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Nouvelle cuverie à Gevrey-Chambertin


Propriété familiale de 17 hectares dans le vignoble de la côte de Nuits menée par Bernard Bouvier, également président du syndicat de l’appellation marsannay, le domaine René Bouvier (Gevrey Chambertin) s’était doté en 2006 de bâtiments «fonctionnels et modernes, conçus dans un grand souci d’hygiène et d’harmonie », avec pour objectif « le plus grand respect du vin et du raisin » (il y a notamment ici de très vieilles vignes). C’est avec cette même attention que la cuverie a été récemment agrandie, une extension permettant d’y améliorer nettement les conditions de travail. Ce « bel outil de travail ultra performant » au service des hommes et du raisin était opérationnel pour la dernière vendange.

En haut et ci-dessus, l'intérieur et l'extérieur de la nouvelle cuverie du domaine René Bouvier. Photos : Peter Stumpf.
En haut et ci-dessus, l’intérieur et l’extérieur de la nouvelle cuverie du domaine René Bouvier. Photos : Peter Stumpf.

Dix maîtres du riesling

Il en fallait au moins le double, le triple, plus encore. La vie est injuste, mais c’est la vie

Pierre Trimbach, Alsace

1Pierre a la stature athlétique, mais l’âme artiste. Pas l’artiste brouillon, le perfectionniste, celui qui affine sa technique au fil des ans. Comme son père, son frère ou son oncle, il aime le type sec, fait pour la haute gastronomie et qui convient si bien à ses terroirs de Ribeauvillé et de Hunawihr, mais ne manque jamais les rares occasions où le climat lui permet de récolter des vendanges tardives ou des sélections de grains nobles. Ses deux fleurons, le clos Sainte-Hune et la cuvée Frédéric-Émile (issue de l’Osterberg et du Geisberg) viennent de se compléter d’un admirable geisberg et d’un schlossberg qui revendiquent désormais leur terroir grand cru, indispensable initiative dans une maison qui s’est longtemps méfiée de leur mention sur l’étiquette.

Olivier Humbrecht, Alsace

2Géant par sa taille, comme par son savoir, digne fils de son père Léonard, Olivier incarne pour nous le vigneron idéal, faisant la synthèse entre tout ce que la science peut apporter dans la connaissance agronomique et œnologique et la pratique d’une biodynamie rigoureuse et novatrice pour respecter l’impressionnante liste de grands terroirs que son père avait constituée. Si les amateurs admirent en priorité et depuis toujours ses pinots gris et gewürtztraminers, d’une incomparable somptuosité de constitution, il serait ridicule de ne pas reconnaître son talent de vinification du riesling avec ses trois fleurons, Brand, Rangen et Clos Windsbuhl, sans oublier l’étonnant Clos Häuserer, au pied du Hengst. Ils sont depuis quelques années encore plus secs et tendus, sans rien perdre de leur intensité aromatique.

Helmut Dönnhoff, Allemagne

3L’équivalent, la modestie en plus, de ce que fut Henri Jayer en Bourgogne, le gourou protecteur du style le plus pur et le plus classique du riesling allemand. Avec leurs équilibres subtils (8,5 à 9° d’alcool, quarante à soixante grammes de sucre), ses vins de type Kabinett et Spätlese illustrent parfaitement la synthèse idéale de tous les terroirs à riesling allemands qui fait l’originalité du secteur de la Nahe. L’extrême finesse de la Moselle ou de la Sarre s’associe à la vinosité plus affirmée du Rheingau. Si Herrmannshöhle est son cru le plus prestigieux, l’homme réussit tous ses vins et j’ai un faible pour le fruit du Brücke, proche de sa maison.

Wilhelm Weil, Allemagne

4La winery modèle de Kiedrich appartient aux Japonais de Suntory, mais Wilhelm Weil, héritier d’une prestigieuse dynastie du Rheingau continue à modeler les vins et à perfectionner le ramassage de raisins botrytisés, caractéristiques de ses grands terroirs du Gräfenberg. On y retrouve les schistes du Taunus et le fruité incomparablement harmonieux et élégant de la plus pure des pourritures nobles. Ici, on doit en priorité acheter les spätlese et auslese à l’originale étiquette bleue, reconnaissable entre toutes.

