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Qu'est-ce qu'on fait ce week-end ?

Portes ouvertes en Côtes de Bourg
Situé sur la rive droite de la Dordogne et de la Garonne, à 35 km au nord de Bordeaux – ou 20, par le fleuve – ce vignoble s’étend sur 15 communes. Tout récemment, le syndicat de l’appellation côtes-de-bourg a adopté une signature résolument moderne (en anglais) destinée à cibler un public jeune, pas forcément connaisseur, et mettant en valeur le cépage particulier qui caractérise ses assemblages, le malbec. The spicy side of Bordeaux, donc, proposera samedi et dimanche de nombreuses activités dans le cadre de ses journées portes ouvertes. Au programme de cette 21e édition, un grand rallye œnotouristique, des ateliers d’initiation à la dégustation, une chasse au trésor, des randonnées à pieds ou à VTT et, bien évidemment, des dizaines de châteaux ouverts au public.


Le brézème à la fête
Ce dimanche, le syndicat des vignerons de Livron-sur-Drôme propose au public de venir découvrir les différents vins produits sur la commune au long d’une journée consacrée au brézème (AOC côtes-du-rhône), à son histoire et sa renommée au XIXe siècle autant qu’aux accords mets-vin qui lui conviennent. Dégustation commentée, présence de huit producteurs (Domaine Lombard, Château la Rolière, Luc Pouchoulin, Eric Texier, Christian Gresse, Charles Helfenbein, Cave Valleon, Yves Mengin), exposition de photos de ce vignoble très confidentiel et représentation du patrimoine écologique et viticole de la colline sèche de Brézème sont au programme de cette troisième édition.


Réouverture du musée Brotte
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Après une fermeture de quatre mois pour travaux, le musée du vin de la Maison Brotte (Châteauneuf-du-Pape) vient de rouvrir ses portes. Ce parcours pédagogique et historique créé en 1972 par Jeanne Brotte – grand-mère de l’actuel propriétaire du domaine et pionnière de ce qu’on nomme aujourd’hui l’œnotourisme – est ouvert toute l’année et accueille plus de 25 000 visiteurs par an. « En créant ce lieu d’accueil tout d’abord modeste, ma grand-mère a voulu partager avec le plus grand nombre notre savoir mais aussi notre culture », explique Laurent Brotte. « Nous ne fermons que deux jours par an et la visite ainsi que la dégustation restent gratuites afin de pouvoir accueillir le plus grand nombre de visiteurs nous faisant honneur en visitant notre appellation et en choisissant de s’arrêter dans notre Maison. » C’est l’introduction d’une nouvelle thématique (intitulée Dans les pas du vigneron) nécessitant la refonte totale des lieux qui a engendré cette longue fermeture. En outre, la totalité des lieux est désormais accessible aux handicapés moteur, auditif et visuel. Cette troisième version du musée, interactive, numérique, et dotée d’un audioguide gratuit disponible en 6 langues (français, anglais, allemand, chinois, russe et brésilien) est évidemment toujours dédiée à la vallée du Rhône, ses cépages, ses vins et ses appellations et à l’histoire comme aux traditions viticoles de Châteauneuf-du-Pape. Ouvert 7 jours / 7 de 9h à 13h et 14h à 19h. Plus de renseignements ici.

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Points de vue sur les vignobles

L’offre œnotouristique ne cesse de s’étoffer partout dans le monde pour proposer bien plus que des dégustations-visites de domaines. Dédié au tourisme du vin, le site WineChicTravel – dont nous vous avions parlé ici – poursuit sa vocation de guide des voyageurs dans le beau patrimoine du vin en répertoriant différentes manières de visiter les vignobles. En 2CV en Savoie ou en train dans la Napa Valley ou en montgolfière au-dessus des clos bourguignons, c’est par là.

