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Vrai Canon Bouché change de mains

Propriété depuis 2005 de l’homme d’affaires hollandais Philip de Haseth Moller, qui y a réalisé d’importants travaux, les 15 hectares en appellation canon-fronsac de Château Vrai Canon Bouché viennent d’être cédés à la société de gestion parisienne La Française REM. Cette dernière s’investit depuis trente-cinq ans dans le secteur viticole et possède plus de trente domaines dans le Bordelais, en Bourgogne, Val de Loire, Vallée du Rhône et Provence. Sur ce très beau terroir de la Rive Droite, situé sur un plateau d’argile et calcaire sur le haut du Tertre de Canon, La Française compte consolider le travail du précédent propriétaire à travers un important programme d’investissements et en maintenant l’équipe en place, notamment Jean de Laitre, le responsable du domaine. 
On en lira plus sur cette acquisition dans cet article de Vitisphère.

Photo : Château Vrai Canon Bouché

Les Marionnet en Touraine

En soi, Marionnet est une expérience. Avec son élégance des années 70, il est absolument parfait, complètement décalé. Un type long et sec, un sourire de crooner, la mèche bien plaquée, ses convictions à la boutonnière, l’œil bienveillant et rieur. Au creux de l’hiver, dans sa campagne humide, les bosquets décharnés et les haies à trous, il a la difficile mission de vous enthousiasmer. Pourtant, dans une ouate de saison, la plaine est désespérante et si vous avez fait le trajet jusque là, c’est que vous avez une bonne raison. Les corbeaux, eux, volent à l’envers.

Henry Marionnet est un inventeur. Au contraire de tout le monde et depuis le début de son épatante carrière, il a développé des théories et les a mises à l’épreuve du réel. Ce n’est pas un bavard, pas plus un « communicant ». C’est un garçon simple qui a hérité de la terre de son père après moult péripéties — le vieux n’était pas facile, facile — et qui a propulsé son vin tout en haut de l’affiche préférée des amateurs, le tout sans convoquer la cour et la campagne à tout bout de champ. Non. Marionnet n’a eu pour seuls ambassadeurs que son vin, ses vins, ses idées, ses expériences réussies. Encore fallait-il s’intéresser, aller à lui puisqu’il ne faisait pas le voyage. Beaucoup l’ont fait, ont assuré sa gloire, j’arrive le dernier.

Nous sommes à Soings-en-Sologne à vingt kilomètres de Blois. L’extrême est de l’appellation Touraine. Là, Henry Marionnet et son fils Jean-Sébastien (c’est lui, le chef maintenant) exploitent 60 hectares de vignes. Mais les Marionnet sont joueurs. Six de ses hectares sont plantés en vignes dites franches de pied. C’est-à-dire sans porte-greffe, comme autrefois, comme avant la grande crise du phylloxéra. 10 % de son vignoble est assis sur un volcan. Éteint, certes, mais capable de se réveiller à tout moment. En général, il faut huit à dix ans au phylloxéra pour repérer la bonne affaire et détruire les « francs de pied ». Pas chez lui. À quoi ça rime de prendre des risques pareils ? On l’écoute : « J’ai voulu comprendre ce que buvaient nos aïeux, ceux du XIXe siècle. À la quatrième feuille (au bout de quatre ans, NDLR), c’était clair. C’est une classe au dessus à tous égards. Complexité, matière, arômes, une race éclatante. J’aimerais planter mes 60 hectares comme ça, mais je ne peux pas faire courir le risque à ma famille de voir tout mon vignoble ravagé. C’est notre seul gagne-pain. »

Dans le même ordre d’idées et depuis 1990, il a créé une gamme de vins sans soufre ajouté qu’il a nommé Première vendange. Sur l’étiquette, il n’y a pas écrit « contient des sulfites ». Mon Dieu, ce rebelle. Nous en rions. Il ne dira pas ses secrets. Pas directement, merci de comprendre. Nous comprenons surtout que le chai est un modèle de propreté et lui, un bourreau de travail. Il n’y a pas de secret, finalement. Il dit : « Faire du sans–soufre est un gros risque. Il faut vraiment maîtriser la vinification si on ne veut pas être obligé de tout mettre à l’égoût. La loi impose d’étiqueter à partir de 10 mg/l de SO2 total. La quantité de soufre issue de la vinification oscille entre 0 et 3 milligrammes. Si il y en a plus, c’est que le vigneron en a ajouté. Nous avons plus de vingt ans d’expérience, je sais de quoi je parle. La différence entre vinifier avec du soufre ou sans, c’est que sulfiter fait que seules les levures les plus résistantes travaillent. Quand on ne sulfite pas, toutes les levures travaillent. C’est ce qui donne cette profondeur et cette complexité supérieures. »

