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L’amour franco-chinois


A part la ministre du Commerce extérieur, dont le vilain commentaire a enflé en grosse polémique, tout le monde aime la cuisine de Guillaume Gomez, le chef de l’Elysée. Le précédent président de la République lui avait d’ailleurs remis la médaille de l’Ordre national du mérite avec ces mots : « Si vous saviez ce que les chefs d’Etat étrangers me disaient de la cuisine de l’Elysée. (…) Vous n’imaginez pas combien vous comptez pour l’image de la France.»

Mercredi dernier, pour la soirée de gala célébrant 50 ans d’amitié franco-chinoise, Guillaume Gomez signait en l’honneur du président chinois Xi Jinping son premier dîner d’Etat. On ne vous redonnera pas le menu, largement commenté grâce à Nicole Bricq. En revanche, côté carte des vins, c’est un champagne de la Maison Deutz qui a été choisi pour figurer aux côtés de Lafite Rothschild (1997) et d’Yquem (1997). Une cuvée nommée Amour de Deutz, dans son millésime 2005.

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La fête du saint-mont


Fin janvier, au cœur de l’appellation saint-mont, Plaimont Producteurs organisait la 17e édition de l’assemblage d’un vin emblématique de l’AOC, Le Faîte. Deux grands noms de la sommellerie, Yoichi Sato, meilleur sommelier du Japon 2005 et Enrico Bernardo, meilleur sommelier du monde 2004 (en photo ci-dessus) ont élu les deux cuvées qui deviendront Le Faîte blanc 2013 et Le Faîte rouge 2012.

Ce week-end, c’est l’AOC tout entière qui est à la fête et deux cents vignerons présenteront différents visages du saint-mont, associés lors des dégustations à des produits de la région. Dix villages s’animeront pour ce parcours familial et convivial dans le vignoble qui fera la part belle à la gastronomie (cours de cuisine à quatre mains, rencontres gourmandes animées par des chefs étoilés et par le réseau Tables du Gers) et aux accords mets-vins.

Une nouvelle cuvée sera présentée par Plaimont Producteurs et une visite est prévue d’une parcelle historique de l’appellation, pré-philloxera. A Marciac, il y aura du jazz samedi soir (concert Jazz In Marciac, avec Jon Faddis & the Barcelona Jazz Orchestra, « The 1956 Dizzy Gillespie Big Band Book », sur réservation au 0892 690 277) et une brocante de printemps sous les arcades, dimanche.
Plus de renseignements sur ce programme, ici.


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Les rouges de Loire

Domaine de la Cotelleraie
L’Envolée, Saint-Nicolas-de-Bourgueil, 2010
Il vole à haute altitude. La finesse du tannin transcende ce qu’on connaît du cabernet franc. Une petite garde lui permettra de finir de digérer son bois.


Domaine Charles Joguet
Clos de la Dioterie, Chinon, 2012
La dioterie affiche sa race de grand cru et vient couronner la gamme de sa texture majestueuse. On est parti pour la garde, même en 2012.


Domaine Yannick Amirault
Le Grand Clos, Bourgueil, 2012
Extraordinaire, tanin de folie, subtil et épicé.


Domaine Philippe Alliet
Coteau de Noiré, Chinon, 2012
Le coteau de Noiré s’affiche avec un complément de race par rapport aux autres cuvées du domaine. Un jus superbe même si le millésime 2012 ne boxe pas dans la même catégorie que ses prédécesseurs.


Domaine Grosbois
Clos du Noyer, Chinon, 2011
Le vin a digéré son élevage, c’est désormais une référence en chinon, puissante, suave, profonde.


Domaine Frédéric Mabileau
Éclipse, Saint-Nicolas-de-Bourgueil, 2010
Une paire d’années lui permettra de finir de digérer son élevage. Le vin est puissant, séveux, racé. Du saint-nicolas à son meilleur mais il est urgent de l’attendre.


Domaine du Rocher des Violettes
Côt Vieilles vignes, Touraine, 2012
Vin de grand style, puissant et plein, l’une des grandes expressions du cépage dans le monde.


