Accueil Blog Page 596

Un vin à la mer


Bordeaux-Béring-Bordeaux par le cap Horn, c’est une première, un tour du monde par les deux pôles,
et c’est le voyage que va effectuer la cuvée Gonet du Château Haut Bacalan (AOC Pessac Leognan). L’idée, c’est de se confronter à cette légende bordelaise qui dit que les vins qui revenaient de la route des Indes étaient meilleurs. Pour vérifier cette hypothèse d’un meilleur vieillissement en mer, quatre barriques éco-responsables de 56 litres, cachetées à la cire sous contrôle d’huissier, vont être placées à quatre endroits différents : la première embarque demain à bord de la goélette «Coriolis 14», la deuxième sera immergée en mer, dans une huîtrerie du bassin d’Arcachon, la troisième sera conservée dans le pont
de Pierre à Bordeaux et la quatrième aura droit aux conditions habituelles des chais. Au retour de l’expédition scientifique Coriolis, les quatre versions de cette cuvée seront goûtées par un collège d’experts et d’amateurs éclairés et la barrique qui aura fait le tour du monde sera mise aux enchères
(les fonds recueillis iront à un projet de reboisement). Une fois mise en bouteille, cette cuvée fera l’objet d’une commercialisation en édition très limitée à l’hiver 2013, tout le propos étant de suivre pendant 10 ans l’évolution de ces vins élevés différemment.

Les beaux soirs d’été


Dans l’Hérault, à quelques kilomètres au nord-ouest de Pézenas, sur la commune de Caux, le Mas Belles Eaux doit son nom aux nombreuses sources qui affleurent sur ses terres. Ici, les soixante-quinze hectares de vignes plantés de cépages traditionnels du sud de la France, syrah, grenache, mourvèdre, mais aussi quelques rares vieux carignan, donnent naissance à deux familles de vins d’AOC Languedoc : Sainte Hélène et les Coteaux, et une collection Cépages qui inclut des blancs et des rosés. Dès ce soir, et chaque mercredi jusqu’à la mi-septembre, on pourra venir les déguster, accompagnés de quelques tapas, à l’heure où le soleil baisse la garde, sous les chênes centenaires. Réservation ici.


Mesdames, Messieurs, voici les directeurs

Ils ne sont pas propriétaires ou fils de, ils doivent être capables de tout faire et ils le font, leurs vins grimpent à l’assaut des classements. Qui sont ces cadres supérieurs du vignoble et du vin ?

Ce n’est pas à proprement parler une invention contemporaine. Déjà, dans les très grands châteaux du Médoc, les propriétaires confiaient les clés de l’exploitation à des professionnels compétents. On pense à Christophe Salin à Lafite ou à Jean-Bernard Delmas à Haut-Brion. Mais ce n’était pas la règle. Le plus souvent, le propriétaire assumait seul la direction de son domaine familial. Dans le cas où il possédait toutes les compétences requises ou avait eu la sagesse de s’y former, tout allait bien. Mais, dans de nombreux domaines, les choses se passaient comme elles s’étaient toujours passées, sans prendre vraiment garde aux évolutions du commerce, sans autre credo que la tradition familiale. Et ça ne suffisait pas toujours. C’est ainsi qu’on a vu bon nombre de propriétés sortir peu à peu de la shopping-list des amateurs parce que les vins étaient moins bons, que la Place de Bordeaux le savaient et en achetaient moins, puis plus du tout. Il fallait alors vendre le château, au bord du gouffre, à la casse.

Depuis quelques années, se développe une autre approche à grande échelle. Lucides, les propriétaires de beaux domaines se disent qu’ils pourraient peut-être mieux valoriser les marques qu’ils détiennent. Que ce vin à douze euros pourrait peut-être se vendre à quinze ou à vingt. Que ces chais vétustes mériteraient un coup de neuf. Qu’enfin, tout ce domaine est à reprendre de fond en comble. C’est important de ne pas laisser filer le patrimoine. Ils ont compris que le vin, et particulièrement les beaux châteaux bordelais, sont lancés dans une course à l’excellence et que ceux qui ne s’y engagent pas risquent fort de se retrouver échoués dans le sillage de leurs voisins plus réactifs. De très grandes familles bordelaises ont initié le mouvement en allant chercher un « directeur ». D’autres historiquement lointaines, on fait de même comme la famille Sénéclauze et son château Marquis de Terme, un cru classé de Margaux qui végétait gentiment. Mais où trouver ce genre de compétences ? Très évidemment, ils se sont tournés vers les quelques multi-propriétaires qui avaient déjà compris depuis longtemps ce qu’il fallait faire. Et, parmi ceux-ci, ils se sont intéressés aux méthodes et aux cadres qui gèrent les châteaux de Bernard Magrez, modèle du genre. Très vite, la structure de ce grand propriétaire est devenue un vivier dans lequel tous puisent sans vergogne des gens formés à la gestion la plus rigoureuse et la plus sérieuse. Ludovic David était l’un d’eux quand il a pris les commandes de Marquis de Terme. De ses années Magrez, il avoue de bons souvenirs : « En fait, c’était passionnant. Une bonne idée bien argumentée était toujours acceptée par monsieur Magrez et comme nous avions de gros moyens, nous pouvions faire bien et vite. » Comme dans n’importe quelle entreprise moderne. Pourquoi en irait-il autrement sous prétexte qu’il s’agit de vin ?