Pour autant, le vignoble des Marionnet n’est pas mené en bio. N’est plus mené en bio, en fait. Le père d’Henry Marionnet pratiquait une viticulture bio intégrale, il travaillait « au cuivre et au cheval », c’était il y a très longtemps et quand Henry a finalement repris les rênes du domaine, il a mis un terme à cette pratique. Quelle mouche a bien pu le piquer ? « J’ai été obligé d’arrêter parce que les sols étaient gorgés de cuivre. Encore maintenant, après tant d’années, le problème n’est toujours pas réglé, c’est le plus dangereux de tous les produits, il met un siècle à disparaître. » On ne l’entrainera pas sur ce sujet douloureux, on pourrait, on ne le fera pas. Marionnet est un type sérieux, il sait ce qu’il fait et pourquoi il le fait, mais il veut parler, il insiste : « J’ai besoin d’avoir de beaux raisins pour faire de beaux vins, s’il le faut, je traite pour protéger ma vigne. Mais je traite a minima. » Jamais avare d’un contre-pied, Marionnet et ses vins ne connaissent pas le bois, « je ne fais pas du vin avec des glands », ah, ah, ah. Encore plus en travers de la route principale, il dit : « Les jeunes vignes donnent les meilleurs vins. Entre la 4e et la 6e feuille, c’est là que le vin est à son meilleur. Je le constate, mais je ne sais pas pourquoi. »

Henry Marionnet fait partie d’une génération d’agriculteurs qui travaillait avec le portefeuille sur la fesse droite, il livrait quand il avait de l’argent et voilà. « C’était simple, avant. On se tapait dans la main, je repartais avec un chèque et j’envoyais mes vins. La vie était bien réglée. » On voit dans le regard de son fils comme un éclat nostalgique, il éclate de rire, c’est un commentaire explicite. Pour autant, la vieille règle enseignée par son père — une récolte à la vigne, une autre à la cave et une à la banque — n’a jamais fonctionné et même s’il a beaucoup réduit son endettement, il conserve des souvenirs d’un travail acharné et épuisant. Quand il partait livrer les restaurants parisiens chaque samedi dans sa camionnette, « il fallait ranger les caves pour mettre mes cartons. Les restaurants me prenaient 500 bouteilles chaque samedi, maintenant, c’est quatre fois moins. »

Jean-Sébastien acquiesce et ce n’est pas par complaisance familiale ou excès de considération pour ce père étonnant. Lui, il ne vit pas comme ça. Lui, il est né avec l’idée de la gestion et il a découvert l’enfer de l’administration. Comme c’est un garçon mesuré et qu’il n’aime pas les conflits, il parle plutôt de « complexité réglementaire ». Mais on comprend aussi. Il a 37 ans, c’est lui le patron, il emploie douze personnes et il a déjà compris beaucoup des choses qui régissent le monde du vin. Comme il n’a pas sa langue dans sa poche, c’est très rafraîchissant. Morceaux choisis :

    • « Je n’ai pas besoin d’œnologue. Nous sortons 500 000 bouteilles par an et tout nous passe entre les mains. »
    • « Le marché est à Paris. Un restaurant ici me prend 120 bouteilles par mois. À Los Angeles, c’est 36. On a la chance d’être demandé et d’être pas loin. »
    • « La mode récente du sans-soufre nous plombe. Nous pratiquons le sans-soufre depuis 1990. Ce qui nous permettait un discours innovant et vendeur. Aujourd’hui, ma cuvée Première vendange est toujours sans soufre, mais je ne le dis plus. Les restaurants ne veulent plus de vin sans soufre. À part une dizaine de vinaigreries où je ne mets pas les pieds de toute façon. »
    • « Les francs de pied ou le sans-soufre, on le fait pour améliorer la qualité du vin, pas pour être à la mode. On trouve que le sans-soufre, c’est meilleur. Nous en produisons 500 hectolitres par an. 60 000 bouteilles. T’en connais beaucoup, toi, des gens qui sortent 60 000 bouteilles de vin vraiment sans soufre ? »

 

Euh… Non, je n’en connais pas. Et force est de constater que les vins sans soufre de Marionnet sont absolument délicieux et que nous n’en avons jamais goûté un seul qui soit abîmé. Alors, c’est quoi le secret des Marionnet ?