Manfred Prüm, Allemagne

5Une dégustation sera toujours inoubliable dans ce haut-lieu de la Moselle. L’affable Manfred Prüm y est toujours présent, cherche une à une ses bouteilles à la cave avant de revenir les ouvrir avec tout le cérémonial d’usage et attend patiemment que la bouteille soit finie (sans crachoir) avant de repartir. Comme on sait qu’il terminera par un de ses fameux et incomparables Beerenauslese ou Trockenbeerenauslese, on dépassera ses facultés d’absorption pour garder tous ses esprits et en admirer la monumentale complexité. Son style de vinification inimitable renforce les tendances naturelles du riesling à la réduction, mais conserve tout le fruit du raisin après vingt, trente voire cinquante ans de bouteille.

Peter Munro, Australie

6Je ne connais pas l’homme, vinificateur très respecté sur place, mais à plusieurs reprises j’ai admiré l’originalité et la complexité de caractère des vins de la maison Leo Buring, cette vieille firme spécialisée depuis toujours dans le riesling de la Clare et de l’Eden Valley, dans le secteur de la Barossa. Ils portent au plus haut degré la fine amertume de réduction propre à ces sols, qui après dix ans ou plus de bouteille donne un bouquet pétrolé (sans lourdeur) qui choque parfois avant de devenir indispensable à la mémoire de tout amateur de grands vins. La réserve Leonay fait référence à la propriété du pionnier du vignoble australien qui a donné son nom à la firme.

Neil Pike, Australie

7Dans les derniers millésimes, ce domaine a particulièrement brillé par la densité et l’harmonie de fruit de ses meilleurs rieslings qui illustrent à la perfection la vitalité et l’énergie de la Clare Valley. Il peut y faire chaud l’été, le riesling ne déteste pas contrairement à ce qu’on croit, à condition évidemment que les nuits restent fraîches, ce qui est le cas. Ici aussi, le vin prend ce goût dit « pétrolé », mais sans lourdeur, qui vibre d’égal à égal avec l’iode des fruits de mer. Neil Pike et ses équipes savent parfaitement choisir les origines pour leurs assemblages, mais la cuvée “The Merle” provient d’un terroir précis et remarquable.

Willi Bründlmayer, Autriche

8Ce domaine très attachant et francophile produit certes de très grands vins de grüner veltliner, un cousin du traminer qui brille particulièrement au bord du Danube ou de son affluent le Kamp, mais ne néglige pas ses rieslings. Les terrasses magnifiques du premier cru (Erste Gewächs) Heiligenstein produisent avec une régularité désarmante un vin très stylé, plus fruité et tendu que les vins plus opulents du secteur peut-être encore plus célèbre de la Wachau, sur le Danube. De son passage à l’Agro de Montpellier, Willy Bründlmayer a retenu que la conduite en lyre du vignoble, préconisée par son maître le professeur Carbonneau, permettait une maturité plus régulière du raisin. Et il le prouve avec sa cuvée Lyra, ce qui n’enlève rien à la finesse et à la précision aromatique de ses nombreuses autres cuvées.

Mark Wagner, Etats-Unis

9Entre Syracuse et Rochester, au nord de l’État de New-York, les Finger Lakes, série de petits lacs en forme de doigts, perpendiculaires à l’immense lac Ontario, illustrent parfaitement l’adage de Pierre Veilletet : « Il n’y a pas de grands vignobles prédestinés, il n’y a que des entêtements de civilisation ». Il m’est arrivé de déguster de jolis rieslings de Californie et plus encore de l’état de Washington, toujours assez « pétrolés » et plus convaincants en type liquoreux. Mais je dois avouer que la finesse et la pureté des vins de cette côte Est, finalement proche des chutes du Niagara et des vins de glace canadiens, les dépasse amplement. Le savoir-faire de la famille Wagner, aussi bien dans la tenue de la vigne en bio que dans la précision de l’élaboration, fait des vins vraiment étonnants de finesse. Deux ou trois terroirs isolés, dont le Round Rock, produisent les vins les plus complets.

