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Le bordeaux, sujet d’études

Comment faire de l’appellation bordeaux, en rouge, en blanc ou en rosé, le choix préféré des amateurs français ? C’était tout l’enjeu du concours Bordeaux Vin Attitude organisé par le syndicat des AOC bordeaux et bordeaux-supérieur (en lieu et place de celui consacré aux bordeaux rosés, qui a connu six éditions), auquel douze écoles ont participé, via le travail de plus de deux cents de leurs étudiants. Chacun d’entre eux a du « imaginer et développer des innovations » appropriées à la catégorie dans laquelle il concourait (marketing-communication ; communication digitale ; design-packaging et sommellerie). Les projets des douze finalistes, que l’on pourra découvrir ici, ont été soumis au vote du public et le palmarès a été annoncé à l’occasion de Bordeaux fête le vin.

Chablis jazzy, c’est vendredi

Après le jazz New-Orleans et les claquettes qui ont résonné sur ses murs l’an passé, l’obédiencerie de Chablis, qui abrite les caves d’élevage du domaine Laroche, vibrera vendredi soir au rythme du jazz cubain traditionnel proposé par le groupe Sabor a Son (20 euros la place, 15 euros en tarif réduit, gratuit pour les moins de 12 ans).

Cinquième édition de cet événement proposé chaque année par la maison Laroche dans le cadre de son patrimoine, « héritier de plus de 1000 ans d’histoire », le concert-dégustation La Nuit de l’Obédiencerie est accessible sur réservation auprès de la boutique du domaine (03 86 42 89 28 et [email protected]).

Quand Lalique rencontre Sauternes

©deepix

Après les deux adresses alsaciennes successivement inaugurées à à Wingen-sur-Moder en 2015 et 2016, Villa René Lalique***** (Relais & Châteaux) et Château Hochberg by Lalique, un troisième hôtel estampillé Lalique ouvre ses portes demain au château Lafaurie-Peyraguey, avec les mêmes intentions (nous vous avions déjà parlé ici de ce projet porté par David Bolzan, le directeur général des Vignobles Silvio Denz). Propriétaire de ce premier grand cru classé de Sauternes qui célèbre ses 400 ans cette année et par ailleurs président-directeur général de la maison Lalique, fleuron de la cristallerie française dont il fut d’abord le premier des collectionneurs avant de s’en porter acquéreur, Silvio Denz a souhaité réunir quatre univers : le vin, le cristal, la gastronomie, l’hospitalité. Dans un cadre remodelé par l’architecte Mario Botta et décoré par les designers en charge de la création des meubles et accessoires Lalique Maison, Lady Tina Green et Pietro Mingarelli, un spa devrait même voir le jour, en 2020. Pour le moment, outre la table menée par Jérôme Schilling, jusqu’alors chef exécutif de la Villa René Lalique, et une carte des vins déroulant 2 500 références, l’amateur en visite au château trouvera là pour l’accueillir trois suites et dix chambres. Une première à Sauternes.

« Je suis très heureux de l’ouverture de cet Hôtel & Restaurant Lalique, dans le plus grand terroir des crus classés. Je souhaite faire vivre à nos hôtes une expérience inédite, partager un patrimoine unique et créer l’émotion, celle que génère un premier cru classé »

Silvio Denz

Un dîner en vignes

Gastronomie, musique et vins se sont donné rendez-vous pour une première édition très réussie d’un dîner en vignes qui s’est tenu vendredi dernier, sous l’égide de l’association des climats de la côte chalonnaise, dans le parc du château de Chamirey à Mercurey, en Bourgogne. A l’initiative d’Aurelio Peresson (La Cave des Peress), les dix domaines viticoles constituant l’association ont pu, l’espace d’une soirée, ouvrir leurs magnums sur les mets cuisinés par les chefs Philippe Queneau (L’Epicurien des Vignes à Buxy) et Jérôme Brochot, étoilé Michelin à Montceau-les-Mines.