Clos des capucins
Eminence grise, Chinon, 2011
Certainement l’un des meilleurs 2011 de l’appellation, alliage de puissance contenue et de finesse. Remarquable qualité de tanin.


Domaine Amirault-Grosbois
Les Graipins, Saint-Nicolas-de-Bourgueil, 2012
Quelle délicatesse dans l’extraction. Tout ici n’est que sensualité et charme. Pourtant, derrière les soieries et le velours, il y a du vin.


Pierre et Bertrand Couly
Le V de Pierre et Bertrand Couly, Chinon, 2010
Un grand et joli vin, délicat dans sa texture, charmeur et sensuel. La finale fraîche lui donne un raffinement supplémentaire. Le millésime a tout pour lui, profitez des dernières bouteilles.


Couly-Dutheil
Clos de l’Écho, Chinon, 2011
C’est un grand clos-de-l’écho au futur radieux. Le plaisir à venir est tellement supérieur à celui perçu aujourd’hui que les sages le mettront au fond de leur cave. Ils seront récompensés.


Domaine de Bellivière
Rouge-Gorge, Coteaux du Loir, 2012
Année après année, toujours premier prix de typicité, le pineau d’Aunis est porté à son paroxysme. On le haïra ou on l’adorera. Il faut venir ici en procession, nul vinificateur ne le glorifie à ce point.


Château de la Bonnelière
La Chapelle, Chinon, 2011
Puissant, sans concession, c’est un vin bâti pour la garde, chaleureux, structuré.


Domaine Angélique Léon
Chinon, 2011
Le vin est à la fois souple dans son approche tannique et dense dans sa matière. Beaucoup de finesse.


Domaine de la Noblaie
Pierre de Tuf, Chinon, 2011
La cuvée toujours emplie de notes minérales est puissante et droite. C’est un chinon de garde, bien fait, racé.


Domaine Thierry et Xavier Amirault
Les Quarterons, Saint-Nicolas-de-Bourgueil, 2012
Il incarne à lui seul la délicatesse de saint-nicolas sans frôler la maigreur.


Domaine Bernard Baudry
La Croix Boissée, Chinon, 2012
En construction, imposant et fin (ce qui n’est pas antinomique). La cuvée mérite d’être gardée quelques temps.


Domaines Baudry-Dutour
Château de la Grille, Chinon, 2010
Avec son nez de fumé léger, sa matière qui rappelle les sucs de viande, ce rouge s’inscrit dans la gastronomie. Le tannin est fin, le vin est frais et équilibré.


Château de Coulaine
Clos de Turpenay, Chinon, 2011
Tel que sur les Picasses, ici aussi, le terroir parle. Profond, minéral avec une texture aérienne et beaucoup de subtilités, ce 2011 a gagné à l’élevage.


Henry et Jean-Sébastien Marionnet
Vinifera gamay Franc de Pieds, Touraine, 2013
La sensualité fonctionne à plein, comme un plaisir éphémère, mais intense, tel ces vignes franches de pied qui ne connaissent pas leur futur et donnent tout, tout de suite.


Domaine Olga Raffault
Les Picasses, Chinon, 2010
Issu des terroirs calcaires, ce rouge a du jus, une réelle fraîcheur avec une belle finale complexe de réglisse et de fruits noirs.


Domaine de la Roche Honneur
Diamant Prestige, Chinon, 2010
Joli jus sanguin, structuré, mais coulant. C’est un beau chinon à découvrir.


Domaine Brocourt
Clos des Gailhards, Chinon, 2011
Cuvée en puissance avec une belle finale jus de viande. Le tanin est fin, il mériterait un peu de garde.


Domaine Bouvet-Ladubay
Saumur-Champigny, 2010
Tanin souple et plein de fruits rouges, on boit ce vin en regardant la Loire et en grignotant quelques rillons.


Domaine des Bessons
François 1er, Touraine Amboise, 2011
Certes on aurait pu aller plus loin en longueur mais la qualité aérienne de ce tanin vaut la note sur 20. Savourons un bonheur immédiat !


