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Six chenins à travers la Loire

C’est une vallée que le monde nous envie. Occasion formidable, bon gré mal gré, le fleuve royal se donnera cet été à tous les vacanciers heureux (pour les plus chanceux) de redécouvrir les formidables paysages de notre douce France. Avec la Loire, ses châteaux, son vignoble et son cépage emblématique, le chenin. En voici six belles expressions, à moins de 25 euros.

Château de Saint-Louans, chinon blanc 2018
La propriété est située sur le terroir originel de l’appellation. Référence historique, elle se hisse, millésime après millésime, au premier plan des producteurs qui comptent. Une progression permise par le travail méticuleux des équipes en place qui signent ce 2018 au fruit éclatant. Classique certes mais aussi complexe et structuré. L’élevage l’arme pour la garde. Si elle est maîtrisée, ce sera un jour un grand chinon blanc. Ils sont rares.
23 euros
Disponible sur le site

Château du Hureau, Argile, saumur 2018
Le domaine est plus connu pour ses rouges de cabernet franc et moins pour sa production de chenin. Ça n’empêche pas Philippe Vatan, épaulé par sa fille Agathe, de se rapprocher, quand le millésime le permet, du top niveau de l’appellation. Dans cette gamme recommandable, les cuvées Foudre et Argile étonnent par leur amplitude en bouche et par leur plénitude. Pour ce 2018, une fraîcheur saline étire la richesse du fruit. Indispensable.
15 euros
Disponible chez Pépites de Loire

Domaine Romain Guiberteau, saumur 2018
C’est l’un des vignerons les plus talentueux de sa génération et une signature du Saumurois dont il faut goûter le travail. Sur 17 hectares dont quelques parcelles au sein des grands terroirs ligériens (brézé, clos-des-carmes), tout ce que fait Romain Guiberteau est d’une justesse peu commune. Surtout, il propose une gamme où les premiers blancs se dégustent bien dans leur jeunesse, sans jamais rien concéder à la minéralité et à cette pureté aromatique caractéristique du domaine.
22 euros
Disponible chez Idealwine

Domaine Arnaud Lambert, Clos de Midi, saumur 2019
Comme ses étiquettes reconnaissables parmi toutes, le travail d’Arnaud Lambert sort du lot. Engagé dans des démarches proches de la biodynamie, il recherche pour ses chenins de la finesse et du raffinement. Ce clos-de-midi 2019 a en plus un volume et une tension en bouche singulière. Une belle introduction aux vins d’un domaine qui ne cesse de progresser tout en restant accessible et bien distribué. Réjouissons-nous de ces prix sages.
12,90 euros
Disponible chez Vinatis

Château de la Mulonnière, L’Effet Papillon, savennières 2014
Ce n’est pas le savennières le plus connu des amateurs. Voyons-le comme une chance. L’immense renommée de l’appellation implique qu’elle ait son lot de vignerons charismatiques et volubiles et que parmi ses meilleurs vins, certains soient difficilement accessibles. Cette propriété discrète acquise par la maison Saget signe, sur des sols de spilite et de schiste, un chenin droit, puissant, plus fruité que floral, dans un style à l’aise à table.
17 euros
Disponible chez Vinatis

Domaine Huet, Cuvée H, vouvray pétillant brut 2014
Parmi les vins de méditation de l’Hexagone, il y a ceux du domaine Huet à Vouvray. Les meilleures cuvées du domaine, riches et complexes, méritent votre attention. Mais, secret bien gardé, la propriété sait aussi bien jouer le registre de la légèreté avec cette bulle élaborée en méthode traditionnelle. De jolies notes d’agrumes et d’épices portées par une tension apéritive et salivante. Digeste et légère, c’est la bulle qu’on veut tous sous le soleil. Une seule bouteille ne suffira pas et à 18 euros, il faut en prendre au moins deux. Coup de cœur absolu.
18 euros
Disponible chez Idealwine

Photo : ©Interloire

Un don du ciel, en rouge

Domaine Robert Sérol,
Les Millerands, côte-roannaise 2018

Pourquoi lui
Toute la gamme des rouges de Sérol est à ma table, tous les étés, depuis plusieurs années. Grâce soit rendue à l’excellent caviste d’Auray, les Crus des vignerons, qui m’a fait découvrir cette pépite adorable. Avide de partage (^^), j’ai convié Thierry Desseauve à une dégustation, il est reparti avec la bouteille à peine entamée en poussant des petits cris de joie. Et voilà.