Invitations à Pape Clément

Exceptionnel vin, exceptionnel endroit, le néogothique château Pape Clément propose au public de venir se plonger dans ses 700 ans d’histoire lors de différents rendez-vous. Tout au long de la belle saison, cinq dimanches seront l’occasion de venir visiter les chais avant de bruncher face à la verrière Eiffel qui s’illumine avec le lever du soleil. Différents thèmes seront déclinés : Summer Brunch le 15 juin, brunch japonais préparé par un sushiya le 29 juin, Tous en rose les 6 et 27 juillet – en l’honneur des nouveaux rosés de la gamme Bernard Magrez – et Brunch de la mer le 10 août. En attendant ces délicieux raffinements, une féminine soirée de dégustation et « cocooning » aura lieu le 15 mai. Dégustation de cinq vins, coiffure et maquillage seront au programme dès 19 h (39 € par personne, réservation au 05 57 26 43 04). Il sera possible de gagner une nuit pour deux au château.

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+34% pour le tokaj

La deuxième vente aux enchères de vins du Tokaj, qui s’est tenue fin avril à Sárospatak, en Hongrie – dans le cadre du Printemps de Tokaj – a atteint un total de 90 433 €. Dix-huit des vingt-quatre lots proposés par une vingtaine de domaines* ont été vendus, c’est à dire 75 % contre 60 % l’an passé. C’est un lot d’István Szepsy qui a enflammé la salle. Mis à prix 4 000 €, son Furmint Nyulászó “58” de 2013 s’est envolé jusqu’à 26 667 €, deux acheteurs ayant fait monter les enchères pour acquérir ce fût de 136 litres. C’est un entrepreneur hongrois qui s’est vu adjuger ce lot équivalant à 182 bouteilles dont il est désormais propriétaire exclusif. De façon moins spectaculaire, plusieurs autres lots ont dépassé leur mise à prix, comme le Hárslevelű Úrágya 2013 de Füleky, proposé 2 167 € et vendu 3 333 €, le Furmint Szent Tamás 2013 de Samuel Tinon, mis à prix à 2 667 € et adjugé à 4 000 € ou encore le Szent Tamás Selection 2013 de la cave Szent Tamás, adjugé 5 667 € (mise à prix 4 667 €). Le lot entier d’Aszú Eszencia d’Orosz Gábor n’ayant pas trouvé preneur, 40 bouteilles réservées avant la vente ont été adjugées à 67 € la bouteille de 50 cl.

« La proportion des vins vendus, les prix sous le marteau et la salle remplie de monde prouvent qu’on est sur la bonne voie. L’enchère passionnée pour le lot de Szepsy au résultat record est l’exemple même de ce que devrait être une vente aux enchères, soutenue par un catalogue bien fait et une atmosphère pleine d’adrénaline » s’est enthousiasmé Nóra Winkler, la commissaire-priseur qui animait la vente. 40 % du résultat final (hors TVA 27 %) est destiné à la Confrérie de Tokaj, à l’organisation de l’évènement – la vente de 2013 a permis l’organisation de la vente de 2014 – et à l’embellissement et l’aménagement du paysage viticole de Tokaj, classé au Patrimoine de l’Humanité en 2002. Les fûts acquis cette année seront livrées par le producteur avant la prochaine vente, avec tous les papiers officiels y compris les papiers d’exportation si nécessaire. L’Eszencia, elle, était proposée en bouteilles de 25 cl sur lesquelles une étiquette spécialement conçue pour la Confrérie sera apposée. Deux cents personnes sont venus participer à la vente qui s’est déroulée dans la salle des Chevaliers du château de Sárospatak. L’an prochain, un programme informatique sera mis en place pour permettre la constitution de groupes d’acheteurs.

* Bardon, Barta, Béres, Budaházy, DemeterVin, Dereszla, Disznókő, Füleky, Gizella, Gróf Degenfeld, Holdvölgy, Kubus, Orosz Gábor, Samuel Tinon, Szent Benedek, Szent Tamás, Szepsy, Tokaj-Hétszőlő et Tokaj Kereskedőház Zrt

Les bonnes raisons de Sylvie Cazes (elle acquiert Château-Chauvin à Saint-Émilion)

Co-propriétaire de quelques-uns des fleurons de la Rive gauche, dont Lynch-Bages à Pauillac, elle est la première de la famille Cazes à acquérir un grand cru classé de la Rive droite. Elle explique son choix, la preuve par 9.