Domaine de Noiré
Élégance, Chinon, 2011
Élégance est noble mais sans maigreur, bien au contraire. Le style est puissant. C’est un vin qui tiendra bien. On pourra probablement aller au-delà de l’apogée indiquée, tels ces chinons d’avant-guerre dégustés récemment qui affichaient une forme olympique.

La tragédie du chenin

Le chenin blanc reste le plus méconnu de nos grands cépages blancs et je ne suis pas sûr que la mode des vins « rebelles » (et l’affection de certains amateurs pour les vins de cette catégorie) lui rende vraiment justice et compense l’ignorance de la majorité. Ma récente visite au Salon des Vins de Loire (de plus en plus en plus concurrencé par les salons « off » qui ont lieu les mêmes jours) ne m’a pas vraiment rassuré à ce sujet. Certes, il y a de réels sujets de satisfaction.

Le plus important et de loin est la renaissance des blancs secs de Saumur. Quand j’étais jeune journaliste dans les années 1980, je voyais avec désespoir les vignerons arracher le chenin sur d’admirables coteaux calcaires comme ceux de Montsoreau ou de Turquant, pour les remplacer par des cabernets francs qui y mûrissaient beaucoup moins bien. Les vins blancs se vendaient très mal, souvent en vrac dans des bidons plastiques apportés par les acheteurs eux-mêmes et il faut hélas dire que c’était normal car, sur ces terroirs exceptionnels, ils étaient maladroitement vinifiés, plus ou moins secs, abîmés par des doses de SO2 excessives. Mais les grappes récoltées roses de cabernets trop productifs donnaient des champignys encore plus médiocres. Il demande en effet des sols plus marneux pour donner de beaux rouges, ce qu’il trouve évidemment dans le terroir d’origine de l’appellation, la cuvette de Champigny, Parnay et Varrains.

Le triomphe des rares blancs bien faits comme le clos-rougeard produit sur la côte de Brézé a heureusement donné confiance à la nouvelle génération de vignerons, mais elle n’a pas immédiatement trouvé le juste style. Elle a trop souvent abusé du bois neuf avec l’ambition d’égaler et même de surpasser les bourgognes et vendangé dans cette intention des raisins trop mûrs ou contenant une trop grande proportion de pourriture plus ou moins noble. Quelques conseillers œnologiques naïfs lui ont conseillé de laisser faire la fermentation malolactique, pensant être ainsi plus proches de la « volonté » de la nature, ce qui donne souvent des vins lourds, abâtardis par une vie fermentaire trop longue, parfois même oxydative, et marqués par des notes lactiques contraires à l’esprit de la craie sur laquelle pousse la vigne.

Nous connaissons aujourd’hui l’importance pour d’autres cépages de Loire d’un potentiel aromatique porté par l’acide malique du raisin. Mais il suffisait d’ être d’abord bon dégustateur pour le comprendre et je suis ravi que Thierry Germain, Jean-Pierre Chevallier, Mathieu Vallée, Arnauld Lambert et bien d’autres l’aient compris. On retrouve le grand vin typé de Saumur, intense, sec, vraiment digne d’être qualifié de minéral, en quelque sorte la réplique d’un chablis grand cru sur la craie saumuroise, mais avec toute l’énergie du chenin liée à son acidité, même avec des raisins très mûrs. Mais en Anjou, lieu de naissance sans doute du cépage, quelle catastrophe. Les vins les plus à la mode sont les plus épouvantables car les plus déviés, les plus déséquilibrés, au point même que leurs producteurs sachant trop bien qu’ils seraient éliminés en dégustation préalable les font sortir de l’appellation contrôlée et se replient en vin de table. Entre la choucroute trop vieille, la croûte de fromage, le beurre rance et le levain éventé, vous avez le droit à toutes les nuances apportées par des levures folles dans leur parcours érotique fermentaire incontrôlé, à qui je donnerai volontiers le nom « d’amour vache ».