On l’aime parce que
Le gamay est un bienfait pour l’humanité en quête de vins désaltérants, légers, équilibrés. On dit aussi « buvables », je n’aime pas tellement. Les vins de la côte-roannaise sont sans doute multiples, il y a deux stars Stéphane Sérol et Romain Paire aux domaine des Pothiers. Aujourd’hui, c’est Sérol.

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Voyage autour de ma cave par Michel Bettane #25

Les vins de Bourgogne sont toujours aussi imprévisibles et leurs bouchons de liège, encore plus. Je viens d’en faire à nouveau l’expérience. Je débouche aujourd’hui deux premiers crus de grand terroir et d’un même millésime. L’un de Nuits-Saint-Georges d’un climat et d’un producteur dont, par charité, je tairai le nom, l’autre de Vosne-Romanée, un Reignots, ce climat fameux de moins de deux hectares qui touche la Romanée. Dans les deux cas, un bouchon médiocre. Le nuits se débouche facilement, mais l’examen du bouchon terrifie, médiocrité de l’élasticité, blanchiment au peroxyde et irresponsabilité du producteur radin qui ne le signe pas, n’indique pas le nom du cru (pourtant situé haut dans la hiérarchie et issu de très vieilles vignes) et se contente du millésime. Il a pourtant dépensé plus d’argent pour mettre son nom sur la collerette. En bouche, outre l’évolution de la couleur et la sucrosité vulgaire de la fin de bouche, le chlore envahit l’arôme et le vin terminera à l’évier. Il avait pourtant reçu chez les principaux prescripteurs mondiaux les plus hauts compliments.

Avec le vosne, c’est complètement différent et tout aussi incompréhensible. Le tire- bouchon n’agrippe pas le liège et il faudra faire glisser le bouchon au fond de la bouteille, puis filtrer sur passoire les poussières de liège en transvasant le vin en carafe. On s’attend au pire, c’est le meilleur qui arrive. Beauté pure, nette, naturelle, indescriptible du nez, grande couleur inaltérée qui contraste complètement avec celle du nuits, on aurait imaginé le contraire, harmonie et plénitude totale de constitution dans une année où cela n’est pas fréquent, intégration idéale du tannin, bref le grand bourgogne dans toute sa gloire, arrivé à parfaite maturité. Pourtant, à l’époque, il était élevé et mis en bouteille par une catégorie aussi honnie de l’amateur qui se croit connaisseur que notre haute administration par le Français moyen, vous imaginez, un négociant. Et j’aimerais que les vins actuels produits sur cette parcelle, et désormais mis en bouteille au domaine, où un boisé psychédélique masque l’extrême finesse native du cru, retrouvent ce type d’équilibre.

Bouchard Père et Fils, vosne-romanée premier cru aux reignots 1997
Récolte du château de Vosne-Romanée

Voyage autour de ma cave par Thierry Desseauve – Jour 34

Voyage autour de ma cave, ou la chronique quotidienne d’un amateur pas désespéré par temps de confinement. Thierry Desseauve déniche, ouvre et raconte une bouteille mémorable de sa cave.
Jour 34 : Bouchard Père & Fils, volnay les caillerets premier cru, ancienne cuvée carnot 2016

Bouchard Père & Fils est l’une des plus anciennes maisons de vins en Bourgogne. Elle a été Fondée en 1731 à Beaune par Michel Bouchard. En 1775, son fils Joseph acquiert les premières vignes à Volnay dans le célèbre climat des « Caillerets ». Le nom officiel « Bouchard Père & Fils » ne sera créée qu’en 1785 avec Joseph et son fils Antoine-Philibert-Joseph.