Les prix des vins de Henry Marionnet

La propriété des Marionnet s’appelle le Domaine de la Charmoise, en appellation Touraine.

C’est sous ce nom qu’est commercialisé le premier prix de la maison, autour de 8 euros. Première Vendange, le vin sans soufre ajouté, coûte entre 10 et 11 euros. Les vins issus de ceps francs de pied s’appelle Vinifera et sont commercialisés autour de 14 euros. Les vins issus de vignes pré-phylloxériques (environ 150 ans d’âge) valent 49 euros et sont baptisés Provignage.

Ou comment se faire très plaisir avec peu d’argent.

Nicolas de Rouyn
Photos : Armand Borlant

 

L'avis de Michel Bettane
L’avis de Michel Bettane
Tous les détails
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Commentaires de dégustation
Commentaires de dégustation

 

Marionnet, les commentaires de dégustation

Vinifera côt
Touraine, Rouge, 2006
Cette cuvée évolue parfaitement avec le temps, les tanins deviennent soyeux et le fruit reste frais. Ce 2006 est riche de promesses et devrait évoluer comme le merveilleux 2002.


Vinifera côt
Touraine, Rouge, 2007
De la profondeur et des flaveurs de mûre et de myrtille, on peut tenter une biche avec une sauce aigre-douce.


Provignage
IGP du Jardin de la France, Blanc, 2008
Le meilleur blanc du domaine, on apprécie sa tension et son tranchant, c’est un vin de truffe ! On imagine une salade de langouste au diamant noir.


Vinifera côt
IGP du Jardin de la France, Rouge, 2009
Il y a toujours un choc gustatif à la dégustation de cette cuvée. Merveilleusement florale, fruitée et racée, elle fait succomber les plus farouches adversaires du côt.


Vinifera sauvignon
Touraine, Blanc, 2009
Grand style, élégant, presque aérien, c’est un sauvignon unique, flamboyant. Même ceux qui n’apprécient pas le cépage devront abdiquer.


Vinifera sauvignon
Touraine, Blanc, 2008
Voilà un vin qui tire droit, et sa grande franchise répond à un selles-sur-cher.


Première Vendange
Touraine, Rouge, 2006
Très cerise noire, ce vin présente une qualité et une pureté de fruit d’une grande gourmandise.


Première Vendange
Touraine, Rouge, 2008
La cerise noire domine et les tanins sont ronds et bien enrobés, déjà beaucoup de plaisir.


Vinifera gamay
Touraine, Rouge, 2010
Cherchez un gamay de cette trempe ! Racé en diable, explosif en fruits. Il pourra choquer certains par sa puissance un peu brutale. Les autres se lamenteront de ces porte-greffes indispensables mais castrateurs qui empêchent nos cépages traditionnels de s’exprimer en toute liberté.


Vinifera côt
Touraine, Rouge, 2010
Moins spectaculaire que dans d’autres millésimes, cette cuvée ne se démarque pas nettement du gamay franc de pied en 2010.Toujours florale, fruitée et racée, elle perturbera les plus farouches adversaires du côt.


Vinifera gamay
Touraine, Rouge, 2011
Un must pour les amateurs de grand fruit, d’une fraîcheur incroyable. Le domaine a capté en 2011 la pointe de végétal qui corse l’ensemble. Magistral !


Vinifera gamay
Touraine, Rouge, 2012
La sensualité fonctionne à plein, comme un plaisir éphémère mais intense, tel ces vignes franches de pied qui ne connaissent pas leur futur et donnent tout, tout de suite. Hélas, nous savons qu’il est limité en volumes. Quel dommage !


Vinifera sauvignon
Touraine, Blanc, 2006
Belle pureté de fruit, avec des touches florales et une bouche dynamique.


