Dans un vignoble de Saint-Émilion souvent associé à la visibilité et au prestige, Catherine Papon-Nouvel se distingue par une présence feutrée. Née à Libourne en 1964, elle grandit dans la cité saint-émilionnaise et tisse un lien étroit avec ce territoire qu’elle n’a jamais quitté. Son enfance est libre et heureuse, rythmée par les jeux dans les rues et les visages connus. Avec les autres enfants du village, elle explore les carrières locales, s’aventurant sous terre, un fil d’Ariane à la main pour ne pas se perdre. Déjà, sans le savoir, elle apprivoise la notion de chemin intérieur. Le vin est omniprésent, mais jamais imposé. Il appartient au décor, au quotidien, presque au sous-sol affectif. Ses parents possèdent plusieurs domaines : Petit Gravet Aîné, Clos Saint-Julien à Saint-Émilion, ainsi que Château Gaillard à Saint-Étienne-de-Lisse. Son père, ingénieur agronome passionné par le végétal, cultive la vigne avec la même attention que le jardin familial, véritable arche de Noé.
Dans cet univers foisonnant, Catherine apprend à observer et à écouter. Les premiers frissons surgissent naturellement. À 8 ans, elle accompagne son père au laboratoire d’œnologie de Saint-Émilion, chez François Chaine : un homme en blouse blanche, dans un lieu frémissant d’intelligence et de mystère. Elle comprend alors que derrière le vin se cache un savoir immense, précis, presque secret. L’idée du métier se pose. Quelques années plus tard, un déjeuner au château Figeac agit comme une révélation émotionnelle. Les vins la bouleversent. Elle découvre une autre dimension, faite de sensations, de profondeur et d’émotion pure.
Le début d’une vocation
Élève appliquée à l’esprit résolument scientifique, Catherine choisit, après le baccalauréat, la faculté d’œnologie de Bordeaux, dont elle sort diplômée à 23 ans. Elle affine ensuite son regard durant trois années passées au laboratoire de Grézillac, dans l’Entre-deux-Mers, conseillant les propriétés avec rigueur et humilité. Vient ensuite un retour progressif aux côtés de son père, qu’elle soutient de manière de plus en plus active. En 1989, la jeune agricultrice franchit un premier cap avec l’achat de quatre hectares à Castillon : le château Peyrou, aujourd’hui étendu à dix hectares. Neuf ans plus tard, elle organise la reprise des propriétés familiales avec son père. Le décès de celui-ci, survenu en 2009, ouvre une période longue et complexe, marquée par une succession difficile, dont l’issue n’intervient qu’en 2019. Catherine Papon-Nouvel prend alors pleinement la mesure de son héritage : Clos Saint-Julien, Château Petit Gravet Aîné, en copropriété familiale, château Gaillard et château Peyrou, en appellation castillon-côtes-de-bordeaux, devenu l’un de ses points d’ancrage.
Depuis 2008, l’ensemble de ces domaines est conduit selon les principes de l’agriculture biologique. Ces dernières années, Catherine a affiné ses choix d’élevage comme on ajuste un geste essentiel. Les 2022 marquent un tournant intime. Elle choisit de réduire la part de bois neuf, non par conformisme, mais par quête de justesse. Laisser davantage d’espace au vin, écouter le fruit, retrouver l’évidence.
Cette orientation s’impose pleinement avec le millésime 2023. Les vins gagnent en harmonie, en clarté et en sérénité. Ils avancent naturellement, portés par une matière apaisée et une expression plus juste. En 2018, Catherine a repris le restaurant Chai Pascal, devenu aujourd’hui l’une des tables majeures de Saint-Émilion. Elle y mène également un travail attentif et engagé : sélection rigoureuse des produits, circuits courts assumés, notamment avec la ferme de Cheval Blanc et élaboration d’une cuisine de saison en dialogue constant avec son territoire. La carte des vins, pensée comme un panorama vivant de Saint-Émilion, embrasse toute la diversité de l’appellation, des signatures confidentielles aux plus grands noms.
