La nouvelle est tombée, brutale, au petit matin, le dimanche 1er février. Pierre Trimbach a succombé à un tragique accident de voiture. Les jours qui suivent vont paraître longs dans le vignoble alsacien, et même au-delà, tant le personnage était respecté dans la région et, plus largement, dans le métier. Né en 1956, Pierre Trimbach s’apprêtait à passer le cap des 70 ans en juin. Il avait rejoint la maison familiale après des études de viticulture-œnologie à Beaune, à la fin des années 1970, avant d’en devenir, dès 1979, le directeur technique en charge des vinifications et, plus largement, de tout ce qui permettait de rendre les vins meilleurs. Sous son impulsion, la maison Trimbach s’est considérablement développée, acquérant des dizaines d’hectares de vignes idéalement situées, principalement en grands crus (Brand, Mandelberg, Schlossberg, etc.), pour atteindre aujourd’hui 70 hectares en propre. Son dernier chantier d’importance aura été la conversion à la culture biologique certifiée, tant pour les vignes du domaine que pour les achats de la maison.
Pierre s’est toujours investi dans les structures professionnelles, intégrant en 1979 les instances dirigeantes du syndicat des négociants d’Alsace. D’aucuns le voyaient un jour présider le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (CIVA), poste pour lequel sa légitimité n’aurait pas fait débat, mais il n’a jamais voulu franchir le pas. Passionné du vin et défenseur de sa cause, Pierre était depuis longtemps un membre éminent de l’Académie du vin de France, ainsi que du Grand jury européen lors des sessions de dégustation organisées à la villa d’Este, située à Tivoli.
Sportif accompli à l’allure toujours athlétique, il a longtemps pratiqué en amateur le ski et le vélo. Une passion du cyclisme qu’il partageait avec les amis vignerons du village, André Kientzler (domaine Kientzler) ou Yves Baltenweck (cave de Ribeauvillé). Ces dernières années, un genou capricieux l’avait contraint à modérer sa passion. Je reverrai toujours sa haute stature et sa moustache drue mais toujours soignée, encadrant un sourire qui soulignait ses yeux pétillants. À chaque vin qu’il faisait déguster, et il y en a eu de nombreux, venait immuablement la même question : « Alors, tu le trouves comment ? ». Du simple pinot blanc aux plus grands des grands crus, il défendait inlassablement tous les vins qui portaient la signature Trimbach, même si ses deux préférés étaient sans réserve les rieslings du Clos Sainte-Hune (dont il venait de célébrer le 100e anniversaire) et la cuvée Frédéric Émile. Je me souviendrai longtemps de sa voix posée, de sa ferme poignée de main, et plus simplement de son humanité.
À sa femme Paulette, à son frère Jean (qui incarne comme Pierre la 12e génération), à ses enfants Anne et Frédérique, ainsi qu’à tous les membres de la famille, les équipes de Bettane+Desseauve présentent leurs condoléances les plus attristées.
Par Guillaume Puzo
Mon métier m’a permis de rencontrer les grandes figures de la viticulture mondiale. Pierre Trimbach en faisait partie. Il incarnait depuis plus de 40 ans, par sa personne, son expérience et évidemment les vins produits, la rectitude et la noblesse des vins alsaciens et spécialement des rieslings chers à son cœur. En cela, il était un vrai enfant de Ribeauvillé, son village si privilégié par ses grands terroirs. Il savait que nous faisions le même métier sous des formes différentes, lui dans sa cave et moi dans l’information du public. Il était devenu par la force des choses et du temps un vrai compagnon de route. Et même un confrère, dans le cadre de l’Académie du vin de France dont Pierre venait de laisser la présidence à Jean-Laurent Vacheron. C’est dire ma tristesse, celle de toute l’Académie, et mon empathie pour sa famille et ses proches, face à cette disparition si peu attendue. Il a su transmettre à ses enfants sa passion et son savoir. La vie continue, les souvenirs restent et vous enrichissent. Qu’il repose en paix.
Par Michel Bettane