Regarder travailler des garçons comme Stephen Carrier au Château Fieuzal, Éric Monneret au Château La Pointe, à Pomerol ou Emmanuel Bonneau à Rollan-de-By, c’est un plaisir. Pourtant, ils dépendent de structures radicalement différentes. L’un doit convaincre un propriétaire irlandais, absent et fortuné, Lochlann Quinn. Le second rend des comptes à une grande compagnie d’assurance, Generali. Le troisième doit faire face à un propriétaire français hyper-actif, brillant et très concerné par son vignoble, Jean Guyon, un homme doté d’une vision. Tous les trois ont une solide formation universitaire, ils ont parcouru le vaste monde pour la compléter, ils ont déjà beaucoup d’expérience, ils sont précis, ils raisonnent en projets plus qu’en étiquettes. Ils ne sont pas Bordelais dans l’âme, mais dans l’exercice. Ils ont ce côté « capables de tout » qui emportent l’admiration.

Le cas de Anne Le Naour est un peu différent. Elle n’est « que » directrice technique. Mais c’est un très gros job dans une collection de châteaux, tous propriétés de la filiale CA Grands Crus du Crédit Agricole. Dans ce portefeuille de rêve, elle gère les vignobles et les chais de deux grands crus classés, Grand-Puy-Ducasse à Pauillac et Rayne-Vigneau à Sauternes. Et le célèbre Meyney à Saint-Estèphe, et le moins connu Blaignan, dans le Nord du Médoc, mais c’est une grande superficie (97 hectares) et une production qui se compte en centaines de milliers de bouteilles, auxquels vient de s’ajouter le Château La Tour de Mons à Margaux. Pas mal, mais ce n’est pas tout. Elle s’occupe aussi d’une propriété du groupe en Costières de Nîmes, mais pas du Château de Santenay, récente adjonction du groupe, il ne faut pas exagérer les grands écarts. Elle aussi bénéficie d’une grosse formation, a passé sept ans dans la Bernard Magrez Connection, se lève très tôt et se couche tard. Femme dans un monde d’hommes ? Aucune importance, assure-t-elle. Tout juste si elle concède qu’il faut faire « un peu plus » ses preuves, mais ça n’a pas l’air de la déranger beaucoup. Elle préfère insister sur ce métier qu’elle adore, à la croisée « des sciences et des cultures ».

Tous ont déjà à leur actif des progressions spectaculaires. Ludovic voit la cote de « son » margaux grimper chaque année. Stephen et ses blancs ont rejoint la très petite troupe des meilleurs. Dans un voisinage d’exception, le pomerol d’Éric pointe son museau au milieu des grands. Les médocs d’Emmanuel sont depuis un moment les trouble-fête des dégustations à l’aveugle. Et Grand-Puy-Ducasse s’est réveillé en signant trois millésimes d’affilée, signalés chaque année comme le meilleur jamais produit par la propriété.
Ils sont exemplaires, non ?

La photo : de gauche à droite, les garçons : Stephen Carrier, Emmanuel Bonneau, moi, Éric Monneret, Ludovic David. Assise : Anne Le Naour. Photo Mathieu Garçon.
Cet article est paru sous une forme différente dans le Hors-série Vin de L’Express daté juin-juillet 2012, en vente chez votre marchand de journaux.

Yquem en primeurs ? Pas maintenant

La nouvelle a fait le tour du monde sur Twitter, ce matin. « Yquem sort des ventes en primeurs ». Bigre. Voilà Yquem qui rejoint Latour ? En fait, non. J’ai eu Pierre Lurton au téléphone, voici ce qu’il en dit :
« C’est une décision difficile à prendre, mais comme le ton de la campagne des primeurs est donné par les rouges, nous aurions eu beaucoup de mal à faire comprendre que 2011 est un millésime d’exception à Sauternes. Il vaut le fabuleux 2001…Lire la suite

Fête des pères #1

Du vin oui, mais pas tout de suite, papa… C’est le cadeau léger à porter que Salmanazar & Co* propose pour dimanche. Devenu l’heureux locataire de deux, quatre, six, douze, voire vingt pieds de vigne dans un domaine à choisir ici, votre papa recevra chaque année le vin issu de «ses vignes» (une bouteille par pied alloué) dans une caisse numérotée.