Vinifera sauvignon
Touraine, Blanc, 2010
Tendu, profond et long tout en restant pimpant. On gagne en arômes et en construction de bouche par rapport à l’excellente cuvée de base du domaine de la Charmoise.


Vinifera sauvignon
Touraine, Blanc, 2011
Très supérieure à la cuvée de sauvignon, cette parcelle de franc de pied montre une gourmandise exceptionnelle dans ce millésime qui exprimait parfois à haute voix le variétal.


Domaine de la Charmoise
Touraine, Rouge, 2007
La gouleyance du gamay dans toute sa splendeur.


Domaine de la Charmoise
Touraine, Rouge, 2008
Considéré comme l’un des papes du gamay, Henry Marionnnet produit sur ce millésime jaloux, un vin de bonne facture marqué par les fruits rouges, et surtout un coulant qui possède une résonance de fruits rouges unique sur la Loire.


Vinifera gamay
Touraine, Rouge, 2009
Encore une gourmandise absolue, à la fois intensément fruitée, charnue et bien juteuse.


Première vendange
Touraine, Rouge, 2010
Toujours de grand charme avec une finale où se mêlent harmonieusement graphite et fruits noirs.


Première vendange
Touraine, Rouge, 2011
La cuvée ne cesse de progresser. Grand fruit, finale onctueuse et gourmande, racée à souhait. Que demander de plus ?


Première vendange
Touraine, Rouge, 2012
Rien ne change dans cette cuvée de gourmandise, le jus est toujours subtil et complexe, on se régale de ces notes grillées et de cette sensualité de tannins unique.


Terroirs des Silices
Touraine, Blanc, 2008
Frais et croquant avec ses accents floraux et une légère touche agrume, ce sauvignon accompagne bien les asperges.


Sauvignon
Touraine, Blanc, 2008
Bien marqué par le cépage mais ses arômes variétaux parfois dérangeants, le vin est nerveux avec un charme étonnant.


Première Vendange
Touraine, Rouge, 2009
Que de charme, dans ce concentré de fruits noirs aux tanins ronds et parfaitement gourmands !


Domaine de la Charmoise
Touraine, Rouge, 2010
Si tous les gamays du monde avaient la tendresse florale et la gourmandise de tanins de cette entrée de gamme…


Sauvignon
Touraine, Blanc, 2007
Saline et florale, cette cuvée se révèle croquante et fraîche, elle fait merveille sur un pouligny.


Domaine de la Charmoise
Touraine, Blanc, 2010
Vin de talent récolté sur des sols dont il n’était pas simple d’extraire autant de fraîcheur et d’arômes raffinés. À l’apéritif et en magnum !


Sauvignon
Touraine, Blanc, 2009
Voici un sauvignon de caractère, frais et vif, à boire largement. Le prototype du blanc de copains !


Vinifera côt
Touraine, Rouge, 2012
2012 ne sera pas une grande année de côt dans la Loire. Pourtant, celui-ci se détache avec une profondeur unique en bouche. À comprendre sur la finale.


Les Marionnet, l’avis de Michel Bettane

La mode est aujourd’hui à la minéralité, vaste fourre-tout qui renvoie le vin fruité au cimetière des produits honteux et immoraux. Et avec ce type de vin, le plaisir de boire. Mais Henry Marionnet, assisté de son fils Jean Sébastien, fait heureusement de la résistance et nous régale de vins de soif d’une finesse, d’une pureté de style et d’une digestibilité exemplaires.

Et il travaille sans filet, car rien n’est plus difficile en matière d’élaboration d’un vin que de faire passer dans le vin fini toute la force aromatique du raisin de départ. Sa chance est de cultiver des raisins sur le type de sol qui leur permet d’exprimer sans déperdition le fruité lié à leur patrimoine génétique. Sur les sables solognots, le gamay développe toute la gamme des fruits rouges et noirs ; le sauvignon, celle des agrumes ou des fruits blancs. Et les vignes franches de pied dont il s’est fait une spécialité sont évidemment encore davantage en ligne directe avec les gênes de ces mêmes cépages.

Le fait de ne pas ajouter de soufre à la vendange pour être au plus près du fruit initial l’oblige à une discipline de travail que bien des viticulteurs bobo qui adhèrent aux mêmes principes ne peuvent même pas soupçonner et dont ils auraient pourtant bien besoin. Et le romorantin ? Certes, ce n’est pas par son fruit qu’il brille, mais par la tension en bouche liée à son acidité et par une finale saline venue du fond des sables. Ce couple élan-tension, c’est quand même beaucoup plus séduisant que les réductions de vins vendangés en sous-maturité dont trop de gogos s’entichent en les qualifiant de « minéraux ».

