangs de vignes nous ramènent sans détour au cœur du Libournais. La cuisine aussi, le terroir faisant office de boussole pour le Bordelais Quentin Merlet, passé chez Jean Ramet, au Relais de Margaux et au Royal Champagne (Épernay). À midi, il met le cap vers la bistronomie ; le soir, il s’oriente vers une gastronomie plus ambitieuse : volaille fermière de Bignac, lamproie du Cabestan, alliances terre-mer fumées au sarment de vigne et légumes invités jusque dans les desserts. C’est précis, gourmand et toujours prêt à décaler les repères. Solidement ancrée à Saint-Émilion et dans le Libournais, la carte des vins mêle grands châteaux, crus classés et domaines plus confidentiels. Aux beaux jours, la terrasse prolonge l’expérience face au parc et aux vignes, dans une douceur suspendue.
Le + : Hôtel cinq-étoiles de quarante-six chambres, dont neuf installées au sein du château (lits à baldaquin). Bar à vin, spa by Sothys, piscine chauffée extérieure, trois hectares de parc.
Château Hôtel Grand Barrail
3343, route de Libourne, 33330 Saint-Émilion
Tél. : 05 57 55 37 00
grand-barrail.com


Les Belles Perdrix

Sur le point culminant de Saint-Émilion, cette table étoilée (et étoilée verte) d’un premier grand cru classé (Troplong Mondot) fait chanter les coteaux. Ici, on ne dîne pas, on décolle, avec les menus Moment suspendu, Échappée belle et L’Envol. Avant la première bouchée, on file à bord d’un vieux Land Rover à la découverte du domaine, entre parcelles ceinturées de haies, murs de pierre sèche et chevaux au travail, jusqu’au cuvier flambant neuf.  « Notre philosophie ? Faire parler le terroir, du sol à l’assiette », confie le chef David Charrier, passé par les restaurants de Patrick Jeffroy (Carantec) et Thierry Drapeau (Vendée). Son inspiration puise dans le potager en permaculture de 6 800 m² et un réseau de producteurs situés pour l’essentiel à moins de trente minutes du domaine. Asperges croquantes du moment, turbot Ikéjimé (gelée, petits pois, salicorne, coques, émulsion) et desserts végétaux d’Adrien Salavert sont accompagnés par les vins du domaine servis sur plusieurs millésimes. Envie de prolonger ? Voici Les Clefs, maison d’hôte ouverte sur les vignes et les couchers de soleil. On s’installe et on rêve de ne plus redescendre.
Le + : À partir de mai, visite de la propriété et pique-nique signé David Charrier. La Petite Perdrix, à Saint-Émilion, où retrouver viennoiseries, pains et desserts d’Adrien Salavert.
Château Troplong Mondot
505, route de Mondot, 33330 Saint-Émilion
Tél. : 05 57 55 38 28
troplong-mondot.com


Le Dépôt

Dans l’ancien dépôt central de la presse de Libourne, c’est le goût qui fait désormais la une. Derrière le comptoir, en prise directe avec la salle, le chef Stéphane Casset (qui officie également au restaurant Le Jardin du château Petit Faurie de Soutard) et son équipe mettent à la page produits de saison et inspirations du jour. À midi, un menu entrée-plat-dessert, lisible et net, distille juste ce qu’il faut de créativité. Le soir, les produits sont « remis en jeu » pour de petits ou grands plats à partager (ou pas), du tataki de bœuf aux poissons de saison. La salle, à l’esprit industriel, mêle formica vintage et chaises dépareillées, aussi brute et vivante que la cuisine. On se lève pour aller débusquer, dans la cave ouverte et en libre-service, les parfaits compagnons de ces saveurs franches et directes. À portée de verre, pas moins de 150 références, dont 60 % sont locales, 30 % d’autres régions et 10 % d’ailleurs. Ce nouveau rendez-vous d’œnotourisme urbain permet de goûter, choisir, échanger et même de repartir avec le vin coup de cœur du moment. Par exemple, un fronsac du domaine de la Placette, micro-cru de 43 ares planté du seul merlot ou un côtes-de-bourg Roc de Cambes, pépite signée François Mitjavile.
Le + : Ouvert non-stop de 10 heures à 23 heures.
Le Dépôt
7, rue Jean Jaurès, 33500 Libourne
Tél. : 05 33 09 09 90


