Hier, une belle au charme dormant ; aujourd’hui, une belle au charme vibrant. L’analogie n’est ni usurpée, ni excessive. L’allée ombragée d’arbres centenaires qui mène à la propriété donne le ton. Ici, si près de Bordeaux, on est déjà ailleurs, on savoure l’espace, la beauté, la nature, dans un calme extraordinaire. Le « village » Cantemerle s’organise autour de la grande cour et de cinq bâtiments des XVIIIe et XIXe siècles, le cuvier, le caveau, le château, l’orangerie et le bouteiller, autrefois disparates, désormais modernisés, harmonieusement transfigurés par le cabinet d’architecture bordelais BPM. Tout autour, cent hectares de vignes d’un seul tenant et cent hectares de bois et de prairies, envisagés dans leur complémentarité. « La poésie de Cantemerle n’était pas perçue. Avec cette nouvelle physionomie, la propriété offre son vrai visage et dévoile sa véritable valeur. La restructuration s’inscrit dans une démarche globale qui préserve l’âme du lieu et répond aux exigences de la viticulture contemporaine », indique Laure Canu, directrice générale depuis 2021 et artisane de cette révolution en douceur des outils de production et de réception. Le nouveau cuvier gravitaire incarne spectaculairement cette transformation. De l’ancien bâtiment, seule la façade en pierres blondes a été conservée. D’immenses baies vitrées font entrer la lumière à flots. La surface, rythmée par une forêt de piliers et par un plafond en bois ondulant comme une vague, a doublé pour accueillir 114 cuves de 35 à 170 hectolitres sur 3 500 mètres carrés. En inox électropoli, à double paroi et thermorégulées, elles sont plus hygiéniques, plus pratiques et beaucoup plus économes en eau que les anciennes en bois et en béton. Chaque parcelle de cabernet-sauvignon (cépage majoritaire à 71 %), merlot, petit verdot et cabernet franc peut désormais être vinifiée séparément pour révéler toute la richesse, toutes les nuances du terroir de graves fines et profondes du Quaternaire. Les remontages s’effectuent en délicatesse grâce à la technologie AirPulse. Le cuvier a été inauguré, sans pouvoir donner sa pleine mesure, avec le millésime 2025, modeste en quantité (seulement 30 hectolitres à l’hectare). Le chai enterré de 2 500 mètres carrés abrite jusqu’à 2 000 barriques dans des conditions naturelles d’hygrométrie et de température, ainsi que les vins de presse chers à l’œnologue Éric Boissenot, qui entrent jusqu’à 12 % dans l’assemblage. Le plafond couvert d’un entrelacs de douelles rappelle un motif de vannerie. Le bouteiller dispose désormais d’une capacité de stockage de deux millions de bouteilles supplémentaires. Le château du XVIIe siècle, entièrement restauré, accueille neuf chambres et des espaces de réception (salons, cuisine avec piano ouvert, salle à manger) à la décoration audacieuse et affirmée où il fait bon savourer le « brillant feutré » des vins de Cantemerle. Tempérants, droits, justes et élégants, ils « tombent » impeccablement, comme on le dit d’une robe couture. Même impression de sobriété moderne et exigeante à la salle de dégustation et à la boutique, redessinées pour offrir une nouvelle expérience œnotouristique. Le respect de l’environnement et la sobriété restent les clés de voûte de ce remaniement. Le premier s’applique de la vigne (intrants limités, usage de la technologie VineView pour la gestion pied par pied du vignoble) aux prairies, bois et milieux aquatiques. Le plan Biodiversité initié en 2022 entend démontrer que la performance peut s’allier à la régénération des milieux vivants. Ainsi, des graines de charme, chêne, arbousier, prunellier, collectées dans le parc du château, sont replantées pour créer des haies formant à terme des corridors écologiques au sein du vignoble, qui contribueront à la régulation naturelle des écosystèmes. Quant à la seconde, les bâtiments intègrent une boucle de géothermie pour le chauffage et la climatisation ainsi que des panneaux photovoltaïques pour produire de l’électricité renouvelable qui rendent l’ensemble autonome à 95 %.