5 bonnes raisons d’avoir acheté château Chauvin ?
– « C’est une propriété superbe, de bonne taille pour Saint-Émilion (15 hectares) sur un terroir de qualité dans le secteur des Corbin. »
– « C’est un château de belle réputation et dont les vins sont bien notés, qui a fait ses preuves sur certains grands millésimes en particulier. »
– « Il a été très bien entretenu pendant 20 ans, pas toujours dans la facilité et sans beaucoup de moyens par les sœurs Ondet (Béatrice à la vigne, Marie-France au chai), qui l’avaient hérité de leur père. Elles y ont mis énormément de cœur, de soin et d’exigence. »
– « C’est un château que l’on peut faire progresser, un vin dont on peut améliorer la définition. J’ai confié la direction technique de la propriété à Philippe Moureau, un des meilleurs pros de Bordeaux, qui a travaillé avec moi à Pichon-Longueville Comtesse de Lalande et au château de Pez. L’équipe reste en place. »
– « C’est un château discret, à l’image des soeurs Ondet. Pas de maison de maître, pas de grand raout, pas de communication. Tout est dans le vin. Il faut lui donner la notoriété qu’il mérite, les marchés qui vont avec, étrangers notamment. Et là, je peux apporter ma vision ».

3 bonnes raisons d’avoir investi Rive droite ?
– « C’est complémentaire aux activités familiales Rive gauche où nous sommes propriétaires de Lynch Bages, Ormes de Pez et Villa Bel-Air. Mais Chauvin est indépendant des Domaines Jean-Michel Cazes. »
– « Je cherchais à Saint-Émilion depuis longtemps. Saint-Émilion possède un patrimoine exceptionnel et recèle encore des pépites. »
– « C’est un coup de cœur pour l’endroit. À Chauvin, on est au cœur de l’appellation. De là, on aperçoit les clochers de Saint-Émilion, Pomerol, Néac, Montagne…. »

1 bonne raison de se lancer « en solo », sans l’appui des Domaines Jean-Michel Cazes ?
– « Je prépare l’avenir. Mes deux fils Pierre et François, ma fille Julie et moi-même sommes co-propriétaires de Chauvin. Ma fille m’y rejoint – elle vient de passer sa thèse de doctorat en chirurgie dentaire mais a décidé de se consacrer à la viticulture – et c’est un immense plaisir pour moi. Deux femmes succèdent ainsi à deux femmes, ça me plaît. »

Propos recueillis par Anne Dupin

*Sylvie Cazes est co-propriétaire et présidente du conseil de surveillance des Domaines Jean-Michel Cazes, gère le restaurant Le Chapon Fin à Bordeaux et l’agence réceptive Bordeaux Saveurs. Elle est également présidente du Fonds de dotation de la Cité des Civilisations du Vin qui ouvrira à Bordeaux en 2016.

Millésime 2014,des nouvelles d'Australie

Les vendanges se sont achevées à la mi-avril dans les vignobles australiens de la Maison Chapoutier.
A l’heure où, dans les vignes, on prépare déjà 2015 par des apports de composts et des semis de céréales, les raisins de 2014, millésime plus généreux en rendement que ses prédécesseurs, commencent à livrer « leur étonnant potentiel. ».