Ces vins aberrants ne sont pas cependant une fatalité. L’admirable Jacky Blot à Montlouis apprend depuis de longues années à bien connaître ses levures indigènes et a eu le courage de sélectionner les meilleures pour assurer une fermentation régulière respectant toute la complexité d’un raisin issu d’une viticulture intelligemment respectueuse. Ses merveilleuses cuvées Remus et son sublime vouvray Clos de Venise devraient servir de modèle à tous nos vignerons « rebelles ». Mais quelle tristesse d’entendre les critiques adressées à des maîtres viticulteurs et vinificateurs comme Florent Baumard, dont la dégustation verticale de dix millésimes de savennières Clos Saint-Yves ou Clos du Papillon m’a vraiment laissé sans voix. Quelle admirable expression de ces sols schisteux, si adaptés au chenin, mais si dangereux en raison de l’excès d’amertume qu’ils donnent au vin quand on ne sait pas presser convenablement le raisin ou quand la vendange n’est pas vraiment mûre. J’ai retrouvé dans les étonnants 2006 et 2007, toujours à la vente, la même extraordinaire alliance entre le miel et le salé minéral que celle qu’on admire dans les grands chablis de Raveneau avec peut-être encore plus d’ampleur et de longueur en bouche. Sans parler d’un 2002 d’anthologie qui sublimera les plus beaux saumons de Loire, si vous avez la chance d’être en Anjou à la bonne époque et dans le restaurant qui connait ses fournisseurs. Quant aux liquoreux, c’est encore une autre histoire…

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La Loire est rouge, la Loire est blanche

Voici la plus récente sélection établie par les dégustateurs Bettane+Desseauve pour le Guide à paraître l’été prochain. Dix blancs de Vouvray et 25 rouges des appellations Chinon, Bourgueil, Saint-Nicolas de Bourgueil, Touraine, etc. Un choix établi autour de la grande caractéristique des vins de Loire, la fraîcheur.

Domaine de la Taille aux Loups
Clos de Venise, Vouvray, 2013
Superbe clos-de-venise qui n’a pas encore fini son élevage et qui souffre, une fois n’est pas coutume, face au clos-de-la-bretonnière. Il a la puissance pour lui. Le temps révélera sa race, mais participez au match !


Domaine Huet
Le Mont, Vouvray, 2013
Tendu et frais, long. Encore en élevage, il se construit. Une belle bouteille devrait en ressortir. Nous sommes très confiants.


Domaine du Clos Naudin
Réserve, Vouvray, 2003
Parfaitement équilibré entre le sucre et l’acidité, il lorgne vers les mille et une nuits. Fermez les yeux pour voir apparaître Shéhérazade comme en un songe.


Domaine des Aubuisières
Marigny, Vouvray, 2010
Une vraie personnalité dans ce 2010 séveux et racé. Grande longueur suave, particulièrement expressive.


Domaine François Chidaine
Clos Baudoin, Vouvray, 2012
Très joli nez, matière un peu courte, à revoir à l’évolution, il surprendra.


Domaine B et J-M Pieau
Brut méthode traditionnelle, Vouvray
Que voici un joli effervescent, propre net et précis, comme on en aimerait trouver plus souvent à Vouvray.


Michel et Damien Pinon
Tuffo, Vouvray, 2012
Belle tension dans ce vin subtil et profond. Un vouvray élégant à la finale longue.


Château de Montfort
L’or de Montfort, Vouvray, 2011
Joli moelleux équilibré et frais qui n’attend qu’une tarte aux pommes fines pour vous charmer.


Château de Valmer
Vouvray, 2012
Vouvray puissant et sèveux, intransigeant dans sa structure au service d’un terroir expressif. A mettre en cave.


Alain Robert et Fils
Extra brut, Vouvray
Produit apéritif, dynamique, classique des bons vouvrays de bulle avec 21 mois de vieillissement. Il sera vendu en fin d’année avec encore plus de rondeur. Profitez-en.


Découvrir la sélection de 25 rouges de Loire

Inoubliable année 2013

Déjà largement commenté (voir ici et ), le millésime 2013 à Bordeaux va faire l’objet de toutes les attentions la semaine prochaine à l’occasion de sa présentation en primeur. En attendant l’avis de ceux qui vont le goûter, revenons à ceux qui l’ont fait et qui, de la vigne au chai, ont du composer avec une année extrêmement difficile. « Le millésime le plus compliqué depuis trente ans » dit même un propriétaire de Léognan, remontant à un « médiocre 1984 ».