Voyage autour de ma cave par Thierry Desseauve – Jour 33

Voyage autour de ma cave, ou la chronique quotidienne d’un amateur pas désespéré par temps de confinement. Thierry Desseauve déniche, ouvre et raconte une bouteille mémorable de sa cave.
Jour 33 : Domaine Louis Magnin, fille d’arbin 2016

Les primeurs, oui. Mais pas confiné

Un méchant virus met notre pays en plein désarroi et les producteurs de vins au bord de la crise de nerf. Il y va de la survie pour beaucoup de petites exploitations inadaptées au marché mondialisé. Mais aussi nous l’espérions, celle de privilèges absurdes qu’on croyait devenus institutionnels, comme celui de vendre au consommateur un vin avant qu’il soit mis en bouteilles. Un peu comme on le ferait d’une voiture pas encore construite ou en cours de production, mais essayée virtuellement. Si, un peu partout sur cette planète, les professionnels, marchands, sommeliers, critiques, dégustent en principe les échantillons qu’on leur présente, le public regarde sur internet les commentaires et les notes et se fait une idée virtuelle du produit qui fait ou ne fait pas naître le désir de l’acheter. Dans ce désir, il y a parfois celui de faire une bonne affaire, c’est-à-dire de spéculer à la hausse, pour être ensuite déçu à la baisse et, en bon Français, de se consoler en râlant sur les réseaux sociaux ou en dénigrant, les deux composantes du « Bordeaux Bashing ». L’affaire se complique avec ce 2019 que, confinement oblige, les dégustateurs habituels ne peuvent plus juger en avril. Je rappelle qu’en avril, un cortège venu du monde entier circule de château en château pour donner son avis sur des échantillons de vins instables dont personne ne sait comment ils ont été choisis ou assemblés, par dizaines, voire par centaines en une journée, trois centilitres au fond d’un verre qu’on n’a pas choisi et à une température non contrôlée ou contrôlable. J’avoue y avoir participé depuis trente-cinq ans, parce qu’avec mon arrogance bien connue je me sens en état de dire ou d’écrire moins de bêtises que d’autres ou d’être plus utile envers le consommateur tenté par un achat. Avec l’appui de mon équipe, je ne viens jamais seul, bien briefée sur les limites de l’exercice. Bref, chez Bettane+Desseauve, nous ne souhaitons pas empêcher un tel acte commercial, devenu indispensable aux finances du négoce distributeur et des propriétés. Nous reconnaissons volontiers l’énorme succès évènementiel que constitue cette Semaine des primeurs et le rôle qu’elle joue pour affirmer, et même maintenir, la place du vin dans notre culture et dans notre société, malgré les efforts du lobby prohibitionniste qui s’active à le diaboliser.

Le Covid-19, loin de faire réfléchir sur de sages changements qui reporteraient par exemple de six mois ou plus la date des dégustations, n’a fait que creuser davantage les effets pervers du système. J’apprends que, partout, les crus proposent d’envoyer des échantillons aux différents prescripteurs, même à des milliers de kilomètres de distance, et que des prescripteurs acceptent de déguster et même de noter avec précision des échantillons toujours aussi instables par définition et qui ont, en plus, voyagé sans trop savoir comment ni dans quelles conditions. Sans pouvoir sur place déguster une seconde ou une troisième fois en cas de doute ou pour mieux comprendre certains équilibres, sans goûter les différents lots quand c’est possible dans les chais, pour mieux apprécier les choix d’assemblage, sans faire un vrai et sérieux travail de prescription. Chez Bettane+ Desseauve, nous attendrons d’avoir le droit de circuler à nouveau dans le vignoble, entre le 15 juin et le 15 juillet, pour faire notre travail avec même rigueur que celle qu’on nous reconnaît habituellement, de procéder chez nos correspondants, négociants ou associations de producteurs à des dégustations comparatives sur des échantillons sous contrôle pour hiérarchiser les réussites, découvrir les nouveaux talents, ne pas être les derniers à repérer les changements de style, les évolutions liées à la vie interne de chaque château. Nous vous donnons donc rendez-vous très bientôt pour parler de ce 2019 si favorisé par le climat et si secoué par les terribles circonstances que nous connaissons depuis deux mois.

 

Photo : Guy Charneau

Voyage autour de ma cave par Thierry Desseauve – Jour 32

Voyage autour de ma cave, ou la chronique quotidienne d’un amateur pas désespéré par temps de confinement. Aujourd’hui, Thierry Desseauve reçoit Sara Lecompte-Cuvelier qui déniche, ouvre et raconte une bouteille mémorable de sa cave.
Jour 32 : Château Léoville-Poyferré, saint-julien 2011