Si l’hiver 2013 était dans la norme des cinq derniers millésimes, la pluviométrie a été différente selon les sites. Ainsi, au sortir de l’hiver, les réserves hydriques étaient correctement pourvues à Shays Flat et Malakoff, mais légèrement insuffisantes à Landsborough. Le doux début de printemps a permis un débourrement homogène des différents cépages et la grande vitalité des sols (bénéficiant d’abondants couverts hivernaux de céréales et de légumineuses) a assuré le développement rapide d’une surface foliaire efficace et une moindre compétition entre croissance et floraison. Quelques vagues de gel ont abîmé certaines parcelles, notamment dans les vignobles d’Heathcote (Lady’s Lane et La Pleiade), mais les pertes de rendements ont toutefois été toutefois limitées (environ 2% des surfaces). Le ralentissement de la pousse s’est traduit, jusqu’en fin de vendange, par un écart phénologique de l’ordre de 2 à 3 semaines entre les zones épargnées et les zones touchées.

La floraison s’est déroulée dans d’excellentes conditions climatiques, sèches et modérément chaudes, valorisant de façon optimale une sortie jugée plutôt généreuse. Un peu plus fraîche que la moyenne – mais peu arrosée – cette période allant de novembre à janvier a fait perdre un peu de l’avance phénologique, tout en entretenant des contraintes hydriques bénéfiques sur les baies en phase de croissance herbacée. « A ce stade, une bonne partie de la qualité du millésime était déjà acquise car la pousse précoce associée à des baies de taille réduite ne pouvait que faciliter la concentration. » Cette maturation dans des conditions thermiques plus tempérées que d’ordinaire et a contribué au bénéfice aromatique. Les faibles précipitations de l’été ont limité les absorptions de potassium, dont les schistes sont particulièrement pourvus, et ont permis le maintien de hautes acidités dans les moûts.

Commencées à Shays Flat le 10 mars et achevées à L-Block (Malakoff) à la mi-avril, les vendanges ont livré un millésime dense, particulièrement à Landsborough, et doté d’une grande fraîcheur aromatique et structurelle. « Les premiers décuvages ont livré des jus puissants, séveux et salins exprimant toute la race des syrahs sur schistes des vignobles des Pyrénées. Les fermentations malolactiques et les élevages viseront à patiner le grain sauvage aisément reconnaissable de ces crus continentaux. Les vins d’Heathcote ont pleinement bénéficié, d’un point de vue stylistique, du retard imposé par les épisodes de froid printanier et conservent à ce jour une texture grenue salivante, assez atypique de ces terroirs basaltiques qui engendrent d’ordinaire sous leur climat plus méridional des bouches sphériques, à la texture plus mate. Leur élevage permettra d’affiner cette spécificité du millésime. »

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Domaine Gourt de Mautens, commentaires de dégustations

Domaine Gourt de Mautens
IGP du Vaucluse, rosé, 2011
Une vraie recherche de personnalité signe ce flacon. Les arômes sont mûrs, sur des senteurs d’épices et d’airelle. La bouche repose sur des tannins fins et acidulés avec de la vinosité.


Domaine Gourt de Mautens
IGP du Vaucluse, blanc, 2011
Expression solaire et fumée sur des notes de caillou frotté, d’abricot et de fleur de sel. Bouche qui s’étire en longueur, de la pureté, beaucoup de tension et du salin en finale.


Domaine Gourt de Mautens
Rasteau, blanc, 2010
Grand vin intense, riche, charpenté, plus adapté à l’accompagnement d’un chapon de Bresse qu’à un poisson.


Domaine Gourt de Mautens
Rasteau, rosé, 2010
Cette nouveauté du domaine ne pouvait être un rosé comme les autres : voici un vin généreux et onctueux, à la persistance poivrée, à l’élevage en barrique présent mais harmonieux, à la longueur vineuse. Grand rosé de table.


Domaine Gourt de Mautens
Rasteau, rouge, 2009
Moins construit sur la puissance que les millésime d’autrefois mais toujours aussi généreux, ce 2009 ravit par son onctuosité et sa plénitude. Il faut encore l’oublier en cave quelques années.


Domaine Gourt de Mautens
IGP du Vaucluse, rouge, 2010
Voici un grand vin du Sud, civilisé, racé, avec de la noblesse. Cacao, cuir, essences de bois précieux impriment le nez avec classe. Matière profonde, infiniment soyeuse et au velouté délicat en bouche. Du grand art !