D’humeur jazzy, l’ambiance pique-nique chic était rythmée par les musiciens des Sourdines à l’huile, partenaires du festival Jazz à Couches. Créée pour rappeler que les climats de Bourgogne ne s’arrêtent pas au périmètre défini par l’Unesco, soit la seule Côte-d’Or, mais se prolongent dans sa partie sud, où les appellations bouzeron, rully, mercurey, givry et montagny livrent des vins de charme et de caractère sous l’impulsion de vignerons dynamiques et passionnés, l’association des climats de la côte chalonnaise devrait réitérer cet événement l’an prochain, sans doute dans un autre domaine.

Marie-Antoinette de Szczypiorski

Henri Jayer, la légende continue

Lors de la vente Henri Jayer, The Heritage, le lot 160 a réalisé le plus beau résultat. ©BagueraWines

Dimanche dernier en Suisse, une vente aux enchères des derniers flacons en provenance directe du domaine Henri Jayer a encore permis à ces bourgognes, coutumiers du fait, d’atteindre des montants historiques. Exceptionnelle vacation dont on pourra découvrir le catalogue ici, Henri Jayer, The Heritage – The ultimate sale from the private cellar of Domaine Henri Jayer comprenait 855 bouteilles et 209 magnums et a réalisé un total de 34,5 millions de francs suisses (soit près de 30 millions d’euros). Le lot qui a connu la plus belle enchère est une verticale de quinze magnums de cros-parantoux dans des millésimes allant de 1978 à 2001, adjugée 1,164 million de francs suisses (environ 1 million d’euros).

L’immense engouement de la centaine d’enchérisseurs, présents sur place, au téléphone et sur internet, permet par ailleurs la jeune maison de vente genevoise Baghera Wines, fondée en 2015, de signer un succès d’anthologie. Michael Ganne (photo), son directeur exécutif, précise que « les dernières bouteilles de la cave d’Henri Jayer ont définitivement consacré ses vins à la postérité » et que l’équipe est très heureuse que cette vente ait pu mettre en valeur « le génie du vigneron et le mythe. » Faut-il le préciser, la salle de vente installée ce dimanche après-midi au domaine de Châteauvieux (Satigny, Genève) était comble. Au-delà des chiffres et des « ardentes batailles d’enchères », encore un hommage au maître, douze ans après sa mort, de la part des « amoureux de grands crus bourguignons. »

La distillerie vient au bar

La journée d’échanges “Bouilleurs & Bartenders” autour du bon usage du cognac en cocktails est un nouvel événement proposé à l’international par la maison de cognac et liqueurs Merlet qui a été inauguré en mai à Amsterdam, au House Bar. Organisé en quatre parties (présentation technique de la production du cognac, masterclass, création de cocktails par les barmen et soirée dégustation), l’événement a permis de récompenser Mounir Hamza (bar The Tailor) pour son cocktail baptisé “Reunion”. La deuxième édition de cet atelier se tiendra lundi prochain à Paris, au bar No Entry (75009). Cette journée, dont le programme complet est à découvrir ici, est uniquement réservée aux professionnels et aux cavistes sur inscription par mail avant vendredi (tous les détails sont ).

Union des grands crus de Sauternes


Jusqu’alors, les châteaux Sigalas-Rabaud, Rayne-Vigneau, Lafaurie-Peraguey, La Tour Blanche, et Rabaud-Promis avaient en commun le fait d’avoir été portés au rang de “premier cru” lors de la classification officielle des vins de Bordeaux établie en 1855. Demain, ils auront en commun un vin. Initiative sans précédent, cette première mondiale consistant à « révéler en une seule bouteille » l’un des grands terroirs de l’AOC sauternes, celui de Bommes, sera réalisée sur la base du millésime 2016 et assez logiquement baptisée “5+”. Assemblage du travail et de la personnalité de cinq crus classés unis par une même volonté de mettre en valeur leur appellation (ce qui a déjà donné lieu à la mise en marché, en février dernier, d’une caisse de leurs cinq étiquettes dans le millésime 2009), cette production extrêmement limitée sera disponible à l’automne prochain via une distribution par la place de Bordeaux.
Nicolas de Rouyn