Michel Bettane

Qu’est-ce qu’on fait ce week-end ?

Hospices de Nuits

Un peu moins célèbre que son équivalent à Beaune, la vente aux enchères (à la bougie) des vins de l’hôpital-vigneron de Nuits-Saint-Georges aura lieu dimanche à 15 h au cellier du château du Clos de Vougeot. Elle sera cette année présidée par Patrick Timsit et la pièce de charité sera vendue au profit de l’association l’Institut  du Cerveau et de la Moelle Epinière. Avant comme après, cette 53e édition donnera lieu a différents événements, des dégustations au domaine des Hospices (entrée 10 €) à celle des vignerons et négociants de l’appellation (entrée 12 €), en passant par la fête du chocolat, le semi-marathon ou encore la traditionnelle nuit des Nuits. Tout un programme à découvrir ici.



Bourgueil12efêtedesvins
Fête des vins de Bourgueil

Pour la douzième année, les vignerons de Bourgueil investissent la ville de Tours pour y présenter leur travail, et notamment le millésime 2013. Quarante-cinq producteurs (ainsi que différents restaurateurs et artisans des métiers de bouche) seront présents toute la journée de samedi. Les meilleures cuvées de rosé, rouge de printemps et rouge de garde, seront récompensées et une exposition présentera, sur les grilles des jardins de la Préfecture, les portraits de ces hommes et femmes de l’AOC bourgueil.
10 h à 19 h, entrée : 2 €.
 Plus de renseignements sur la page Facebook de l’événement.




omnivore2014
Omnivore World Tour

La neuvième édition d’Omnivore rassemble à partir de dimanche, et pour trois jours de masterclass, soixante chefs, pâtissiers et artisans du monde entier. Luc Dubanchet, créateur en 2003 de ce festival 100 % jeune cuisine désormais présent dans huit pays, estime que la riche programmation de cette année est « sans doute la plus aboutie ». On la découvrira ici, ainsi que les dîners d’exception associés à l’événement. Les fucking dinners (un chef parisien invite un chef venu d’ailleurs) débutent dès demain soir, et les pop up dinners (laboratoire de la jeune cuisine internationale) dès dimanche soir.
De 9h30 à 19 h à la Maison de la Mutualité (Paris 5e), pass journée : 40 €, pass 3 jours : 109 €.


vinsdabbayesalon
Vins d’abbayes

A Paris encore, au palais abbatial de Saint-Germain des Prés, l’Association des vins d’abbayes tiendra salon samedi et dimanche pour présenter les vins produits dans différentes régions de France sur ces sites viticoles historiques datant de plus de 900 ans. D’origine principalement cistercienne (selon la règle d’hospitalité propre aux cisterciens, une place est également accordée aux chartreux, également propriétaires de nombreux vignobles de prestige)., ces abbayes sont parfois en parfaite état de conservation. D’autres ont disparu ou ne sont plus que ruines, mais leurs vignobles produisent toujours des vins de grande qualité, sur de magnifiques parcelles.
Entrée : 5 €, la liste des exposants est .

"C’est un rien puissant", interview exclusive de Philippe Starck

Il a touché à tout, mais c’est la première fois qu’il met du vin dans son art. Le designer signe le chai des Carmes Haut-Brion, qui sera inauguré au printemps 2015.

Qu’est-ce qui vous a décidé à accepter ce challenge ? Le vin ou la nouveauté ? C’est votre premier chai…
C’est Bordeaux, son maire, Patrice Pichet (le propriétaire des Carmes Haut Brion), le fait que je sois voisin par alliance (Philippe Starck possède une maison au Cap Ferret, ndlr), c’est le vin et c’est bien sûr les Carmes Haut-Brion. On n’a pas beaucoup le choix dans des cas comme ça. Et puis j’ai senti qu’il fallait autre chose que ce qui été déjà fait. Je ne suis pas persuadé qu’on ait besoin d’être extrêmement démonstratif lorsqu’il s’agit de quelque chose aussi d’extraordinaire et magique que le vin, qui est l’aboutissement d’un savoir humain empirique et malgré tout exact. Il fallait prendre le parti inverse, donc partir du minimum. Le minimum d’un chai, ce sont des surfaces pour abriter des cuves et des barriques.

