Longtemps épargnée, la Champagne n’échappe plus à la flavescence dorée, désormais installée comme une maladie endémique. Le 12 mars dernier, la 28e conférence de Vignoble & Qualités, organisée par la Direction Vignes et Vins de Terroirs & Vignerons de Champagne (TEVC), réunissait experts et chercheurs autour de ce thème brûlant devant une assemblée de vignerons et viticulteurs champenois. Si ce n’était que la flavescence ! Car des menaces, il y en a. Bien après le très connu phylloxéra, le vignoble a dû faire face au court-noué, virose ancienne, latente et sournoise qui conduit à la mort des ceps, à l’oïdium, au mildiou, sans oublier les nouvelles maladies et virus qui frappent à la porte, les « émergeants » comme le scarabée japonais. Originaire du Japon, passé aux États-Unis, il galope, véritable autostoppeur qui se dissémine en Europe. « Mais à chaque époque, les vignerons ont su trouver des parades » veut rassurer Simon Blin, vice-président du conseil d’administration de TEVC.

Le problème, c’est qu’aujourd’hui, tout s’accumule : ces nématodes, maladies et virus mais aussi les aléas climatiques toujours plus mordants qui écorchent ou détruisent les récoltes (perte de rendement potentiel chaque année de 10 à 15 %) ou engendrent des problèmes sanitaires (perte de 10 %). Ce qui fait entre 20 et 25 % en moins de jus à chaque récolte. S’ajoutent les contraintes réglementaires comme l’interdiction de certains traitements phytosanitaires, le travail du sol (moins d’herbicides, plus d’herbe), les attentes sociétales avec les certifications comme le bio…
Qui plus est, le renouvellement du vignoble est extrêmement faible : entre 0,5 et 0,8 % par an. « Le vignoble a pris 20 ans de plus en moyenne d’âge en 25 ans : on va gérer un Ehpad viticole dans les prochaines années », prévient Sébastien Debuisson, directeur qualité et développement durable du comité Champagne et président de séance. Les rendements chutent et rien n’aide à les remonter. Moins 26 % en quinze ans. Il faut dire qu’ils étaient montés très haut dans les années 1990, de 5 000 à 15 500 kg par hectare, avec un pic en 2006-2007 grâce au matériel végétal et à l’agrochimie, hausse que l’on a fini par fustiger en prônant des clones et des porte-greffes moins productifs. Et à force de fustiger les rendements, la courbe s’est dangereusement inversée.
Alors que faire ? « Aujourd’hui, la moyenne des 12 000 kg/ha est suffisante pour répondre aux marchés et mettre en réserve, mais il va falloir la maintenir si on veut vivre bien et avoir une situation économique acceptable ! », prévient Sébastien Debuisson. Le chantier est colossal mais les leviers sont là, encourageants. L’Inrae de Bordeaux, de Colmar, de Reims, l’institut français de la vigne et du vin et le Comité Champagne travaillent sans relâche sur ces très nombreux sujets. Tout est étudié, du cep aux satellites en passant par l’IA. Il s’agit de repousser les menaces, d’agir en amont comme de produire des plants sains pour renouveler le vignoble. D’où Qanopée, une serre gigantesque totalement hermétique et exempte de virus que se partagent Champagne, Bourgogne, Beaujolais et désormais le Jura. À tout juste un an, ce projet prometteur voit pousser ses premiers plants, offrant une réponse collective et innovantes aux défis sanitaires et climatiques du vignoble. Au-delà des sphères techniques, Qanopée a été distingué lors du palmarès Vignes et Territoires 2025 organisé par Bettane+Desseauve, qui met en lumière les initiatives contribuant à l’avenir durable de la viticulture.