La Champagne à l’heure des réconciliations

La troisième édition du “Séjour des Réconciliations” s’est ouverte lundi en Champagne avec un dîner caritatif placé sous le parrainage de Pierre Arditi. L’intégralité des dons collectés lors de cette soirée, au cours de laquelle plusieurs projets de sauvegarde du patrimoine viticole menés par des vignerons, maisons et professionnels du champagne ont été récompensés, ira à la fondation Abbé Pierre.

Aujourd’hui, place à un autre temps fort à Epernay avec une conférence donnée par le médecin, alpiniste et explorateur Jean-Louis Etienne sur le thème de la réconciliation de l’homme avec la nature : « Au programme : renouer avec l’écosystème Terre, comprendre les grands enjeux et échanger sur les solutions individuelles et collectives visant à respecter les grands équilibres de la planète. »

Samedi, sept pique-nique et lâchers de lanternes auront lieu à Bouzy, Château-Thierry, Châtillon-sur-Marne, Colombé-le-Sec, Dizy-Champillon, Reims et Sézanne (programme complet ici). Enfin, conclusion de l’édition 2018 de cette semaine organisée autour des valeurs de l’Unesco par la mission Coteaux, Maisons et Caves de Champagne, la marche des Réconciliations se déploiera dimanche matin au départ de Château-Thierry sur trois parcours de niveaux différents. Tous les détails sont .

Mes magnums (66), au bonheur d’un grand gigondas

Domaine Santa Duc, Les Hautes Garrigues, gigondas 2014

Pourquoi lui
Parce que gigondas. Toutes les appellations qui tournent autour des dentelles de Montmirail valent le détour. Des paysages pareils ne peuvent pas décevoir dans le verre. Avant, peut-être. Maintenant, c’est très bon.

On l’aime parce que
Cette sélection parcellaire s’appelle Les Hautes Garrigues. Déjà, on l’aime pour ça, pour cette poésie agricole. On l’aime aussi pour le parti pris par l’assemblage. Grenache et mourvèdre issus de vieilles vignes, pour 65 % et 35 %. Si vous n’avez jamais compris le grenache, c’est le moment. Et l’élevage, 18 mois en foudres, confirme l’intérêt.

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Le grand et le petit

D’un langage paresseux à un vin tordu, il n’y a qu’un peu de laisser-aller. Mais Michel Bettane veille.