Alors ici ?
Ici, le minimum, c’est cette lame d’acier Corten brut (auto-patiné à corrosion superficielle forcée, ndlr). Rien de plus. Il faut des vieux comme nous (Luc Arsène-Henry est l’architecte du projet, ndlr) qui ont déjà beaucoup fait, et beaucoup de courage pour se mettre en arrière et laisser passer l’esprit du vin. Car le vin est avant tout un esprit. On a donc beaucoup travaillé pour qu’il n’y ait rien. Donc c’est juste une lame. On ne sait pas si ce sont les forces telluriques qui l’ont poussé vers les éthers. Ou si elle est tombée ici venue d’ailleurs. C’est une magie enceinte d’un miracle. De là va sortir l’extraordinaire. Cette lame n’est pas frontale, mais légèrement inclinée pour que le regard glisse dessus. Elle se fond dans son terroir, l’acier aura la couleur exacte de l’eau, de la terre, de l’écorce des arbres alentour. Vous avez vu les traces de rouille dans les strates du chantier ? Ce sont des crasses de fer. C’est ce qui donne le goût fumé au vin des Carmes Haut-Brion… je répète ce que m’a dit Guillaume Pouthier, le directeur d’exploitation. Et bien ça va rouiller et en plus ça va dérouiller. Ce n’est pas un camouflage, c’est une intégration puissante. C’est un rien puissant.

Luc Arsène-Henry évoque un « bateau contemporain à l’étrave inversée, amarré au cœur de la pièce d’eau qui sépare les deux versants du vignoble » ?
Ce n’est pas un bateau. Le hasard, c’est que ce chai soit sur l’eau. Il l’est parce que tout alentour, il y a les vignes du domaine et nous n’avions que cette surface disponible pour le construire.

Sa silhouette évoque quand même les nombreux bateaux que vous avez dessinés ?
Chacun y voit ce qu’il veut mais ce n’est pas un vaisseau fendant les vignes. Le seul dessein a été d’être efficace et un minimum puissant.

Chacun de vos projets, design, architecture, etc…, paraît être une « évidence dissemblante ». Dissemblante parce que parfois on peut s’interroger sur la forme, mais quand on en a compris la fonction, l’objet ou le projet devient évident. Ca vous inspire quoi cette formule?
C’est juste, synthétique, intelligent. Je vais vous le copyrighter.

Vous travaillez extrêmement rapidement, au point de « n’avoir plus qu’à imprimer », dites-vous. Et pour ce chai ?
Pareil. La lame était une évidence pour moi, partagée avec mon vieil ami Luc. J’ai ajouté des angles de fuite pour que le regard s’échappe. Et puis il y a eu toutes ces conversations avec Guillaume Pouthier, un homme extraordinaire, que j’adore, pour que cette machine de laboratoire fonctionne.

Les cuves auront, elles aussi, des formes particulières voire inédites…
Exactement. Des jarres en béton et des cuves tronconiques inversées sur un socle de verre, un peu « verres à pied ».

C’est important pour vous de mettre du vin dans votre art ?
Sans le vin, je serai sans doute encore plus rasant que je ne le suis.

Vous êtes amateur?
Un amateur très particulier. Autant ma femme est dans l’académisme, autant je suis dans l’exploration. Jasmine possède de vraies connaissances et aime les bons grands vins, je suis aventureux. J’ai été le premier, il y a 25 ans, à distribuer des vins et des champagnes bio, via ma compagnie de nourriture bio OAO. Je suis le plus grand collectionneur de vins sans sulfite au monde. Quand je les ouvre, certains ont des nausées à table. Mais je continue, j’essaie de comprendre.