Du côté de Château Castera (cru bourgeois, Haut-Médoc), on se dit agréablement surpris par le résultat. Pour Jean-Pierre Darmuzay, directeur commercial du domaine, si ce 2013 n’est pas fait pour la garde, c’est un vin « fruité et souple » avec beaucoup de fraîcheur. Un « millésime de transition », qu’il faudra boire avant ses aînés. Il note aussi une chose amusante dans l’appréciation qui est faite de cette année exceptionnelle en « calamités ». D’après ses discussions avec ses confrères, il estime que les jeunes n’ont pas vu un tel millésime « depuis 2002, voire 1997 ». Les moins jeunes évoquent 1993 et 1992, ceux qui ont un peu plus d’expérience « n’hésitent pas à dire que c’est un mélange de 1987 et 1984 » et les plus anciens se réfèrent à 1977, 1972, voire 1963. Ou l’art de savoir relativiser.

A Margaux, Frédéric de Luze, propriétaire du cru bourgeois Château Paveil de Luze, confirme après une discussion avec son père qu’il faut bien remonter aux années 70 pour retrouver des situations similaires à cette année viticole. Heureusement, la viticulture a beaucoup changé depuis, se dotant« de moyens de plus en plus précis, permettant de mettre en oeuvre des conditions optimales pour produire des vins de qualité. » Même en cas de très grosse pression des maladies. « Au Paveil, la vigne est soignée avec frénésie par le responsable Stéphane Fort et nous avons engagé tout ce qui était possible pour protéger le vignoble. C’est une visite quotidienne des parcelles qui a fait que nous étions prêts pour vendanger une dizaine de jours avant ce qui était prévu et avons pu anticiper la pression du botrytis. »

A propos de la virulence du champignon, Christian Hostein, le chef de culture de Château Talbot (Saint-Julien), grand cru classé en 1855, confie que certains ont parlé de « génération spontanée. » Quant à la « funeste » coulure, elle n’avait pas autant impacté le volume de récolte depuis 1984. « Le vigneron est souvent pessimiste et puis, à la fin des vendanges, quand toute sa récolte est rentrée, un grand sourire illumine sa face et d’un seul coup efface les affres de l’attente. Il est récompensé de ses efforts. Cette année, pas de sourire, nous avons péché par orgueil et nous avons cru jusqu’à fin septembre que la récolte, sans être grasse, serait correcte. »

Même constat à Château Sénéjac (cru bourgeois, Haut-Médoc) où le directeur technique, Damien Hostein, estime qu’après les travaux en vert, « on se rassurait à tort en contemplant ces grappes de cabernet sauvignon qui paraissaient deux fois plus généreuses que les merlots. Cet excès d’optimisme mal venu fut vite effacé dès les premières parcelles de cabernets vendangées. » Après un temps froid et des dizaines millimètres de pluie lors de la floraison, « les merlots étaient coulés et les cabernets sérieusement atteints » et seule restait sur pied l’équivalent d’une grosse demi-récolte. Tout récemment, quand le travail au vignoble a repris, souhait était fait d’« un 2014 plus généreux. »

Ce vœu est partagé par le propriétaire de Château Rouillac » (Pessac-Léognan), Laurent Cisnerot. Si les sourires sont revenu une fois les assemblages effectués, « considérant que la vie de vigneron est ainsi faite, de hauts et de bas, mais toujours de passion », la rareté de ce millésime est préoccupante. « Nous avons travaillé de façon acharnée toute l’année pour voir seulement quelques précieuses barriques se reposer dans notre chai d’élevage, ce qui nous donne un sentiment d’inachevé qu’il nous faudra toutefois assumer, travaillant sans relâche déjà le futur millésime qui nous redonnera, nous l’espérons, le souffle nécessaire. » 