Voyage autour de ma cave par Michel Bettane #24

Le buveur du troisième âge a parfois, lui aussi, connu trois âges de producteurs. C’est mon cas avec une longue fréquentation des vins de la famille Kientzler à Ribeauvillé. Mon père achetait à François, j’ai acheté à André, dit Dédé par tous ses amis, en retraite très active consacrée pour moitié au vélo et, désormais, à Thierry. L’avantage est d’avoir dégusté les vins de ce terroir sur plus de 45 ans et même une fois avec André son fameux 1937. Geisberg planté à 100 % riesling, ce qui est rarissime en Alsace, sur des petites terrasses exposées plein sud, donne en effet à ce cépage son maximum de finesse. Finesse minérale liée au terroir du Muschelkalk, calcaire à fossiles comme à Chablis, et à la présence de la célèbre source Carola dont l’eau circule en sous-sol. Les Kientzler sont passés maîtres dans le respect de l’individualité du cru. Il naît très discret, fluide, peu parfumé et pourrait passer inaperçu, puis avec le temps sa pureté cristalline, son extraordinaire subtilité qui rivalise avec les plus stylés des vins du Rhin, se développent avec assurance.

1996, millésime de vent du nord à l’acidité mordante un peu partout en France aurait pu donner un caractère violent ou déséquilibré à un cépage naturellement acide. Les premières années de vieillissement le faisaient craindre, mais il s’est assagi et, vendangé avec exactitude au meilleur moment pour préserver le côté cristallin qui définit un vrai Geisberg, il développe désormais de puissants arômes de citron et de fleurs blanches un rien amères comme l’acacia ou le tilleul. Sur le risotto que j’avais spécialement concocté pour lui, en associant champignons de Paris, fines herbes et coriandre en grains concassés, avec une pointe de piment doux, le tout braisé dans un fond de vin mi-champagne, mi-vieux quart de chaume, ce que j’attendais s’est produit, une métamorphose de l’arrière bouche qui s’allonge et prend des notes d’eau de rose (merci la coriandre), et un sentiment de sucrosité sans sucre qui adoucit, complète la complexité de ce riz Carnaroli accompagné de sa petite côte d’échine de porc, braisée dans le même fond. Vin de gastronomie, d’amateur de musique de chambre plus que de grand orchestre et supériorité si peu pratiquée de nos jours d’un vin vieilli suffisamment pour exprimer le vrai génie de son origine.

Domaine François Kientzler, riesling, grand cru geisberg 1996

Afrique du Sud, l’incroyable histoire du cépage national

Le lien qui unit le pinotage à l’histoire des vins sud-africains est surprenant. S’il contribue, depuis sa création, à attirer les mondes du vin vers le vignoble de la nation arc-en-ciel, son improbable histoire ne laissait pas présager de son rôle actuel de porte-drapeau. Au regard de la situation de cette vigne métisse sur ses terres, ce statut interroge. La variété créée par le professeur Abraham Isak Perold en 1925 n’est que le troisième cépage rouge planté d’Afrique du Sud, derrière le cabernet-sauvignon et la syrah. Sur ce territoire grand comme vingt fois la France, la surface des plantations de raisin de cuve est d’un peu moins de 130 000 hectares. À peu près la taille du vignoble bordelais. Le pinotage y occupe 7,3 % des surfaces et se répartit principalement entre trois régions : Swartland, Paarl et Stellenbosch. À quoi doit-il sa réputation mondiale ? On peut choisir d’y voir le fleuron national d’une viticulture apparue au XVIIe siècle sous l’impulsion des marchands de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales et des réfugiés huguenots français qui fuirent les persécutions religieuses. Fierté locale, le pinotage, assez unique en son genre, participe peut-être à l’écriture du « grand récit » du vignoble sud-africain. D’autres explications sont permises.

Herminoir ou pinotage ?
Sept ans avant l’expérience de Perold, 1918 est une année de renaissance. La création de la KWV, première cave coopérative du pays, est le signe d’espoir attendu par une filière à bout de souffle. Trois crises dans la deuxième moitié du XIXe siècle ont plongé la viticulture sud-africaine au bord de l’asphyxie. Période d’autant plus chaotique qu’elle succède à un début de siècle florissant pour le vignoble, dû à l’occupation britannique et aux guerres menées par la Couronne anglaise en Europe. La production de vin sud-africain qui participait à cet effort de guerre s’effondre dès la fin des conflits, atteignant un point de rupture en 1861 quand Anglais et Français enterrent finalement la hache de guerre. L’arrivée du phylloxera en 1886 lui porte le coup de grâce, avant que la seconde guerre des Boers en 1899 réclame la relance massive de la production. Le vignoble produit alors des vins désastreux, victimes des rendements énormes et des nombreuses maladies qui éprouvent les vignes peu résistantes.