Vos créations concernent tous les registres de notre quotidien, se déplacer, travailler, dormir, se laver, manger. Et boire…
Oui mais je n’ai jamais pu dessiner un meilleur verre à vin que ce qui existe déjà. C’est l’un de mes échecs. Un verre n’est pas dessinable, c’est avant tout un volume transparent, une machine à tromper les yeux et l’esprit. Tout ce qu’on peut rajouter est néfaste, couleurs, motifs, formes…

Vous avez revisité plusieurs fois le fameux verre Harcourt, vous avez transformé la Alhondiga, un ancien magasin de vins, à Bilbao, en complexe culturel et de loisirs, vous avez inventé Wahh, un spray pour avoir la sensation de l’ivresse mais sans l’alcool…, bref, vous tournez autour du vin depuis un moment. Avec ce chai, vous allez participer d’une certaine manière à sa création. Vous rêveriez de faire du vin ?
Ah oui ! Oui, oui, bien sûr. J’adorerais ! Peut-être un jour. On a failli acheter (Jasmine confirme « dans le sud-est »). Parce que je sais exactement ce que je veux. J’achèterai du carmes-haut-brion pour ma femme et je produirai pour moi un vin totalement naturel, instinctif, paysan, sourcé, de terroir, pas plus de 11°, donc un vin que je serai seul à boire à mon avis, une grande réussite commerciale m’attendrait.

Que pensez-vous de la bouteille qu’a créé votre fille Ara pour Les Esprits Saints ?
Outre que Terra6840 est un vin formidable, je suis très fier de ma fille : il n’y a pas d’étiquette, le dessin organique, tellurique, est moulé dans le verre, sa bouteille a l’élégance du minimum.

Vous et Bordeaux, c’est une histoire d’amour ? Le Cap Ferret, Pibal (le vélo que vous avez créé pour les Bordelais), La Coorniche (l’hôtel-restaurant que vous avez relooké au Pyla), le Mama Shelter (celui qui a récemment ouvert à Bordeaux), et maintenant ce chai pour Les Carmes Haut Brion…
Tous les jours Jasmine et moi sommes dans l’avion. A Paris on est asséchés par le travail, désincarnés. Le seul endroit où on se sent un peu vivre, c’est ici, on s’y sent très bien, on s’y sent chez nous, on y est plus souvent que partout ailleurs. On est très contents de travailler dans notre village. Je suis un voisin extraordinaire, le plus gentil du monde. Je n’aime pas la solitude, mais mon métier m’y contraint : il faut être seul pour créer.

Vignoble de Bordeaux

Propos recueillis par Paz Biziberri
Photos : Patrick Cronenberger

Le vin, c'est mieux que le foot (deux fois)

Les gens de Vin & Société ont le sens de la pédagogie. Entre autres qualités. Mais ça, nous le savons depuis longtemps. Voilà qu’ils publient un petit tableau, une infographie, où ils mettent finement en perspective quelques chiffres passionnants.

Où l’on apprend, par exemple, que les Français parlent deux fois plus de vin que de foot. Qui l’eût cru ? Ou que 70 % des Français conservent du vin chez eux. Quand on nous rebat les oreilles sur l’importance du prêt-à-boire, de la consommation immédiate. Ou encore que 88 % d’entre nous achète du vin pour l’offrir quand ils sont invités. Comme Les Chinois ? Oui. Comme tout le monde, quoi. Lire la suite de l’article sur le blog de Nicolas de Rouyn.

Le patrimoine bourguignon

En attendant le verdict de l’Unesco, prévu pour juin 2015, voici venue « la dernière ligne droite » pour le classement au patrimoine mondial des climats du vignoble de Bourgogne, pour reprendre les termes utilisés par Aubert de Villaine et Guillaume d’Angerville, respectivement président et président délégué de l’association dédiée à ce projet. Le dossier a été formellement déposé par la ministre de la Culture et de la Communication, Madame Aurélie Filippetti, et la phase d’instruction formelle a débuté. Une équipe d’experts nommés par l’Unesco est attendue cet automne dans le vignoble. Leur visite portera autant sur le plan de gestion proposé pour garantir l’authenticité, l’intégrité et la transmission de ce site vivant, et notamment le maintien d’un bon équilibre entre préservation du patrimoine et développement économique, que sur la mobilisation et l’intérêt suscités par cette candidature.

Architecture et paysages

Tout comme chaque climat est unique, chaque ville et village de la Côte se distingue par un patrimoine naturel et bâti qui lui est propre. Pour le préserver, les services de l’Etat disposent de différents outils permettant de trouver le bon équilibre entre protection et développement. Les dispositifs se mettent en place progressivement et 14 communes sont déjà engagées dans la définition d’aires de mise en valeur de l’architecture et du patrimoine (AVAP). Les études pour leur mise en place peuvent être subventionnées à 50 % par la DRAC Bourgogne.