Epuisant 2013. Un surprenant numéro selon Jean-Francis Pécresse, propriétaire de Château Canon Pécresse à Fronsac. « Il est comme ces élèves qui ne devaient pas décrocher leur baccalauréat et qui l’obtiennent à la surprise générale. Certes pas avec les félicitations du jury mais avec tant de mérite que cela leur vaudrait bien une mention. Oui, il revient de loin ce millésime, mais cela nous rend d’autant plus fiers du résultat obtenu. Et, après tout, pourquoi ne marcherait il pas sur les traces de ces aînés injustement méprisés devant lesquels, dix ans, vingt ans plus tard, les contempteurs les plus sévères ont si souvent fait amende honorable ? »

Au Château Marquis de Terme (Margaux), on s’en souviendra aussi. Ludovic David, le directeur général de ce grand cru classé 1855, la caractéristique du millésime est d’être « inoubliable de complexité » dans son élaboration. « Avec bientôt 25 ans de vinifications en France, à Bordeaux, à Pomerol, à Saint-Emilion, à Margaux, en Afrique du Sud ou en Californie, je n’avais jamais connu une telle difficulté d’appréhension des vendanges. Une quadrature du cercle à résoudre, une équation à multiples inconnues où l’objectif reste cependant irrémédiablement le même, élaborer un grand vin. » La liste des difficultés rencontrées cette année est selon lui « bien longue et parfois pathétique », le très faible rendement, imputant l’équilibre économique, est « d’un autre siècle » et les mots “sélection” et “rigueur” ont «rarement eu autant de sens. »

Si la complexité à vinifier ressentie par tous ne préjuge en rien du résultat, la météo a bien fait des dégâts côté rendement. Pas moins d’un million d’hectolitres manquent à l’appel au total en Gironde. Si l’on y ajoute les sélections sévères pratiquées au chai, on peut imaginer les faibles quantités qui seront proposées par les grands crus. On se consolera en apprenant que les blancs, secs ou liquoreux, tirent superbement leur épingle du jeu. « Le millésime 2013 est, comme tous les millésimes tardifs, propice à l’élaboration de très grands vins blancs », rappellent Eric et Philibert Perrin, propriétaires du grand cru classé de Graves Château Carbonnieux. Que les amateurs ne l’oublient pas.

Les primeurs du Sud-Ouest


Acheter un vin en primeur, c’est acheter maintenant le millésime 2013 qui vous sera livré en 2015. Si le 1er avril, les projecteurs seront braqués sur la place de Bordeaux et les prix de sortie de ses grands crus, il existe des ventes en primeur ailleurs. Propriétaire des châteaux Montus et Bouscassé (Madiran), infatigable ambassadeur des vins du Sud-Ouest, producteur de vins de grande garde et leader des primeurs hors Bordeaux, Alain Brumont organise des ventes de vins par souscription depuis 1985 et réserve cette année encore 50 % de ses vins au marché français.

Jusqu’à présent, il n’offrait qu’à ses plus fidèles clients la possibilité « d’échanger » un vin contre un autre. Aujourd’hui, il a décidé de rendre accessible à tous ce concept de « millésime convertible », à condition bien sûr de se charger du vieillissement des vins. Cela signifie que les bouteilles de 2013 que vous pourrez commander dès mardi (et pendant trois mois) seront gardées en cave gratuitement pendant 10 ans et que vous pourrez à tout moment de cette période, pour un événement important et sous réserve de disponibilité, les échanger contre n’importe quel millésime. Vous pourrez également, après une dégustation dans trois ans (au minimum), échanger ce millésime contre un autre, cinq ans en amont ou en aval, pour la bonne raison qu’il ne vous plaît pas.

La Loire, mode d’emploi

Cépages uniques

Plutôt que par la géographie, on peut aborder les vins de Loire et le tourisme viticole dans la région par les cépages. En effet, c’est une particularité de ce vignoble que de produire des vins issus pour la plupart d’un cépage unique. Dans le pays nantais, c’est le melon de Bourgogne implanté au XVIIe siècle. En Anjou, Saumur et Touraine règnent chenin, cabernet franc, gamay et grolleau. La Touraine offre une palette plus variée encore, ajoutant aux précédents le sauvignon, le côt et le pinot noir.