C’est cette raison qui conduit Perold, alors professeur à l’Université de Stellenbosch, à croiser cinsault et pinot noir. Les aptitudes du premier à produire beaucoup et facilement ainsi que sa résistance aux maladies doivent permettre de produire en quantité des vins aux goûts plus consensuels apportés par le pinot noir. La variété « hermitageexpinot » est née. Les quatre plants obtenus par Perold passent à l’époque inaperçus et sombrent un temps dans l’oubli.

Jusqu’à leur sauvetage in extremis par un chercheur qui les apporte au successeur de Perold. On n’entend plus parler des plants pendant sept ans avant qu’ils ne soient, pour des raisons inconnues, l’objet de test visant à vérifier la fiabilité de différents porte-greffes. De cette expérience, on sait que tous les essais échoueront à l’exception de ceux portant le plant de Perold. Il faut un nom. On hésite avec « herminoir », autre contraction de hermitage [ndlr, c’est l’autre nom du cinsault en Afrique du Sud. Cette confusion suscite des interrogations. Le cinsault n’est pas connu pour être présent dans le nord de la vallée du Rhône et encore moins sur la colline de l’Hermitage]. Pour choisir finalement « pinotage » dont on tire la première barrique en 1941. Le vignoble n’est pas vraiment enthousiaste. À l’époque, le cépage produit nombre de vins marqués par des goûts désagréables, imputables aux hauts rendements pratiqués par certains et à des connaissances succinctes en vinification. Sa réputation a beaucoup souffert de cette période. Quelques propriétés pourtant ne se découragent pas, comme Bellevue Estate ou Kanonkop Estate, et obtiennent des résultats probants, dès 1959, lors de concours nationaux. Sur la scène internationale, les dérives de production du cépage alimentent les réticences à son égard de la part d’une expertise majoritairement européenne et peu sensible, à l’époque, aux vins du Nouveau Monde. Les plantations s’arrêtent.

Soixante ans pour un succès
Il faut attendre le début des années 1990 et un domaine toujours en haut de l’affiche aujourd’hui, Kanonpop. Sous son impulsion, le pinotage est récompensé mondialement à plusieurs reprises, en 1987 et en 1991. L’engouement est réel, alors que l’Apartheid prend officiellement fin dans le pays. L’ouverture du pays sur le monde coïncide avec l’âge d’or de la critique anglo-saxonne. Malgré le contexte social difficile, le renouveau économique profite à la filière. Le niveau des vins issus du pinotage augmente, les exportations suivent. Dix-huit millions de litres de pinotage ont été exportés dans le monde en 2018 contre huit millions en 2001. Le Royaume-Uni, l’Allemagne et, désormais, la Chine concentrent la demande.

Aujourd’hui, l’opposition de styles entre les vins de pinotage est proche de celle que l’on observait dans les grands vignobles d’Europe dans les années 2000. Trop de producteurs proposent encore des pinotages colorés dont la matière très mûre et le boisé important masquent à regret les notes de fruits rouges, d’épices et de cuir. D’autres, avec plus ou moins de réussite, s’essayent à l’assemblage et au Cape Blend, où au moins 30 % de pinotage complètent le plus souvent cabernet-sauvignon, syrah ou merlot, dans une version plaisante et structurée où dominent les arômes de tabac, de fruits noirs ou de chocolat. La balle semble être dans le camp de ceux qui essayent de respecter le terroir et qui proposent un vin délicat, plus infusé qu’extrait. Une vinification délicate comme un élevage précis révèlent la finesse des tannins du pinotage, capable d’une grande élégance, et donnent des vins excellents, délicats, floraux, complexes, sublimes après quelques années et très à l’aise avec une gastronomie raffinée.

Voyage autour de ma cave par Thierry Desseauve – Jour 31

Voyage autour de ma cave, ou la chronique quotidienne d’un amateur pas désespéré par temps de confinement. Thierry Desseauve reçoit Michel Bettane qui déniche, ouvre et raconte une bouteille mémorable de sa cave.
Jour 31 : Alphonse Mellot, Cuvée édmond, sancerre blanc 2008