Côté paysages, les sites classés « loi 1930 » garantissent la préservation de la qualité paysagère des espaces agricoles et naturels sur le long terme et sur la base de règles précises. Si la côte méridionale de Beaune fait partie depuis 22 ans des vignobles protégés par cette loi, une démarche est actuellement à l’étude pour le territoire de la Côte de Nuits. Le classement pourrait être effectif en 2017 au terme d’une concertation avec les communes et d’une enquête publique.

D’autre part, 115 panneaux publicitaires et pré-enseignes en infraction ont été retirés depuis 2012 le long des routes départementales entre Dijon et Marsannay-la-Côte et entre Beaune et Nolay. La même opération aura lieu cette année entre Vougeot et Marsannay-la-Côte. Conformément à la loi Grenelle II, une campagne de dépose des panneaux publicitaires viticoles en entrées de villages a été lancée l’an dernier. Témoins de l’histoire de la promotion des crus, ces panneaux rejoindront les collections du Musée du vin de Bourgogne, à Beaune.

Transmission, restauration, valorisation


Histoire, géographie, biologie, français, arts plastiques, chaque discipline est une occasion de comprendre les climats de Bourgogne. Afin de faciliter les échanges entre élèves et enseignants, plusieurs outils sont disponibles gratuitement. Ces textes scientifiques et accessibles, agrémentés de propositions d’activités pratiques et ludiques, sont adaptés aux différents niveaux. En librairie, ce livre est particulièrement dédié aux 6-12 ans. 


Les associations, particuliers ou collectivités qui souhaiteraient restaurer leur petit patrimoine local – murets, cabotes, lavoirs, fours à pain, pigeonniers, moulins, fontaines, puits, oratoires, porches, fermes, etc. – peuvent présenter leur projet au fonds climats. Doté de 60 000 euros et mis en place par la Fondation du Patrimoine, le Conseil général de Côte-d’Or, le Pays Beaunois et l’Association des climats de Bourgogne, ce dispositif permet de bénéficier d’aides financières et d’avantages fiscaux. Chaque année, plusieurs dossiers de restauration sont sélectionnés en fonction de critères comme l’intérêt patrimonial de l’édifice, le respect des matériaux et savoir-faire traditionnels et encore la visibilité depuis la voie publique.

Autre attention portée aux belles initiatives, issues cette fois du monde économique, le tout nouveau Trophée des Climats récompensera pour la première fois cette année la mobilisation des entreprises, commerçants, restaurateurs, hôteliers, viticulteurs, négociants, services publics organismes de formation, associations, syndicats et clubs économiques, etc. Si vous défendez les valeurs des climats localement ou au niveau national ou international, faites-le savoir ici avant le 30 avril. Le trophée sera remis lors de la deuxième édition de la Semaine des Climats qui se tiendra du 24 mai au 1er juin.

En photo ci-dessus, le beau livre qui accompagne la candidature des climats, dont nous vous avions parlé ici.

2013, fringants liquoreux

L’ensemble des crus classés des appellations sauternes et barsac ont été dégustés lundi dernier au château Guiraud. Et le sentiment général est d’avoir réussi un grand millésime. Après un printemps marqué par des pluies qui n’ont pas été sans conséquence sur la floraison, et de beaux mois de juillet et d’août, sans excès de sécheresse, l’automne doux et humide a permis un développement précoce et généralisé du botrytis. Les températures élevées du 22 au 26 septembre ont favorisé une concentration rapide des baies et les vendanges ont pu débuter (ralenties par les averses, les deuxième et troisième tries ont eu lieu entre le 8 et le 25 octobre). La rapidité et la précision des vendangeurs dans la sélection des baies ont été déterminantes pour l’obtention de ce millésime
« fringant, vif, marqué par un fruit éclatant et un bel équilibre. » Les vins sont homogènes, équilibrés, avec des degrés de liqueur variés. Si la complexité est là, elle est juste un peu en deça de ce qui est attendu d’un millésime exceptionnel. Mais le botrytis « élégant » et la belle acidité de ce 2013 qualifié d’« enjôleur » lui permettront de bien vieillir.


botrytis