Fines bulles

Première région productrice de vins blancs d’appellation, la Loire est aussi la première région hors Champagne à compter des appellations d’origine contrôlée de vins à fines bulles. Ils sont élaborés de façon traditionnelle dans les caves saumuroises et tourangelles depuis le XIXe siècle. A Saint-Hilaire-Saint-Florent, toutes les maisons productrices sont réunies dans la même rue. Chez Langlois-Château, le maître de chai se fait maître d’école pour expliquer aux visiteurs les étapes de la vinification, des pressoirs à la cuverie. Ses élèves d’un jour le suivent ensuite au long d’un parcours souterrain où vieillissent près de trois millions de bouteilles pour étudier ce que sont la prise de mousse, le remuage et le dégorgement. Une découverte de deux heures qui se termine par une dégustation comparative.

Pays troglodyte

Sous le Val de Loire, littéralement, se cache le plus grand ensemble de cavités existant en Europe. Avec le temps, ces anciennes carrières de tuffeau – pierre tendre dont on a fait des châteaux – sont devenues des maisons, des champignonnières ou des caves où les vins vieillissent idéalement, à température constante. Ces dernières années, des dizaines de ces sites ont fait l’objet d’un rendez-vous spécifique, le temps d’un week-end, organisé par l’association Carrefour des Troglodytes Anjou – Touraine – Poitou. Occasion unique de découvrir le monde souterrain de la région, cette manifestation se tient tous les deux ans. On peut aussi découvrir ces merveilles cachées en sous-sol au hasard d’une visite chez un vigneron ou encore profiter des ouvertures pendant les Journées du Patrimoine. D’autres sites sont ouverts toute l’année, comme celui de Doué-la-Fontaine près de Saumur, qui retrace l’histoire de l’architecture troglodytique du Moyen Âge à nos jours.

La label national de l’oenotourisme

Depuis sa création en 2009, vingt-quatre destinations viticoles ont été distinguées par le label « Vignobles & Découvertes ». Attribué pour une durée de trois ans par les ministres en charge du Tourisme et de l’Agriculture, ce label dédié à l’oenotourisme permet aux visiteurs de s’orienter vers des prestations qualifiées (hébergement, restauration, visite de cave et dégustation, musée, événement, etc.). Pour les professionnels de la viticulture comme du tourisme, c’est la garantie d’une meilleure lisibilité de leur région et de ses spécificités grâce à un outil de valorisation et de repérage qui permet d’accroître la fréquentation. C’est aussi une belle occasion d’enrichir encore son offre touristique par la mise en réseau des capacités et des attraits de chacun.

Points de départ

De nombreux sentiers jalonnés de panneaux d’explications sur le vignoble permettent aux marcheurs de comprendre le paysage qui s’offre à eux sans avoir à attendre le premier week-end de septembre. Certains d’entre eux font partie des parcours d’oeno-tourisme du Réseau des vignobles du patrimoine mondial. Dans l’AOP chinon, le circuit découverte de sites historiques part de Panzoult. Au cœur des Coteaux du Layon, la balade part de Saint-Aubin-de-Luigné et file à travers les AOP coteaux-du-layon villages, quarts-de-chaume, bonnezeaux. Au départ de la place de l’église de Saint-Jean-des-Mauvrets, c’est la vigne au fil du temps qui se dévoile dans les appellations anjou-village-brissac et coteaux-de-l’aubance. Pour aller de vignes en villes, dans l’AOP saumur-champigny, on partira de la place des Ardilliers à Saumur. Pour la vallée du Cher et l’AOP touraine, départ de Pouillé. Une promenade entre vignes et vergers part du stade de Vallière (AOP touraine-azay-le-rideau) et celle des bords du Loir (AOP jasnières) prend sa source à Lhomme.

Loire 2.0

Outre le très complet site vinsdeloire.fr qui permet de découvrir les différentes AOP, les caves labellisées, les Maisons des vins, les territoires à visiter et les différentes façons de le faire (itinéraires, séjours, etc.), ses classiques déclinaisons pour smartphones et les nombreuses pages Facebook consacrées aux appellations comme aux événements oeno-touristiques, le vignoble du Val de Loire fait aussi parler de lui à des endroits plus inattendus. Autre approche, toujours via la vidéo, la chaine Vins de Loire sur Youtube permet de découvrir en image une quarantaine d’appellations, du muscadet au jasnières. Plus de détails sur le site.