* Initiative à taille humaine qui privilégie les dimensions locale, sociale et environnementale, Salmanzar & Co met en avant différents terroirs via un collectif de vignerons partenaires qui font ainsi connaître leurs vins au-delà de leur région.

Yquem comme Latour ?


Agitation sur les réseaux sociaux ce matin autour d’une info non encore «officiellement» confirmée : il paraît qu’il n’y aura pas d’Yquem en primeur cette année. La raison serait, comme pour Latour, de proposer le vin à son meilleur (noté 19-19,5 par Michel Bettane et 96-98 par Parker, ce millésime exceptionnel pourrait égaler 2001). Pierre Lurton, le patron d’Yquem et de Cheval Blanc, est injoignable pour le moment.


MAJ : La nouvelle a été confirmée par Pierre Lurton. Les détails sur Bon Vivant, le blog, à découvrir ici

Crédit Photo : Château d’Yquem – Agence APPA

Pique-nique chic


Les chefs de Relais & Châteaux proposent des paniers aux saveurs de leurs terroirs pour aller déjeuner
sur l’herbe, dans un bel endroit qu’ils ont choisi de faire découvrir aux visiteurs, à proximité de leur établissement. France, Suisse ou Liechtenstein, l’opération dure tout le mois de juin, chaque samedi et chaque dimanche. Pour cette édition 2012 Relais & Châteaux a choisi d’apporter son soutien à l’Institut
du cerveau et de la moelle épinière* en lui reversant 5 euros sur chaque panier acheté (45 euros, gratuit pour les enfants de moins de 10 ans, dans la limite de trois par couple). On réserve sa journée, son endroit, son panier ici, directement auprès du Relais & Châteaux concerné.

* Nouveau modèle en matière de recherche en neurosciences, l’ICM est installé à l’hôpital Pitié-Salpêtrière. Cet institut international de recherche de 22 000 m2 unique en son genre est au coeur de la démarche
de soins. Il réunit les malades, les médecins et les chercheurs les plus éminents au monde pour trouver de nouveaux traitements contre les maladies du système nerveux, qui touchent une personne sur huit et constituent un enjeu majeur à l’échelle mondiale pour le XXIe siècle
.

L’illustration ci-dessus est signée Dominique Corbasson.

Les belles naufragées, suite.

L’incroyable histoire des dizaines de bouteilles de champagnes qui ont reposé quasiment deux siècles au fond de la mer Baltique se poursuit ici, avec un compte-rendu des enchères qui ont eu lieu vendredi à Mariehamn, la capitale d’Aland, au cours desquelles onze d’entre elles ont été mises en vente.

Les 5 jours de Lavinia


Oui, rassurons par avance les râleurs, cela s’appelle bien de la publicité. Mais l’amateur ne nous en voudra sans doute pas, sauf pour la redondance s’il se trouve être déjà au courant. Le site lavinia.fr propose toute cette semaine cinq coups de cœur par jour (des «offres flash», ça s’appelle, parce que ça dure seulement 24 h et que les stocks sont limités). Les bonnes affaires ont commencé ce matin : Château Chasse-Spleen Haut-Médoc 2008, champagne R de Ruinart, Coudoulet de Baucastel Côtes du Rhône 2009, Cloudy Bay Sauvignon Blanc 2009 (Nouvelle-Zélande) et whisky japonais Nikka Pure Malt Red. Pour les prix, c’est ici.

Bill Harlan, le héros de la Napa

Qu’est-ce qu’une icône ? Dans le monde si particulier du vin, c’est bien plus qu’une image pieuse. C’est un homme ou une femme qui concentre sur sa tête un si grand nombre de qualités qu’il ne viendrait à l’idée de personne de critiquer son travail. C’est un vigneron qui réussit à faire à la fois le mieux et le plus cher, c’est l’indiscutable, le modèle, l’envié. En France, nous en comptons quelques-uns. Aubert de Villaine est un exemple parfait. Son romanée-conti et ses autres vins forcent l’admiration de ceux qui ont eu la chance d’y goûter. Chacun s’accordera facilement sur son nom. En Italie, Angelo Gaja en est un autre. En Espagne, c’est Pablo Alvares et son vega-sicilia. Et en Californie, Bill Harlan dispute le titre à Paul Draper, autre grand homme, le pionnier, dont l’apparition remonte à 1971 avec un premier grand montebello qui avait bouleversé le monde (du vin) lors du Jugement de Paris, en 1976.

Bill Harlan, lui, a lancé l’aventure de Harlan Estate en 1984, dans la célèbre Napa Valley, à Oakville, 17 hectares de vignes plantées dans un domaine qui en compte 110, où forêts et vergers contribuent à alimenter une biodiversité poussée à l’extrême et que Bill a toujours appelé de ses vœux : « Il se trouve qu’une conscience environnementale va bien avec la beauté des lieux, mais pas seulement. Forêts et vignes se conjuguent pour donner du caractère au fruit. Il se retrouve dans le vin. » Lire la suite