Jérôme Bressy, vigneron hors-norme

Ce jour-là, l’hiver est bleu, il est encore tôt, le brûloir dans les vignes, une fumée légère et blanche, c’est jour de taille au Domaine Gourt de Mautens. Jérôme Bressy, le patron, le vigneron, en est. Il travaille avec deux filles, taiseuses, concentrées. « Moi, vous savez, il me faut des gens de très bonne qualité, sinon on ne s’entend pas. » Tous les entrepreneurs, à des degrés divers, disent ça. On les comprend. Lui, en plus, il dit que c’est mieux de brûler les sarments que de les broyer. Ah bon ? « Déjà, si il y a de la maladie dans le bois, ça évite de remettre tout ça dans le sol. L’oïdium, une année de pression, si vous brûlez ça baisse d’un cran l’année d’après. Cette fumée porte quelque chose dans nos vignes. Et c’est bon pour nous, cette fumée nous met en contact avec les bois et on voit des choses, des formes. On ne se connaît pas encore, je ne peux pas tout vous expliquer. » Mais il dira qu’il tient à ce brûloir, que son grand-père l’avait bricolé, que c’est de l’attachement familial.

L’ambiance est installée. Jérôme Bressy n’est pas n’importe quel agriculteur. Il a du monde et de ses vignes une idée alternative et sensible. Il n’est pas un militant, mais il a des convictions « Je vais au monument au mort, mon grand-père y allait, la France et sa mémoire ne sont pas la propriété de quelques-uns. ». Quand il rejoint son père en 1989, il a 23 ans et lui dit à peu près ceci : « Papa, je veux faire un très, très grand vin, il faudrait qu’on commence la conversion en bio. » Son père, ce vigneron communiste dont le projet était de payer ses ouvriers plus cher, son père l’a suivi. Et sa mère soutenait son père qui le soutenait. Avec des parents comme ça, les obstacles s’estompent.

À l’époque, tout le raisin partait à la coopérative et lui, il voulait son étiquette. Elle arrivera en 1996, trois ans après la conversion en bio-dynamie. Sur le sujet, peu à peu, il parle et ce qu’il en dit est enthousiasmant, bien sûr. Comment dire le contraire, c’est la vie qui parle, c’est chaud, tonique et rassurant « C’est tellement beau de travailler comme ça, la chimie éloigne le vigneron de sa terre. Il faut avoir un regard sinon on fait de l’industrie. » Mais ces voisins ? « Je les plains, ils sont les victimes d’un système qui les terrorise. Ils reçoivent des sms dès qu’il pleut pour les pousser à traiter. C’est un système de secte. » Plus tard, on ira voir ces parcelles dans la campagne de Rasteau, la petite route qui monte et qui descend, le ciel de Provence, les bois de chênes verts et les oliviers, les vignes sur les pentes des combes mi-ombre mi-soleil. On s’attend toujours à voir débouler les sangliers, on a raison, il y en a plein.

Jérôme Bressy travaille son domaine de 13 hectares et ne veut pas s’agrandir, il veut continuer à faire ses petits rendements et son vin d’exception et pas plus. Il raconte son éviction de l’AOC sans amertume. Comme d’autres grands hommes de la région (Dürrbach, par exemple), son encépagement n’a plus convenu. Pourtant, tout ce qu’il a planté l’a été dans les règles avec toutes les autorisations et les validations requises et puis, un beau matin, ça n’allait plus, l’administration en charge a changé d’avis, pourquoi, on ne sait pas, on ne sait jamais. Comme il tient beaucoup à son portefeuille de cépages, il est sorti du jeu.