Neil McCallum, Nouvelle-Zélande

10Retraité en 2011, ce pionnier de la viticulture de Nouvelle-Zélande laisse un héritage remarquable aux nouveaux propriétaires. Dans mes dégustations des vins du début de ce millénaire, j’ai souvent trouvé que le petit vignoble de Craighall (1,6 hectare), sur des terrasses alluvionnaires bien drainantes, donnait les rieslings les plus racés d’un pays qui a fait le choix de privilégier le sauvignon, pas toujours bien mûr, mais si engageant dans sa jeunesse. Neil lui préférait le riesling, plus droit, plus complexe, plus riche en extrait sec, moins fluide et finalement plus mûr. Je suis sûr que parmi les 400 hectares plantés dans le pays, on doit trouver des vins de même valeur, mais je voulais rendre ici hommage à un homme de culture et de conviction.

Advini reprend la maison Champy



Propriétaire du domaine Laroche à Chablis, dont la fusion avec les vignobles languedociens JeanJean a été à l’origine du groupe, en 2010, Advini vient d’acquérir un nom emblématique de Bourgogne, la maison Champy, « aux origines du négoce beaunois. » La présidence a été confiée à Thierry Bellicaud, déjà en charge de Laroche, la direction du vignoble et des vins restant assurée par Dimitri Bazas, la supervision des cultures par Francis Simon et celle des caves, par José Ramalho. Ancien propriétaire de Champy, Pierre Beuchet, s’est dit très heureux d’avoir pu choisir Advini comme repreneur : « Ce qu’ils démontrent sur leurs vignobles remarquables, en tout premier lieu à Chablis avec Domaine Laroche est un gage de pérennité et de succès pour une maison que j’ai portée avec passion. Dimitri Bazas et son équipe technique sont associés à cette nouvelle dynamique pour mon plus grand bonheur. »

« Fondée en 1720 et première maison de vins établie en Bourgogne, située au cœur de Beaune dans un site historique exceptionnel, Champy est reconnue internationalement pour la qualité de ses grands crus de la côte de Nuits et de la côte de Beaune, en particulier pour son corton-charlemagne. Propriétaire de plus de 22 hectares de vignes sur la côte de Beaune et du domaine Laleure-Piot, l’un des acteurs majeurs de l’appellation Pernand-Vergelesses, Champy exploite une grande partie de ses vignes en agriculture biologique afin de préserver et magnifier le parcellaire de terroirs d’exception. »

Fier de cette nouvelle implantation qui porte à 2 195 le total des hectares de vignobles possédés par le groupe dans toutes les régions viticoles françaises (Ogier à Châteauneuf-du-Pape, Château Capet-Guillier à Saint-Emilion, Chateau Patache d’Aux en médoc, Cazes en Roussillon, Château Gassier en Sainte-Victoire, Rigal à Cahors, entre autres), Antoine Leccia, président du directoire d’Advini, annonce prendre « le relais de Pierre Beuchet pour faire rayonner Champy et ses vignobles dans les circuits sélectifs en lui faisant bénéficier de notre réseau international (qui compte 106 pays, ndlr) » Le site d’élevage et les caves historiques de Champy à Beaune, inspirés de l’école Eiffel et inscrits aux Monuments historiques, seront mis en valeur et la viticulture et les outils de vinification feront l’objet d’investissements afin de pousser encore plus loin la valorisation des vins et du parcellaire de la maison.

Un menu signé John Lanchester

Après Les Cinq de Curnonsky et ceux de l’écrivain américain Jay McInerney (voir ici), un nouveau menu d’anthologie s’installe cet automne sur la carte du Taillevent. Cette fois, le choix des vins a été confié au prince des gastronomes britanniques, John Lanchester, rédacteur en chef de la London Review of Books, critique gastronomique pour le London Observer, The Guardian et Esquire et auteur de The Debt to Pleasure (Le Prix du plaisir, éditions Sonatine), tout à la fois récit de voyage à travers la France, roman de bouche d’un épicurien anglais, roman policier, érudit traité d’esthétique et « recueil de recettes ponctué de délicieux passages sur le vin ».