Le Ponton

Posé sur pilotis au-dessus de la Dordogne, voilà un havre amarré au bon endroit. L’eau file sous les lattes, la lumière danse sur le fleuve, la terrasse prend des airs de guinguette dès les beaux jours et le soleil couchant donne envie de refaire le monde, ou au moins d’ouvrir une bonne bouteille. Depuis un an, Kevin et Sandra, amis d’enfance ont repris la barre de cette adresse emblématique (ex-Le Bord d’eau) où convivialité et générosité coulent de source autour de produits frais, bien choisis et accompagnés d’une sélection de fronsacs et autres bordeaux servis à des prix qui ne noient pas l’addition. La cuisine vogue entre terroir et ailleurs : tapas marins, plats canailles ou revisités, frites sauce goma, tout invite au voyage sans quitter la rive. Et puis il y a les desserts : crème brûlée, brioche tiède au caramel beurre salé, pavlova aux fruits, pour le plaisir de rester à quai un peu plus longtemps.
Le + : Soirées musicales, avec DJ sets ou concerts folk qui confortent l’ambiance festive au bord des flots. Terrain de pétanque l’été.
Le Ponton
5, Poinsonnet, 33126 Fronsac
Tél. : 09 79 49 79 22


Le Dix-Sept

Sous la houlette d’Anna Houston et Michael Nunan, chaque repas devient un terrain de liberté où les envies et les convives guident les assiettes. Parmi les formules phares, Du marché à la table voit Michael, ancien chef à domicile, renouer avec sa créativité en mitonnant ce que les clients lui apportent. Dans le même esprit, Table privée invite à choisir ses ingrédients avant de lui laisser les rênes d’une interprétation en direct. À ce principe d’improvisation maîtrisée s’ajoutent un menu du jour hebdomadaire et une carte mensuelle. Avec Anna, ça twiste dans les verres : merlu de ligne du Golfe de Gascogne au beurre blanc avec la cuvée Astéries (100 % chenin) du vignoble Jean-Yves Millaire à Fronsac ; pintade aux fèves, asperges et fines herbes sur le blanc du château Vieux Taillefer. On s’installe dans la salle intimiste d’une trentaine de couverts ou, aux beaux jours, sur la terrasse ouverte sur la place Abel Surchamp, cœur vibrant de la bastide, entre ses arcades ombragées et son célèbre marché.
Le + : Terrasse stratégique avant ou après le marché qui se tient le mardi, vendredi et dimanche.
Le Dix-Sept
17, rue Thiers, 33500 Libourne
Tél. : 05 57 84 39 43
ledixsept.fr


Séjourner

Boutique-hôtel Badon

Chai situé en plein cœur de la cité médiévale de Saint-Émilion, berceau des vins de garage qui vit naître les premiers millésimes de Château Valandraud, le lieu est aujourd’hui le fief du très confidentiel Clos Badon-Thunevin. Dans ce décor chargé d’histoire, ce boutique-hôtel a trouvé naturellement sa place, adossé au domaine, comme une adresse à part. Classé 4-étoiles, il déploie une élégance contemporaine, sobre et chaleureuse en seulement sept chambres, pensées comme des cocons de confort, climatisées et équipées avec soin (machine à café, bouilloire, peignoirs et chaussons). Une chambre PMR en rez-de-chaussée, des chambres doubles, une triple, chaque espace traduit la même attention personnalisée. Le matin, le petit déjeuner buffet invite à ralentir, à savourer l’instant. L’équipe cultive une hospitalité sincère, presque familiale, à l’image de cette maison profondément ancrée dans le monde viticole. Bien sûr l’esprit du domaine accompagne le séjour et l’expérience se vit au plus près : visites privées du clos Badon-Thunevin, dégustations à la barrique ou à travers les millésimes, découvertes sur mesure de Valandraud. Une bonne étape, au sens noble, pour comprendre le Libournais autant que pour l’habiter.
Le + : Bocaux et snacking (terrines, tartinades de légumes, plats cuisinés, desserts) en libre accès avec micro-ondes et vaisselle pour dîner sur place. Wine boutique au pied de l’hôtel.
Boutique-hôtel Badon
8, rue de la Porte Bouqueyre, 33330 Saint-Émilion
Tél. : 05 35 37 16 60
badonboutiquehotel.com