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Invitation à la promenade

C’est à vélo que s’ouvrira la saison des randonnées dans la Loire, du 28 mai au 8 juin, un parcours VTT offrant 280 kilomètres de circuits balisés et classés de vert pour « très facile » à rouge pour les plus expérimentés. Ce parcours a été labellisé par la Fédération française de cyclisme (FFC).

Chaque année, sur inscription, la TransLayon rassemble des milliers de participants pour des circuits de découverte à vélo, mais aussi à pied et à cheval à travers le vignoble. Ces journées sportives et festives à travers les plus beaux terroirs de l’Anjou ne négligent évidemment pas le vin ou la gastronomie, des haltes étant prévues chez les vignerons membres du réseau « Bienvenue dans les vignes ».

La Loire et le vélo, c’est une histoire déjà ancienne. Dès 1995, les régions Centre et Pays de la Loire coopéraient pour mettre en place une vélo-route le long de la Loire. De tronçon en tronçon, cet itinéraire propose aujourd’hui 800 kilomètres d’un parcours unique en France, alternant routes à faible circulation, voies vertes, routes sans transit et pistes cyclables. Pour les 700 000 cyclistes qui l’empruntent chaque année, un label spécifique « accueil vélo » a été mis en place afin de signaler les caves touristiques et les centaines de prestataires concernés par ces cyclo-touristes, c’est-à-dire disposant des services et équipements nécessaires à cette pratique, du stationnement adéquat à la réparation en passant par le transfert de bagages.

D’innombrables parkings sont disposés le long du parcours et, cet été encore, on pourra interrompre la balade à tout instant pour la reprendre ailleurs grâce à un partenariat avec la Sncf. Du 15 juin au 15 septembre, sur la ligne TER qui longe le fleuve d’Orléans jusqu’au Croisic, des wagons aménagés accueilleront les cyclistes et leurs cycles sans plus de frais qu’un billet classique.

Organisé par l’interprofession des vignerons, qui regroupe plus de cinquante appellations du pays nantais, de l’Anjou, de Saumur et de Touraine, le rendez-vous qui fermera la saison estivale se tiendra les 6 et 7 septembre 2014. Événement phare de l’oenotourisme en Val de Loire, « Vignes, vins & randos » fête cette année son onzième anniversaire. Chaque année, des milliers de participants arpentent le vignoble, guidés par les vignerons, en groupe d’une quarantaine de personnes. Pour l’édition 2014, quinze randonnées différentes sont prévues, dans seize AOP. Equipés d’un kit du randonneur, sac à dos, carte et quizz, les marcheurs partent à la découverte des paysages du vignoble de Loire, mais aussi de ses différents cépages et des vins qui en sont issus.

La balade est ponctuée de pauses gourmandes qui mettent en valeur les traditions et savoir-faire locaux, rillons, fromages de chèvre et pommes. S’y ajoutent différents concerts dans les vignes dans des genres musicaux allant du jazz manouche au classique.

Crédit photo : Stevens Fremont

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La Conseillante s'agrandit

Propriétaire depuis plus de 140 ans du château La Conseillante, propriété parmi les plus emblématiques de Pomerol, la famille Nicolas vient d’adjoindre à son vignoble de 12 hectares, composé de 18 micro-parcelles, une parcelle de merlot âgée de 25 ans appelée La Gravette.
Plantés à une densité de 6 060 pieds par hectare, ces 31,5 ares de sol graveleux situés sur l’un des grands terroirs du plateau de Pomerol se rapprochent de l’une des meilleures parcelles de La Conseillante. Après avoir doté son domaine d’un cuvier parcellaire de vingt-deux cuves et de nouvelles installations, la famille innove encore avec cette acquisition qui fait figure de petite révolution dans la vie d’un vignoble resté inchangé depuis le XVIIIe siècle.


BlasonLaConseillante