 « Personne n’en voudra au narrateur de revendiquer les origines anglaises du vin de Champagne, tant il met de passion à décrire son rapport presque charnel à la cuisine et aux vins français. Il suffit de lire ce passage consacré au chinon, décrit comme “un vin qui aurait quelque chose d’un lac aux humeurs très changeantes selon les jeux de la lumière et du vent sur les petites vagues de sa surface, capable de surcroît de vous noyer un pêcheur ou deux tous les ans, tout en sachant rester à son humble place” pour comprendre le lien de coeur qui unit la littérature de John Lanchester aux hommes du Taillevent. »
« Personne n’en voudra au narrateur de revendiquer les origines anglaises du vin de Champagne, tant il met de passion à décrire son rapport presque charnel à la cuisine et aux vins français. Il suffit de lire ce passage consacré au chinon, décrit comme “un vin qui aurait quelque chose d’un lac aux humeurs très changeantes selon les jeux de la lumière et du vent sur les petites vagues de sa surface, capable de surcroît de vous noyer un pêcheur ou deux tous les ans, tout en sachant rester à son humble place” pour comprendre le lien de coeur qui unit la littérature de John Lanchester aux hommes du Taillevent. »

Avec le chef du Taillevent, Alain Solivérès, et son directeur du département vins, Pierre Bérot, l’écrivain-gastronome a donc sélectionné les cinq vins qu’il rêvait de réunir en une même dégustation. « La cave du Taillevent s’étend des sommets indiscutables du classicisme aux choix les plus ésotériques et les plus personnels. Lorsqu’on m’a demandé, en vue de l’élaboration d’un menu spécial, d’étudier cette superbe carte des vins afin d’y choisir les bouteilles que j’aime, j’ai d’abord cru à un canular. La vie d’écrivain comporte quelques moments agréables, mais aucune mission que l’on m’a confiée auparavant ne m’a jamais procuré autant de plaisir », a-t-il confié.

Une joie qui transparait dans la sélection « érudite et affective de vins français » qui accompagne ce menu de saison déclinant meilleures pêches et premières chasses en autant de mariages parfaits. En la personne de John Lanchester », Pierre Bérot dit avoir « découvert non seulement un amoureux des vins de France mais surtout, et c’est tellement plus rare, un fin connaisseur des grands terroirs et des meilleurs vignerons. Sa sélection en est le reflet. Laurent Vaillé, Pierre Trimbach, Francis Egly, Philippe Alliet et Dominique Lafon sont des surdoués, des vignerons d’exception, meilleurs représentants de la fantastique diversité du vignoble français. »


johnlanchestertailleventLes Cinq de John Lanchester :
Champagne Brut Tradition, Egly-Ouriet
Meursault “Clos de la Barre” 2005, Domaine des Comtes Lafon
Chinon 2008, Domaine Philippe Alliet
Vin de Pays de l’Hérault 2007, Domaine de la Grange des Pères
Gewürztraminer “Vendanges Tardives” 1998, Domaine Trimbach

Menu Les Cinq de John Lanchester, jusqu’au 14 janvier 2017 au Taillevent

Cinq plats en accord avec cinq vins (verres de 7 cl), 370 euros par personne.
Réservation au 01 44 95 15 01


Grange 2012, les accessoires

Deux flacons exceptionnels ont été créés par la cristallerie Saint-Louis pour accompagner le lancement du millésime 2012 de la cuvée icône du domaine australien Penfolds.

Destiné à accueillir une impériale de grange (six litres), le Penfolds Aevum Impérial en photo ci-dessous est un ouvrage d’art qui a été produit en petite quantité et ne sera disponible qu’au Penfolds Magill Estate, dans le sud de l’Australie (125 000 euros).

Plus accessible, la carafe Penfolds Aevum Decanter conçue pour « magnifier la dégustation » du grange 2012 sera proposée en édition limitée chez une sélection de cavistes à travers le monde (1 500 euros).

grange2012-penfolds

Chablis, l’annus horribilis

Nous publions ci-dessous les commentaires de Michel Laroche sur ce terrible millésime 2016. Au domaine d’Henri, le vignoble familial des Laroche (l’autre est à l’origine d’Advini, en lire plus ici), la « moitié de la récolte était virtuellement perdue » dès le 1er juin. Et ce cas n’est pas isolé, Michel Laroche serait surpris, écrit-il, « si Chablis dans son ensemble déclarait mieux qu’une demi récolte. »

« En 50 ans de vie à Chablis je n’avais pas encore connu de conditions aussi difficiles. Tout est allé de travers, gel très sévère fin avril sur la partie sud-est du vignoble, grêle dévastatrice à la mi-mai et fin mai. Et un malheur n’arrivant jamais seul, le printemps a été littéralement absent. Pluie incessante et froid ont prévalu jusqu’au 22 juin, premier jour de beau temps après ce printemps inexistant générant une fleur tardive qui s’est terminée les derniers jours de juin avec, en prime, une attaque de mildiou extrêmement virulente. (…) Nous n’avons pas su la combattre avec nos méthodes « bio » et elle a au final fait davantage de dégâts que le gel et la grêle réunis, nous laissant devant une récolte ridicule en volume. Pour nous c’est très exactement 13,26 hectolitres par hectare de rendement moyen, une misère !