(…)

Grenache noir, blanc et gris, carignan, mourvèdre, counoise, vaccarèse, terret noir, cinsault, syrah, clairette, picardan, bourboulenc, picpoul gris et blanc, roussane, marsanne, un vrai catalogue de pépiniériste branché. Il a même un très vieux pied de muscardin, cent ans au moins, il nous montre « Je vais prendre des greffons et les mettre ici, le fait d’être sorti de l’appellation me laisse toute liberté. » Cela dit, il ne fait pas le malin, pas sûr qu’il trouve ça très drôle, il incrimine plus un système que des gens. D’ailleurs, il a de la tendresse pour quelques-uns de ses collègues de Rasteau, ils ne sont pas comme lui pourtant, mais quand même si, un peu. Il y a des souvenirs et une vie en commun, l’école d’avant, le village. Et il y a cet extraordinaire attachement au pays et à ses traditions. « Tailler en gobelet, c’est un art. J’ai vu des anciens qui venaient en 2 CV entretenir leurs ceps. Ils sont morts, les enfants ont vendu, aujourd’hui tout a été arraché. On avait le patrimoine qu’il fallait pour se défendre face au Nouveau monde. On l’a perdu pour des raisons productivistes absolument irréalistes » ou encore « Malgré la folie des contraintes, la France est encore debout, elle pousse. On se met des boulets aux pieds pour être sûr de ne pas y arriver, mais à la fin, on s’en sort. » Ici, dans les collines de Rasteau, on parle haut, on parle clair.

Et puis, on descend à la cave. En sous-sol, pour la gravité et la fraîcheur des températures dans un pays où il arrive qu’il fasse très chaud. Là, on est à la cuisine. Jérôme Bressy le dit « Les foudres, c’est comme une cocotte en fonte. » Il s’amuse, il laisse mijoter, il goûte tout le temps. Le vin passera en foudre ou en demi-muid selon le caractère de la parcelle dont il est issu, il continuera en béton pour finir dans l’inox juste avant la mise. « J’ai beaucoup évolué, je cherche tout le temps. Le premier grand moment, c’était en 2001. J’avais acheté cent barriques d’un an. En 2003, j’ai tout changé, des foudres et des demi-muids. En 2007, nouvelle évolution avec une vinification en vendange entière en cuves tronconiques en chêne. » Aujourd’hui, l’élevage dure 30 à 36 mois et, au bout du temps long, le vin est là, ce succès qu’on sait, les beaux prix, 20 000 bouteilles seulement que les grands amateurs s’arrachent. On se quittera à regret, on avait encore des choses à se dire, il y faudrait des jours. Ainsi va ce monde. Ce n’est pas le sien, mais « Je ne suis pas un arriéré, je veux juste conserver des méthodes, un mode de vie, des habitudes. Rien ne justifie qu’on se sépare de tout ça. » Normal qu’on l’aime.

Nicolas de Rouyn
Photos : Mathieu Garçon


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L'avis de Michel Bettane
L’avis de Michel Bettane

Mautens (mauvais temps) pour l'appellation

Un imbécile (il a de la chance, personne ne se soucie de savoir qui il est) a fait rayer de l’appellation Rasteau, pourtant toute neuve et ayant bien besoin de tous ses talents, le meilleur vin de son aire et contraint son producteur a rejoindre les rangs des vins de pays. Motif : avoir planté des cépages provençaux autorisés pour le meilleur cru du Vaucluse (Châteauneuf-du-Pape), mais oubliés par les ignares qui avaient rédigé le cahier des charges de Rasteau. Cette plantation, loin d’être un caprice d’excentrique, avait été longuement réfléchie : les picardans blancs apportent du nerf, de la tension et diminuent la richesse en alcool des grenaches qui flirtent avec les 16°. Les counoises donnent de l’épice et se marient parfaitement avec les mourvèdres. Jerôme Bressy, en fait, a eu le tort d’avoir trente ans d’avance sur certains de ses confrères et plus de 50 sur les experts locaux de l’l.N.A.O. Ses vins blancs, rosés et rouges n’ont jamais mieux exprimé la force et l’élégance des marnes de Rasteau qui font surgir l’eau des collines dans des « gourts » qui ont donné leur nom à son domaine.

Michel Bettane