Michel Rolland, une vie à imaginer le goût du vin

Figure majeure de l’œnologie contemporaine, Michel Rolland s’éteint en laissant une empreinte décisive sur le goût des grands vins, de Bordeaux au Nouveau Monde. Consultant visionnaire, dégustateur hors pair, il aura redéfini en profondeur les équilibres et les attentes du vin moderne

Michel Rolland vient de nous quitter brutalement et c’est peu dire qu’avec lui une époque des grands vins de Bordeaux disparait. Sous l’apparence d’un homme toujours jovial et bon vivant, Michel a su, avec un charisme inouï, réinventer le goût du bordeaux moderne. Homme de terrain plus qu’homme de science, il a fait du métier de consultant œnologue une quasi nécessité de la production des grands crus, transformant parfois le propriétaire vigneron en simple comparse d’une aventure œnologique qui le dépassait. Michel Rolland a su mieux que personne définir le profil gustatif des vins qu’il conseillait en s’appuyant sur des principes apparemment simples mais fondamentaux : de bons raisins récoltés à maturité parfaite, vinifiés avec bon sens et élevés dans du bois de qualité avaient toutes les chances de produire un vin savoureux et de bonne garde. Il serait vain ici de lister toutes les propriétés où il a pu exercer son expertise, mais on peut en revanche assurer que, depuis les années 1980, nombre des plus belles réussites des deux rives bordelaises (avec bien sûr une inclinaison pour ses terroirs chéris du Libournais, dont il était un enfant), mais aussi de Napa Valley et d’Argentine, lui sont, au moins en partie, dues. Certains ont critiqué jusqu’à la caricature la plus grossière le « goût Rolland », oubliant que ce très fin palais respectait mieux que quiconque la vérité des terroirs qui lui étaient confiés et que son sens inné de l’assemblage lui permettait d’en faire valoir toutes les subtilités.

À Dany, avec qui il a longtemps formé le couple le plus brillant de Bordeaux, à sa famille, à l’équipe de Rolland et Associés, le laboratoire d’œnologie qu’il a fondé dès 1973, à tous ceux qui l’aimaient, toute l’équipe de Bettane+Desseauve adresse ses plus sincères condoléances.
Par Thierry Desseauve


Faut-il brûler les œnologues ? Chantal Lecouty avait donné ce titre à un éditorial où je défendais l’œnologie intelligente et préventive d’Emile Peynaud et de Jacques Puisais, si différente de l’œnologie correctrice de la Bourgogne ou de la vallée du Rhône. Immédiatement je reçus une lettre amicalement provocatrice d’un certain Michel Rolland inconnu de moi en cette année 1982 avec pour titre : « Faut-il brûler les critiques de vin ! » Nous nous sommes vite compris et une solide amitié est née entre nous deux et Dany, son épouse, elle aussi magnifique dégustatrice et rigoureuse scientifique. Cette amitié est en deuil désormais et avec elle le souvenir des 45 derniers millésimes bordelais vinifiés sous l’influence de Michel que j’ai eu la chance, le bonheur et l’honneur de déguster, juger et commenter. Sans parler de tout ce qu’il m’a appris. Et j’ai souffert avec lui de toutes les caricatures qu’une intelligentsia typiquement française, inculte, prétentieuse et partisane a faites de lui depuis Mondovino, le film désastreux de Jonathan Nossiter. Repose en paix Michel, tes grands vins parleront pour toi.
Par Michel Bettane

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