Nous n’avons même pas tenté de récolter les vignes gelées car il n’y avait strictement rien, aucune grappe de deuxième génération, rien de rien ! Juillet et août ont été particulièrement ensoleillés et chauds, septembre a été très beau. Nous avons débuté la vendange le 23 septembre pour la terminer trois jours et demi plus tard, record absolu de rapidité tant la récolte est minuscule. Pour nous consoler, nous pourrons compter sur une bonne qualité, voire très bonne pour les plus belles parcelles avec des degrés qui ont atteint 12,7 dans les Fourchaumes, une jolie acidité et de beaux arômes sur les moûts. Les très petits rendements ont sans doute contribué à apporter une matière concentrée. Nous commençons dès maintenant à prier Saint Vincent pour qu’il nous prépare une belle récolte en 2017 ! »

L’image ci-dessus, photo des parents de Michel Laroche, Henri et Madeleine, prise en 1961 lors du repas de vendanges, est extraite de la vidéo ci-dessous.

Mes magnums (24) : un vacqueyras bio

Domaine Montirius, cuvée Minéral, vacqueyras 2012

Ce qu’il fait là
Un blanc d’été, c’est pour ça. Un blanc d’un pays de rouges. Un blanc élevé à l’abri des Dentelles de Montmirail. Un blanc, quoi.

Pourquoi on l’aime
Sur moins de deux hectares, le domaine produit ce vin élevé en bouteille (ou en magnum), mais pas sous bois, qui devient très élégant avec une finale légèrement saline. Bref, le vin qui donne faim et soif.

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Decelle Villa, saint-aubin premier cru, sur-gamay 2010

Decelle Villa, saint-aubin premier cru, sur-gamay 2010

LE VIN : Du négoce haute couture pour ce cru où l’énergie et la subtilité font penser aux pulignys voisins. L’élevage est parfaitement intégré et ce vin offre une intensité rafraîchissante qui séduit.

LE DOMAINE :

Olivier Decelle (château Jean-Faure et mas Amiel) et Pierre-Jean Villa (Côte-Rôtie, Condrieu, Saint-Joseph) ont constitué une winery à la bourguignonne qui trace bien son chemin. Ils ont quelques hectares du côté de Savigny et ils achètent également des raisins. Ils ont confié la direction technique à Jean Lupatelli, un vinificateur de talent qui surveille et contrôle tous les approvisionnements avec une grande perspicacité.

Le riesling, un blanc pour le monde

Ce cépage a toutes les exigences de sol, de pente, d’exposition, de températures. Pourtant, il a trouvé son expression partout dans le monde. Et il fait bien tout ce qu’on lui demande, du sec au liquoreux. étrange, le riesling