Château de La Rivière

Sur les hauteurs de Fronsac, sa silhouette princière domine la vallée. Panorama sur la Dordogne et ses 65 hectares de vignes, architecture spectaculaire : le décor est saisissant. À partir de juin, le château rouvre ses chambres d’hôtes, entièrement rénovées pour un supplément de confort sans rien céder à l’âme du lieu. Dormir à La Rivière, c’est entrer dans une histoire longue. Édifié au XVIe siècle sur les vestiges d’un ancien camp fortifié carolingien et remanié au fil des siècles, le château conserve une majesté maîtrisée, propice au calme. Les cinq chambres, dans le corps principal, jouent sur l’espace et la lumière : beaux volumes, atmosphère feutrée, vues sur le parc ou la vallée. Le réveil se fait lentement, porté par le silence du vignoble. Autour, un vaste parc arboré prolonge la sensation d’isolement choisi, tandis que la piscine, discrètement intégrée, devient un refuge quand la douceur d’installe. Le séjour se complète d’une immersion viticole remarquable. Près de 28 hectares de caves troglodytes, creusées au XIXe siècle, abritent quelques 700 000 bouteilles. Taillées dans la roche et traversées par une source naturelle, ces galeries offrent un cadre unique pour un escape game où l’histoire, l’imagination et la dégustation se répondent.
Le + : Visites guidées (chapelle, bain des Dames), dégustations commentées, parcours à la bougie. Festival Confluent d’arts les 2, 3 et 4 juillet, pluridisciplinaire (conte, théâtre de, rue, art plastique, concerts).
Château de La Rivière
Rue Goffre, 33126 La Rivière
Tél. : 05 57 55 56 56
chateau-de-la-riviere.com


Château Soutard

Au bout d’une majestueuse allée de tilleuls, la chartreuse impose sa silhouette XVIIIe, flanquée de ses ailes XVIe, écho des fermes bordelaises d’autrefois. Lavoir, jardin potager, basse-cour, four à pain, pigeonnier, tout rappelle l’autarcie et les privilèges d’antan. Aujourd’hui, chacun peut y vivre une parenthèse intemporelle. Trois chambres, de la suite Oberkampf aux charmantes Polonaise et Aux Oiseaux, déploient lits généreux, salles de bains spa et vues sur le domaine. Au restaurant Le Jardin, Stéphane Casset sublime produits du potager et du marché, accompagnés de plus de 500 vins, entre crus du domaine et découvertes du monde. Dîner, regarder le soleil se coucher sur Saint-Émilion, verre à la main, entouré par trente hectares de vignes. Puis regagner sa chambre. Le séjour devient un rituel, entre patrimoine et gastronomie. Le printemps révèle ses surprises : nouvelle boutique, visite « universelle » des trois propriétés de la Mondiale Grands Crus (Soutard, Larmande, Petit Faurie) et un murder game qui traverse toutes les pièces (Mystère à Soutard). Une autre façon de découvrir le château, jusque dans ses secrets les mieux gardés.
Le + : Visites et dégustations à la carte. Parcours nature, découverte de l’agroécologie. Jeu de piste et location de vélo, pique-nique. Exposition des outils de l’ancien écomusée de Montagne au cœur du château Petit Faurie de Soutard.
Châteaux Soutard et Petit Faurie de Soutard
33330 Saint-Émilion
Tél. : 05 57 24 71 41
chateau-soutard.com


Château La Fleur de Boüard

À Néac, la Dordogne et l’Isle se frôlent, diffusant une douceur propice à l’éclosion précoce de la fleur de vigne. Ce qui a inspiré le nom de ce château, devenu figure de proue de Lalande-de-Pomerol sous l’œil attentif d’Hubert de Boüard (Angélus). Aujourd’hui, le domaine ne se contente plus de recevoir, il accueille. Deux maisons indépendantes offrent jardin, spa, cheminée et piscine, pour profiter des lieux à son rythme. Trois chambres occupent un pavillon de verre voisin du chai à barriques, face aux rangs de merlots. Terrasses ombragées, jardins soignés, l’ensemble compose un cadre serein, conçu pour la déconnexion. À table, une cuisine de saison accompagne les vins sans chercher à leur voler la vedette. Les visites prennent un tour inattendu avec Le Chai de lumière, immersion numérique dans les civilisations du vin conçue avec Cutback, déjà à l’œuvre aux Bassins des lumières à Bordeaux. Le chai réserve un autre spectacle inédit : ses 28 cuves tronconiques suspendues semblent flotter dans l’espace, exploitant le travail par gravité. La cave et son bar à vin (huîtres du Bassin, crustacés en saison, terrines, fromages) prolongent cette attention au détail. Discrètement, cette fleur a fleuri, pour notre seule joie.
Le + : Restaurant (formule entrée, plat, dessert) et bar à vin avec terrasse arborée. Ateliers d’assemblage, masterclass, visites thématiques et ateliers de dégustation. Promenades dans les vignes.
Château La Fleur de Boüard
12, route de Bertineau, 33500 Néac
Tél. : 05 57 25 25 13
lafleurdebouard.com

 

 

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