En France, c’est sûr, nous aimons les petits. Le petit café du matin, avec son petit croissant, le petit dessert à midi, le petit digestif du soir, gentiment proposé peut-être pour recevoir un petit pourboire. Nous avons de l’affection pour ceux qui jouent petit bras sur un court de tennis ou qui roulent petit braquet à vélo, bref nous pardonnons tout au petit sauf quand nous nous trouvons gagne-petit sur notre feuille de paye. Dans le même esprit, si nous nous gargarisons parfois de rêves de grandeur, nous nous méfions plus souvent du grand. Nous ne manquons pas une occasion de rappeler les puanteurs du Grand Siècle, les désastreux choix politiques et le soleil de notre grand roi ou les crimes de nos grandes guerres. Le grand, c’est pour le sport. Pour le reste, nous coupons les têtes qui dépassent.
Le vin n’y échappe pas, forcément. Parlez de grand vin ou de grand terroir à un petit bourgeois de la petite famille des branchés, journaliste, blogueur ou pilier de bar, et vous verrez immédiatement sa réaction. Rappeler que la nature est tout sauf démocratique et sait faire des terroirs plus grands que d’autres vous fait passer pour un infâme réactionnaire. Appeler grand un vin malencontreusement convoité par une minorité, s’il est rêvé par tous, devient le comble du conformisme béat ou de la corruption généralisée, née évidemment du grand complot. Mais alors comment appeler la chose ? Dites vin noble, comme nous avons essayé de le faire à l’Académie internationale du vin, et c’est encore pire. Si nous n’avons pas oublié la Révolution, nos présidents n’ont pas guillotiné dans leurs bureaux le mobilier de l’Ancien Régime. Schizophrènes, nous méprisons une noblesse qui ne se donne que la peine de naître, mais nous sommes fiers de passer encore pour le pays du grand vin que nous ne buvons plus, tout en nous flagellant devant toutes les batailles perdues par lui sur le marché international, avec l’arrivée de concurrents forcément tricheurs ou malveillants. Par des raisonnements encore plus tordus, nous accusons ce grand vin, ce vin noble, de multiplier les entorses à la morale, la sienne compris, polluant les banlieues des vignobles, et les lois de Sainte-Isabelle Saporta, prêtresse du vin politiquement correct. Donc bien fait pour lui, si l’on ne croit plus en lui.
Mais après le désespoir, l’espoir renaît, on nous a trouvé l’antidote. Le petit vin du petit producteur, au petit prix. Mais oui. Celui avec une étiquette et une marque à lire et à comprendre au troisième degré, surtout quand des juges dénoncés comme partiaux et incompétents lui refusent l’appellation. L’erreur ou, plus encore, d’obscurs règlements de compte locaux sont certes possibles et humains, mais le plus souvent il suffit de goûter le produit pour comprendre le rejet. On vous répond alors immédiatement : « Tu n’as rien compris, (on a le tutoiement facile dans ce milieu), ton palais est formaté par les errements et les triches de la viticulture productiviste. Et ton vocabulaire, par les clichés élitistes d’une classe qui fabrique de fausses valeurs. » Dans notre langue, élégant est un adjectif à bannir. Et je ne dis rien de racé, avec son étymologie suspecte, qu’il faudrait remplacer par nature ou sans fard. On décline d’ailleurs toute la gamme des sans chez nos nouveaux sans-culottes, y compris sans talent. Le talent n’étant pas, par définition, égalitaire, démocratique, est un concept hautement suspect.
Si vous pensez que tout cela n’est que la comédie d’un petit clan, profitant d’une position privilégiée dans la communication pour jouer à l’armée mexicaine en faisant défiler en boucle sa petite troupe, vous avez sans doute raison. Mais je crains aussi la multiplication de dangereux dégâts collatéraux. Nos comiques font des émules à l’étranger. Du bon petit vin boisson, facilement industrialisable, on peut en faire partout, et partout avec des conditions de production souhaitables dans le domaine de l’écologie, comme moins de dépense énergétique pour le transporter et le distribuer, sans parler de la mise en valeur difficilement condamnable des savoir-faire locaux. Du grand vin œuvre d’art, on peut malheureusement en avoir moins le besoin ou le désir, parce que son coût d’élaboration est trop élevé par rapport au niveau de vie d’une majorité d’amateurs et que sa consommation demande une culture et un environnement que nous ne sommes pas encore en mesure, et il faut le regretter, d’enseigner ou de donner au plus grand nombre. De toute façon, les lieux où on peut le produire sont limités et en général reconnus depuis longtemps, ce qui laisse peu de chance à l’originalité de l’expertise ou à la créativité de la découverte. Les seuls points sur lesquels nous pouvons intervenir, en tant qu’experts, auprès de la communauté des amoureux du vin, dont nous faisons aussi partie, c’est la défense et la préservation des terroirs de qualité, quand le grand commerce ou la grande distribution, qui savent si bien jouer aux petits, n’acceptent pas de leur offrir un prix récompensant l’effort pour les perpétuer. Cela devient plus que jamais un devoir et une obsession pour toute notre équipe chez Bettane et Desseauve.

 

Article paru dans EN MAGNUM n°11 (mars-avril-mai 2018)