Le chardonnay a conquis la planète et on le comprend. Cépage moderne, mondain, il s’adapte à tous les climats, tous les maquillages, toutes les modes, tous les goûts et toutes les gastronomies. Il lui arrive même de donner le meilleur de terroirs exceptionnels, mais enfin quand on mange un raisin bien mûr, il n’exprime pas grand-chose en dehors de son sucre. C’est donc le ferment et l’imagination créatrice humaine qui l’exaltent. Avec le riesling, c’est différent, les petites baies ont quelque chose d’unique en matière de fruité, de fraîcheur, de subtilité dans les différences aromatiques et tactiles d’un terroir à l’autre, que je trouve vraiment incomparable. Stoltz, le grand ampélographe du XIXe siècle, natif d’Andlau et propriétaire au Kastelberg, trouvait dans le raisin des notes uniques de cannelle, d’orange amère, de poivre et de clou de girofle qui sont exactement ce que l’on goûte aujourd’hui. Les spécialistes des arômes reconnaissent là la présence de précurseurs terpéniques. La fermentation évidemment les accentue et produit des molécules de linalol, de nérol, de géraniol, de citronnellol, entre la citronnelle et la rose, que le riesling partage d’ailleurs avec le traminer et le muscat et qui, en vieillissant en milieu réducteur, sans oxygène, comme dans la bouteille, évoluent vers l’hydrocarbure et les fameuses notes dites pétrolées, particulièrement sur les terroirs riches en fossiles calcaires ou en minéraux comme le schiste. Si l’on presse trop fort les peaux où se trouvent ces précurseurs ou si l’on triture trop la vendange, on accentue cette tendance jusqu’à la caricature et à la saturation.
Comme par hasard, la génétique confirme cette nature unique de raisin : on n’a pas vraiment encore élucidé le mystère de l’origine génétique du riesling, mais on est à peu près sûr qu’il a des liens forts avec le gouais blanc, mère du chardonnay et tante du traminer et, donc, un rapport étroit avec le furmint, le savagnin, l’elbling du Luxembourg. Ce qui commence à rendre plus claire l’énigme de son implantation en Europe et nous permet d’admirer encore plus les intuitions de Stoltz. Le mot riesling n’apparait que vers 1435 dans la Rheingau, mais évidemment le cépage existait depuis longtemps. Le premier à faire planter des vignes en Rhénanie fut Louis II dit le Germain, vers 840. Stoltz est persuadé que c’était déjà le « gentil aromatique », qu’il se refuse à appeler riesling en raison de son origine qu’il jugeait française, ce que corrobore le nom d’un autre très ancien cépage de la Rheingau appelé orleaner. Si l’on songe que le sauvignon antique de Château-Châlon avant la Révolution française était sans doute déjà le savagnin ou une forme de traminer et que des descriptifs aromatiques précis d’un sauvignon de la région de Vendôme correspondaient exactement à sa vision du riesling, il y avait un pas que Stoltz sautait allègrement. En attendant que la vérité éclate, la version officielle actuelle est que le riesling est probablement un descendant de lambrusques locales de la vallée du Rhin, fécondées par le gouais, planté également avec parcimonie dans des vignobles seigneuriaux ou ecclésiastiques d’Alsace et, plus largement et beaucoup plus tard, tout au long du XIXe siècle, dans le reste de l’Alsace et de la Moselle allemande, en Europe centrale, puis au-delà des mers en Afrique du Sud, en Australie et en Californie. Partout, ce cépage très exigeant ne se plaît que sur des terrains bien drainés, aimant les fortes pentes, une floraison par temps frais et une maturation lente, acceptant les étés continentaux chauds si les nuits restent fraîches, ce qu’il trouve évidemment à la perfection à la limite nord de la culture de la vigne en Europe. Ses peaux acceptent parfaitement le botrytis s’il se développe sur un raisin mûr, ce qui permet en dehors d’un type de vin sec de produire de beaux moelleux ou liquoreux, mais en toutes petites quantités. Comme il est cultivé en climat froid et récolté fin octobre, début novembre, les levures sont à la peine et souvent les fermentations s’arrêtent avant 10 degrés d’alcool transformé, ce qui explique l’équilibre original des vins allemands, encore renforcé par l’homme qui peut aussi muter au SO2 pour ne pas dépasser 8 degrés. Le sucre restant préserve le fruit et équilibre la forte acidité. En Alsace, et même de plus en plus souvent en Allemagne ou ailleurs, en réduisant les rendements et en prenant des risques pour vendanger tard, on obtient des raisins qui peuvent atteindre 13 degrés d’alcool naturel ou plus et rivaliser avec les plus grands chardonnays comme grands vins secs de gastronomie.Malgré les 3 400 hectares plantés en Alsace et les efforts de sommeliers et de cavistes passionnés, les amateurs français ne connaissent souvent pas bien la valeur des vins les plus réussis de ce cépage, qu’ils adopteraient pourtant immédiatement comme une gloire nationale. Ils ne savent pas ce qu’ils perdent.

Mes magnums (23) : un corbières-boutenac bio

Château de Caraguilhes,
cuvée Solus, corbières-boutenac 2013

Ce qu’il fait là
Un chablis de belle origine a sa place dans toutes les portes de frigo. Il y a très peu d’occasions qui écartent le chablis. Un beau chablis, c’est frais, tranchant, aromatique, donc indispensable.

Pourquoi on l’aime
C’est un vin du désert des Corbières, produit dans une propriété sauvage en surplomb d’une vallée de vignes et de bosquets. C’est d’une beauté de commencement du monde. Vous n’irez pas, vous devriez.

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